
Parmi les nouveautés de la rentrée scolaire 2026, la rectrice de l'académie de Dijon est revenue, ce lundi 31 août, à Dijon, sur l'interdiction des smartphones au lycée et sur le travail d'«aménagement territorial pédagogique», mené dans un contexte de baisse du nombre d'élèves en Bourgogne.
«Instruire et protéger», tel est le mantra répété par le ministre de l’Éducation nationale et repris par la rectrice de l'académie de Dijon – dont le rôle est d'articuler les deux enjeux – à l'occasion de la rentrée scolaire 2026.
À quelques mois de l'élection présidentielle de 2027, le service public de l'éducation se recentre sur ses missions premières, repoussant les réformes structurelles après les prochaines échéances électorales, au point que l'interdiction des smartphones au lycée occupe le devant de l'actualité.
Ce lundi 31 août 2026, à Dijon, Mathilde Gollety a présenté le contexte de ce début d'année scolaire 2026-2027, marqué notamment par la déprise démographique en Bourgogne, l'intérêt pour le nouveau concours des enseignants et l'adaptation des bâtiments aux vagues de chaleur.
«Privilégier le mieux au plus en renforçant l'exigence»
«L'école est le lieu où tout commence et tout se construit», introduit Mathilde Gollety avant de rappeler le mot d'ordre ministériel : «instruire avec exigence, protéger avec constance, unir avec patience et prévoir avec pertinence».
«On a souvent tendance de demander à l'école de se détourner du cœur de sa mission pour, parfois, remplir ce que d'autres sont censés accomplir», considère la rectrice de l'académie de Dijon, «l'école doit rester le lieu de l'instruction, de la socialisation et de l'émancipation par le savoir».
Alors que certains considèrent que la notion d'exigence en matière d'éducation est devenu un gros mot, la représentante du ministère de l’Éducation nationale en Bourgogne estime nécessaire de «privilégier le mieux au plus en renforçant l'exigence», ce qui passe par le fait de «se recentrer sur les deux apprentissages fondamentaux que sont la maîtrise du langage et le raisonnement scientifique».
«La maîtrise du langage, c'est à la fois travailler dans les classes sur l'enrichissement du vocabulaire – pour réduire les inégalités sociales à l'heure de l'[intelligence artificielle] –, (…) apprendre à écrire des phrases longues, étudier des œuvres littéraires classiques qui peuvent être exemple», développe-t-elle, de façon à «conduire chaque élève au bout de ses potentialités».
«Un climat scolaire dégradé est un frein aux apprentissages»
La deuxième priorité gouvernementale concerne le dispositif «Climat scolaire à 360°» car «un climat scolaire dégradé est un frein aux apprentissages». «Il s'agit de renforcer l'autorité de l'école, de renforcer la laïcité, la civilité, (…) de travailler sur la santé physique et mentale des élèves et de protéger nos élèves contre les violences sexuelles.»
Sur ce dernier point, la la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) estime que chaque classe comprend entre un et trois enfant ayant subi des violences sexuelles, principalement dans le cadre familial.
Le ministère de l’Éducation nationale inclut donc cette thématique dans le questionnaire remis aux élèves dès la grande section de maternelle.
«L'élève aura la possibilité de laisser son nom pour qu'un adulte de confiance puisse recueillir sa parole et, ensuite, faire un signalement pour que la justice prenne la suite», précise la rectrice.
Vers «une scolarité toute entière sans téléphone portable»
Pour «protéger [les] élèves des effets néfastes des écrans», l’Éducation nationale envisage désormais «une scolarité toute entière sans téléphone portable».
La loi du 24 août 2026 visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l'utilisation des réseaux sociaux – dont le Conseil constitutionnel a censuré le volet sur l'interdiction des médias sociaux aux moins de 15 ans – modifie le code l'éducation pour étendre aux lycées l’interdiction de l’utilisation d’un smartphone, déjà effective dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges.
En cas de non-respect des règles, le code de l’éducation prévoit la possible confiscation de l'appareil, selon des modalités devant être fixées par le règlement intérieur de l'établissement. Les étudiants suivant une formation de l'enseignement supérieur dans un lycée peuvent faire l'objet de dispositions particulières décrites dans le règlement intérieur.
«La mise en place prendra un peu de temps», concède Mathilde Gollety qui considère que, dans la plupart des cas, «le téléphone [des élèves] doit être niché au fond de leur sac et éteint». Un vadémécum ministériel a été remis aux chefs d'établissement.
«On fait confiance à celles et ceux qui font l'école au quotidien pour s'appuyer sur les instances de démocratie scolaire – les Comités académiques de la vie lycéenne (CAVL) donc sur les élèves eux-mêmes qui ont plein idées (…) – pour amender le règlement intérieur», développe-t-elle.
En contrepartie de cet effort demandé aux élèves, l’Éducation nationale s'engage à développer l'éducation culturelle et artistique, le sport et «toute forme d'engagement».
«Protéger est l'affaire de tous», résume la rectrice, «en lien avec tous les acteurs de l'école – familles, collectivités territoriales –, nous portons une vision panoramique du climat scolaire autour de trois dimensions : protéger, éduquer-former et collaborer».
«L'école est le berceau d'une destinée commune»
Selon le ministre, relayé par la rectrice, «l'école est bien la fabrique de l'unité et de la citoyenneté» : «chacun de nos élèves est un enfant de France, qu'il soit arrivé sur le territoire avant-hier ou issu d'une lignée qui a compté pour l'Histoire». «On croit que l'école est le berceau d'une destinée commune, qu'elle doit offrir un chemin d'émancipation pour chaque enfant de France.»
Dans cet esprit, le ministre Édouard Geffray a pris l'engagement que les élèves commémoreront le 11-Novembre, appréhendé comme «le jour de la Victoire et de la Paix».
En Bourgogne, une baisse de 17% du nombre d'élèves entre 2025 et 2035
«Il est de notre responsabilité de penser l'école de demain», poursuit Mathilde Gollety alors que «notre école est frappée de plein fouet par la déprise démographique».
Au niveau national, entre 2025 et 2035, les effectifs scolaires devraient diminuer de 1,7 million d'élèves. En Bourgogne, l'estimation de la baisse est de 17%.
Vers «un aménagement territorial pédagogique»
«C'est un fait qui nous invite à repenser nos politiques éducatives publiques, dans le choix d'une politique d'aménagement du territoire où l'école est au centre de la réflexion, en lien étroit avec les collectivités territoriales, dans une alliance éducative avec les parents, pour assurer le pacte de proximité sociale en matière d'éducation», souligne la rectrice.
En particulier, parmi 18 départements, la Saône-et-Loire expérimente une nouvelle «manière de concevoir le budget du ministère» d'une façon pluriannuelle – sur cinq voire dix ans – et non plus annuelle pour ajuster les moyens d'enseignement en fonction de l'évolution des effectifs ainsi que des durées de transport et des qualités pédagogiques.
La Côte-d'Or suit de près cette expérimentation et mène un travail avec les autres services de l’État à l'échelle des intercommunalités – pour «faire un état des lieux» – et avec les représentants des élus pour «penser un aménagement scolaire du territoire» afin de «neutraliser l'entrée par les effectifs».
«C'est la question de l'école de demain pensée dans des formats différents et des modalités pédagogiques qui peuvent être nouvelles», insiste la rectrice, envisageant «un maillage territorial repensé autour de l'école pour un aménagement territorial pédagogique».
39 collèges bourguignons bénéficieront d'«un pilotage pédagogique partagé»
En matière d'organisation interne, la rectrice entend «donner la part belle à la voix des acteurs de terrain et croire en la capacité d'agir de nos cadres» de façon à «susciter le partage des pratiques, écouter les besoins qui peuvent émerger des cadres de terrain».
Ainsi, l'approche «Au cœur de la classe», initiée en Bourgogne en 2025 dans 60 écoles et 31 collèges, se trouve en phase avec un nouveau dispositif national : «Collèges en progrès» qui implique huit établissements supplémentaires.
Ces 39 collèges bénéficieront d'«un pilotage pédagogique partagé» puisque deux inspecteurs académiques accompagneront chaque direction de collège concerné pour «s'interroger collectivement sur les gestes professionnels les plus efficaces possibles pour faire progresser nos élèves».
Plus généralement, seront créés des «collectifs de travail», animés par les directions académiques départementales, pour favoriser le «partage des bonnes pratiques». Parallèlement, le rectorat constitue «une équipe ressource inter-catégorielle pour chercher les moyens d'outiller toujours mieux, toujours plus [les] personnels de direction».
En 2026, 550 futurs enseignants ont été recrutés en Bourgogne
«La réforme récente de la formation initiale a porté vraiment ses fruits», se félicite la rectrice alors que 550 stagiaires ont été recrutés en Bourgogne cette année.
La réforme de l'accessibilité du concours à bac+3 est effective depuis la rentrée 2025. «Les métiers de l'enseignement regagnent en attractivité», analyse Mathilde Gollety, en promouvant «la qualité de la formation des enseignants».
Les nouveaux recrutés deviennent en première année de master des élèves-fonctionnaires, rémunérés 1.400 euros net, bénéficiant de stages observation de douze semaines. En deuxième année de master, ils sont des fonctionnaires-stagiaires, rémunérés 1.800 euros net, à mi-temps face à des élèves en classe. Une fois le master et l'année de stage validés, les enseignants peuvent espérer un salaire de 2.100 euros net minimum.
Bilan des mesures de carte scolaire
La rectrice assure qu'à l'échelle de la Bourgogne, les mesures de carte scolaire des différents départements ont été prises de façon à «garantir une équité dans l'enseignement sur l'ensemble du territoire».
En Côte-d'Or, une dizaine de situations ont fait l'objet d'un réexamen au moment de la rentrée pour arriver à trois réouvertures de classe. Soit un bilan de 71 fermetures et 41 ouvertures de classe.
Dans la Nièvre, le bilan s'établit à 10 fermetures et 3 ouvertures. S'ajoutent des créations de postes en dehors des classes.
En Saône-et-Loire, on compte 44 fermetures, 12 ouvertures, 3 ouvertures provisoires et 13 ouvertures de classe concernant des «écoles orphelines» situées dans des quartiers prioritaires au titre de la politique de la ville et répondant aux critères des réseaux d'éducation prioritaire sans pour autant être intégrées à ce dispositif.
Dans l'Yonne, on recense 33 fermetures et 4 ouvertures, en attendant le constat d'effectifs suite à la rentrée pour d'éventuels ajustements concernant moins de 5 écoles.
Nouveaux recrutements et contractuels pour éviter les absences
Parmi les sujets d'actualité, la rectrice signale que les éventuelles absences d'enseignants à l'occasion de la rentrée se comptent «à la marge» et que «les absences de longue durée sont maîtrisées».
Cela est dû aux récents recrutements dans le premier degré et aux recours aux contractuels dans le second degré.
En effet, dans le premier degré, alors qu'une cinquantaine de contractuels avaient été mobilisés durant l'année 2025-2026, aucun ne l'est pour cette année qui débute. Selon les services du rectorat, «certains contractuels ont passé le concours».
Dans le second degré, le rectorat recense 170 CDI enseignants maintenus, 260 CDD renouvelés et une quarantaine de recrutements dont la moitié sont en enseignement dans des lycées professionnels ou technologiques. Dans l'ensemble, le nombre de ces personnels est relativement stable.
Une rentrée malgré la cyber-attaque
Le 25 juillet dernier, une cyber-attaque a concerné des services informatiques de l’Éducation nationale. «Nous avons été impactés, dans une moindre mesure que les académies de Nantes et de Toulouse», indique Mathilde Gollety.
«Nous avons cherché à renforcer le processus d'identification de chacun de nos personnels, en particulier dans le premier degré, pour se connecter aux applications métier», précise la rectrice qui bat en brèche les rumeurs comme quoi la rentrée n'aurait pas pu avoir lieu. «Nous avons renforcé la sécurité. (…) On a bloqué des applications métier. (…) Les personnels ont décalé des opérations à faire.»
Extension progressive de l'expérimentation de l'usage de l'intelligence artificielle
Concernant la stratégie en matière d'intelligence artificielle, l'expérimentation menée de façon isolée en 2024-2025 au lycée international Charles de Gaulle (lire notre article), à Dijon, a été étendue à six autres établissements en 2025-2026 via un appel à projets qui a été relancé pour 2026-2027.
De plus, des «temps de formation majeurs» sur l'intelligence artificielle et les métiers de l'éducation ont été proposés à des cadres. «Le plus important, c'est l'esprit critique : comment on apprend à nos élèves à savoir se servir de l'IA.»
Seules deux classes prépa-seconde sont maintenues
Le dispositif prépa-seconde fait long feu en Bourgogne. En 2024, une telle classe avait été ouverte dans chaque département. Seules deux sont maintenues en 2026-2027 : dans le lycée professionnel Roland Carraz, à Chenôve, et lycée général et technologique Catherine et Raymond Janot, à Sens.
En revanche, la rectrice signale qu'essaime la démarche Start 21, née à Chalon-sur-Saône. Il s'agit de «raccrocher» des élèves en décrochage scolaire, âgé de 18 à 25 ans, ayant l'ambition de passer par exemple le bac.
En particulier, en Côte-d'Or, Start 21 sera centrée au lycée des Marcs d'or où une dizaine d'élèves des lycées dijonnais concernés se retrouvent les mercredis.
En 2027, «les examens ne se dérouleront que le matin»
Alors que l'été se termine dans trois semaines et que de nouvelles températures élevées sont attendues dans les prochains, Mathilde Gollety remercie «les enseignants et personnels de direction qui ont fait en sorte que les examens se sont tenus alors même que les conditions étaient difficiles» en juin et juillet derniers.
«Il faut qu'on se prépare à voir réapparaître ses épisodes de fortes chaleurs», anticipe-t-elle alors que le ministère de l’Éducation nationale a décidé que, en 2027, «les examens ne se sont dérouleront que le matin».
EDF finance l'acquisition de climatiseurs à installer dans des classes
Dans ce contexte, «une multiplicité de dispositifs» ont été présentés aux directions d'établissement scolaire. En particulier, EDF a constitué un fonds d'aide de 80 millions d'euros. Il est destiné à «aider les établissements scolaires, les crèches et les centres de loisirs à s’équiper de solutions de rafraîchissement».
Les chefs d'établissement ont la possibilité d'investir jusqu'au 30 septembre sur le matériel d'appoint – avec une aide de 400 euros par équipement pour un plafond de 10 équipements par établissements – et d'engager des travaux de réaménagement – avec un plafond de 10.000 euros par établissement.
Une aide au diagnostic du bâti scolaire
Dans le cadre du Plan ministériel de gestion des vagues de chaleur, défini en mai dernier et qui constitue une aide au diagnostic, le rectorat prépare une liste des établissements dont «les bâtis scolaires sont les plus fragiles» et qui pourraient bénéficier d'«un plan de rénovation en urgence».
Pour ces rénovations, les collectivités propriétaires des bâtis scolaires peuvent solliciter des aides de l’État via le Fonds vert ou le dispositif Édurénov, porté par la Banque des territoires et doté de 200 millions d'euros pour, au niveau national, «adapter 12.500 écoles avant les canicules de 2027».
Jean-Christophe Tardivon
Les données clés de l'éducation en Bourgogne
245.141 élèves dans les établissements publics et privés (-2,2% par rapport à 2025) dont 123.711 dans les écoles (-2,8%) et 121.430 dans les collèges et lycées (-1,6%)
27.082 personnels dont 8.537 enseignant du premier degré, 10.732 enseignants du second degré et 7.813 personnels non enseignant
81,2% de réussite au diplôme national du brevet (-6,6%)
91,9% de réussite au bac toutes filières confondues (-0,9%)
1,9 milliard d'euros de budget pour l'académie de Dijon en 2026
Mathilde Gollety, rectrice de l'académie de Dijon