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05/02/2020 16:41

BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ : Un forum pour construire l'avenir du fret ferroviaire

SNCR Réseau a réuni les parties prenantes du développement du fret le 30 janvier dernier à Dijon. La région compte plusieurs atouts concernant ce mode de transport de marchandises, comme le centre de triage de Gevrey-Chambertin, la gare de Mâcon et les petites lignes du Morvan.
Le fret connaît un renouveau depuis quelques années. La problématique de développement durable est pour beaucoup dans cette nouvelle façon de considérer un mode de transport de marchandises apparaissant moins polluant que le transport routier. La Loi d'Orientation des Mobilités adoptée en novembre 2019 a donné un coup d'accélérateur en prévoyant la mise en œuvre d'une stratégie pour le développement du fret ferroviaire d'ici fin 2020.

Jusque-là, malgré les efforts de SNCF Réseau pour rétablir la performance des infrastructures, des insatisfactions demeuraient du côté des clients et des collectivités. Pour identifier les marges de progrès avec tous les acteurs concernés, SNCF Réseau a décidé de réunir tous les acteurs concernés lors d'un Forum Fret en Bourgogne-Franche-Comté le 30 janvier 2020 au Pavillon Bacchus dans le parc Valmy à Dijon. L'objectif étant d’échanger sur le diagnostic, les enjeux, les difficultés et les solutions à mettre en place pour construire l'avenir du fret.

Ce forum s'est déroulé en présence d’Éric Pierrat (secrétaire général pour les affaires régionales à la préfecture de Bourgogne-Franche-Comté), Michel Neugnot, (vice-président du conseil régional en charge des transports), Jean-Christophe Baudoin (délégué interministériel au développement de l’axe portuaire et logistique Méditerranée-Rhône-Saône), Michel Suchaut (président de la CCI de Saône-et-Loire, représentant des CCI de Bourgogne-Franche-Comté au sein du Conseil de coordination interportuaire Méditerranée-Rhône-Saône), Arnaud Sohier (directeur commercial SNCF Réseau) et Jérôme Grand (directeur territorial de SNCF Réseau). Dans le public, près de 80 personnes représentaient des clients du fret, des industriels qui font voyager leurs marchandises et d'autres acteurs économiques.

Les trois principaux enjeux du fret ferroviaire


Aujourd’hui, en France, 9% du transport de marchandises sont réalisés par train, avec l’ambition de passer à 20% d’ici 2030. Près de 250.000 tonnes de marchandises sont ainsi transportées chaque jour en France, mais aussi depuis ou vers l’étranger. Près de 50% du marché du fret est international.

Le fret ferroviaire représente un enjeu fort en matière de développement durable, de développement du trafic et développement économique et de l’emploi régional. Entre les ports au nord et au sud de la France, en regard d'un accès vers l'Europe centrale, la Bourgogne-Franche-Comté a une carte à jouer dans le transports des marchandises. Chaque jour, 300.000 tonnes sont véhiculées sur l'axe Marseille-Dijon avant de se diviser en trois branches.

Pour SNCF Réseau, «le développement du fret ferroviaire est un enjeu sociétal et environnemental majeur», partagé par ses clients. Un train de marchandises permet d’éviter la circulation de 30 à 40 camions sur les routes, ce qui représente 14 fois moins d'émissions de CO2 et 6 fois moins de consommation d'énergie. Pour l'opérateur, «ce moyen de transport, écologique et efficace, offre de réelles perspectives pour le transport des marchandises en France et à l’international».

Accroître le nombre de trains circulant sur l’infrastructure ferroviaire permettrait d'obtenir plus de recettes et plus d’investissement, avec pour but de moderniser le réseau et le rendre plus performant. Il s'agit bel et bien de «réduire les coûts pour que le fret soit plus compétitif par rapport à la route» comme l'a redit Jérôme Grand.

Avec 385 millions d’euros investis en Bourgogne-Franche-Comté en 2020, dont 45 millions d’euros cofinancés par l'État et la Région, SNCF Réseau se veut un acteur de l'économie locale et donc de l'emploi. Cet investissement alimente l'écosystème régional, les entreprises locales spécialisées dans les travaux ferroviaires ainsi que les sous-traitants ou entreprises d'insertion.

«Un poumon de l’activité économique»


En Bourgogne-Franche-Comté, SNCF Réseau dispose d’un maillage territorial dense, permettant de faire circuler 18.500 trains de marchandises en moyenne chaque année, dont 15.290 trains sur les axes majeurs, 1.300 trains sur de petite lignes appelées «capillaire fret régional» et 2.000 trains pour des mouvements techniques et des dessertes de sites industriels.

Le centre de triage de Gevrey-Chambertin (Côte-d'Or) est un site stratégique pour le fret international et «un poumon de l’activité économique et de l’emploi régional». Il est stratégique pour le fret international car se situant à l’embranchement d'un «Y» pour les dessertes venant du nord et de l’est et descendant vers le sud. Néanmoins, après des décennies de sous-investissement, ce site nécessite des financements conséquents, estimés à 10 millions d’euros entre 2020 et 2025, pour assurer sa pérennité.

SNCF Réseau a déjà investi 2 millions d’euros en 2019 sur le site et programme également 2 millions d’euros en 2020. L'opérateur attend des partenaires du territoire qu'ils s’accordent ensemble autour d'un schéma directeur pour diminuer le déficit du site et trouver des financements pour le moderniser.

Les autoroutes ferroviaires, ou le fret de demain


L'arrêt à Mâcon (Saône-et-Loire) de l’autoroute ferroviaire Nord-Sud entre Calais (Pas-de-Calais) et Le Boulou (Pyrénées-Orientales) est un autre site stratégique. Le renouveau du fret depuis quelques années repose notamment sur le développement d'«autoroutes ferroviaires» et du fret longue distance. «Les autoroutes ferroviaires, c'est le moyen de développement du fret de demain» a insisté Jérôme Grand. Michel Suchaut a abondé dans ce sens, constatant que «les distances de pertinence sont passées de 800 km à 500 km» pour un transport de marchandises.

Le partenariat entre SNCF Réseau, l’État, la Région, l’agglomération de Mâcon et la CCI Saône et Loire a permis de bénéficier d'un arrêt à Mâcon depuis mars 2019. Un train de 750 mètres de long de la société VIIA s’arrête désormais chaque jour à Mâcon, avec la perspective d’un deuxième train en 2020. En complément, une étude est en cours pour la circulation de trains supérieurs à 750 mètres, augmentant ainsi la capacité d’emport des trains s’arrêtant sur Mâcon.

Un point sur lequel Éric Pierrat est revenu comme «exemple de l'illustration de l’État» notamment afin d'accompagner «les travaux pour accueillir des trains de plus de 400 mètres de long». Les trains de 750 mètres sont à présent accueillis et des trains de 850 mètres devraient l'être prochainement après de nouveaux travaux.

La loi LOM revigore les lignes capillaires de fret


Dans la région, 180 km de lignes capillaires fret sont entretenues par des gestionnaires d’infrastructure conventionnés (GIC). Cette maintenance externalisée permet un redéploiement des effectifs de l'opérateur sur les lignes les plus circulées et de réduire les coûts d’entretien du réseau. En termes d’investissements, le trafic entre Gray (Haute-Saône) et Villers-les-Pots (Côte-d'Or) a été «sauvé» du fait d'un co-financement de l’État, de la Région et du chargeur Interval. L'opérateur invite à reproduire cette démarche sur les lignes du Morvan pour lesquelles 6 millions d'euros sont nécessaires.

Afin d’aider l’État et la Région à obtenir une visibilité sur les besoins de financements pour les dix ans à venir, un diagnostic des lignes capillaires fret a été élaboré par SNCF Réseau. Il permet de présenter une vision globale de l’état actuel de chaque ligne fret et des besoins de modernisation nécessaires pour la pérennité du trafic. L’enjeu financier pour sauvegarder le capillaire fret de la Bourgogne-Franche-Comté est donc estimé à 20 millions d’euros entre 2020 et 2030.

Intermodalité rail-route-voie d'eau


Autre atout de la région Bourgogne-Franche-Comté, sa capacité à être un terrain d'intermodalité du fret ferroviaire avec la navigation fluviale sur le Rhône et la Saône. Le potentiel de développement serait «considérable» et il représenterait une opportunité «unique» de privilégier les modes les moins polluants pour le transport des marchandises.

Jérôme Grand ne veut pas «opposer les modes de transport» entre eux, il préfère «les conjuguer pour mieux répondre aux besoins de [ses] clients qui ont besoin de modes de transports adaptés».

Un travail avec les acteurs du territoire


Partie prenante de la démarche de SNCF Réseau pour construire l'avenir du fret, le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté était représenté à ce Forum Fret par Michel Neugnot. Il a souligné qu'il s'agissait d'un forum «utile et essentiel» : «depuis deux ans, on n'est plus dans une entreprise nationale monopolistique qui décide de tout sur de grands programmes nationaux qui s'appliquent à tout le monde pareil ; on est, là, à l'écoute de ce qui se passe sur un territoire donné et on travaille avec les acteurs».

L'opérateur s'ouvre à une démarche consumer centric comme cela a été dit durant le forum : «s'il n'y a pas de gens pour commander des trains pour transporter leurs marchandises, il n'y a plis de voies ferrées, il n'y a plus de train, donc il faut connaître leurs points de vue, connaître leurs perspectives et trouver des solutions adaptées».

Dans ce cadre, la Région se veut actrice mais aussi régulatrice avec une problématique d'aménagement du territoire. Michel Neugnot prend l'exemple de l'implication d'entreprises de la Nièvre aux côtés du conseil régional et de l’État pour moderniser de petites lignes de fret : «ce que l'on fait en lignes, c'est autant de dépenses que n'aura pas le conseil départemental sur ses routes».

Chiffres clés du fret en Bourgogne-Franche-Comté
385 millions d'euros investis pour la modernisation du réseau ferré en 2020
18.500 trains de fret par an en moyenne
300 km de lignes fret
180 km de lignes gérées par un gestionnaire d’infrastructure conventionné (GIC)
85 Installations Terminales Embranchées (ITE)

Jean-Christophe Tardivon