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10/04/2020 07:55

CORONAVIRUS : Le CHU Dijon Bourgogne cherche à «faire progresser la connaissance sur ce virus»

Le 31 mars dernier, le CHU annonçait sa participation à l'essai Discovery visant à trouver des traitements face au Covid-19. Parmi les modalités retenues, se trouvent deux tests avec l'hydroxy-chloroquine. Infos-Dijon a notamment interrogé la directrice de la recherche du CHU Dijon Bourgogne pour faire le point.
Moins de deux mois après la découverte des premiers cas en France contaminés par le coronavirus SARS-CoV-2, responsable de la maladie Covid-19, l'Inserm annonçait le lancement d'un essai clinique européen en vue de trouver des traitements : «Discovery». Le 31 mars 2020, le CHU Dijon Bourgogne annonçait participer à cet essai ainsi qu'à six autres projets de recherche (lire le communiqué) .

Comme l'indique l'Inserm, Discovery a pour objectif est d’évaluer l’efficacité et la sécurité de quatre stratégies thérapeutiques expérimentales qui pourraient avoir un effet contre le Covid-19 au regard des données scientifiques actuelles.

Pour cela, il inclut 3.200 patients européens atteints de formes sévères du Covid-19 dont 800 en France. Pour la partie française, Discovery est financé par le ministère de l’Enseignement Supérieur de la Recherche et de l’Innovation et le ministère de la Santé et des Solidarités.

Mettre à profit les données sur le SARS et le MERS


Discovery est piloté par Florence Ader, infectiologue dans le service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Croix-Rousse au CHU de Lyon et chercheuse au Centre international de recherche en infectiologie CIRI (un laboratoire de l'Inserm, du CNRS et de l'Université Claude-Bernard Lyon 1).

L'Inserm relaie la présentation faite par l'infectiologue elle-même : «nous avons analysé les données issues de la littérature scientifique concernant les coronavirus SARS et MERS ainsi que les premières publications sur le SARS-COV2 émanant de la Chine pour aboutir à une liste de molécules antivirales à tester : le remdesivir, le lopinavir en combinaison avec le ritonavir, ce dernier traitement étant associé ou non à l’interféron bêta, et l’hydroxychloroquine. La liste de ces médicaments potentiels est par ailleurs basée sur la liste des traitements expérimentaux classés comme prioritaires par l’Organisation Mondiale de la Santé».

L’essai a démarré avec cinq modalités de traitement : soins standards, soins standards plus remdesivir, soins standards plus lopinavir et ritonavir, soins standards plus lopinavir, ritonavir et interféron beta ainsi que soins standards plus hydroxy-chloroquine. L’attribution des modalités de traitement se fera de façon randomisée, c’est à dire aléatoire, mais patients et médecins sauront quel traitement est utilisé.

La reconnaissance de l'excellence en recherche du CHU de Dijon


Après Paris, Lille, Nantes, Strasbourg, Lyon, le CHU Dijon Bourgogne a rejoint la vingtaine d'établissement de santé et recherche participant à Discovery. Pour savoir dans quel cadre se situait cette participation, Infos-Dijon a interrogé la directrice de la recherche au CHU, Florence Martel (directrice de la recherche au CHU Dijon Bourgogne), ainsi que le professeur Catherine Creuzot-Garcher (chef du service d’ophtalmologie du CHU Dijon Bourgogne, présidente de la Délégation à la Recherche Clinique et à l’Innovation et chef du pôle de Recherche et Santé Publique).

Quelle importance cela a pour les équipes du CHU de participer à une telle étude internationale ?

«Les médecins et les personnels de recherche sont en effet fiers de participer à des études d’envergure internationale. Si le CHU Dijon Bourgogne a été sélectionné pour ce type d’essais, c’est qu’il dispose des compétences et de l’expérience en recherche clinique depuis de nombreuses années. C’est donc une reconnaissance pour le CHU Dijon Bourgogne de son excellence en recherche.»

«Les services les plus impliqués ont d’abord été les maladies infectieuses, la médecine intensive et réanimation, la pneumologie et la médecine interne. Mais de plus en plus de services sont désormais concernés par des études sur le Covid-19 : l’hygiène hospitalière ou l’endocrinologie par exemple.»

«Il est trop tôt pour tirer des conclusions des premières études qui ont débuté il y a moins de 15 jours.»

«Ce que l’on peut indiquer c’est la mobilisation de tous : médecins, biologistes, pharmaciens, infirmiers de recherche, techniciens d’études cliniques, techniciens de laboratoires, préparateurs en pharmacie pour inclure le plus rapidement les patients dans les essais et ainsi faire progresser la connaissance sur ce virus.»

Des procédures accélérées tout en garantissant la sécurité des patients


Comment travaillent les chercheurs face à une urgence sanitaire ?

«La situation est assez inédite en effet. Des procédures accélérées ont été mises en place afin que les essais débutent le plus rapidement possible, tout en garantissant la sécurité des patients. Aussi, les projets de recherche restent soumis à l’analyse des comités de protection des personnes et à l’autorisation de l’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) si l’essai concerne un ou plusieurs médicaments.»

«Le système s’est donc adapté en accélérant les procédures pour prioriser tous les essais concernant le COVID, tout en maintenant un cadre permettant la sécurité des patients inclus dans des études.»

«On ne peut pas simplement se contenter d’une croyance pour être sûr qu’une molécule est efficace»


L'engouement médiatique et populaire concernant les espoirs placés dans la chloroquine semblent avoir transformés de nombreux Français en spécialistes de la virologie. N'est-ce pas étonnant ?

«Il est légitime de se poser des questions sur les traitements proposés et la population est dans l’espoir d’un traitement – même s’il n’est pas magique ! Les essais en cours sont là pour démontrer si tel ou tel médicament sera efficace sur le Covid-19. On ne peut pas simplement se contenter d’une croyance pour être sûr qu’une molécule est efficace. On sait bien que la méthodologie des essais est essentielle : il faut réellement favoriser les essais comparatifs surtout quand le taux de formes bénignes est élevé. C’est la raison pour laquelle le CHU Dijon Bourgogne participe à deux essais avec ce médicament, mais pas seulement celui-ci.»

«Il est encore trop tôt pour conclure mais ce qui est très encourageant c’est qu’il s’agit d’essais à grande échelle, avec un grand nombre de patients inclus. On peut donc espérer avoir des orientations dans les toutes prochaines semaines…»

De façon plus large, l'essai Discovery va complémenter les données qui seront recueillies au cours d’un autre essai clinique international qui va bientôt commencer sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé, baptisé «Solidarity».  Discovery et Solidarity, tout un symbole.

Propos recueillis par Jean-Christophe Tardivon

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Sont impliqués dans les essais en cours : la directrice de la recherche, infirmières de recherche clinique, techniciens de laboratoire médical, assistant de recherche clinique et coordonnatrice de recherche au pôle biologie du CHU Dijon Bourgogne
(photographie CHU Dijon Bourgogne)