Recherche
Pour nous joindre
redaction.infosdijon@gmail.com
SMS au 07.86.17.77.12
> Bourgogne - Franche-Comté > Bourgogne - Franche-Comté
14/04/2022 20:14

ÉCONOMIE : «Notre rôle est d’éclairer ceux qui demain veulent diriger le pays», lance François Asselin

Le président national de la CPME François Asselin était à Dijon ce jeudi 14 avril. En plein entre-deux-tours de l’élection présidentielle, il a répondu aux questions d'Infos Dijon.
François Asselin était en déplacement en Côte-d’Or ce jeudi 14 avril 2022. Avant d’aller au château de Saulon animer une conférence sur l’adaptation des entreprises et des professionnels aux nouveaux enjeux de l’économie française, le président national de la CPME a rencontré les adhérents de la CPME de Côte-d’Or chez AVS Communication, dans la zone Cap Nord à Dijon.

Celui qui représente les petites et moyennes entreprises a répondu aux questions d'Infos Dijon sur le rôle de la CPME dans cette période d’entre deux tours de l’élection présidentielle.


Les TPE-PME, «un poids considérable»


Quel est le sens de cette réunion avec les adhérents de la CPME 21 ?

«Mon rôle de président national de la CPME est d’aller au contact de ses adhérents. C’est un grand plaisir car je retrouve des chefs d’entreprises dans leurs lieux de travail. Ici, nous sommes dans une superbe entreprise, AVS Communication, avec un jeune dirigeant plein de talent et de courage. Je suis là pour être à l’écoute, un peu comme une courroie de transmission, et puis c’est l’occasion de faire le point sur le soutien et l’encouragement que je dois assurer auprès d’eux et pour eux, pour leur donner des perspectives.»

Vous réaffirmez l’intérêt du livre blanc de la CPME présenté dans cette année d’élections…

«Nous avons effectivement travaillé notre corpus sur les champs économiques et sociaux, avec 76 propositions pour faire en sorte que les différents candidats prennent en compte la réalité des TPE et PME, celles qui font vraiment l’économie de notre pays.

En France, vous avez 1 850 000 entreprises qui ont au moins un salarié. Parmi celles-ci, vous avez seulement 1.500 grandes entreprises. Vous voyez le nombre incroyable de TPE et PME qui maillent le territoire. Elles représentent 99% du nombre d’entreprises et c’est cette colonne vertébrale qu’il faut écouter.

Les chefs d’entreprises sont très souvent propriétaires de celles-ci, ils y ont mis leurs tripes, parfois leurs familles, ils sont proches de leurs salariés. Le lien social est important, le poids économique est considérable et il faut avoir un environnement favorable à ces entreprises.»

Attention à la crédibilité des promesses


Comment la CPME continue-t-elle à «se faire entendre» dans une situation de l’entre deux tours de l'élection présidentielle, où seuls deux candidats peuvent porter vos propositions ?

«D’abord, dans chacun des deux camps restants, vous retrouvez certaines des 76 mesures que nous portons. Notre rôle est d’éclairer ceux qui demain veulent diriger le pays mais aussi éclairer nos adhérents sur la réalité des programmes de l’un ou l’autre des candidats. Et puis, nous nous appuierons sur les CPME dans les territoires pour aller au contact des candidats aux élections législatives qui voudront aller à l’Assemblée nationale.

Chaque électeur, chaque adhérent, votera comme il le souhaite mais, dans notre champ de compétences économique et social, on peut dire que chaque candidat à cette élection (y compris avant le premier tour) est pro-TPE et pro-PME, car c’est dans l'intérêt de tous. Cela dit, au-delà des promesses, nous sommes des pragmatiques. Il faut que les promesses soient crédibles et il faut les regarder avec attention. On peut promettre plein de choses mais si on n’a pas la capacité de les financer, ce n’est pas crédible.

Comme historiquement, la CPME n’appellera jamais à voter pour l’un ou l’autre des candidats. En revanche, nous sommes là pour mettre en lumière les programmes. Du côté du Rassemblement National, il manque aujourd’hui cet aspect de la crédibilité et du financement du programme même si le discours de Marine Le Pen est tourné vers les TPE et PME. Du côté d’Emmanuel Macron, on entend plus parler d’écologie et de social, moins d’entreprises.

Il y a entrepreneur et entrepreneur. Une TPE-PME n’est pas une grande entreprise en modèle réduit. Bien souvent dans le débat, on parle trop souvent de CAC 40, mais ce n’est pas la réalité du terrain et de l’entrepreneur qui est proche de ses salariés. Qu’un candidat puisse faire un virage à gauche, ce n’est pas le sujet. Notre sujet, c’est que l’entrepreneur ne soit pas absent du débat public et de savoir comment l’environnement peut lui être plus favorable.

À dix jours du deuxième tour, avec le débat qui se profile, il peut encore se passer plein de choses.»

«Nous avons toujours du mal à trouver les compétences dont nous avons besoin»


Quelles difficultés d’entrepreneurs entendez-vous dans les territoires et quels sont les dossiers majeurs que la CPME doit porter ?

«Les entreprises il faut le dire ont été plutôt bien soutenues par le gouvernement durant la crise, par le prêt garanti par l’État notamment, que les entreprises commencent à rembourser. Mais vous avez aujourd’hui trois difficultés majeures.

Certaines entreprises qui avaient un modèle économique viable avant la crise, sur un marché porteur, ont des difficultés à rembourser le PGE sur quatre ou cinq ans.
Pour aller au-delà, il faut passer à la médiation du crédit mais cela signifie aussi la mise en défaut de l’entreprise. Autant dire qu’on perd beaucoup sur les possibilités d’action de l’entreprise. Nous demandons une analyse fine de ces entreprises pour pouvoir étaler davantage le remboursement du PGE.

La deuxième difficulté, c’est l’inflation galopante. Sur des marchés concurrentiels, beaucoup d’entreprises sont en train de renier leurs marges et se posent des questions sur leur modèle économique.
On ne peut arrêter l’inflation mais le gouvernement peut discuter avec les acteurs de l’énergie pour que l’on ne se retrouve pas dans l’impasse, avec des factures qui dépassent les résultats financiers. Si on ne fait rien, autant s’arrêter de produire car on perd de l’argent.

Le troisième point, c’est que nous avons toujours du mal à trouver les compétences dont nous avons besoin. Ça se joue à plusieurs niveaux et notamment sur l’orientation, en disant qu’il y a de l’avenir pour les jeunes. Il faut que ça arrive à matcher avec l’Éducation nationale.
Et il faut que l’on soit plus judicieux dans la formation professionnelle. On arrive à former mais dans des formations qui n’intéressent pas forcément les employeurs. Nous croyons à la préparation opérationnelle à l’emploi. 84% des personnes formées trouvent un emploi grâce à celle-ci à l'issue de leur formation. Il faut aller massivement dans cette voie-là avec Pôle Emploi notamment.

Le dernier volet, lui aussi récurrent, est de faire en sorte que les gens aient plus envie d’aller au travail plutôt que d’être portés par la collectivité. Et là, il s’agit de la réforme de l’assurance-chômage.»

«Il faut un environnement favorable à la prise de risques»


Quelles sont les forces des entreprises pour se projeter dans l’avenir ?

«D’abord, tout passe par les hommes. La qualité des hommes feront les entreprises innovantes de demain. Si on veut faire monter en gamme nos entreprises, il faut que tout monte en gamme et avant tout les hommes. Ça, c’est une question de formation.

Ensuite, il faut un environnement favorable à la prise de risques, que les chefs d’entreprises prennent pour les autres. Il faut les encourager. Or on constate que la culture PME n’est pas assez, pas tellement présente. Quand on voit les lois, les normes imposées, c’est souvent une avalanche d’obligations supplémentaires accompagnées de pénal, du coercitif plus que de l’incitatif.
Nous voulons mettre en place un test PME pour voir, sur six mois d’après un panel de 100 entreprises de grands secteurs, si la norme est applicable. Aujourd’hui, on pose la norme et il faut être au garde à vous. Lorsque je vois la façon dont sont reprises les normes européennes de Bruxelles par l’administration française, je suis effrayé.

On sait très bien qu’il faut décarboner la façon de produire mais quand je vois la temporalité et la méthodologie employées, je me dis qu’on est totalement à côté de la plaque. Et il ne faut pas se tromper de cible. Les entreprises sont volontaires et partenaires dans la démarche.»

A-t-on un peu vite oublié que les entreprises ont tout de même souffert durant la crise ?

«Elles ont été bien aidées c’est vrai et globalement l’activité est importante jusqu’à aujourd’hui. Mais n’oublions pas leurs dettes.

Trois choses font que le chef d’entreprise dort comme un bébé : un carnet de commandes plein, une trésorerie positive et une bonne ambiance dans la boite. Et là, arrive l’invasion de l’Ukraine. C’est beaucoup plus compliqué à évaluer au niveau des retombées. On a quand même devant nous de gros nuages. Ce n’est pas foutu car on ne désespère jamais mais il faut être solide.»

Propos recueillis par Alix Berthier
Photo : Alix Berthier




Infos-dijon.com - Mentions légales