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24/06/2021 03:28

ÉLECTIONS : Le président des Travaux publics appelle à développer «des infrastructures routières, ferroviaires et numériques de qualité»

Ou les élections départementales et régionales vues par Vincent Martin. Ce mercredi 23 juin, le président de la Fédération régionale des Travaux publics de Bourgogne-Franche-Comté demande notamment aux Départements de maintenir les aides aux communes et à la Région d'accélérer le financement de grands projets d'infrastructures.
La commande publique a rebondi de 38% en Bourgogne-Franche-Comté entre le premier trimestre 2020 et le premier trimestre 2021. De quoi mettre du baume au cœur de Vincent Martin, président de la Fédération régionale des Travaux publics de Bourgogne-Franche-Comté.

En revanche, dans la région, la commande publique représentait 929 euros par habitant en 2020. Un niveau inférieur à la moyenne nationale selon l'Assemblée des Communautés de France (lire le communiqué). D'où l'intervention de Vincent Martin ce mercredi 23 juin 2021 pour alerter les candidats aux élections départementales et régionales. Dans la région, le secteur des travaux publics représente 11.000 emplois répartis au sein de 1.100 entreprises.


2020, une année blanche au niveau du bloc communal


Selon, le président de l'organisation patronale, «le redémarrage a été très lent après les municipales». Dès l'été 2020, Vincent Martin a multiplié les appels auprès des équipes nouvellement élues pour relancer des projets : «c'était une année blanche pour le bloc communal». Le décalage des élections municipales liée à la survenue de l'épidémie de la Covid-19 est évidemment le principal facteur mais la date du second tour juste au début de l'été n'a pas aidé.

Ce fut l'inverse pour les élections départementales. Les budgets étant validés en début d'année, des travaux ont pu être lancés avant les élections de ce mois de juin 2021.

«Les Départements ont pris le relais»


«On a souffert de la commande publique liée aux intercommunalités. En revanche, les Départements ont pris le relais. (…) Ils ont maintenu voire augmenté les budgets d'investissements. (…) Ils ont pris conscience grâce à notre travail de lobbying qu'il fallait relancer la commande publique, l'entretien des routes, l'aide des communes», résume Vincent Martin.

Les conseils départementaux jouent un rôle moteur de part l'effet multiplicateur des aides destinés aux communes. Ainsi, là où le Département subventionne 100 euros, la commune peut investir 500 euros.

Quand on sait que les travaux publics dépendent à 70% de la commande publique et que celle-ci est le fait des communes et Département à 90%, on comprend mieux la préoccupation des entreprises du secteur dans un contexte de relance.

«Un retard considérable dans le renouvellement des réseaux d'assainissement»


Lors des débats d'avant-premier tour, le MEDEF Bourgogne-Franche-Comté a nettement mis l'accent sur les enjeux du développement des infrastructures lors des auditions de candidats aux régionales (lire notre article).

À ce chapitre, si les nouveaux élus prolongeront sans doute les dossiers initiés en matière de routes départementales et de voirie urbaine, la FRTP maintient la pression sur la question de l'eau et de l'assainissement.

Suivant les historiques locaux, la gestion relève d'un syndicat des eaux à l'échelle communale ou intercommunale voire d'un pays (au sens de la loi Pasqua de 1995 sur l'aménagement du territoire). «La profession le répète : il y a un retard considérable dans le renouvellement des réseaux d'assainissement», déplore Vincent Martin.

Les travaux publics mobilisés sur le déploiement de la fibre optique


Les budgets ont été maintenus concernant le déploiement de la fibre optique avec un objectif national de couvrir tout le territoire français d'ici 2025. Le dossier est majoritairement piloté par les Départements.

«Nos entreprise sont très mobilisées sur ces marchés-là», s'enthousiasme Vincent Martin. Les Travaux publics interviennent sur le génie civil et la pose de câble, le passage de la fibre proprement dit étant la responsabilité des différents opérateurs sélectionnés suivant le secteur du territoire.

La demande du maintien des aides régionales à l'école de branche


Les demandes adressées aux candidats diffèrent suivant les collectivités et leurs compétences respectives. La Région contribue au développement économique et organise la formation professionnelle.

«La Région doit être motrice dans le cadre du contrat de plan État-Région où on a du retard, il faut accélérer», revendique Vincent Martin qui souligne le contrat a priori quinquennal «rallongé de deux ans avec la même enveloppe».

Le CPER contribue à financer les grands projets d'infrastructures en Bourgogne-Franche-Comté comme la RN 7 dans la Nièvre, la RCEA en Saône-et-Loire ou encore la LGV Rhin-Rhône en Côte-d'Or et dans le Territoire de Belfort.

Sur ce dernier dossier, Vincent Martin manifeste une certaine prudence : «cela représente beaucoup de milliards pour gagner quelques minutes». En revanche, il se montre plus optimiste sur d'autres travaux ferroviaires. Après la visite du ministre des Transports et la signature d'une convention avec la Région, le président de la FRTP croit à «l'aide de la Région pour des projets d'entretien des petites lignes ferroviaires».

En matière de formation, «les Travaux publics sont très en avance», s'enorgueillit le responsable de l'organisation patronale. La FRTP a développé un centre de formation indépendant, l’École des Travaux publics de Bourgogne-Franche-Comté. «On a un soutien régulier de la Région qui nous aide dans le cas d'investissements, d'équipement de machines. Nous attendons le maintien des aides», signale Vincent Martin.

«Être vigilant sur l'entretien des ouvrages d'art»


Les Départements investissent en matière d'infrastructures qui concernent directement les travaux publics : routes, création de déviation ou d'ouvrages ainsi que leur entretien.

«À la suite de la catastrophe de Gènes, on a pris conscience qu'il fallait être vigilant sur l'entretien des ouvrages d'art», rappelle Vincent Martin. «Les aides aux communes ne doivent pas baisser», insiste-t-il.

Une «longue» transition écologique


«Ce n'est pas mon rôle de rentrer dans un débat politique», déclare Vincent Martin au regard des résultats du premier tour. «Sur le volet de la montée en puissance du Rassemblement National, je ne me prononce pas», indique-t-il tout en analysant que «ça peut remettre en question le clivage droite-gauche, on est au delà de ça aujourd’hui ; la présidence d'Emmanuel Macron a confirmé qu'on n'était plus dans cela».

La «vague verte» évoquée depuis les élections européennes de 2019 amène le président de la FRTP à défendre la prise en compte des enjeux du développement durable par les entreprises du secteur : «on ne peut pas accuser le monde des travaux publics de ne pas être sensible aux problématiques que revendiquent les écologistes aujourd'hui».

Recyclage des matériaux et préservation des ressources sont volontiers mis en avant par Vincent Martin : «on va favoriser le recyclage pour garder les déchets à retraiter sur place pour limiter le transport».

Le responsable de l'organisation patronale a une lecture économique de la transition écologique : «le monde change. Le mouvement écologiste fait prendre conscience à la population de certaines problématiques environnementales. Dans l'utilisation de nos matériels, on est sensible à cela et on veut aller plus loin».

«Certains extrémistes de l'environnement confondent écologie et économie», estime cependant Vincent Martin, «on peut faire de l'écologie tout en ayant un bon modèle économique. Ce n'est pas en un mandat électoral qu'on arrivera à faire respecter cela, (…) ce sera une transition longue».

Le président de la FRTP signale la difficulté pour les constructeurs d'engins de se passer des moteurs thermiques et indique que le secteur des travaux publics travaille avec les constructeurs en vue d'élaborer des engins fonctionnant avec des moteurs hybrides, électriques ou à l'hydrogène. Favorable à un «mix énergétique» en matière de motorisation des engins de chantier, Vincent Martin croit au développement de l'hybridation à court terme, «une très bonne bonne alternative qui répond aux besoins d'aujourd'hui».

«Les décisions politiques aujourd'hui, on va les payer demain», s'inquiète Vincent Martin, qui voit dans les organismes comme la FRTP des «modérateurs» : «on partage les enjeux environnementaux mais on dit qu'il faut se préparer et il faut du temps. Il faut qu'on soit réaliste, il faut inculquer une culture écologique».

Le défi du renouvellement des réseaux d'assainissement


Selon Vincent Martin, un réseau d'assainissement a une durée de vie d'une centaine d'année. Le réseau actuel atteint les 150 ans. De ce fait, «on a en moyenne nationale de 20 à 15% de pertes d'eau entre le captage et le robinet». Les investissements étant trop lourds pour les seuls syndicats des eaux, les agences de l'eau contribuent aux projets d'assainissement. Les Régions peuvent également intervenir en mobilisant des fonds européens.

En Bourgogne-Franche-Comté, Vincent Martin fait «un constat d'échec» faute de projets en nombre suffisant pour consommer les subsides du FEDER. Le président de la FRTP se dit donc favorable à ce que l'ensemble des syndicats des eaux se rassemblement pour «identifier les projets et lancer les travaux». Dans ce cadre, l'ensemble des collectivités, dont la Région, seront appelées en renfort pour renouveler les réseaux d'assainissement.

«Communiquer davantage» sur l'entretien des réseaux


Le débat sur le développement durable se double d'une réflexion sur la communication politique : «il est toujours important de faire un beau projet d'infrastructure neuf qu'on inaugure, quand vous faites un entretien de route départementale, il n'y a pas d'inauguration».

Prenant les exemples des routes de Côte-d'Or et de Haute-Saône, au «très bon niveau de qualité», Vincent Martin incite à «communiquer davantage» et à «être exemplaire».

Ainsi, avec notamment les Canalisateurs de France, des rencontres territoriales de l'eau ont été organisées avant la crise sanitaire. La FRTP souhaiterait qu'elles soient renouvelées.

Le modèle de la Métropole de Dijon


«On est dans une bonne dynamique économique, les compteur sont au vert, la profession des travaux publics se portent bien mais il faut être vigilant sur l'application des engagements qui ont été pris», résume Vincent Martin.

Le président de la FRTP signale le rôle d'une intercommunalité particulière, la Métropole de Dijon, seule métropole de Bourgogne-Franche-Comté : «c'est un acteur très important, elle est dans une dynamique de développement, c'est le modèle qui correspond bien. (…) Si on veut qu'un territoire soit attractif, donc viable économiquement, il faut des infrastructures routières, ferroviaires et numériques de qualité».

Appelant à un «mix de modes de transport» comme le tramway, les bus, le vélo ou encore les centres piétonniers, Vincent Martin incite néanmoins à «ne pas bannir l'automobile».

Là encore, Dijon fait office d'exemple : «c'est un bon modèle de répartition des modes de transport, il ne faut pas être monomode». Ce qui fait même dire au président de la FRTP qu'«il y a de plus en plus de Parisiens qui viennent habiter à Dijon parce que Paris est insoutenable».

Propos recueillis par Jean-Christophe Tardivon


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