
«Le pouvoir d'achat des enseignants n'augmente pas», a déploré Agnès Fleury, ce jeudi 3 septembre, à Dijon, en parcourant les sujets liés à la rentrée scolaire comme les conditions de travail par fortes chaleurs ou l'interdiction du smartphone au lycée. La représentante de l'UNSA éducation en Bourgogne a demandé à ce que le syndicat soit «consulté en cas de réforme éducative».
Si la rentrée scolaire 2026 ne connaît pas de réforme structurelle, elle est pourtant marquée par des sujets qui impliquent fortement les personnels, les enseignants au premier chef, comme le nouveau questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles, l'interdiction généralisée des smartphones ou tout simplement l'évolution des rémunérations.
De plus, des élections professionnelles sont programmées dans la fonction publique, début décembre. Dans ce contexte, l'UNSA éducation a organisé une conférence de presse, ce jeudi 3 septembre 2026, à la Maison des syndicats, à Dijon, pour passer en revue les sujets à l'échelle de la Bourgogne et avancer les principales revendications.
À la suite des élections de 2022, la FSU a décroché 4 sièges au sein du comité social d’administration académique (CSA), l'UNSA 3 sièges, FO 2 sièges et la CFDT un siège. Cela fait de l'UNSA, syndicat réformateur, la deuxième fédération des métiers de l'éducation en Bourgogne.
Les premiers résultats du Baromètre UNSA éducation 2026
Chaque année, le syndicat publie le «Baromètre UNSA éducation», une enquête annuelle nationale menée auprès de 42.000 professionnels de l'éducation pour recueillir leur avis sur leur métier, les conditions de travail et les réformes en cours.
Selon les premiers résultats du Baromètre 2026, à l'échelle de la Bourgogne, 56% des personnels sondés affirment qu'«il faut améliorer prioritairement leur pouvoir d'achat», 75% sont «plutôt heureux de faire leur métier», 90% aiment leur profession, 67% se sentent «respectés et reconnus dans leur pratique professionnelle» mais 85% des personnels estiment que «les choix politiques fait depuis dix ans pour l'éducation ne sont pas bons et dénoncent le fait de ne pas être concertés lors des réformes».
L'UNSA revendique «le dégel du point d'indice»
Devant ces expressions, Agnès Fleury déplore «une rentrée au goût amer» et un «rendez-vous salarial de la fonction publique a été manque» car «il n'y a pas de budget pour augmenter les salaires des fonctionnaires».
«Le pouvoir d'achat des enseignants n'augmente pas», insiste la responsable syndicale, voyant là «un point de rupture pour les personnels». «En dix ans, l'inflation a augmenté de 15%, le point d'indice de 5%. On veut le dégel du point d'indice et une augmentation de la rémunération puisque notre pouvoir d'achat a baissé.»
«Depuis 2022, chaque année, on constate une baisse de 30% du pacte de revalorisation des enseignants», enchaîne Jérôme Naime. «Ces moyens complémentaires qui permettaient d'aller plus facilement sur les missions légitimes se sont beaucoup réduits. Pour les enseignants, il y a une perte de pouvoir d'achat.»
«Le sort des professeur et leur rémunération a plus d'intérêt en période présidentielle», constate Agnès Fleury qui critique néanmoins «les promesses, les caricature et des propositions pour l'école qui sont datées» des candidats à l'élection présidentielle.
Face aux vagues de chaleur, «on n'attend pas des diagnostics supplémentaires»
«Il va falloir trouver un moyen d'adapter nos locaux», souligne Jérôme Naime au regard des vagues de chaleur ayant marqué la fin de l'année scolaire passée, «c'est un investissement à long terme». «Les chefs d'établissement sont responsables de la sécurité des biens et des personnes, à un moment, on a dit ''Stop, rentrez chez vous'' parce qu'on risquait les malaises et les accidents.»
Alors que l'été caniculaire n'est pas encore terminé, le syndicat constate déjà que «ni les élèves ni les personnels n'ont pu se reposer correctement» durant les grandes vacances. «On retrouve à la rentrée les mêmes problématiques qu'à la sortie», alerte Agnès Fleury, «le silence de l'employeur et le manque de consignes claires ont déstabilisé les personnels».
«Les situations ont été très hétérogènes selon les communes», relève Yvain Melet, secrétaire départemental du Syndicat des enseignants en Côte-d'Or, «le plan ministériel a fini par arriver tardivement» après «une phase longue et difficile».
«On n'attend pas des diagnostics supplémentaires», cingle-t-il devant ce Plan ministériel de gestion des vagues de chaleur. «Il n'y a pas de calendrier, pas de priorisation des situations nationales les plus critiques, pas de référentiel d'évaluation du confort thermique des bâtiments scolaires, pas de seuil national des conditions d’accueil acceptables pour les élèves et les personnels. C'est assez flou. Il va falloir des travaux, des financements, des améliorations concrètes.»
L'UNSA revendique l'«interdiction de toute activité» au-delà de 35°C dans les salles
En particulier, l'UNSA revendique «une prévention renforcée avec l'obligation de l'octroi d'équipements individuels rafraîchissants» lorsque les 28°C sont dépassés dans les salles de cours et «une interdiction de toute activité» au-delà de 35°C.
«L'absence de cadre national transfère la décision vers les acteurs locaux», analyse Yvain Melet, «ça conduit à traiter chaque situation comme un cas particulier ; ça limite le recours à des mesures fortes – parfois des fermetures d'établissement – et ça favorise le maintien de l'activité y compris dans des conditions fortement dégradées».
«On demande aux collègues de mesurer la température sur place et de faire des signalements sur le registre santé-sécurité au travail avec les températures relevées», insiste-t-il, car «des personnels se sont retrouvés dans des situations de malaise». «Il n'y a pas eu de consignes claires aux directeurs et directrices d'écoles sur la marche à suivre.»
Comme le signale Agnès Fleury, «la difficulté, c'est que l'employeur s'occupe uniquement des personnels alors que les collectivités territoriales ont la responsabilité des locaux».
«Tout est reporté au très local et aux bonnes volontés locales», insiste Maxime Lacroix, secrétaire académique du Syndicat des enseignants-UNSA, «c'est de l'organisation à très petite échelle».
«Les ateliers ne sont pas adaptés à être climatisés», indique Laurent Girard, secrétaire académique du Syndicat national des directeurs délégués, qui a connu, dans le lycée polyvalent Clos Maire, à Beaune, «35°C lors d'examens en atelier». «La multiplication des examens en matinées fait que les examens sont concentrée sur trois semaine et non plus quinze jours.»
«En 2050, la tendance actuelle sera encore plus marquée»
«Un jour, c'est le mois d'avril qui sera concerné, ou fin septembre», relève le syndicaliste alors qu'un débat émerge sur le calendrier des grandes vacances. «Il faudra peut-être trouver d'autres rythmes scolaires. (…) Tout le monde sait qu'en 2050, la tendance actuelle sera encore plus marquée.» Se posera alors la question des transports scolaires, en particulier dans les collèges ruraux.
À Dijon, chaque école publique compte au moins une salle équipée de deux climatiseurs mobiles. «C'était insuffisant», pointe Yvain Melet. La Ville de Dijon a annoncé le déploiement de climatiseurs fixes à la place et la généralisation des brasseurs d'air (
lire notre article).
Une procédure d'identification numérique via SMS
À la suite de la cyberattaque des systèmes informatiques de l’Éducation nationale, même si «l'académie de Dijon a été moins touchée» que d'autres, «il y a des blocages concernant des directions d'école dans le premier degré».
«On a des systèmes obsolètes», juge Agnès Fleury qui explique que le «renforcement du processus d'identification des personnels» se fait via des SMS envoyés sur le smartphone personnel.
«Les équipes numériques avaient alerté sur une sécurisation nécessaire», relaie la responsable syndicale qui s'inquiète s'inquiète de la prolifération de «mails qui ressemble à des mails de l'employeur». «On demande un budget croissant pour faire face aux attaques et une formation des agents en matière de sécurité numérique.»
La difficile «application concrète» des smartphones au lycée
Si les militants syndicaux de l'UNSA comprennent les raisons de l'interdiction de l'usage personnel des smartphones par le législateur, ils considèrent qu'apparaît «un véritable problème avec l'application concrète dans l'établissement».
«On est conscient des dégâts provoqués par une dépendance chez l'élève qui ne fait pas autre chose, qui ne parle plus à ses copains», indique Maxime Lacroix tout en déplorant «les dotations en assistants d'éducation n'augmentent pas» car «ça ajoute une charge en plus s'il faut faire le contrôle». «S'il y a une urgence dans une famille l'information va circuler rapidement auprès de l'élève», ajoute-t-elle à l'intention des parents qui souhaitent pouvoir joindre leur enfant à tout moment.
«Le problème du smartphone pour les jeunes adolescents, c'est un problème de société», alerte Jérôme Naime, secrétaire académique du Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale, «quand l’État se saisit du sujet, il passe par l'école». «On est satisfait de l'interdiction au collège. (…) Au lycée, le portable était déjà interdit pendant les cours. C'est difficile à faire respecter parce que les lycées sont très grands. Les collègues proviseurs vont faire ça avec intelligence et pragmatisme.»
L'interdiction doit être transcrite dans chaque règlement intérieur de lycée, après la consultation du comité académique de la vie lycéenne et le vote du conseil d'administration, ce qui ne se fera guère avant novembre sauf au sein d'établissements ayant par exemple déjà intégré un telle interdiction à la cantine ou au CDI. «Petit à petit, ça marche», se félicite Maxime Lacroix.
Pourquoi pas un «brevet de sécurité numérique» ?
Face à la «jungle numérique sans protection», Jérôme Naime soulève la question de «la formation au numérique» des adolescents – sous la forme d'un «brevet de sécurité numérique» sur le modèle du brevet de sécurité routière – et appelle «la société à poser des règles protectrices» car «à l'école on en subit les conséquences».
«On a des jeunes qui sont traumatisés par ce qu'ils peuvent voir sur leur smartphone», appuie le chef d'établissement, «c'est un vrai sujet de santé mentale pour nos jeunes». «Les réseaux sociaux sont une arme de destruction cérébrale et cognitive massive.»
«La preuve est faite que des éléments ont été injectés pour créer une addiction», abonde Yvain Melet qui met en cause les entreprises du secteur numérique mettant à disposition des applications de type média social.
Mise en place d'un questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles
«Bien sûr qu'il faut protéger les élèves», réagit Agnès Fleury à l'annonce de la mise en place par le ministère d'un questionnaire portant sur les violences sexuelles et sexistes, potentiellement dans le cadre familial, mais «la mise en œuvre est floue» : «comment recueillir la parole ? Comment vont être traiter les signalements ? Ça a été décidé avant même de prendre attache des personnes concernés.»
«Il n'y a pas suffisamment d'infirmières et d'assistances sociales», considère la responsable syndicale, «c'est une charge de travail supplémentaire».
Toutefois, même si en grande section de maternelle, «la compréhension des questions est complexe et la lecture n'est pas acquises», Agnès Fleury considère que l'école constitue «la meilleure entrée» car «les élèves font confiance à l'école».
«Quand un élève livre quelque chose, on écoute sa parole et on ne relance pas, on fait un signalement au procureur de la République dans un protocole très précis», signale Jérôme Naime qui critique cependant «l'absence de préparation, l'absence de formation et le manque de relais».
«Dans le premier degré, signaler les informations préoccupantes n'est pas simple», témoigne Yvain Melet, «on a parfois des parents qui se retournent contre l'enseignant».
«L'individualisation est impossible» dans les classes à 30 élèves
Devant la baisse de la démographie scolaire, le syndicat s'interroge sur la façon dont «la ruralité va être prise en compte dans l'académie» car 82,7% des sondés estiment que «la baisse démographique devrait servir à réduire le nombre d'élèves par classe».
En Bourgogne, le déclin du nombre d'élèves est contrasté : marqué dans les zones rurales et modéré dans les zones urbaines de l'axe Dijon-Chalon-sur-Saône-Mâcon.
Dans ces dernières, «on est sur des effectifs qui restent trop importants avec des classes à 30 en collège et à 35 en lycée», alerte Yvain Melet, «l'individualisation est impossible dans les faits».
En revanche dans les zones rurales, «les personnels se retrouvent dans des postes partagés». Selon l'UNSA, les postes partagés concerneraient plusieurs centaines d'enseignants. Les services répartis entre trois établissements seraient en augmentation.
Dans le premier degré, en Côte-d'Or en particulier, Yvain Melet relève des «disparités» dans les classes : de 12 élèves dans les classes des réseaux d'éducation prioritaire, «peu d'élèves» dans les classes de communes rurales et jusqu'à «des maternelles qui dépassent les 30 ans beaucoup d'endroits». Dans ce contexte, «les remplacements, en Côte-d'Or, c'est la galère».
Une réforme de la voie professionnelle «réduite à peau de chagrin»
Dans la voie professionnelle, Laurent Girard regrette l'évolution du «parcours en Y» : «on part d'une bonne idée pour que les élèves de bac pro partent soit sur l'emploi avec six semaines pour faire leurs preuves ou poursuivre leur parcours de formation avec six semaines de remise à niveau». Sauf que les six semaines sont «devenues quatre, puis deux».
«On part d'une bonne idée pour arriver à quelque chose de réduit à peau de chagrin et qui ne va pas être d'une efficacité extrême», déplore le responsable syndical.
«Les contractuels sont particulièrement mal traités»
«Les contractuels sont, malheureusement, une variable d'ajustement», considère Agnès Fleury, «on les embauche en CDI, en CDD ; en CCD, on leur promet d'être employés sur l'année et le contrat est réduit parce que le budget n'est pas voté alors que les besoins sont criants». «Leur sort nous interroge. On les accompagne. Ils sont particulièrement mal traités.»
Une réforme de la formation des enseignants «tous les deux-trois ans»
L'UNSA ne partage pas l'enthousiasme de la rectrice devant les recrutements consécutifs à la réforme du concours accessibles à bac+3 assortis d'une rémunération. «C'est la carotte de début de carrière», juge Agnès Fleury, «derrière, il faut pouvoir garder ces jeunes et pour ça, il faut avoir des conditions de travail satisfaisantes».
Dans ces conditions, Maxime Lacroix déplore une réforme de la formation «tous les deux-trois ans» et signale que la période de transition de la réforme arrivera à son terme en septembre 2028. Selon lui, «cela révèle une incapacité [du ministère] à gérer le début de l'activité professionnelle».
«Les personnels de l'éducation en France sont les plus mal payés d'Europe»
Du point de vue des personnels de direction, Jérôme Naime fustige des «mesurettes» de la réforme du concours des enseignant : «il y a besoin d 'un véritable choc d'attractivité pour les métiers de l'éducation».
«L’État ne veut pas mettre les moyens pour le pouvoir d'achat des personnels alors on change les concours», blâme le responsable syndical, «les personnels de l'éducation en France sont les plus mal payés d'Europe». «On a le plus d'élèves par classe, les politiques ne défendent pas l'école et il n'y a pas le respect de la société. Pourtant, au moment du confinement, tout le monde s'est aperçu comment s'était compliqué d'enseigner aux enfants. Si on veut être une société qui a de l'espoir pour construire l'avenir, il faut former notre jeunesse !»
«Il y a un problème de gouvernance de notre administration»
«Il faut réformer toute la techno-administration qui nous accable», lance Jérôme Naime, «le ministère et les services déconcentrés nous accablent de vadémécums, de directives, de circulaires sans apporter de véritables solutions». «Il y a un problème de gouvernance de notre administration.»
Pacte, choc des savoirs, groupes de niveau... «depuis dix ans, on n'arrête pas d'avoir des réformes symboliques pour faire mousser nos ministres successifs, c'est mal préparé et, finalement, ça tombe à l'eau parce qu'on va rogner les moyens», peste-t-il.
Les autres revendications de l'UNSA
«Il faut que la parole des personnels de l'éducation soit entendues», enchaîne Agnès Fleury sur le thème des revendications, «les personnels demandent plus de reconnaissance, de respect et de protection».
«On souhaite être consulté en cas de réforme éducative», avance Agnès Fleury, «il faut un système adapté qui puisse accompagner l'ensemble des élèves».
En matière d'«école inclusive», l'UNSA revendique de «réelles adaptations apportées à l'école pour accueillir les élèves». «Il faut dégager des moyens sans attendre le signal d'alarme.»
«Il faut protéger davantage les agents de l’Éducation nationale», ajoute Yvain Melet car, selon le Baromètre UNSA, 68% des sondés ressentent «une augmentation des situations de tensions et de violence». «On est confronté à une évolutions des élèves», souligne le responsable syndical, «l'attitude des familles est de plus en plus problématique avec de la détresse des personnels exprimée face à une violence qui se développe».
L'UNSA donne rendez-vous à ses adhérents lors de la journée de mobilisation unitaire, le 29 septembre prochain, organisée pour «la défense des salaires de la fonction publique».
Jean-Christophe Tardivon

