
Il aimait la politique plus que tout. Il aimait la Bourgogne et ses vins avec passion. Il a dirigé le Conseil Régional avec enthousiasme et talent… Il a été élu Sénateur en allant chercher les voix jusque dans les cours de ferme… C’était François Patriat, un Président vraiment pas comme les autres et tellement attachant.
Il ne laissait personne indifférent. François Patriat, sans doute parce qu’il avait été vétérinaire, qu’il avait pris des coups de sabot, de corne aussi, quand il exerçait, savait encaisser les coups politiques. Mais aussi les esquiver.
Il avait ce flair qui est la marque des grands dans l’univers impitoyable de la politique. Sauf que lui, au contraire de beaucoup d’autres, savait faire consensus.
Il faut se souvenir des échanges d’amabilités, sincères, qu’il avait eus avec le Député européen Arnaud Danjean, quand celui-ci avait quitté la Région. Les deux étaient opposés politiquement, mais avaient appris à se connaitre et même à s’apprécier.
Il faut se souvenir de sa sortie de l'hémicycle à Dijon, après avoir passé le flambeau à Marie-Guite Dufay, avec tous les élus debout, le saluant respectueusement et pour certains la larme à l'oeil...
Il faut se souvenir de la dernière grande manifestation des jeunes agriculteurs devant le siège du Conseil Régional de Bourgogne - Franche-Comté à Dijon. Avec des syndicalistes lançant «Fanfan revient». Car si la profession agricole a adoré des Ministres de l’Agriculture, elle en a détesté d’autres. En général plutôt de gauche. François Patriat était lui socialiste quand il a été nommé Ministre de l’Agriculture, mais lui n’avait pas été détesté, mais apprécié. Peut-être parce qu'il les connaissait mieux que d'autres.
Il faut se souvenir de l’entre-deux tours avant sa réélection à la Région avec un Christian Paul tentant de le convaincre d’accorder une large place aux écologistes. Sauf que François Patriat avait déjà conclu, au petit matin, un accord avec eux… «Bien moins important» s’était-il amusé, lui qui n'a jamais apprécié la radicalité verte et qui n'hésitait pas à le dire.
François Patriat était un fin connaisseur de la politique. Un fin négociateur aussi. De sorte que ses opposants avaient du mal à l’attaquer.
Et puis François Patriat était considéré comme un homme de parole. Capable de trancher, pour respecter la parole donnée, même quand ses amis politiques n’étaient pas toujours d’accord.
Alors que la Présidence de François Hollande vacillait, le Sénateur Patriat avait été parmi les premiers à soutenir Emmanuel Macron dans la course à l’Elysée. Et il ne s’était absolument pas ému de ne pas devenir Ministre. Préférant être l’homme fort du Président de la République au Palais du Luxembourg.
L'élu bourguignon aura toujours conservé un lien très fort avec Emmanuel Macron, et peut être encore plus avec son épouse. Infatigablement il faisait remonter les réactions du terrain, l’opinion qu’il mesurait sur ses terres aimées de Bourgogne. «J’ai dit à Brigitte qu’il fallait que le Président se montre plus chaleureux quand il est à la télévision. Comme il est dans la vie», nous avait-il confié.
Il est vrai que François Patriat aura beaucoup aimé ses deux mandats de Sénateur de Côte-d’Or. Les deux fois il était allé chercher son élection - pas gagnée d’avance - à la force du mollet, en valeureux cycliste qu’il était.
«C’est plus facile de se faire élire à Paris qu’en Côte-d’Or. A Paris tout dépend de la place sur la liste, alors que chez nous il faut aller les chercher les voix. Jusque dans les cours de fermes», aimait-il à dire.
Que ce soit comme Député, Président de Région, ou Sénateur, François Patriat aura toujours été très ouvert avec la presse. Y compris dans les périodes difficiles des majorités auxquelles il appartenait. A Dijon, les journalistes n’oublieront pas la bonne humeur et les bonnes histoires qu’il aimait raconter au moment de la pause déjeuner. Car oui il aimait rigoler. De tout.
Il était aussi capable de faire le siège de l’Elysée pour qu’une jeune photographe soit bien dans le pool photo et que cela ne soit pas réservé «aux seuls parisiens» ! Et il était écouté, parce qu’il était respecté et qu’il ne demandait pas tout et n’importe quoi.
Ce mercredi 19 août 2026 la Bourgogne a perdu un grand Monsieur. Et un ami. Pour beaucoup.
Alain BOLLERY
(Photo Alain BOLLERY : François Patriat avec Emmanuel Macron à Semur en Auxois)