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04/02/2020 13:26

ÉDUCATION : La rectrice défend les choix pour la rentrée scolaire 2020

Répondant à la baisse des effectifs, l'académie de Dijon diminuera la dotation des établissements en moyens d'enseignement. Les syndicats enseignants dénoncent les suppressions de postes annoncées. Nathalie Albert-Moretti détaille le processus amenant à ces choix.
Comme au niveau national, les établissements scolaires de l'académie de Dijon voient leurs effectifs diminuer. Pour la France entière, le ministère de l’Éducation nationale s'attend à 20.000 élèves en moins de la maternelle au lycée à la prochaine rentrée de septembre 2020.

Dans l'académie de Dijon, le rectorat anticipe une baisse d'environ 1.100 élèves à la prochaine rentrée. Ce qui fait suite à une diminution déjà de 1.070 élèves en 2018. À l'inverse, des académies gagnent beaucoup d'élèves et sont donc en attente d'une augmentation de leur dotation en moyens d'enseignement.

L'académie soutient les territoires ruraux


S'appuyant sur cette tendance baissière et sur les projections ministérielles, Nathalie Albert-Moretti, rectrice de l'académie de Dijon, explique le processus amenant à définir les moyens alloués aux établissements se traduisant in fine par des suppressions de postes.

Si la baisse est générale au niveau national, «on est l'académie qui perd le plus d'élèves dans le second degré» précise-t-elle. Le département perdant le plus d'élèves étant la Nièvre, suivie de l'Yonne. Une baisse qui se fait depuis plusieurs années. L'éducation est «une priorité dans le budget de la nation» rappelle la rectrice qui traduit cette priorité dans le fait de «porter avec ambition un certain nombre de problématiques comme le soutien aux territoires ruraux».

Après discussion avec le ministère, l'académie reçoit une dotation globale en moyens d'enseignement en fonction du nombre d'élèves. À cette étape, la «ruralité» de l'académie de Dijon est régulièrement mise en avant pour négocier une meilleure dotation. Les problématiques liées à l'éloignement des établissements scolaires ou aux catégories professionnelles défavorisées d'un certain nombre de parents d'élèves sont prises en compte.

Ensuite, après discussion avec les établissements, la rectrice alloue à chaque chef d'établissement une enveloppe qu'il gère à sa guise. La rectrice insiste donc sur le fait que «le rectorat ne supprime pas de classes». Les décisions de fermeture de classe relèvent du chef d'établissement qui fait évidemment en fonction de l'enveloppe qu'on lui attribue.

«On est dans une académie qui est bien dotée»


C'est là, «un subtil exercice d'équilibre» pour répartir la dotation du ministère entre les établissement ou, plutôt, la façon de répartir la pénurie, d'abord entre les niveaux d'établissement, puis entre la voie générale et la voie professionnelle tout en intégrant des spécificités des établissements : ruralité, boursiers, taux d'échec scolaire, catégories sociales défavorisées... «Des critères qui viennent participer de la réflexion et qui nous conduisent à essayer de penser au mieux la répartition entre les établissements» selon la rectrice.

À l'issu de cet exercice d'équilibre, chaque établissement connaît son enveloppe et «le chef d'établissement gère son budget, à lui de mener la politique d'établissement qu'il souhaite avec son conseil d'administration en fonction des particularités qui sont celles de son établissement».

Dans l'académie et dans le second degré, 84% des heures sont dispensées devant des groupes de moins de 24 élèves, 19% le sont devant des groupes de moins de 10 élèves. Des taux que jalouseraient d'autres académie et qui permettent de dédoubler des groupes pour l'enseignement des langues par exemple. Dans la voie professionnelle, 97% des heures sont dispensées devant des groupes de moins de 24 élèves.

Des statistiques qui font dire à la rectrice que l'«on est dans une académie qui est bien dotée, on est dans une situation assez confortable par rapport à d'autres» souligne la rectrice qui reconnaît pour autant «un climat qui est à la sinistrose». Néanmoins, «les moyens qui sont donnés par le ministère nous permettent de faire un enseignement de qualité à la fois dans le premier degré et dans le second degré».

Isabelle Chazal, secrétaire générale de l'académie de Dijon, insiste sur le fait qu'à l'issue de la réforme des lycées, le rectorat a souhaité proposer sept enseignements de spécialité dans tous les lycées, y compris dans les lycées de la ruralité «pour réussir après dans l'enseignement supérieur». «Un vrai choix politique» martèle-t-elle. Un choix qui perdurera cette année. De plus, l'académie fait le choix de mettre «beaucoup de moyens sur la voie professionnelle».

La secrétaire générale défend les réformes du gouvernement : «contrairement à ce que l'on a pu entendre, la réforme du lycée ne permet pas d'économiser de moyens, ni la réforme professionnelle qui est beaucoup plus coûteuse en enseignements que jusqu'à présent».

«On a réussi à minorer la baisse de moyens»


Passée la période de discussion avec le ministère, le rectorat notifie l'enveloppe à chaque établissement en janvier et s'ensuivent des négociations jusqu'à la décision définitive en juin. Pour 2020, «on a réussi à minorer la baisse de moyens» indique la rectrice. D'où, pour le second degré, une diminution de 104 équivalents temps plein pour l'ensemble de l'académie de Dijon. Ce contre quoi les syndicats protestent en dénonçant des «suppressions de postes» trop importantes (lire le communiqué de la FSU).

Ces 104 moyens d'enseignement seront à rendre au ministère en juin. À l'heure actuelle, le rectorat travaille sur des suppressions de postes se répartissant ainsi : 26 postes supprimés dans le premier degré, 43 dans les collèges, 84 dans les lycées d'enseignement général et technique, 11 postes dans la voie professionnelle. A contrario, 11 postes sont ouverts dans le post-bac.

Un «effort de rééquilibrage entre académies» amènera des postes administratifs à quitter l'académie de Dijon même si cela ne correspond pas à des suppressions de postes d'un point de vue national. Cela concernera neuf postes administratifs.

Des baisses d'effectifs même dans les villes en croissance démographique


Malgré l'augmentation de la population de la capitale régionale, les lycées de la métropole dijonnaise ne voient pas leurs effectifs s'accroître sensiblement. Au mieux, les établissements sont stables comme le lycée Carnot de Dijon qui ne gagne que 8 élèves sur 1.200. De ce fait, son enveloppe est stable elle aussi.

«Par rapport au nombre de places vacantes, par rapport à la perdition d'élèves», la diminution de moyens n'est pas exactement proportionnelle à la diminution du nombre d'élèves. L'Académie tient à faire passer le message que la baisse de moyens est minorée par les discussions avec le ministère et la mise en avant des difficultés en Bourgogne, notamment en zones rurales, «priorité du président de la République et du Premier ministre» selon Nathalie Albert-Moretti. Autrement dit, la situation aurait pu être pire en termes de suppressions de postes.

Jean-Christophe Tardivon


Nathalie Albert-Moretti, rectrice de l'académie de Dijon


Isabelle Chazal, secrétaire générale de l'académie de Dijon