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28/04/2020 03:27

CORONAVIRUS : Les pharmaciens demandent à pouvoir réaliser des tests sérologiques

Un sondage Odoxa pour le réseau Elsie-Santé indique que 94% des Français sont favorables à ce que les pharmaciens proposent des tests sérologiques concernant le coronavirus responsable du Covid-19. Le Dijonnais Thierry Pouthier entend participer ainsi à la sortie du confinement.
Depuis les années 1980, le flambeau de la pharmacie de la Liberté rayonne sur la rue éponyme à Dijon. Prosper Thomas avait fait fabriquer aux États-Unis une réplique à taille humaine de la statue de la Liberté, elle trône à présent en vitrine. L'histoire de la pharmacie est racontée par Thierry Pouthier qui, quand il était étudiant, a travaillé avec Prosper Thomas.

Aujourd'hui, le docteur en pharmacie Thierry Pouthier est propriétaire de la dite officine et bataille pour défendre la liberté d'exercice des pharmaciens. Son engagement actuel se situe dans le cadre de la lutte contre le nouveau coronavirus, le SARS-CoV-2, responsable du Covid-19. Avec le réseau Elsie-Santé, le pharmacien entend «apporter [sa] pierre au déconfinement», notamment en proposant aux personnes qui souhaitent être informées de leur état de santé, un test sérologique.

Une fréquentation de la pharmacie divisée par trois


La pharmacie de la Liberté dispose de 300 m² de surface commerciale pour accueillir les patients, sans compter les bureaux et les pièces de stockage des 50.000 références. L'équipe de vingt personne comporte sept pharmaciens et cinq préparateurs. Un MBA en école de commerce a conduit Jordan Arnol à s'occuper du management de la pharmacie et du développement de marques. Sa mission est de veiller à ce que l'officine «sache accueillir tout type de personne pour répondre à tous les types de besoins que peut avoir le patient».

Thierry Pouthier a participé à la création de la marque-enseigne Elsie-Santé à laquelle est affiliée la pharmacie de la Liberté. Le réseau Elsie-Santé mutualise des moyens pour plus de cent officines dans toute la France, l'ensemble représentant 900 millions d'euros de chiffre d'affaire. En Bourgogne-Franche-Comté, on retrouve une pharmacie du réseau à Besançon (Doubs) et à Auxerre (Yonne).

Avec le confinement, située en cœur de ville de Dijon, la pharmacie a vu sa fréquentation divisée par trois et son chiffre d'affaire chuter de 60%. La moitié de l'équipe est en activité partielle. Pour réagir, une activité de livraison à domicile a été mise en place.

Test diagnostique et test sérologique


Il existe deux grands types de tests autour du SARS-CoV-2. Le premier type de tests vise à détecter la présence du virus au moment du test. On parle de test virologique, diagnostique ou encore PCR (polymerase chain reaction). Dans un prélèvement nasopharyngé, des séquences d'ARN vont être amplifiées afin de vérifier la présence du virus recherché. Relevant de la biologie moléculaire, ces test sont obligatoirement réalisés en laboratoire.

Le second type de test permet de mettre en lumière une réaction du système immunitaire liée à une infection par le coronavirus. On parle de test sanguin sérologique qui détecte la présence d'anticorps ayant réagi au SARS-CoV-2. Il faut une semaine pour que les immunoglobulines apparaissent. À ce jour, on ne sait pas si les personnes sont immunisées après une première contamination.

De nombreux candidats sont en train d'être évalués par la Haute Autorité de Santé afin de déterminer leur fiabilité pour être finalement autorisés. Les résultats sont attendus cette semaine. Pour sa part, le réseau Elsie envisage de recourir au test Biocynex.

À ce jour, les test sérologiques ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale puisqu'il ne font pas partie de la stratégie sanitaire de lutte contre l'épidémie de Covid-19. Remboursement ou pas, s'ils sont autorisés, les pharmaciens les mettront en place. Historiquement, ce serait une première que des pharmaciens puissent procéder à des tests sérologiques.

«Orienter et catégoriser les malades»


Thierry Pouthier a fait les comptes. En France, 4.000 pharmacies pourraient avoir la taille suffisante pour proposer ces tests sérologiques. Cela permettrait de réaliser plus d'un million de tests par semaine. «On ne gagnera rien à faire ça, financièrement. C'est un devoir quand on est pharmacien d'amener ce genre de service à la population» explique le pharmacien qui anticipe une demande de la population de pouvoir faire un dépistage après un déplacement ou un événement professionnel.

Une personne à la sérologie positive pourrait être incitée par le pharmacien à consulter son médecin à procéder au test PCR afin de vérifier si le virus est toujours présent dans l'organisme ce qui permettrait d'anticiper la survenue de symptômes et de confiner la personne pour éviter de participer à la circulation du virus. L'ensemble des deux tests «permet d'orienter et de catégoriser les malades des non-malades» explique Thierry Pouthier.

Le président du réseau Elsie-Santé, Emmanuel Lataste, a écrit au Premier ministre ainsi qu'aux parlementaires pour rappeler les arguments en faveur de ce dépistage. Il se «porte volontaire pour prendre part à la mobilisation voulue par le président de la République». Emmanuel Lataste évoque un «défi crucial» et la possibilité d'éviter de «paralyser les laboratoires ou les médecins généralistes». Alors qu'il semblerait qu'une partie de la population renonce à des soins par crainte de se rendre dans une salle d'attente d'un cabinet médical ou à l'accueil des urgences d'un hôpital, Emmanuel Lataste met en avant que «les patients n'ont pas peur d'aller en pharmacie».

«On fait de la prévention de santé»


Les pharmacies proposent déjà des TROD (Test Rapide d'Orientation Diagnostique) concernant le diabète notamment. Thierry Pouthier revendique la possibilité de faire des tests sérologiques du SARS-CoV-2 en tant que TROD. L'arrêté TROD est attendu avant la levée du confinement afin de pouvoir s'organiser.

Les statistiques de l'officine dijonnaise indiquent qu'un patient passe huit minutes, en moyenne, à échanger avec un pharmacien. Un temps d'échange que Thierry Pouthier revendique comme de l'information pertinente apportée au patient. «On n'est pas là que pour délivrer des ordonnances, on fait de la prévention de santé» assure le pharmacien qui ajoute que «les pharmaciens sont une interface entre les pouvoirs publics et la population».

«On ne peut pas être toujours marginalisé quand il y a un problème» regrette Thierry Pouthier. Les pouvoirs publics mobilisent les pharmaciens pour la prévention de la grippe, du diabète ou encore du tabagisme. Les pharmaciens entendent donc participer à la lutte contre la pandémie en cours que ce soit par le dépistage ou par la prévention. «À la fin du confinement, il faudra garder tous les gestes barrières» martèle Thierry Pouthier

Un parcours dédié au dépistage


La démarche serait volontaire, ne nécessitant pas de prescription. Responsable de l'hospitalité à la pharmacie de la Liberté, Jordan Arnol explique qu'à l'entrée, sera proposé aux patients une désinfection par une solution hydroalcoolique activée par une pompe à pied. Un masque devrait être remis et la température sera vérifiée. Un comptoir séparé d'accueil est prévu au premier étage du bâtiment.

Après avoir manifesté son souhait, le patient sera conduit par un pharmacien dans une petite pièce aménagée en salle de test confidentielle. Le praticien sera protégé de gants, masque, lunettes et surblouse. Les instruments utilisés seront désinfectés après chaque patient. Si les demandes se révélaient nombreuses, des rendez-vous seraient spécifiés.

Les Français plébiscitent les tests en pharmacie


Un sondage Odoxa, réalisé les 22 et 23 avril dernier pour le réseau Elsie-Santé, indique que 94% des Français seraient favorables à ce que gouvernement autorise les tests en pharmacie (sondage sur Internet, à partir d'un échantillon de 1.005 personnes représentatif de la population française âgée de plus de 18 ans). La confiance dans les pharmaciens est élevée, seuls 6% des Français ont repoussé un déplacement dans une officine du fait du confinement.

Si le coût du test était inférieur à 20 euros, 23% des sondés se disent «certainement» prêts à le payer et 40% «probablement», soit 63% des Français prêts à faire la démarche sans prise en charge de la Sécurité sociale.

La proportion de Français considérant que le test sérologique en pharmacie serait «un atout pour permettre de réussir la sortie du confinement» est encore plus importante : 38% de «oui certainement» et 43% de «oui probablement», soit 81% en faveur des tests sérologiques à grande échelle.

Jean-Christophe Tardivon

Informations pratiques
Pharmacie de la Liberté
service de livraison à domicile
du lundi au samedi, de 8h à 19h
Dijon et alentours
Tél : 03.80.30.41.69
Mail : contact.pharmacieliberté@orange.fr