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05/06/2020 03:29

ÉCONOMIE : «La transition écologique est la meilleure stratégie pour sortir de la crise» selon Élisabeth Borne

Ce jeudi 4 juin, une table-ronde a rassemblé des élus de Bourgogne-Franche-Comté et des représentants des secteurs du bâtiment et des travaux publics. La ministre de la Transition écologique a été à l'écoute des acteurs économiques inquiets des conséquences de l'épidémie.
Les conséquences économiques de l'épidémie de Covid-19 inquiètent les décideurs politiques tout autant que les dirigeants d'entreprise. Durant le confinement, le secteur du BTP avait été jugé «essentiel» à l'économie française au point que le gouvernement avait encouragé, parfois maladroitement, les entreprises de la filière à retourner rapidement sur les chantiers (lire notre interview du président de la FRTP).

Pour contribuer à un dialogue constructif, une table-ronde a été organisée à la préfecture de Côte-d'Or à Dijon ce jeudi 4 juin 2020. La ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne a fait passer quelques messages et surtout écouté les élus de collectivités territoriales et les représentants des filières du BTP.

Un prochain «feu vert» pour simplifier le photovoltaïque des bâtiments agricoles ?


Après la visite au lycée pour découvrir la formation en maintenance d'éolienne, Élisabeth Borne a échangé avec Marie-Guite Dufay sur la problématique des installations de panneaux solaires photovoltaïques sur les toits de bâtiments agricoles. La présidente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté demandait à la ministre de mettre en actes la promesse faite de simplifier les procédures pour les agriculteurs (lire le communiqué).

La ministre s'est dire «consciente de l'attente très forte» après avoir annoncé le relèvement du seuil d'appels d'offres de 100 à 300 kWc afin de simplifier la démarche aux agriculteurs. Cependant, elle attend maintenant un «feu vert» de la Commission européenne sur ce tarif d'achat. Élisabeth Borne a assuré à Marie-Guite Dufay que «ses équipes sont très motivées pour l'avoir le plus rapidement possible, dans les toutes prochaines semaines». Là encore, elle considère que «la transition énergétique peut être un appui pour les agriculteurs et améliorer leur modèle économique».

«Opposer économie et écologie est une vision totalement dépassée»


Face aux décideurs et aux organisations patronales, le principal message de la ministre a bien sûr consister en un rappel de sa «détermination» à maintenir le cap de la transition écologique. Devant les risques de ralentissement du fait de l'épidémie de Covid-19 et du confinement, Élisabeth Borne songe plutôt à «accélérer» le processus.

«L'idée d'opposer économie et écologie est une vision totalement dépassée» a indiqué la ministre. Du côté des consommateurs ce sont développés la consommation de produits de qualité, la consommation en circuit-court et le télétravail... des pratiques sur lesquelles «capitaliser»afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

De plus, «quand on ne fait pas attention à la biodiversité, quand on ne fait pas attention aux forêts tropicales, on peut aussi mettre en danger nos vies» a indiqué la ministre en pensant aux hypothèses concernant l'origine du coronavirus. Élisabeth Borne espère que le message a aussi été entendu par les entrepreneurs. En conséquence, «la transition écologique est la meilleure stratégie pour sortir de la crise» a martelé la ministre.

Plongeon des recettes fiscales des collectivités


Pour leur collectivité respective, François Sauvadet (président du conseil départemental de la Côte-d'Or) et François Rebsamen (président de Dijon Métropole) ont énuméré les baisses de recettes fiscales à venir. Les droits de mutation pourraient avoir baissé de 25% à la fin de l'année. Au titre de l'Agence de l'eau Seine-Normandie dont il est président du comité de bassin, François Sauvadet a demandé à la ministre de libérer des fonds pour investir notamment dans les réseaux d'eau (lire le communiqué).

François Rebsamen s'est dit inquiet du futur calcul de la CVAE puis de la CFE. Mais le pire pourrait être du côté des transports, l'estimation du manque à gagner pour la Métropole est aux alentours de 30 millions d'euros sur des rentrées habituelles de 120 millions d'euros. Selon le maire de Dijon, un des freins à la reprise d'activité serait dû à l'épaisseur du protocole sanitaire de l’Éducation nationale rendant difficile le retour des enfants à l'école (lire notre article). Pour relancer l'activité des entreprises et améliorer le pouvoir d'achat des locataires, François Rebsamen a plaidé pour «un grand plan de rénovation énergétique» des bâtiments.

La FRTP demande de «remettre les services au travail»


Représentant les entreprises de travaux publics de Bourgogne-Franche-Comté, Vincent Martin a pu constater que les propos de la ministre était en phase avec ce que la fédération nationale avait relaté.  Le président de la FRTP s'est dit «satisfait» de constater que la ministère avait saisi l'urgence de contribuer à relancer la commande publique après le second tour des municipales. Un point appuyé par le président de l'AMF 21 Ludovic Rochette qui a plaidé pour un «pacte financier» avec les collectivités locales.

Le président de la FRTP a aussi demandé à l’État de «remettre les services au travail» dès que l'ensemble des conseils municipaux et conseils communautaires seront installés. Le secteur a besoin de feuilles de route pour aider à la relance de l'activité fin 2020 et début 2021 (lire notre interview).

Sur le champ de la Transition économique, Vincent Martin a rappelé l'importance du secteur des travaux publics permettant de réaliser les réseaux de chaleur, d'implanter des éoliennes ou de raccorder les foyers et les entreprises à la fibre optique.

La FFB plaide pour des «lots Covid-19»


Pour sa part, Bernard Laborey, président de la Fédération Française du Bâtiment Bourgogne-Franche-Comté, a tenu à faire le distingo : «la reprise à plus de 90 % dans nos entreprises du bâtiment ne signifie pas que 90 % du personnel est au travail». Par exemple, «seulement 30 % des intérimaires ont repris le travail» ce qui pose des difficultés sur les grands chantiers.

La FFB demande la mise en place de «lots Covid-19» pour amortir les surcoûts liés aux mesures sanitaires qui diminuent la productivité. Il en appelle au ministre de l’Économie pour arbitrer les tensions avec les maîtres d'ouvrage.

Bernard Laborey a souhaité attirer l'attention de la ministre sur l'évolution du dispositif d'activité partielle. La diminution de l'indemnisation pénaliserait les entreprises et le maintien de 84% du salaire net n'inciterait pas «les salariés à reprendre le travail».

Dans l'ensemble, les acteurs du BTP ont dit attendre beaucoup du plan de relance et ont interrogé la ministre sur ses contours. Néanmoins, Élisabeth Borne se présentait à cette table-ronde dans une attitude d'écoute et d'échanges. Il faudra encore patienter et guetter les orientations du président de la République et les annonces du Premier ministre pour connaître les détails de ce plan destiné à accompagner la reprise économique post-confinement.

Jean-Christophe Tardivon

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