
La maire de Dijon Nathalie Koenders, était au Creusot, ce vendredi 17 octobre, aux côtés de la ministre de l'Aménagement du territoire Françoise Gatel, à l'occasion des Journées nationales de l'association d'élus France urbaine.

Invitée à participer à une table ronde des Journées nationales de France urbaine, au Grand Théâtre de l’Arc, au Creusot, ce vendredi 17 octobre 2025, la maire de Dijon Nathalie Koenders a livré une intervention à la fois lucide et offensive sur la situation des collectivités locales. Entre appel à la responsabilité et plaidoyer pour une véritable décentralisation, l’élue dijonnaise a marqué les esprits.
« Un peu de stabilité, enfin »Dès l’ouverture, Nathalie Koenders a donné le ton : « C’est vrai que ces journées se déroulent dans un contexte assez particulier. »
Évoquant la situation politique nationale, elle s’est félicitée qu’« un Premier ministre ait pu faire sa déclaration générale sans motion de censure ». « C’est déjà un signe de stabilité, et j’en suis contente », a-t-elle insisté.
La maire de Dijon a également salué la perspective d’un budget voté sans recours au 49-3, « ce qui est une bonne chose, même si cela promet des débats animés ».
Mais surtout, elle a replacé cette séquence dans une perspective de fond : « Le gouvernement nous a écrit pour dire qu’il voulait davantage de décentralisation. Eh bien, espérons que ce ne soit pas qu’une formule. »
« Ce sont les collectivités qui tiennent le pays »Avec un ton résolument ancré dans le concret, Nathalie Koenders a rappelé le rôle central des élus locaux dans les périodes de crise : « On l’a vu pendant le Covid : si les maires, les présidents de métropoles et de communautés urbaines n’avaient pas été là, on aurait traversé cette crise beaucoup plus difficilement. »
Et d’ajouter, plus largement : « Quand l’État traverse des instabilités, ce sont les collectivités qui tiennent le pays debout. »
À Dijon, confie-t-elle, « les citoyens le ressentent : ils apprécient la stabilité que représentent les élus locaux ». Une façon de rappeler que la confiance entre élus et habitants se construit au niveau du terrain, et que cette proximité reste l’une des grandes forces de la démocratie locale.
« Un lien fiscal rompu avec les citoyens »La maire de Dijon a ensuite évoqué les conséquences budgétaires des dernières réformes, notamment la suppression de la taxe d’habitation : « C’était un levier fiscal majeur, mais aussi un lien direct entre les citoyens et l’impôt local. »
Selon elle, cette mesure a durablement déséquilibré les finances locales : « La compensation a été faite sur l’année zéro, mais depuis, les coûts augmentent. Aujourd’hui, la suppression de la taxe d’habitation coûte environ 27 milliards d’euros à l’État. Si elle n’avait pas été supprimée, on ne serait peut-être pas dans la situation actuelle. »
Dans un ton à la fois prudent et lucide, elle a même évoqué la nécessité d’ouvrir le débat : « Je sais que ce n’est pas très porteur politiquement, mais peut-être faudra-t-il un jour recréer une contribution locale pour redonner du souffle aux collectivités. »
« Des compétences transférées sans moyens »Plus ferme encore sur la question des responsabilités partagées entre l’État et les villes, Nathalie Koenders a dénoncé le transfert insidieux de nouvelles missions sans compensation financière.
« On a des charges nouvelles, souvent décidées par l’État, sans que les moyens suivent », a-t-elle regretté. « C’est le cas de la sécurité de proximité, des aides à la pierre, de la gestion des polices municipales… »
Elle a rappelé avoir piloté, au sein de France urbaine, un groupe de travail sur les polices municipales : « L’État s’est désengagé. La police nationale s’occupe du maintien de l’ordre et du narcotrafic, c’est légitime, mais tout ce qui est sécurité du quotidien repose maintenant sur les communes. »
Résultat : « Les villes ont été obligées de recruter plus de policiers municipaux. » Selon les données de l’Observatoire des finances publiques, ces dépenses ont augmenté de 9 % depuis 2022.
« À Dijon, nous avons embauché 30 policiers municipaux sur ce mandat. C’est plus d’un million d’euros supplémentaires en cotisations. »
« Bien gérer n’empêche pas d’investir »Face à cette pression budgétaire, Nathalie Koenders a défendu la rigueur de sa gestion municipale. « Dijon est une ville bien gérée », a-t-elle affirmé, citant le rapport de la Chambre régionale des comptes. « Nous avons investi 60 millions d’euros pendant ce mandat, tout en réduisant notre dette et sans augmenter les impôts. »
Mais elle a aussi ouvert une réflexion de fond sur l’endettement : « Aujourd’hui, l’endettement est perçu comme une faute. Pourtant, quand on construit un tramway ou un grand équipement, c’est un investissement pour plusieurs générations. Ce n’est pas aberrant d’emprunter pour cela. » Une manière de plaider pour un changement de paradigme, plus tourné vers l’investissement public que vers la seule logique de réduction de la dépense.
« Plus de décentralisation, ce n’est pas un slogan »Nathalie Koenders a formulé un appel clair et mesuré : « Les collectivités locales sont prêtes à être responsables, mais pas à être les variables d’ajustement du budget de l’État. Nous maîtrisons nos dépenses depuis longtemps, mais il faut que l’État nous fasse confiance. » En guise de conclusion, Nathalie Koenders a affirmé : « Plus de décentralisation, ce n’est pas un slogan. C’est une nécessité démocratique. »
Manon Bollery
Photographies Manon Bollery






