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23/11/2021 19:38

CORONAVIRUS : «Il n’y a pas à choisir entre avoir la Covid-19 ou la grippe», affirme Pierre Pribile

En pleine cinquième vague mais aussi dans une période où la grippe saisonnière pointe le bout de son nez, le directeur de l'ARS de Bourgogne-Franche-Comté a mis l’accent sur la vaccination concernant «deux priorités de santé publique» ce mardi 23 novembre.
Ce mardi 23 novembre 2021 en fin d’après-midi, Pierre Pribile, directeur général de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté, a tenu un point presse «pour partager la situation sanitaire qui est la nôtre et qui va être la nôtre cet hiver». Celui-ci va être «compliqué pour la santé publique» selon le directeur général de l’ARS.

Le «double front» de la période hivernale


Avec la cinquième vague de l’épidémie de la Covid-19, «nous sommes en route vers un taux d’incidence à 200» à l’échelle régionale, «sachant que certains départements ont largement dépassé ce taux d’incidence, sans oublier un taux de positivité qui est déjà à 5 % et qui est là aussi un signal d’alerte».
Mais ce mardi, Pierre Pribile a insisté sur le «double front» auquel nous devons nous préparer. Celui engendré par la Covid-19 mais aussi celui des «pathologies hivernales plus classiques et notamment la grippe, avec un vrai risque pour notre système de santé que ces deux épidémies s’additionnent. À la différence de l’année dernière, on a un vaccin pour lutter efficacement sur chacun de ces deux fronts».

Plus particulièrement, la grippe saisonnière est donc ciblée. Chef du service des maladies infectieuses au CHU Dijon Bourgogne, le professeur Lionel Piroth rappelle que la grippe peut représenter chaque année en France «2 à 6 millions de cas» et peut entraîner «jusqu’à 15.000 décès».
En comparaison, «on pourrait se dire qu’elle est six fois moins grave que la Covid-19 au vu de la mortalité globale et on a tendance à la confondre avec toutes les autres infections saisonnières hivernales moins graves, mais ça reste une maladie grave», tient à souligner le professeur.

Pour le spécialiste, la grippe fait certes moins de dégâts sur une population qui bénéficie d’une immunité collective plus importante par rapport à la Covid-19 et à l’inconnue qu’elle représentait l’hiver dernier, «mais l’immunité collective contre la grippe sera moins bonne cet hiver», avance-t-il, en expliquant cela notamment par le fait que la grippe n’a pas beaucoup circulé en 2020-2021 en raison du contexte sanitaire que l’on sait et des mesures barrières développées.

Le choix d’un des deux vaccins «serait hasardeux et dangereux»


«Les deux vaccins sont possibles. Le vaccin contre la grippe est administrable en même temps que le vaccin anti-Covid. La protection est équivalente. Faire les deux vaccins ne génère pas plus d’intolérances que de n’en faire qu’un des deux», précise Lionel Piroth en s’appuyant sur une étude britannique pour balayer les craintes ou les suspicions. «Il n’y a pas à choisir entre avoir la Covid-19 ou la grippe. Deux pathologies qui peuvent conduire à une hospitalisation voire un décès. Il y a un vrai enjeu à ce que les personnes, notamment celles concernées par le rappel vaccinal contre la Covid-19, puissent bénéficier des deux vaccins et ne choisissent pas», insiste Pierre Pribile, en ajoutant que le «pari serait hasardeux et dangereux».
L’efficacité du vaccin contre la grippe varie «de 30 % à 70 % suivant les années et selon les virus en circulation. Chez les 18-65 ans, l’efficacité est en moyenne de 60 % dès lors qu’on est en bonne santé».

Pour le directeur général de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté, il s’agit dès aujourd’hui de mesurer les conséquences, autrement dit de «ne pas hésiter à se faire vacciner». Il ne parle pas encore de saturation des hôpitaux dans la région mais envisage que des dispositifs de veille ou même des transferts entre établissements soient à nouveau activés. «On commence à voir un impact hospitalier et ça ne peut qu’aller dans le mauvais sens car l’incidence galope», confirme-t-il. En encourageant à respecter le port du masque à l’intérieur.
Pour l’instant, aucune restriction concernant les visites dans les EHPAD n’est évoquée.

Lionel Piroth attire quant à lui l’attention sur la transmission des virus par les mains et pointe «un relâchement» sur ce point-là. Quant aux symptômes, si ceux de la Covid-19 et de la grippe saisonnière peuvent se confondre, le professeur recommande la consultation lorsqu’ils se manifestent.

La relance de la vaccination contre le rebond de l’épidémie


En réponse au «double front» évoqué, l’importance de la vaccination est répétée. «Près de 90 % de vaccinés parmi les 12 ans et plus, c’est sûr que c’est un bon taux, mais 10 % ne le sont pas encore, dont des personnes très fragiles», fait remarquer Pierre Pribile, qui assure que l’offre vaccinale encore déployée sur le territoire permet de tenir les délais et de satisfaire les personnes intéressés. En parallèle du rebond de l’épidémie, il appelle à poursuivre la relance de la vaccination : +40 % cette semaine en Bourgogne-Franche-Comté concernant les doses de rappel et +25 % de primo-vaccinés par rapport à la semaine dernière.

Selon le professeur Lionel Piroth, le raccourci entre la nécessité de renouveler les vaccins et la preuve de leur inefficacité est une fausse idée. «C’est une logique de restimulation immunitaire», répond-t-il.

Michaël Braïda, sous-directeur de la coordination régionale de la gestion du risque à l’Assurance Maladie, rappelle que les vaccins et les injections associées sont «remboursées pour toutes les personnes de plus de 65 ans, pour les personnes exposées au risque accru d’être touchées par une forme grave de la maladie et pour les personnes en contact avec des personnes à risque de formes graves».

680.000 bons de vaccination contre la grippe


Suivant les modalités habituelles, un courrier et un bon de prise en charge du vaccin anti-grippal sera envoyé aux personnes identifiées. «Ces dernières semaines, 680.000 bons ont été envoyés aux assurés de Bourgogne-Franche-Comté», note Michaël Braïda, en ajoutant que les femmes enceintes, les personnes obèses ou encore les personnes hébergées dans des établissements médico-sociaux peuvent bénéficier également de cette prise en charge en se rendant sur le site internet ameli de l’Assurance Maladie.
Des informations pratiques sont à retrouver en cliquant ici.

Les professionnels de santé libéraux recevront également un bon de vaccination, de même que par exemple les aides à domicile intervenant chez des particuliers employeurs, sur présentation à la pharmacie d’un justificatif de l’Urssaf.

Rappelons que la campagne de vaccination contre la grippe a débuté le 26 octobre dernier. «La grippe n’a pas disparu même si on en parle beaucoup moins», termine Michaël Braïda, en annonçant que l’Assurance Maladie met aussi l’accent sur le respect des gestes barrières.

Alix Berthier