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20/04/2020 11:49

CORONAVIRUS : La formation à l'échographie pour prendre un charge un patient atteint du Covid-19, une première en France

Le docteur Sébastien Mirek, formateur au centre de simulation en santé du CHU Dijon-Bourgogne, a mis en place une unité mobile pour accompagner les médecins vers l'utilisation de l'échographie. L'examen non invasif et non irradiant pourrait faire gagner du temps aux soignants.
Les formateurs en santé sont, eux aussi, mobilisés pour lutter contre l'épidémie de Covid-19. À peine une innovation est-elle produite par des ingénieurs en informatique qu'elle est mise à disposition des soignants pour les soutenir dans la prise en charge des soignants.

La phase de formation est cruciale avant la mise en pratique. C'est le rôle de l'USEEM, le centre de simulation en santé du CHU Dijon Bourgogne qui adapté ses actions à la pandémie (lire le communiqué). Le docteur Sébastien Mirek est médecin anesthésiste-réanimateur au CHU Dijon-Bourgogne et formateur au sein de l'USEEM. Il a choisi d'adapter un dispositif aux déplacements pour proposer des formations à l'extérieur du CHU Dijon Bourgogne.

Une première française pour le centre de formation en santé du CHU de Dijon


L'unité mobile est composée d'un utilitaire, d'un chariot et du dispositif proprement dit : un mannequin, une sonde, un ordinateur et un écran. Le simulateur d'échographie U/S Mentor est produit par la société américaine 3D Systems et sa filiale Simbionix, il est distribué en France par Twin Medical. Dans le module récemment implémenté, 3D Systems propose d'étudier le cas d'une femme de 38 ans, asthmatique, admise aux urgences après trois jours de fièvre, toussant et ayant des difficultés respiratoires.

Comme cela fait plusieurs années que USEEM utilise le simulateur d'échographie, 3D System a proposé au centre de formation d'utiliser gracieusement le tout nouveau module «patient Covid-19» (ou «Lung Ultrasound COVID-19 Training Module»). L'USEEM du CHU Dijon Bourgogne est ainsi le premier centre en France à pouvoir utiliser ce module innovant pour lutter contre l'épidémie du nouveau coronavirus. La délocalisation de cette formation spécifique est aussi une première française.

«Voir des images en échographie d'un patient qui est atteint de Covid-19»


La devise de la simulation en santé est «jamais la première fois sur le patient» rappelle le docteur Sébastien Mirek. Le simulateur d'échographie U/S Mentor avec son module «patient Covid-19» va apprendre aux professionnels de santé à «voir des images en échographie d'un patient qui est atteint de Covid-19». C'est à dire qu'il des cours, des vidéos pour amener à visualiser la simulation échographique à partir du mannequin informatisé et de la sonde.

«Une fois qu'on les a visualisées, on peut les reproduire sur un patient qui est atteint de Covid-19» explique le formateur. C'est donc le cas depuis la semaine du 13 avril 2020 au CHU Dijon Bourgogne où vingt médecins ont été formés (anesthésistes-réanimateurs, urgentistes, pneumologues, pédiatres...).

«Se servir de l'échographie pour faire de la catégorisation de patients»


Une séance de formation commence par l'installation de l'ordinateur sur le chariot et par la désinfection de l'ensemble avant de poser le mannequin sur un lit dans les locaux des soignants. Une fois l'ordinateur en fonction et les sondes branchées, les praticiens suivent un programme de formation : vidéos sur l'échographie pleuro-pulmonaire d'un patient atteint du Covid-19 puis mise en pratique sur le mannequin. Soit un formateur associé est présent pour animer la séance, soit le logiciel permet une autonomie des soignants qui peuvent aussi se référer au didacticiel établi par l'USEEM.

«Quand on fait des démonstrations, l'idée c'est de pouvoir répondre aux questions en direct» souligne le docteur Sébastien Mirek. Surtout quand il y a des niveaux variés dans la pratique de l'échographie pleuro-pulmonaire parmi les apprenants. La séance dure une heure par praticien formé.

«L'intérêt est de pouvoir se servir de l'échographie pour faire de la catégorisation de patients» précise l'anesthésiste-réanimateur. «On a un patient qui a un symptôme qui ressemble au Covid-19, l'échographie permet de faire un triage : échographie pleuro-pulmonaire normale, le patient a des symptôme mais ce n'est pas grave ; échographie pleuro-pulmonaire anormale, patient à évolution grave». D'où un transfert vers un service conventionnel ou en soins intensifs.

Un examen «non invasif, non traumatisant, non irradiant»


«L'intérêt de l'échographie, c'est d'être non invasif, non traumatisant, non irradiant. Ça peut se faire au lit du patient, à l'accueil aux urgences ou même à domicile» s'enthousiasme le docteur Sébastien Mirek. L'objectif est donc de former les anesthésistes-réanimateurs, les urgentistes ainsi que les généralistes. Une prochaine étape envisagée est que les généralistes de SOS Médecins soient en mesure de réaliser des images d'un patient à domicile afin de les envoyer au CHU Dijon Bourgogne pour analyse.

Si l'échographie permet la catégorisation de la prise en charge du patient, elle ne permet pas le diagnostic en soi car les atteintes pulmonaires repérées ne sont pas spécifiques au Covid-19. Néanmoins, cela apporte des informations pour alimenter un faisceau d'arguments afin d'établir un diagnostic. Quand les patients arrivent en grand nombre, il est plus facile de faire une échographie qui prend trois minutes plutôt qu'un examen par scanner.

Des appareils d'échographie miniaturisés pour faire du dépistage


Les appareils d'échographie sont très présents dans les établissements de santé (salle de réveil, réanimation, urgences...) et arrivent dans les cabinets de ville. Par le biais de l'USEEM, les médecins généralistes pourront être formés à d'autres usages de l'appareil (échographies articulaires, cardiaques ou encore du canal carpien...).

«Le médecin n'est pas radiologue peut faire du dépistage pour donner des arguments en plus au radiologue» envisage le formateur en santé pour qui, à l'avenir, un appareil d'échographie miniaturisé pourrait remplacer le stéthoscope du médecin.

Une première session décentralisée à la clinique de Talant


Le 17 avril dernier, l'unité mobile de l'USEEM est venue proposer à la clinique mutualité Bénigne-Joly à Talant, en périphérie de Dijon, la formation d'échographie sur le dispositif U/S Mentor spécialement adapté au Covid-19.

Le docteur Jean-Henri Perrin, médecin anesthésiste-réanimateur en retraite et président du conseil départemental de l'Ordre des médecins en Côte-d'Or, a fait le lien avec la clinique de Talant pour une collaboration public/privé et la formation de quatre médecins anesthésistes-réanimateurs.

Le centre USEEM va continuer proposer cette formation innovante sur la base de l'échographie à d'autres établissements du Groupement Hospitalier de Territoire Côte-d'Or-sud Haute Marne (GHT 21-52) comme prochainement à Semur-en-Auxois, Chaumont et Langres. Les interventions peuvent aussi se faire dans les établissements privés ou les maisons de santé.

Ces déplacements in situ de l'unité mobile de formation permettent qu'il n'y ait que deux personnes à transporter et que les locaux et matériels habituels des soignants formés soient utilisés. Pour le docteur Sébastien Mirek, il s'agit aussi de rapprocher les soignants au sein du GHT 21-52 avec une optique de «formateurs territoriaux» proposant des sessions «sur mesure».

Jean-Christophe Tardivon