
Les besoins opérationnels augmentent plus vite que les capacités de
recrutement... «Sans l'engagement quotidien de près de 200.000
sapeurs-pompiers volontaires, soit près de 80% des effectifs, le modèle
français de sécurité civile ne pourrait tout simplement pas
fonctionner».
Communiqué de presse du mercredi 24 juin« Feux de forêt : le SSPVF alerte sur un risque majeur d'épuisement des sapeurs-pompiers volontaires durant l'été 2026 »
Le
Syndicat des Sapeurs-Pompiers Volontaires de France (SSPVF) souhaite
exprimer sa vive inquiétude face à l'évolution de la situation des feux
de forêt observée dès le début de l'été 2026.
Alors que la saison
estivale ne fait que commencer, de nombreux incendies de végétation et
de forêt sont déjà signalés sur l'ensemble du territoire national.
Maine-et-Loire, Rhône, Ain, Lot-et-Garonne, Aveyron, Charente- Maritime
ou encore Alpes-Maritimes : les premiers feux importants se
multiplient.
Au regard des conditions météorologiques observées
depuis le printemps, de la précocité des incendies et de leur
répartition géographique, les premiers signaux observés sur le terrain
laissent craindre une saison 2026 pouvant atteindre, voire dépasser,
l'intensité opérationnelle des grands incendies de 2022.
Une pression croissante sur les sapeurs-pompiers volontaires
Les
sapeurs-pompiers volontaires représentent près de 80 % des effectifs
des sapeurs-pompiers français et constituent l'ossature du modèle
français de sécurité civile.
La très grande majorité d'entre eux
exercent parallèlement une activité professionnelle. Il y a seulement
quelques jours dans les Landes, des sapeurs-pompiers volontaires ont
combattu plusieurs feux durant une partie de la nuit avant de reprendre
leur activité professionnelle dès le lendemain matin.
Le SSPVF
redoute qu'en cas de multiplication des feux de forêt tout au long de
l'été, les capacités physiques et psychologiques des personnels soient
fortement sollicitées.
Cette inquiétude s'inscrit dans un contexte
plus global. En vingt-cinq ans, le nombre annuel d'interventions est
passé de 3,5 millions à près de 4,7 millions, tandis que le nombre de
centres de secours a diminué d'environ un tiers. Dans le même temps, les
effectifs globaux des sapeurs-pompiers stagnent autour de 250 000
personnels.
Comme les plaques tectoniques avant un séisme, les
tensions s'accumulent progressivement au sein du système de secours :
augmentation constante des interventions, difficultés de recrutement,
disponibilité en baisse, contraintes administratives croissantes et
fatigue opérationnelle. Ces phénomènes restent souvent invisibles
jusqu'au moment où survient la rupture.
Un risque qui s'étend désormais à l'ensemble du territoire
Les
feux de forêt ne concernent plus uniquement les départements
méditerranéens. Depuis plusieurs années, les incendies progressent vers
le nord du territoire, obligeant des départements autrefois peu
concernés à mobiliser leurs propres moyens de surveillance et de lutte.
Cette
évolution réduit mécaniquement les capacités de renfort nationales
puisque des effectifs qui pouvaient autrefois être envoyés dans le sud
doivent désormais rester disponibles pour protéger leur propre
territoire.
La France risque aussi de manquer de disponibilité humaine
Le
débat public se concentre souvent sur les moyens aériens. Pourtant,
pour le SSPVF, la principale inquiétude concerne désormais la
disponibilité des femmes et des hommes qui composent les services
d'incendie et de secours.
La France ne risque pas seulement de
manquer de Canadair. Elle risque également de manquer de disponibilité
humaine si les sapeurs-pompiers volontaires s'épuisent au cours de l'été
2026.
Cette inquiétude est renforcée par les difficultés
budgétaires rencontrées par plusieurs SDIS. En Loire- Atlantique, les
magistrats financiers ont récemment estimé que la poursuite du
recrutement massif de sapeurs- pompiers professionnels n'était plus
soutenable à long terme. Cette situation illustre les tensions
auxquelles sont confrontés de nombreux services d'incendie et de secours
: les besoins opérationnels augmentent plus vite que les capacités de
recrutement.
Lorsque les effectifs professionnels ne peuvent plus
être renforcés au rythme de l'activité, la pression repose
inévitablement davantage sur les effectifs existants, et notamment sur
les sapeurs-pompiers volontaires.
À l'image d'une échelle de Richter
inversée, une faible baisse de disponibilité des volontaires peut
produire des conséquences majeures sur le terrain. Quelques départs ou
quelques indisponibilités supplémentaires suffisent parfois à fragiliser
durablement l'organisation d'un centre de secours et à dégrader les
délais d'intervention sur tout un secteur.
Le risque émergent d'un « désert de secours »
Pour
le SSPVF, la France doit désormais prendre conscience d'un nouveau
risque : celui de voir apparaître progressivement des « déserts de
secours », à l'image des déserts médicaux.
Ces déserts de secours ne
naîtront pas d'un événement brutal mais d'une accumulation lente de
difficultés : départs non remplacés, baisse de disponibilité, fermetures
ou regroupements de centres, augmentation continue de l'activité
opérationnelle et perte d'attractivité de l'engagement volontaire.
Derrière
chaque volontaire qui quitte le service, chaque centre qui peine à
recruter ou chaque garde difficile à armer se dessine un affaiblissement
progressif de la capacité de réponse des territoires. Le risque n'est
pas seulement celui d'un manque d'effectifs aujourd'hui, mais celui
d'une rupture future du maillage territorial qui fait la force du modèle
français de sécurité civile.
Une reconnaissance qui ne peut plus attendre
Cette
situation intervient alors que de nombreux sapeurs-pompiers volontaires
s'interrogent sur la reconnaissance réellement accordée à leur
engagement.
L'adoption de la loi sur la bonification retraite avait
pourtant été accueillie comme une avancée historique. Elle constituait
enfin la reconnaissance par la Nation des sacrifices consentis par des
centaines de milliers de femmes et d'hommes qui donnent de leur temps au
service des autres.
Pourtant, le décret d'application aujourd'hui
contesté limite fortement la portée de cette mesure et crée une profonde
incompréhension parmi les volontaires les plus anciens. Comment
expliquer à celles et ceux qui ont consacré quarante ou cinquante ans de
leur vie au secours de leurs concitoyens que leur engagement ne sera
pas davantage reconnu qu'après vingt-cinq années de service ?
Pour
le SSPVF, cette situation illustre le décalage croissant entre les
hommages rendus aux sapeurs-pompiers volontaires et la reconnaissance
concrète qui leur est accordée.
Le SSPVF appelle les pouvoirs
publics à porter une attention particulière aux conditions d'engagement,
aux temps de repos, à la disponibilité des volontaires et à la
reconnaissance de leur contribution essentielle à la sécurité des
Français.
Sans l'engagement quotidien de près de 200 000
sapeurs-pompiers volontaires, soit près de 80 % des effectifs, le modèle
français de sécurité civile ne pourrait tout simplement pas
fonctionner.
« La France ne manque pas seulement de moyens aériens.
Elle risque demain de manquer de femmes et d'hommes prêts à s'engager
durablement si la charge opérationnelle continue d'augmenter sans que la
reconnaissance accordée aux volontaires évolue au même rythme. Le
désert de secours n'est plus une hypothèse théorique : il constitue
désormais un risque réel pour de nombreux territoires. »