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09/07/2020 03:26

EAU : Seulement 26% des rivières sont en bon état écologique en Bourgogne-Franche-Comté

Dans l'ensemble des bassins Rhône-Méditerranée et Corse, la proportion est de 51%. Cela fait partie de ce que révèle le rapport de l'agence de l'eau commenté par son directeur général le 2 juillet dernier. Pollution des rivières par les pesticides, molécules émergentes et économies d'eau ont été passées au filtre des connaissances accumulées par l'agence.
En mars 2020, l’Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse a publié son rapport biennal sur l’état des eaux des bassins Rhône-Méditerranée et de Corse. Confinement oblige, la présentation des principaux aspects a été reportée à ce début juillet. Laurent Roy, directeur général de l'agence de l’eau a détaillé les résultats des dernières études dans une visioconférence le 2 juillet 2020.

La vocation des agences de l'eau est d 'aller vers le bon état des eaux de surface, des eaux souterraines et des eaux littorales. Elles accumulent des informations et valorisent l'ensemble des données de surveillance. La Bourgogne-Franche-Comté est concernée avec le bassin de la Saône qui rejoint le bassin du Rhône.

Il y a urgence à moins polluer


L'agence de l'eau est confiante. La mobilisation sur les territoires des collectivités et des acteurs économiques pour diminuer les pressions telles que les pollutions, les prélèvements d’eau excessifs, les dégradations de la morphologie ou le cloisonnement des rivières, commence à porter ses fruits.

Néanmoins, les aléas climatiques qui s’intensifient perturbent le fonctionnement des cours d’eau. En 2019 encore, la sécheresse estivale a eu pour effet de diminuer les débits de certains cours d’eau et de fait leur capacité d’épuration.

Du point de vue de l'agence de l'eau, il y a urgence à moins polluer, moins prélever d’eau et redonner aux rivières leurs fonctions vitales utiles à l’homme et à la biodiversité. En Bourgogne-Franche-Comté, seulement un quart des rivières sont en bon état écologique, tandis que 86 % des nappes souterraines affichent un bon état chimique.

Les progrès constatés


Sur l'ensemble des bassins Rhône-Méditerranée et Corse, la moitié des cours d'eau sont en bon état écologique. Pour être en bon état écologique, un cours d’eau doit contenir une eau de bonne qualité chimique mais il faut également que les espèces animales et végétales qui y vivent soient peu perturbées par les activités humaines.

Sur le nord du bassin Rhône-Méditerranée (régions Bourgogne-Franche-Comté et Grand-Est), la proportion tombe à 26 %. Dans le détail, 0,7% des eaux de surface sont dans un très bon état écologique, 25% bon, 38% moyen, 32% médiocre et 5% mauvais.

Sur cette partie du bassin, l'analyse révèle une situation très contrastée. Les rivières en tête de bassin sont souvent préservées, comme la Tille amont (Côte-d’Or) ou l‘Ain amont (Jura). Alors que sur le reste du territoire, les rivières sont très impactées par les dégradations physiques mais aussi par les nombreuses substances toxiques présentes dans les plaines cultivées et urbanisées. Les grands axes, tels que la Saône, ou des rivières telles que la Seille et l’Ognon, concentrent également l’ensemble des pollutions produites sur leur bassin versant.

Sur les dernières décennies, l'agence de l'eau signale que les progrès sont néanmoins visibles : la quantité de pollution organique a en moyenne été divisée par 20 pour l’ammonium au cours des 28 dernières années. Ces résultats sont à mettre à l’actif d’une politique volontariste d’amélioration des systèmes d’assainissement des eaux domestiques fortement soutenue par l’agence de l’eau et les services de l’État.

Les collectivités s’attaquent désormais à la réduction des pollutions par temps de pluie qui partent sans traitement au milieu naturel. Les villes investissent pour déconnecter les eaux de ruissellement des réseaux d’eaux usées et pour désimperméabiliser les sols afin de laisser l’eau s’infiltrer là où elle tombe.

La toxicité des pesticides a été divisée par deux en dix ans


Les Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP) issus de la combustion du bois, du fuel ou de l’essence, sont les substances les plus toxiques détectées dans les cours d'eau. Leur concentration a été divisée par 4 au cours des dernières années, mais reste encore en moyenne 15 fois supérieures aux normes admises pour la protection de l’environnement. Les politiques de réduction de la consommation énergétique, et, plus globalement, toutes les politiques menées pour lutter contre le réchauffement climatique et améliorer la qualité de l’air, ont un impact positif sur la qualité des milieux aquatiques vis-à-vis des HAP.

Pour autant, comme le souligne Laurent Roy, «les pesticides sont les principaux facteurs de dégradation». Localement, il peut y avoir des variations, Laurent Roy signalant notamment «des polluants d'origine industriels» au sud de Dijon.

La toxicité moyenne des substances pesticides a été divisée par 2 sur la période 2008-2018, pour atteindre près de 50 % de la norme, principalement du fait du retrait progressif du marché des substances les plus toxiques.

Le glyphosate et son métabolite l’AMPA restent de loin les deux substances les plus quantifiées. Avec près de 1.700 tonnes vendues dans le bassin Rhône-Méditerranée en 2018, le glyphosate a connu une forte augmentation des ventes (+25%) du fait d'une anticipation d'une nette augmentation de la redevance pour pollution diffuse qui allait survenir en 2019. Certains revendeurs n'ont pas hésité à faire d'importantes promotions fin 2018. Selon le directeur général, les ventes de 2019 sont revenues au niveau de 2017 et «les achats évoluent vers des molécules moins toxiques» comme les produits de biocontrôle.

Une amélioration de la qualité physicochimique au bénéfice de la faune et de la flore


Les opérations collectives mobilisant les collectivités et le tissu industriel local, avec l’aide de l’agence de l’eau, ont permis une très nette amélioration de la qualité des milieux vis-à-vis des pollutions toxiques.

Au global, cette amélioration de la qualité physicochimique a eu un effet bénéfique direct sur la faune et la flore qui peuplent les cours d’eau. Plus de 60 % des stations des surveillance montrent un paramètre « diatomées » en bon état (algues brunes sensibles à divers types de pollution). De même, l’Indice Invertébrés Multimétrique (I2M2) nouvellement utilisé pour mesurer la qualité globale du milieu montre une évolution positive de la qualité de la faune présente au fond des cours d’eau.

L’amélioration de la qualité biologique reste cependant moins spectaculaire que celle enregistrée sur les paramètres physicochimiques car elle reste tributaire de la qualité des habitats, qui s’améliore beaucoup moins vite.

Les micropolluants : invisibles mais nocifs


Les progrès réalisés au cours des années 2000 en matière d’analyse des micropolluants ont permis de déceler de nouvelles contaminations, aussi bien dans les eaux superficielles que souterraines.

Depuis 4 ans, l’agence de l’eau suit également des polluants présents en quantité infinitésimale mais très régulièrement dans les cours d’eau : substances pharmaceutiques (anti-diabétiques, anti-hypertenseurs, anti-épileptiques, analgésiques tels que le paracétamol, bétabloquants, diurétiques, anxiolitiques, anti-inflammatoires), stéroïdes, hormones, stimulants tels que caféine et nicotine, cosmétiques…

Plus de 120 de ces substances sont présentes dans les cours d’eau avec pour conséquences une baisse de la reproduction des poissons, batraciens ou mammifères marins et un développement des bactéries résistantes aux antibiotiques. Des études montrent que le traitement de ces substances via les stations d’épuration n’est que partiellement efficace. Par exemple, le traitement des anti-épileptiques est quasi nul.

Des crevettes d’eau douce, sentinelles de la pollution


Pour compléter ces analyses dans l’eau, l’agence de l’eau a mis en place depuis 2018 des mesures de la bioaccumulation de certaines substances chimiques dans des petites crevettes d’eau douce, les gammares.

Les premiers résultats mettent en évidence la présence de substances non mesurées directement dans l’eau, comme des métaux, des PCB, des dioxines ou encore des insecticides chlorés interdits d’utilisation depuis de nombreuses années (DDT, dieldrine, HCH, heptachlore). Ces substances ont des effets délétères sur les organismes aquatiques, mais sont également reconnues toxiques pour l’homme.

La découverte de ces nouvelles substances dans les milieux montre essentiellement que les milieux aquatiques sont désormais beaucoup mieux surveillés. Des progrès utiles afin d’orienter les mesures pour l’atteinte du bon état des eaux.

Les pesticides dans les eaux souterraines menacent l’alimentation en eau potable


Si l’évolution des concentrations moyennes en nitrates dans les eaux souterraines est à la baisse, la présence des pesticides en concentration excessive reste la première cause de dégradation des nappes souterraines. Sur le bassin Rhône-Méditerranée, sur les 36 masses d’eau en état médiocre, 30 le sont à cause de concentrations en pesticides supérieures aux normes requises pour l’alimentation en eau potable.

En 2018, et ce près de 15 ans après leur interdiction, les triazines (herbicides) et leurs produits de dégradation sont encore régulièrement détectées dans les eaux souterraines à des concentrations supérieures aux normes. Le renouvellement des eaux souterraines étant un processus long, ces substances vont encore dégrader la ressource durant de nombreuses années. Les zones montagneuses (Alpes, Massif Central, Corse), sont moins impactées par ce type de contamination.

Une conversion à l'agriculture biologique pour améliorer un captage d'eau


Dans le bassin Rhône-Méditerranée, 269 captages sont prioritaires pour l’alimentation en eau potable mais dégradés par les pollutions agricoles. 202 plans d’actions sur ces captages prioritaires sont désormais engagés dans le bassin Rhône-Méditerranée dont 84 dans le nord du bassin.

Parmi eux, celui de la Jeute à Créancey (Côte-d'Or) illustre depuis 2010 les progrès accomplis grâce à ces démarches. Il alimente 17 communes rassemblant 2.000 habitants. L'aire d'alimentation s'étend sur 212 hectares dont 106 très sensibles. Seize agriculteurs sont concernés.

Sur ce captage, les concentrations en nitrates des eaux brutes sont à la baisse et les molécules phytosanitaires qui étaient observées dans les eaux de la source il y a quelques années ne sont plus détectées.

Ces bons résultats sont le fruit de la mobilisation des agriculteurs et d’une adaptation des pratiques agricoles sur l’aire d’alimentation du captage. Partant d’une rotation triennale colza-blé-orge au moment de la réalisation du diagnostic, les assolements ont depuis été diversifiés et d’autres cultures ont été introduites comme la luzerne, faible consommatrice d’azote.

Pour réduire la consommation de pesticides, la moitié de la surface de l’aire d’alimentation a été convertie à l’agriculture biologique, et cette proportion est sans doute amenée à augmenter encore dans les prochaines années.

400.000 mètres cubes d'eau économisés en 2019


En dehors de la qualité écologique des eaux, un enjeu se fait de plus en plus sentir avec le changement climatique : la quantité de l'eau. Au niveau du bassin, 33% des rivières présentent un régime hydrologique altéré, c'est à dire qu'il n'y pas suffisamment d'eau tout le temps. Laurent Roy signale «une tension croissante sur la ressource en eau».

En Bourgogne-Franche-Comté, l'aléa n'est que de 19% car le phénomène est moins marqué que dans la partie méditerranéenne du bassin. De plus, Laurent Roy indique qu'«il ne pleut pas moins en tendance mais la pluie est répartie différemment». Il y a une concentration sur des événements  pluvieux violents avec des périodes sèches plus longues.

Face à ces sécheresses, il est devient de plus en plus important d'économiser l'eau. L'agence de l'eau a enregistré 0,4 millions de mètres cubes d'eau nouvellement économisés en Bourgogne-Franche-Comté en 2019. Cela grâce à un travail sur la récupération des eaux de pluie, la lutte contre les fuites des canalisations, l'optimisation de l'irrigation et une collaboration avec l'industrie.

La problématique de la substitution de l'eau


«Les économies risquent de ne pas suffire» alerte Laurent Roy qui invite «à utiliser au mieux les solutions fondées sur la nature» notamment en limitant l'imperméablisation des  terres. En 2019, 217 hectares de zones humides ont été restaurées en Bourgogne-Franche-Comté. «Les zones humides jouent un rôle de régulation des zones hydrologiques» tient à souligner Laurent Roy.

Pour aborder la question des économies d'eau, l'agence de l'eau identifie les territoires déficitaires puis établit un diagnostic partagé entre tous les acteurs de la politique de l'eau. Dans une seconde phase, une étude prospective envisage comment la ressource va évoluer avec le changement climatique.

Là, les acteurs déterminent un projet de territoire afin de proposer conjointement des solutions afin de revenir à l'équilibre de la ressource en eau. Cela se fait au travers d'un outil, le PTGE (pojet de territoire de la gestion de l'eau). Le PTGE passe forcément par des économies : lutter contre les gaspillages, solutions fondées sur la nature, réutiliser les eaux traités pour des usages qui l'acceptent (comme l'arrosage espaces verts).

Ensuite, intervient dans la réflexion les projets de substitution qui peuvent être des retenues collinaires ou des transferts d'eau. Il s'agit alors de substituer des prélèvements à un endroit où c'est moins en tension ou alors de substituer un prélèvement à un moment de tension (été) à un moment sans tension (hiver).

Les projets de substitution peuvent donc «faire partie du panel de la solution mais cela doit s'inscrire dans le diagnostic partagé» insiste le directeur général. À ses yeux, «si on en fait l'économie, on va vers les conflits» estime-t-il en se référant aux tensions dans le sud-ouest de la France et au drame survenu au barrage de Sivens.

L'expérience du paiement pour services environnementaux


«La politique de l'eau dispose d'un outil unique que sont les agences de l'eau avec un financement spécifique grâce à la fiscalité écologique» établie selon le principe du pollueur/payeur explique le directeur général (le particulier contribue à hauteur de 10% sur sa facture d'eau, l'agriculteur par ses achats de produits phytosanitaires et l'industriel au regard de ses rejets pollutants).

Tous les acteurs de la politique de l'eau sont associés : État, collectivités, agriculteurs, pécheurs... «On a des résultats : les rivières sont moins polluées qu'en 1990» remarque Laurent Roy même si des défis perdurent comme la tension sur la ressource en eau, la difficile renaturation et l'apparition de molécules d'origine variée. De plus, «on ne progresse pas sur la biodiversité» déplore-t-il.

Parallèlement à la fiscalité écologique, une démarche expérimentale a été lancée en 2020 : le paiement pour services environnementaux. Vint-et-un territoires pilotes ont été retenus sur le bassin (lire le communiqué). L'agence de l'eau est «en train d'identifier les agriculteurs qui pourront être rémunérés pour changer leur pratique ou conserver une pratique ancienne favorable à l'environnement» indique Laurent Roy.

Néanmoins, avec des aides à l'eau représentant 200 millions d'euros, au regard des 10 milliards d'euros reçus de l'Union européenne par la France au titre de la politique agricole commune, «ce ne sont pas les agences de l'eau à elle touts seules qui vont faire évoluer l'agriculture française» constate le directeur général.

En conclusion, Laurent Roy tient à faire passer un message sur la qualité de l'eau : «sur les gros polluants, on a beaucoup progressé, l'assainissement domestique les stations sont aux normes, les industriels sont au normes». «La pollution diffuse est répartie sur l'ensemble du territoire par un grand panel de molécules qui vont se retrouver dans les milieux et perturber leur fonctionnement» mais, du fait des ses analyses et de son adaptation aux pollutions émergentes, «la connaissance de l'agence de l'eau est en progrès».

Jean-Christophe Tardivon

Nouveauté : l’application Qualité rivière intègre les données de baignades
En complément de l’état de santé écologique des cours d’eau et des poissons qui peuplent les rivières, l’application Qualité rivière lancée en 2013 par l’agence intègre depuis l’été 2019 les données de qualité bactériologique des eaux de baignade issues du ministère de la Santé.
C'est une réponse plus complète aux attentes du grand public, qui fait de cette application une source de données précieuse notamment en période estivale.
À télécharger gratuitement sur smartphones.

Retrouver l'exemple de la restauration de l'Ouche à Crimolois pour retrouver un fonctionnement naturel



Photographie d'illustration Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse