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10/12/2020 17:00

CONSEIL REGIONAL : Marie-Guite Dufay, François Sauvadet et Julien Odoul, ou la débâcle des sentiments à son Zénith…

A 6 mois des élections, il ne fallait pas s’attendre à entendre des mots doux à l’adresse de Marie-Guite Dufay de la part de ses deux oppositions. Ceux lancés par François Sauvadet pour la droite et le centre et par Julien Odoul pour le Rassemblement National, se sont voulus accablants pour la majorité régionale, dont la Présidente avait mis en-avant une politique courageuse, saluée par Eric Houlley, parlant de «gestion prudentielle».




Il faut croire que la volonté annoncée par les groupes d’opposition au conseil régional de Bourgogne – Franche-Comté de voir siéger tous les élus s’est heurtée à leurs volontés individuelles. Car finalement il y avait un paquet d’absents ce jeudi après-midi au Zénith à Dijon, à l’heure de l’ouverture des débats.
La salle est connue pour la qualité de ses concerts. On y a vécu celui France Bleu avec le duo Calogero – Stanislas proposant «La débâcle des sentiments». Sans doute que les deux étaient loin d’imaginer que le 10 décembre 20, la session du Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté déboucherait effectivement sur… une débâcle des sentiments.
Car le moins que l’on puisse dire c’est que ni François Sauvadet, ni Julien Odoul n’ont fait de sentiments, pour commenter le budget 2021 de la Région, qui était à l’ordre du jour. Mais surtout en tirant à boulets rouges sur le bilan de la mandature qui prendra fin en juin.

Des propos durs et de campagne
On le sait un budget ce sont des marqueurs politiques.  La Présidente Marie-Guite Dufay, après avoir salué les avancées pour les femmes sous la Présidence de Valéry Giscard d’Estaing, avec une minute de silence – comme quoi on peut être de gauche et saluer un homme politique de droite – respectée scrupuleusement, a déroulé le discours qu’elle avait tenu mercredi en conférence de presse, en mettant en avant ses convictions autant que ses chiffres.
Dans ce Zénith où habituellement ce sont les déhanchements, les watts et les décibels qui réchauffent, il était conseillé d’avoir sa petite laine pour ne pas avoir froid. De toute évidence, la mise à disposition gratuite de la salle n’incluait pas une température acceptable.
On ne peut pas dire que ce sont les propos tenus par François Sauvadet, revenu comme chef de l’opposition pour son «dernier budget à la région», puisqu’il ne se représentera pas, pas plus que ceux de Julien Odoul, ont contribué à réchauffer l’atmosphère.

Un budget pour protéger

Ils ont même glacé la majorité et conduit Marie-Guite Dufay à demander un thé pour se réchauffer. Elle se doutait bien que cette session serait inévitablement celle d’une débâcle des sentiments. Mais les propos ont été durs. Des propos de toute évidence de campagne, précurseurs d’une campagne qui sera dure et sans pitié. La politique quoi !
Elle parla donc d’un «budget qui doit protéger l’économie, le pouvoir d’achat et répondre aux enjeux de demain… Un budget aussi d’anticipation avec un accroissement massif de nos investissements. Budget d’une région solidaire, fusionnée qui a permis de tripler nos interventions en cinq ans. Comme j’entends beaucoup de propos, j’appelle à un redoutable courage, celui de la nuance».
Un vœu sans doute pieux, mais pas vraiment entendu. Car François Sauvadet ne fit pas vraiment de sentiments à l’heure de prendre la parole. Il était venu armé, et il ne laissa aucune munition : «Est-ce que notre région se porte mieux après la fusion ? Non ! Est-ce que son image s’est renforcée ? Non ! J’ai la conviction profonde qu’il faut éviter le fossé entre les annonces et la réalité. Dans les temps de crise, chaque euro dépensé doit être utile».

«Eviter le fossé entre les annonces et la réalité»

Le Président du groupe de la droite et du centre avait aussi remarqué : «Vous ne faites pas la politique que j’aime. Celle où on met les dossiers sur la table. Les dépenses de personnel ont augmenté de 11 millions. Vous avez augmenté les impôts de 42% pour les automobilistes franc-comtois».
Des propos qui se voulaient accablants, comme véritable socle de la campagne à venir. Des propos approuvés avec le sourire par Gilles Platret.
Masque vissé sur le nez, Julien Odoul quant à lui n’avança pas véritablement masqué. Le contraire eut été étonnant. «Vous n’avez rien fait, rien su faire de cette belle région, que vous avez abimée», asséna-t-il à l’adresse de Marie-Guite Dufay.

«Ni humble, ni sincère»

Et de juger : «Votre budget n’est ni humble, ni prudent avec les 500 millions d’euros d’emprunts. Il est temps de déposer le bilan et que les Bourguignons et les Francs-Comtois tranchent». Cela après avoir présenté un véritable inventaire des dépenses dont le Rassemblement National conteste et la hauteur et l’opportunité. Dans la droite ligne des propos déjà entendus depuis cinq ans.
Chargé de porter la parole du groupe de gauche de la majorité, en remplacement de Jérôme Durain, retenu au Sénat, Eric Houlley s’évertua à tenter d’éteindre le feu, avec un discours entendu : «Limiter les inégalités, c’est le sens de nos actions. La gauche c’est la cohésion sociale», lança-t-il, avant de tacler : «Monsieur Sauvadet vous n’êtes pas à la hauteur. Une accumulation de petites polémiques ne fait pas un projet».
Eric Houlley parlant encore d’une «gestion prudentielle», comme on le fait dans les salles des marchés financiers. Mais il est vrai que la bourse aux voix n’est pas très loin !
Alain BOLLERY et 
Jean-Christophe TARDIVON

Un budget de près de 2 milliards d'euros


Le budget de la Région a été voté, après une véritable guerre de tranchées et des mots entre la gauche et la droite


Une «avalanche de millions» tombe sur la Bourgogne-Franche-Comté grâce à un accord de relance entre l’État et la collectivité


La Bourgogne-Franche-Comté vise la 1ère place, en France, avec l’œnotourisme


Le domaine de l'abbaye de Pontigny pour la Fondation Schneider


La charte régionale de la laïcité adoptée à l'unanimité


Marie-Guite Dufay : «Oui je suis pour le nucléaire, et alors ?»


Les discours


Marie Guite Dufay
Avant de débuter notre assemblée, je souhaite revenir sur le décès du Président Valéry Giscard d’Estaing. De son septennat, je retiens des mesures qui ont durablement changé notre pays : pour les femmes, avec l’autorisation de l’IVG ou le divorce par consentement mutuel et le lancement des Centres d’information pour les femmes (CIF), devenus ensuite les Centres d’Information des droits des Femmes ; pour les jeunes avec la majorité ramenée à 18 ans. Je retiens plus encore l’européen convaincu que fut le Président Giscard d’Estaing, dans la construction du couple franco-allemand, en particulier, ou encore après sa présidence, dans la construction du traité constitutionnel européen. Je vous propose donc de nous recueillir quelques instants à sa mémoire/
Je voudrais également m’arrêter un instant sur le souvenir d’André Faivre, qui fut Vice-Président de la Région en 1979, dans les régions d'avant la décentralisation. André Faivre fut un militant infatigable du Parti Communiste Français, très lié à son territoire de Saône et Loire et à la Commune de Montceau-les-Mines. Il a été élu pendant près de trente ans, dans sa commune où il fut adjoint, il était également élu au Conseil général. C’était, de l’avis de tous ceux qui l’ont côtoyé, un homme de dia- logue, respecté y compris par ceux dont il combattait les idées.
Chers collègues,
Nous nous retrouvons aujourd’hui dans ce format complet que beaucoup d’entre nous attendaient, après une année bien particulière, où notre collectivité a continué à travailler, dans le respect des règles démocratiques, mais dans un cadre plus restreint pour respecter les règles liées à la situation sanitaire.
Il me paraissait indispensable, pour cette assemblée plénière importante puisque consacrée à notre débat budgétaire, que nous trouvions les conditions pour nous réunir tous. C’est chose faite, après une recherche approfondie d’un lieu susceptible de nous accueillir. Cette question a donné lieu à des polémiques qui me paraissent inadaptées à la situation. La considération et la reconnaissance pour la Ville de Besançon ne tiennent pas au nombre de réunions politiques qui s’y tiennent, mais à la qualité du soutien apporté aux projets structurants de cette ville. Par exemple : rénovation du campus universitaire, le projet sur Saint Jacques, les mobilités, le fort soutien aux acteurs culturels et sportifs, la SMAC, les 2 scènes, l’OVH, le CDN, la salle d’escalade Marie-Paradis, le conservatoire à rayonnement régional. Le soutien à Besançon est massif, il est concrétisé par, je vous le rappelle, un contrat métropolitain de 40 Millions. Que la mesure et la nuance soient au rendez-vous !
Cette fin d’année reste donc placée sous le signe de la pandémie qui aura fait de 2020 une année qui marquera l’histoire de notre monde ... Tous les pays ont été impactés. L’arrivée de vaccins est une bonne nouvelle, mais les choses vont se faire de manière très progressive, et il en va de la responsabilité de chacun de rester vigilant quant à l’application des mesures barrières en 2021.
Avant d’évoquer le lourd contexte économique et social engendré par cette crise sanitaire, je voudrais exprimer mon inquiétude face aux débats suscités par la loi « sécurité globale » avec un article, l’article 24, qui est tout simplement une atteinte à la liberté de la presse. Cet article, à la lumière de ce que nous avons pu voir lors de l’expulsion des sans-papiers de la Place de la République à Paris, et des violences émises à l’encontre du producteur de musique Michel Zecler, cet article, donc, est, à mes yeux, mort-né. Car qu’en aurait-il été du rendu compte de ces violences inadmissibles, si l’article 24 avait conduit à ce que les journalistes soient empêchés de faire leur travail ? Car c’est bien la liberté d’information qui est au cœur des débats suscités par cet article. Il est regrettable que les manifestations d’opposition à ce texte aient elles-mêmes donné lieu à des violences inqualifiables, notamment à l’encontre des forces de l’ordre. Mais l’annonce de la réécriture de l’article 24 qui représente une atteinte majeure aux libertés fondamentales dont le droit d’informer, ne suffit pas à masquer la dérive sécuritaire inquiétante à laquelle nous assistons.
Au cœur des débats sur nos libertés, la question de la laïcité revêt une acuité particulière. Au lendemain du 115ème anniversaire de la loi de 1905, je vous propose le vote d’une charte de la laïcité, dont la signature et le respect conditionneront les aides de la Région. Parallèlement, Patrick Molinoz proposera à notre Assemblée, un vœu pour travailler à l’instauration d’une charte commune à toutes les collectivités. Le principe de laïcité est un principe de liberté, partagé, fondé, sur le respect mutuel. Pour autant, ce n’est pas un mot vague, un concept idéal qui n’aurait pas de traduction concrète : il s’incarne dans les lois de la République et dans la vie quotidienne des citoyens et donc dans l’action de notre collectivité Régionale.
 Lourd contexte économique et social disais-je précédemment. Tous les experts s’accordent à dire que le pire est à venir. Les défaillances d’entreprises n’ont pas explosé parce que les entreprises sont aujourd’hui protégées par les mesures de l’Etat et des collectivités aussi. Mais l’absence de visibilité est un handicap sérieux. Et le moral des chefs d’entreprises est au plus bas.
Contrairement à ce qui s’était passé en 2008, c’est l’économie de proximité, commerces, bars, restaurants, hôtellerie, tourisme et évènementiel, qui sont cette fois en première ligne. Notre vigilance à l’égard de ces secteurs est très grande, mais l’humilité est de mise, car nous ne pourrons pas compenser toutes les défaillances qui risquent de se produire. En revanche, nous devons tout faire pour offrir le maximum de protections complémentaires à celles de l’Etat. Que nous soyons sur le terrain de l’économie de proximité, ou sur celui des PME industrielles, cette complémentarité Etat-Région est un vrai facteur d’efficacité pour que nos mesures servent à la fois de bouclier et de levier de développement. Nous poursuivrons donc en ce sens.
Malheureusement, aux conséquences économiques de la crise sanitaire s’ajoutent des restructurations industrielles, sans lien avec l’épidémie. GE devient un scandale d’Etat par son démantèlement organisé de chacune des activités Belfortaines. J’ai interpellé le Président de la République au Creusot, et je continuerai à mettre la pression sur l’Etat. Face à une tempête aussi redoutable que celle que traversent les salariés de GE, nous ne pouvons pas être seuls. L’Etat doit être à la manœuvre pour que la formidable compétence de ce site ne soit pas bradée. Le Jura paie aussi un lourd tribut avec les menaces sur la fonderie MBF de Saint Claude, les difficultés du site SKF de Lons et la fermeture du dernier céramiste français Jacob Delafon. Mais aucun territoire n’est épargné : SKF à Avallon, Aubert et Duval à Imphy, bastion industriel de la Nièvre, ... Nous sommes sur tous ces fronts pour accompagner les repreneurs ou rechercher de nouveaux investisseurs. Jean-Claude Lagrange rencontre d’ailleurs un possible repreneur pour le site Jacob Delafon en ce moment. Notre mobilisation est permanente pour défendre les emplois.
Aux conséquences économiques de la crise sanitaire, s’ajoutent toutes les conséquences sociales : l’observatoire des inégalités vient de présenter son dernier rapport sur la pauvreté en France : il tire le signal d’alarme sur la situation des jeunes, rejoignant l’alerte des associations de lutte contre la pauvreté, qui voient affluer des bénéficiaires de plus en plus jeunes. Les étudiants les plus précaires n’arrivent plus à boucler leur budget, leur possibilité de petits boulots ayant disparu. Parmi les 5 millions de pauvres décomptés en France, plus de la moitié a moins de 30 ans. Mais ce constat va bien au-delà des jeunes. Nous aurons l’occasion d’y revenir.
J’ai étendu les concertations que je mène tous azimuts avec les milieux économiques depuis le printemps au secteur de l’aide alimentaire tant les informations qui nous parviennent sont inquiétantes. L’Etat et les Départements sont à la manœuvre. Nous pouvons, à notre niveau, d’une part accélérer les investissements grâce au volet ESS de notre Plan, mais aussi aider ces acteurs à rechercher de nouvelles ressources d’approvisionnement notamment auprès de producteurs locaux; un travail est en cours en ce sens. Nous proposerons une aide en fonctionnement à notre prochaine Commission Permanente et nous nous associerons à l’appel à projet lancé par l’Etat pour aider le fonctionnement des associations qui luttent contre la précarité. Nous sommes également associés aux acteurs universitaires, et notamment au CROUS, pour voir comment les accompagner sur le sujet de la précarité étudiante, en complément de l’aide que nous avions accordée en juin.
Autre conséquence de la crise sanitaire : l’effondrement du nombre de voyageurs dans les TGV, probablement durable, compte tenu des nouvelles habitudes de travail en visioconférence, cet effondrement fait peser une menace sur l’avenir du système ferroviaire Français qui n’est pas sans conséquence pour l’attractivité de notre Région. Des évolutions de dessertes sont inévitables partout, mais dans une région comme la nôtre, à faible densité démographique, où le trafic induit est limité, la remise en cause de ces dessertes est une menace sérieuse pour l’aménagement de notre territoire. Je plaide donc auprès de la SNCF pour que cette forte dimension d’aménagement du territoire soit prise en compte.
Nous pouvons fonder des espoirs sur un nouveau modèle commercial de TGV, axé sur une clientèle plutôt de personnes en loisir avec des tarifs attractifs, comme l’évoque régulièrement M. Farandou. Dans ce cas, notre potentiel touristique pourrait se démultiplier. En attendant je salue la ténacité et la réactivité de tous les acteurs du tourisme qui, en cette fin d’année catastrophique, lancent une nouvelle opération « Sortez chez vous » saison 2, que nous soutenons avec force.
La crise sanitaire ne doit pas faire oublier la crise écologique, dont l’impact est général : auprès des agriculteurs, mais aussi de tous les acteurs économiques qui doivent intégrer la décarbonation de leurs process pour être au rendez-vous de la compétitivité, auprès des particuliers pour lesquels nous franchissons un grand pas pour accélérer l’aide à la rénovation des logements. Notre engagement dans la transition écologique est le pilier de notre plan d’accélération des investissements, que ce soit par le soutien renforcé au photovoltaïque, par le développement d’une filière hydrogène ou par les actions de préservation de la biodiversité. Nous sommes au rendez-vous des responsabilités que la loi a données aux Régions, chefs de file de la transition énergétique. Dans ce contexte il est regrettable que l’Etat lance aujourd’hui l’élaboration de contrats territoriaux de relance et de transition écologique sans aucun accord préalable avec les régions. Je viens d’écrire au Préfet pour que la coordination parfaite que nous avons dans le domaine économique, soit
également au rendez-vous pour l’élaboration de ces futurs contrats, extrêmement importants pour les Territoires.
J’en viens au cœur de cette Assemblée, le Budget. Budget qui veut, à la fois, protéger notre économie et le pouvoir d’achat de nos concitoyens, et répondre aux enjeux de demain. Ceci dans un contexte d’incertitudes que nous avons fortement mis en évidence lors de notre Assemblée Plénière des Orientations budgétaires, puisque l’estimation de nos recettes de fiscalité est beaucoup plus aléatoire que les années précédentes ; et puis, il est difficile d’évaluer les recettes TER face à l’affaiblissement fort de la fréquentation. Dans les Régions, la chute de nos recettes de transport estimée de 40 à 45 % en 2020 ne s’arrêtera malheureusement pas en 2021. Je m’adresse donc à l’Etat pour qu’il traite les Régions à l’identique des autres autorités organisatrices de mobilités qui ont obtenu des compensations. J’ai demandé à Régions de France de prendre une position commune pour que le différentiel de recettes à venir de 2021 à 2022 comparées à 2019, soit couvert par des Avances Remboursables en 15 ans avec un différé d’amortissement de 3 ans. Il nous faut pouvoir amortir dans le temps les conséquences financières de cette crise. Pour autant, quelles que soient nos difficultés du moment, quel que soit le modèle économique en devenir pour lequel la capacité d’innover sera déterminante, tout commence par l’investissement dans les réseaux et le matériel roulant. Celui-ci a la part belle dans notre Budget 2021.
Un budget que nous aurions pu diminuer dans ce contexte d’incertitude, mais dont nous avons voulu, au contraire, maintenir les grandes lignes de fonctionnement afin d’assurer, comme je l’ai dit précédemment, protection et sécurisation à tous ceux qui souffrent des conséquences de la crise actuelle :
- Protection d’abord et avant tout par le maintien ou le développement des emplois, par le biais de nos différents fonds d’intervention, et sécurisation par la formation professionnelle : nous maintenons bien sûr toutes les avancées que nous avions décidées en matière de rémunération et d’aides au déplacement, avancées qui sont d’ailleurs reprises au niveau national par l’Etat pour l’ensemble des autres Régions, la nôtre ayant été pionnière en la matière. Pionnière, nous l’avons été aussi pour construire des contreparties sociales aux aides aux entreprises, contreparties qui feront l’objet d’une signature quadripartite entre les organisations syndicales salariés, les organisations patronales, l’Etat et la Région ; pionnière et résolue aussi pour signer l’avenant du PRIC nous permettant d’offrir 4 100 places nouvelles de formations, en lien avec les besoins recensés sur les territoires avec les branches professionnelles. Pionnière enfin pour inventer de nouvelles façons de sensibiliser les jeunes et aussi les moins jeunes à la nécessité de se former par le biais de la campagne « J’ai ma place ».
            -  Protection de l’emploi grâce à notre fonds de relocalisation qui interviendra dans les prochains jours pour EMCO à Dampierre, dans le Jura, qui souhaite relocaliser 100% de sa fabrication de tapis industriels de l’Allemagne vers le Jura. On se réjouit aussi de l’arrivée d’un industriel espagnol, leader dans la fabrication de produits alimentaires, qui a choisi, grâce à l’action de l’AER, le territoire de Chalon avec une perspective de 200 emplois. ?
            -  Protection encore sur le front de l’emploi en confortant le soutien spécifique que nous apportons aux entreprises de l’insertion par l’activité économique et aux associations d’aide à domicile sur tous nos territoires. ?
            -  Protection à venir par la mise en place d’une provision pour d’éventuelles nouvelles mesures d’urgence : 40 millions y sont consacrés. Après avoir été aux côtés de l’Etat par le biais du Fonds de Solidarité, après avoir contractualisé avec les EPCI pour venir en aide à notre économie de ?proximité, des concertations sont engagées pour bien cerner, avec chaque secteur, la plus-value de notre intervention. Nous aurons peut-être encore à abonder nos fonds de proximité pour lesquelles je reçois beaucoup de retours positifs. D’autres acteurs sont repérés qui concourent à notre vie sociale et sont fortement mis à mal par les confinements : les salles de cinéma, les salles de sport, je pense aussi aux jeunes chefs d’entreprise qui n’ont pas eu le temps d’amortir leurs investissements ; nous prenons donc les moyens d’affiner les besoins en vue de nouvelles mesures en début d’année, tenant compte de l’évolution de la situation.
S’agissant de la demande de M. Sauvadet reçue par courrier mardi, en vue d’inscrire à l’ordre du jour de notre séance un point supplémentaire avec la présentation d’un rapport sur l’utilisation des crédits votés au titre de l’urgence, je me dois de vous faire part de ma surprise.
En effet, même si cette demande porte en germe un soupçon d’insincérité, voire même une forme de suspicion non fondée, malheureusement fréquente dans notre milieu aujourd’hui, je crains comprendre que notre collègue a oublié que le principe d’annualité budgétaire nous conduira à établir ce bilan au 31 décembre prochain, toutes dépenses dûment comptabilisées et enregistrées par le comptable public. Comment pouvez-vous laisser croire que notre majorité ne serait pas soucieuse de la bonne destination des moyens mobilisés, et de leur pertinence ?
Comment comprendre que vous n’avez pas relevé les attributions ou compte-rendu d’affectations faits en Commission Permanente, et les redéploiements clairement affichés en toute transparence dans nos précédentes décisions modificatives ? Comment penser que nous ne nous sommes pas doté des outils de pilotage dédiés afin de suivre tout particulièrement les moyens exceptionnels mis en œuvre ?
Ceci étant dit, les droits de l’opposition doivent être respectés, et vos demandes même « superfétatoires » doivent trouver une réponse.
C’est pourquoi, je m’engage à vous transmettre le tableau de bord spécifique de suivi de la crise Covid, et à présenter de de notre collectivité lors de notre séance prochaine du 5 février, sur la base des comptes arrêtés.?Sans attendre ceux-ci, je vous indique d’ores et déjà, que :
Le montant des dispositifs d’urgence s’est élevé à 129 M€ dont environ 100 M€ en investissement et 30 M€ en fonctionnement.
Au 30 novembre, 110,3 M€ ont été engagés soit 85 % du budget voté.?Et 96,6 M€ ont été déjà mandatés soit 74,5% dont 73,5 M€ en investissement et 23 M€ en fonctionnement.
Non, il n’y a pas d’argent dormant.
J’ajouterai que cette année notre délai de paiement moyen a été ramené à 16 jours, afin de tenir compte des besoins du secteur économique qui dépend de nos interventions.
Enfin, puisque c’était aussi un élément de questionnement lors de notre précédente Assemblée Plénière, j’en profite pour dire qu’au 31 décembre 84,4 M€ de notre PAIR seront affectés, soit 20%, et environ 20 M€ seront d’ores et déjà dépensés, conformément à ce que nous nous étions engagés à faire.
- Protection vis-à-vis du pouvoir d’achat des habitants de notre Région : nous ne renonçons ni à la gratuité des ressources pédagogiques, ni aux tarifs d’hébergement et de restauration préférentiels pour les boursiers des lycées. Nous nous engageons dans des prêts de clés 4G dans les lycées, et à la rentrée prochaine, chaque élève boursier qui entrera au lycée recevra un ordinateur. Nous ne renonçons pas non plus à toutes réductions de tarifs mises en place dans les TER, ni à la tarification à 1,50 € dans les bus, ni au ticket mobilité pour les salariés habitant en milieu rural.
            -  Protection sur le front sanitaire : nous formerons davantage : avec en 2021, 165 nouvelles places pour former des aides-soignants sur des formations courtes dès février et 200 places de formation supplémentaires d’infirmiers pour la rentrée de septembre 2021. ?Nous fournirons par ailleurs des masques aux associations caritatives, à partir du stock stratégique que nous permet de constituer la ligne de production que nous avons mise en place. Et la centrale d’achat de masques tissus nous permettra de délivrer aux intercommunalités qui le souhaitent des masques à des prix intéressants. ?
            -  Protection de notre environnement, par le renforcement de nos engagements en faveur de la biodiversité, par l’élargissement de nos aides à la rénovation thermique des logements et par l’amplification de nos actions visant à ?
accroitre la production d’énergies renouvelables, notamment en photovoltaïque.
            -  Protection de notre agriculture en avançant dans la création d’une marque reconnaissant le juste prix payé au producteur, sans oublier le critère local. Dès la fin de cette année, la distribution d’une brique de lait UHT / estampillée Bourgogne Franche-Comté sera réalité grâce à Agrodoubs à Flagey, et à l’entreprise Delin à Gilly-les- Cîteaux. ?
            -  Protection de notre agriculture encore, par un recours appuyé à une nouvelle génération d’audits, les audits bas carbone, permettant aux exploitations d’élevage de s’adapter au réchauffement climatique. ?
            -  Protection de notre Vivre ensemble : nous ne remettons en cause aucun de nos engagements concernant la culture, le sport, la vie associative. Et nous adapterons, cette année, nos interventions en fonction des difficultés qui nous remonteront. ?
            -  Protection enfin de nos territoires, tant urbains que ruraux par nos différents contrats que nous prolongeons et renforçons dans le cadre de notre Plan d’Accélération, et par des programmes nouveaux autour, par exemple, de la démarche Villages du Futur, qui a rencontré un engouement montrant la vitalité qui peut être à l’œuvre dans les territoires ruraux. Nous poursuivons également tous nos engagements dans les contrats de ville en prolongeant et en ciblant un accompagnement spécifique pour l’accès à l’emploi et à la formation. ?De façon globale, les investissements que nous avons décidés d’accélérer, à la faveur du Plan voté à notre Assemblée d’octobre, joints aux investissements de l’Etat au titre de la Relance et au titre du démarrage du CPER, aboutissent à un fléchage de plus de 1,2 milliard d’euros au bénéfice de tous nos territoires, par le biais de l’Accord de Relance Etat-Région que nous sommes en mesure de voter après un travail particulièrement complexe mené avec l’Etat, complexe car mené dans des délais très contraints. Cet accord va ainsi permettre d’accélérer très fortement, par exemple, notre feuille de route hydrogène (j’en profite pour vous dire que nous avons reçus 36 projets dans le cadre de notre appels à déclaration d’intention mais aussi le déploiement des usages du numérique, l’économie circulaire , la résorption de friche industrielles, d’accélérer aussi les travaux routiers sur la RN7 et les travaux sur la VFCEA entre Nevers et Dijon, et aussi les travaux sur le patrimoine, la restauration des châteaux de Ray sur Saône et de Meaulnes, l’extension du musée de Bibracte et la refonte du musée Rolin d’Autun, entres autres. ?
Ces engagements s’accompagnent d’un accord de méthode visant à organiser la plus grande fluidité et coordination entre les services de l’Etat et les services de la Région, afin que les porteurs de projet soient, dans leurs demandes, informés et orientés vers la bonne source de financement, ceci grâce à un site internet unique Etat / Région, et la constitution de pôles d’instruction commun Etat / Région. Dans la foulée de cet accord de relance, j’ai été amenée à sensibiliser l’Etat à une révision de ces engagements sur l’enseignement supérieur, car à ce jour, le compte n’y est pas, notamment pour la rénovation des campus tant de Dijon, que de Besançon ou de Belfort. Le compte n’y est pas non plus en matière de postes permettant de nous projeter sur des développements indispensables pour notre enseignement supérieur, je pense notamment à la création d’une faculté d’odontologie qui fait cruellement défaut à notre région.
Pour terminer sur ce budget, je veux dire que ce sera un budget qui permettra une forte adaptation à la crise que nous traversons. Adaptation qui se traduira par un pilotage extrêmement resserré. Nous n’ouvrirons pas dès Janvier la totalité de nos crédits afin de constituer une réserve de précaution au cas où les recettes attendues ne se confirmeraient pas. Il est bien entendu que nous ferons tout pour libérer cette réserve de précaution et permettre l’exécution du budget 2021 conformément aux prévisions. Le vote d’une décision Modificative en avril permettra d’affecter l’excédent de l’exercice 2020 et de poursuivre notre adaptation permanente aux besoins générés par la crise.
Budget d’adaptation donc mais aussi d’anticipation avec un accroissement massif de nos investissements.?Budget d’une région qui se veut, avec ses compétences, résolument solidaire. Budget d’une région fusionnée qui a permis en 5 ans de tripler nos interventions pour faire de notre région une région solide face aux enjeux d’avenir.
Et comme j’entends beaucoup de propos plus qu’excessifs sur ce que nous faisons ou ne faisons pas, j’en appelle à un redoutable courage, celui de la nuance.


François Sauvadet
«En premier lieu je souhaite, comme vous, rendre un hommage à la mémoire du Président Valéry Giscard d’Estaing qui nous a quittés il y a quelques jours à l’âge de 94 ans.
Je veux tout d’abord saluer l’homme politique, une grande figure réformiste. Un Président grand témoin de notre temps et l’un des plus engagés pour la construction européenne.
Je retiens également l’homme politique d’action, en avance sur son temps.
Il a marqué profondément et durablement la société française par des mesures emblématiques comme la dépénalisation de l’avortement au côté de Simone Veil, le droit de vote à 18 ans, le divorce par consentement mutuel, la loi d’orientation en faveur des handicapés et le vote des mesures « Giroud » en faveur de l’égalité salariale entre hommes et femmes. Je pense aussi au développement du TGV et à Arianespace.
Donc je tenais à rappeler sa mémoire d’autant plus que j’ai travaillé à ses côtés comme parlementaire pendant plusieurs années.
Madame la Présidente, nous sommes aujourd’hui dans cette grande salle du Zénith de Dijon.
D’ailleurs je vous le redis, nous aurions pu tous nous réunir également en juin, en octobre ou encore le mois dernier pour débattre de nos orientations budgétaires dans des salles adaptées et dans le respect des règles sanitaires. La preuve nous y sommes.
Au lieu de ça, vous avez trié les élus en deux catégories. Ceux autorisés à siéger et ceux priés de rester chez eux.
Ce choix, vous nous l’avez imposé aux élus alors que notre groupe s’est toujours opposé et a même fait des propositions alternatives pour que chaque élu puisse participer au débat public. Notamment celle de se réunir au moins une fois à Besançon.
D’ailleurs, sur l’organisation de nos travaux, il y a eu de votre part beaucoup d’approximation. La dernière fois le décret autorisant les réunions en mode dégradé n’était même pas paru ce qui vous a contraint de reporter la session.
Maintenant que nous sommes là,  nous allons débattre de votre projet de budget primitif 2021.
Ce que j’observe, car vous parlez toujours de transparence, c’est que votre budget n’est pas conforme avec vos orientations présentées le mois dernier.
D’ailleurs votre 1er vice-président en a convenu et je le salue pour son honnêteté. C’est un point sur lequel nous sommes d’accord, « la trajectoire est dégradée ».
Tout comme votre gestion.
J’ai même envie de vous dire que vous êtes en train de susciter une situation budgétaire anxiogène.
Bien sûr il y a des incertitudes dans chaque collectivité, notamment sur les recettes.
Mais quand j’entends que vous nous dites que vous allez travailler mois par mois au lieu de fixer un cap clairement établi, vous contribuez à l’inquiétude ambiante.
Face à la crise, il ne s’agit pas d’afficher des centaines de millions comme vous le faites mais de s’assurer des conditions de leur mobilisation et qu’ils vont bel et bien aider les entreprises et les associations notamment celles de la solidarité.
Je vous ai demandé depuis des années de nous dresser un bilan des plans de soutien régulièrement.
C’est pourtant simple.
Combien d’entreprises aidées ?
Quels effets levier avec combien de communauté de communes impliquées ?
Quelles sommes engagées et consommées dans chaque secteur ?
Et vous nous proposez aujourd'hui d’accélérer les dispositifs alors qu’on n’a eu aucune évaluation sur table de leur efficacité.
Je prends un exemple, les entreprises de l’évènementiel, vous avez annulé les crédits de soutien à ce secteur sans évaluation.
Moi je réponds aux demandes de mon opposition dans ma collectivité. A chaque session, je mets un rapport sur table qui rend compte des aides aux associations avec un débat public. Et si ça fonctionne pas bien, on essaie de corriger le tir.
Je vous redemande officiellement un rapport sur la mobilisation des crédits engagés.
Un autre exemple celui des associations : vous nous avez annoncé dans la presse le maintien des subventions en totalité.
Moi j’ai trouvé ça très bien car je pense à toutes ces troupes qui n’ont pas pu se produire alors que les charges restent. Mais ce que je vois, c’est que contrairement à ce que vous avez indiqué, c’est en fonction des dépenses déjà engagées. Ce n’est pas la même chose.
Je sais que vous ne répondrez pas, parce que vous ne répondez jamais aux questions.
Vous renvoyez à demain et après-demain. Vous requalifiez les mêmes sommes plusieurs fois, quand vous ne renvoyez pas à d’autres les responsabilités qui vous incombent en partie.
Vous n’assumez pas les responsabilités qui sont les vôtres. Quand ça vous arrange vous en appelez à l’Etat.
Je m’interroge aussi sur les aides de l’Etat notamment pour le public qui était déjà en difficulté et donc n’est pas aidé. Qu’est-ce qu’ont fait ?
Tous les restaurateurs en ville pourront peut-être s’en sortir mais ce ne sera pas le cas dans les campagnes où les bars sont restés fermés durablement.
Quand on vous a parlé des problèmes agricoles lancinants dans l’élevage notamment, là aussi vous renvoyez les responsabilités.
J’ai vu le drame de l’élevage, je le vis. Même dans des exploitations stables.
Sur les aides à l’agriculture, on a fait des projets, des engagements de compétitivité. Mais concrètement on a aujourd’hui des pans entiers de l’agriculture qui meurent.
Si un bon point ; la filière moutarde que vous avez enfin décidé de soutenir.
Vous dites soutenir l’agriculture mais dans les faits vous n’êtes pas au rendez-vous des profondes mutations qu’il faut accompagner.
Alors vous parlez des relations avec l’Etat dans l’élevage, autre exemple. Il y a un plan pour la modernisation des abattoirs.
Celui de Beaune est en train de crever, vous faites quoi ? On va laisse à nouveau un grand groupe intervenir et le fermer ensuite ?
Dans votre budget vous annoncez un plan d’investissement sans précèdent et en même temps vous prévoyez 30 millions de réserve de précaution en fonctionnement sans nous préciser ce que vous allez en faire.
Franchement, un budget vous l’engagez ou vous ne l’engagez pas.
Concrètement, on ne voit pas où on va.
Et ce qu’on vous demande depuis cinq ans c’est de rendre compte de vos politiques.
On vous a fait des propositions au cours des dernières années. Toutes balayées d’un revers de main. Et je le regrette.
Ça oui vous avez fait de la communication. Et vous y avez mis des moyens.
Mais vous n’avez pas mis les moyens sur les enjeux stratégiques de notre région.
Vous nous dites une région forte. Mais vous n’avez pas recherché à rassembler les deux anciennes régions. Vous les avez laissées l’une à côté de l’autre, comme en témoigne l’augmentation des ressources humaines.
Cette fusion était censée faire des économies. Mais nous n’en avons pas fait.
Réaliser des économies de gestion vous l’aviez promis, mais vous ne l’avez pas fait.
En deux ans les dépenses de personnel administratif ont augmenté de 11M euros. C’est un fait.
Sur l’organisation des sites de la région entre Besançon et Dijon, vous aviez promis la mise en place d’une spécialisation. Nous vous avions même fait des propositions en ce sens.
Elles ont été balayées.
Vous avez maintenu un système bi-site qui ne satisfait personne et qui nous coûte cher.
Et je ne suis pas le seul à le dire. Selon la Cour des comptes ça coûte 3,5M euros par an.
Et ce ne sont pas les agents de la collectivité qui sont en cause. Ils ont subi votre improvisation permanente depuis 5 ans. Je les plains car ça doit être compliqué à gérer.
Et dans le même temps vous avez augmenté les impôts de 42% pour les automobilistes francs-comtois.
Vous l’avez fait mais vous ne l’aviez pas dit pendant la campagne.
Sur des domaines transférés, comme les transports scolaires et interurbains :
On en est où de l’harmonisation ? Les règlements sont toujours différents d’un département à l’autre.
Vous faites toujours payer certaines communes en Côte-d’Or et en Saône-et-Loire. Alors que vous ne faites pas payer dans d’autres. Et ceci après 5 ans.
Je vous demande à nouveau de nous fournir une présentation financière complète de l’exercice de la compétence transports scolaires et interurbains en distinguant année par année les ressources qui vous ont été transférées par les Départements et en face les charges qui ont été supportées par la région.
Jamais on ne les a eues ni en assemblée plénière, ni en commission et nous ne les aurons sans doute pas.
Et je ne parle même pas de la relation avec les Départements.
Vous les avez ignorés et parfois même combattus. De droite ou de gauche.
Et je me souviens d’un appel que nous avions lancé en vain pour un dialogue construit avec le Président du département de la Haute-Saône Yves Krattinger.
Vous affichez dans votre budget de lutter contre la précarité. Je vous rappelle que les Départements sont en première ligne et que c’est leur compétence. Je vous tends la main sur le sujet de la précarité.
Et dans la présentation en commission des finances faite par votre Vice-Président, jamais il n’a employé le mot Département parlant simplement du couple EPCI/région.
Cette crise dramatique ne peut pas servir de prétexte à ce que j’estime être l’échec de votre mandat.
Vous dites « j’assume ».
Ce n’est pas suffisant.
Madame la Présidente, la crise que nous traversons est un accélérateur des mutations profondes qui transforment notre société.
Et en même temps elle révèle la capacité à faire. Mais aussi la capacité à ne pas faire.
Cette crise nous devons la passer.
Il faut vraiment rechercher et vérifier l’efficacité de chaque euro dépensé. Notre région a des atouts pour réussir.
Y compris dans le Nucléaire, où le Président de la République vient de faire des annonces importantes.
La seule question après cinq ans, malgré la crise, est-ce que notre région se porte mieux après la fusion?Non.
Est-ce que son image s’est renforcée par rapport aux autres régions ?Non.
Je le regrette profondément.
Nous avons soutenu bon nombre de décisions techniques mais nous avons systématiquement regretté et dénoncé l’absence de souffle et de priorités claires.
La vision de l’avenir doit être au cœur de notre engagement républicain pour préparer notre région au monde de demain lorsqu’on sortira de cette crise parce que je le redis, on en sortira. Il faut limiter le fossé entre les annonces et la réalité vécue pour retrouver la confiance des citoyens.
Oui Madame la Présidente, dans les temps de crise plus encore qu’en eaux calmes, chaque euro dépensé doit être utile pour sauver les entreprises, les emplois, les activités de proximité, les formations, les compétences de notre région.
C’est tout le sens de ma demande.
Rendre compte de ce qui a été consommé pour évaluer ce qui est bon pour l’économie et l’emploi.
C’est d’ailleurs ce qu’on fait d’autres régions comme vous l’ont rappelé mes collègues Gilles PLATRET et Pascal GRAPPIN lors de la dernière session.
Surtout, je veux vous dire au terme de ces 5 années combien c’est difficile pour les élus locaux, les associations, les entreprises, de travailler avec la région.
Vous avez multiplié les initiatives de démocratie participative pour lesquelles nous n’avons eu aucun compte rendu.
Aux yeux de nos élus, la région est apparue lointaine et beaucoup se retournent vers nous pour trouver un interlocuteur.
A l’exception peut-être du tourisme, pour lequel je veux être honnête, et je le suis, nous avons de bons retours.
Mais j’ai eu tellement de témoignages de porteurs de projets qui n’interrogeaient même plus la région à cause de la complexité de vos dispositifs. Et c’est grave pour eux.
Ce qui fait que vous avez même dû annuler des crédits en cours d’année.
Je pense que votre budget 2021 n’est pas sincère, il n’est pas à la hauteur des enjeux d’une grande région industrielle et agricole.
C’est un budget d’affichage encore plus que les autres et malheureusement et je le regrette profondément pour notre région qui mérite mieux qu’un budget dégradé pour reprendre l’expression de votre premier Vice-Président».


Julien Odoul
En prenant la parole, Julien Odoul, président du groupe d'opposition du Rassemblement National, se met dans les pas de Valéry Giscard d'Estaing, ancien président de la République décédé récemment. S'il s'associe à l'homme rendu par l'assemblée, c'est pour mieux reprendre des propos en lien avec les thématiques chères au parti de Marine Le Pen : «Valéry Giscard d'Estaing fut un chef d’État au bilan contrasté. Nous retiendrons les avancées en matière des droits des femmes, des avancées pour la jeunesse et je retiendrai aussi une phrase qui prend tout son sens aujourd'hui : 'la France n'est pas un pays d'immigration et nous devons tendre vers un quota d'immigration zéro'».

Passée cette référence en guise de marche-pied, Julien Odoul charge Marie-Guite Dufay : «la fusion ratée, c'est vous, la fusion mal préparée, c'est vous, l'abandon de la Franche-Comté, c'est vous Madame la présidente». Il apparaît que le RN, lui aussi, souhaite faire du bilan de la fusion des conseils régionaux datant de 2015 un axe fort des élections régionales de 2021.

Toujours en s'adressant à la présidente : «vous avez gardé un déséquilibre entre Bourgogne et Franche-Comté et vous avez créé d'autres déséquilibres entre les régions qui profitent de la mondialisation, qui profitent de votre gestion et les autres. (…) Les politiques menées depuis 2016 ont désavantagé la France-Comté et la ruralité et ont bénéficié aux pôles métropolitains et aux quartiers prioritaires».

Puisque le sujet a été mis sur la table par le groupe majoritaire qui dépose un vœu lié à l'article 24 de la loi relative à la sécurité globale, le leader du RN prend le contre-pied : «je trouve grave et dangereux les propos que vous avez tenus. Les forces de l'ordre sont pris à partie quotidiennement, chaque jour 20 policiers sont blessés dans le cadre de leur métier. (…) Dans ce contexte, on attend des responsables politiques qu'ils soient au chevet des forces de l'ordre, sans ambiguïté, sans doute, sans faiblesse. (…) Vous vous contentez de surfer avec cette propagande d'extrême-gauche qui vise à incriminer le célèbre article 24 qui n'attente pas aux libertés d'informer, il n'y a rien dans cet article qui empêcherait les journalistes de faire leur travail».

Julien Odoul revient sur les faits divers qui ont émaillé l'actualité dans plusieurs villes de la région ces dernières semaines : «nos policiers sont attaqués, nos pompiers tombent dans des guets-apens. Aujourd'hui, ce sont les policiers et les gendarmes qui ont peur d'être attaqués, qui ont peur de commettre une bavure».

Le sujet de General Electric permettra de revenir sur le soutien accordé par Marie-Guite Dufay à Emmanuel Macron lors de la présidentielle de 2017 : «c'est un scandale d'état et aussi un scandale régional, c'est vous qui avez soutenu le candidat Macron, le responsable de la grande braderie, celui qui a été l'instigateur de la reprise de la branche énergie d'Alstom par l'américain General Electric. (…) Vous avez participé au démantèlement programmé d'Alstom».

Alors que l'exécutif propose d'établir une charte de la laïcité destinée aux associations, Julien Odoul donne sa définition : «la laïcité, c'est la discrétion des religions dans l'espace public, le cantonnement des religions dans l'espace privé». Évoquant la polémique autour de la subvention régionale accordée au Karaté club de Bethoncourt (lire le communiqué), il lance à la présidente : «vous abîmez les principes essentiels de la laïcité». [Actualisé le 12 décembre : durant les débats sur la charte régionale de la laïcité, la majorité déconstruira les arguments du responsable du RN (lire notre article).]

«Réunis au Zénith, nous sommes au crépuscule de votre mandat» déclare avec emphase Julien Odoul pour aborder la thématique du jour, le budget 2021, ajoutant une paraphrase de Valéry Giscard d'Estaing : «c'est le moment de regarder la Bourgogne-Franche-Comté au fond des yeux».

«Est-ce que l'on vit mieux en Bourgogne-Franche-Comté qu'avant votre présidence ?», la réponse à la question vaudrait bilan de la mandature. «Vous avez dégradé le pouvoir d'achat, vous avez dégradé l'équilibre territorial, vous avez dégradé les conditions de transport» martèle Julien Odoul en guise de réponse. «Vous avez tout dégradé avec idéologie, avec aveuglement, avec impuissance avec une forme de renoncement coupable Madame Dufay» assène-t-il, abandonnant la fonction de «Madame la présidente» pour le patronyme, glissant irrésistiblement vers le débat de campagne.

«Les Bourguignons et les Francs-Comtois sont en droit de demander des comptes, est-ce qu'ils en ont eu pour leur argent ?» Là aussi, Julien Odoul apporte la réponse par des choix sélectifs dans les bilans régionaux depuis 2015 : 279,6 millions d'euros de prélèvements aux automobilistes via la taxe sur les carburants et la taxe sur les cartes grises au regard de 17 millions d'euros pour la formation linguistique des migrants, 22 millions d'euros pour la politique de la ville, 19 millions d'euros pour la communication institutionnelle et 2 millions d'euros pour la démocratie participative, 12 millions d'euros «consacrés à l'art contemporain». Total : «286 millions d'euros gaspillés au cours de ce mandat, c'est bien trop» résume le responsable du RN.

«Vous regardez passer le train de la casse sociale, le train est chargé de dynamite» lance Julien Odoul en se référant au nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté passé de 245.000 en 2013 à 400.000 aujourd'hui selon lui.

Pour Julien Oudoul, l'exécutif présente un budget n'est «ni humble ni prudent» avec, pour 2021, près de 2 milliards d'euros et un emprunt de 500 millions d'euros. Reprenant une certaine sélectivité, Julien Odoul note une baisse des budgets pour les formations sanitaires et pour la sécurisation des parcours professionnels. «La rénovation et la cohésion sociale augmentent, les politiques territoriales diminuent» analyse le responsable du RN qui demande «une rénovation rurale».

«Il est temps de déposer le bilan et que les Bourguignons et Francs-Comtois tranchent. Ils ne se satisfont pas de voir des élus déconnectés du réel, qui gaspillent l'argent des contribuables. Nous disons aux Bourguignons et aux Francs-Comtois de se réveiller» déclare Julien Odoul, se référant directement au slogan de Marine Le Pen.

Eric Houlley
Le Franc-Comtois Éric Houlley reçoit la lourde tâche de remplacer le tribun Jérôme Durain, le sénateur de la Saône-et-Loire et président du groupe majoritaire Notre région d'avance étant retenu au Sénat. Le vice-président revendique le «volontarisme» de la majorité pour un budget «utile» dans un contexte «clair obscur».

Alors que «c'est moralement très dur» pour les étudiants, les salariés, les entrepreneurs et même pour «la planète», «notre responsabilité est de permettre à chacune et chacun où qu'il vive dans notre Région de bénéficier d'une croissance raisonnée et du progrès social en limitant les inégalités».

L'orateur raille le «festival des diversions», le «festival des amendements» hors compétence régionale de la part des oppositions. «De Lure à Joigny, de Mâcon à Montbéliard, croyez-vous que lieu d'une réunion soit la préoccupation de ceux qui cherchent 30 euros pour boucler le mois ?» demande-t-il aux élus et commentateurs qui souhaitaient voir la session se tenir à Besançon. «Monsieur Sauvadet, vous n'êtes pas à la hauteur» lance soudainement Éric Houlley ce qui entraîne évidemment les protestations du concerné.

Le socialiste dénonce «l'accumulation de petites polémiques» et répond à Alain Joyandet en défendant «les personnels qui font un travail extraordinaire». L'élu des Républicains avait regretté l'augmentation des dépenses de fonctionnement (lire le communiqué).

Le vice-président considère que l'exécutif engage «les moyens nécessaires à la relance» avec 1,2 milliards consacrés à la relance économique en additionnant les fonds de l'Europe, de l’État et de la Région. «Nous sommes une petite région mais une région avec de gros bras, petits mais costauds» déclare-t-il en référence à une célèbre publicité des années 1980. Éric Houlley approuve un budget qui «maintient le cap de notre stratégie de mandat» pour «préparer les grandes mutations de notre époque».

En lisant l'amendement déposé par le groupe du Rassemblement National sur la politique de la ville, Éric Houlley considère qu'il s'agit de «l'amendement de la honte» et, s'adressant directement à Julien Odoul : «on atteint la grossièreté et le simplisme, (…) vous êtes dans les mêmes obsessions maladives de la famille Le Pen». Dans les quartiers prioritaires au titre de la politique de la ville, «144.000 habitants incarnent des strates variées de notre société» insiste le socialiste qui ajoute : «nous avons choisi de mener une politique équilibrée du territoire qui s'adresse à toutes et à tous, nous agissons pour tous les territoires sans exception, nous rejetons toute visions passéiste du monde rural».

«Nous assumons d'être de gauche» indique Éric Houlley à propos des débats autour de l'article 24 de la loi relative à la sécurité globale. «Il y a bien encore une droite et une gauche dans une démocratie» avec «une gauche régionale de progrès face à deux droites qui se crispent dans leurs argumentations récurrentes» résume finalement le socialiste.