Recherche
POUR JOINDRE INFOS-DIJON
redaction.infosdijon@gmail.com (à privilégier)
SMS et MMS au 07 86 17 77 12
> Bourgogne - Franche-Comté > Bourgogne - Franche-Comté
29/09/2020 19:44

ÉNERGIE : RTE réalise une première française avec le projet Ringo de stockage d’électricité à grande échelle

Le 17 novembre 2020, le gestionnaire du réseau électrique haute tension lancera la première phase de son projet Ringo. Il s'agit de pallier l'intermittence de la production d'électricité par des énergies renouvelables en absorbant les surplus pour les restituer automatiquement. RTE est dans la course pour une première mondiale en 2022. Sur les trois sites Ringo en France, un est établi en Bourgogne-Franche-Comté, près de Dijon, en partenariat avec Nidec-ASI qui a installé 24 MW de batteries.

La France a décidé de tendre vers 50% d'électricité d'origine nucléaire d'ici 2035 et, en conséquence, de réduire sa consommation d'énergie et d'augmenter la production d'électricité d'origine renouvelable. Pour compenser l'intermittence des éoliennes et panneaux solaires photovoltaïques, il est indispensable de travailler sur le stockage à grande échelle de l'électricité.

Suite à une directive européenne, depuis l'an 2000, le transport de l'électricité est séparé de la fourniture d'électricité. Ainsi, Réseau de Transport de l’Électricité (RTE) achemine le courant entre les producteurs et les consommateurs. De plus, RTE assure le maintient et le développement du réseau électrique haute tension (le réseau de basse et moyenne tension étant principalement exploité par Enedis).

Ringo, star de l'électricité


Depuis 2017, RTE travaillait à un scénario de stockage du surplus de production d'électricité et de déstockage automatisé sous la forme d'une «ligne virtuelle» de façon à équilibrer en temps réel l'électricité mise sur le marché. En effet, RTE n'a pas le droit de produire de l'électricité. En stocker à un moment donné pour en fournir ensuite pourrait assimiler RTE à un producteur d'électricité.
Début 2020, RTE a annoncé le développement du projet expérimental «Ringo» – du prénom du célèbre Beatles jouant de la batterie – doté d'un budget de 80 millions d'euros validé par la commission de régulation de l'énergie (CRE).

Durant la phase de test, RTE a confié à trois opérateurs le soin de proposer une solution de batteries raccordées au réseau électrique. Saft/Schneider Electric, Blue Solutions et Nidec-ASI ont été retenus. Après une étude parmi 70 localisations potentielles, trois sites d'implantations ont été choisis : Saft à Bellac (Haute-Vienne), Blue Solutions à Ventavon (Haute-Alpes) et Nidec-ASI à Fontenelle (Côte-d'Or), dans la vallée de la Vingeanne, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Dijon.

Premier site de France de batterie à grande échelle


Dès octobre 2019, les travaux de terrassement ont commencé à Fontenelle pour établir la plateforme. En juillet 2020, les containers arrivaient. Ils étaient équipés de l'électronique de puissance mais les batteries ont été installées à l'intérieur durant l'été. À présent, le site est préparé pour un raccordement au réseau qui aura lieu le 17 novembre 2020.

Selon RTE, le site de Vingeanne sera alors «le premier en France à accueillir cette implantation de batterie grande échelle». La mise en service aura lieu au premier trimestre 2021 après une phase de test. Les sites de Saft et de Blue Solutions seront mis en service fin 2021 et début 2022. À ce moment-là, la première française pourrait devenir une première mondiale avec «un dispositif innovant s’appuyant sur des données numériques en temps réel sur l’état du réseau». Les trois sites auront à fonctionner simultanément pour stocker et déstocker de l'électricité.

«Éviter les pertes de production d'électricité d'origine renouvelable»


Le mardi 29 septembre 2020, Élisabeth Bertin, déléguée de RTE Est, et Franck Girard, président du directoire de Nidec ASI, se sont rendus sur le site de Vingeanne pour présenter l'expérimentation. Dix containers sont posés sur la plateforme dans lesquels sont logés en tout 5.685 modules formant autant de batteries pour un total de 24 MW / 37 MWh.

Chaque module pesant 47 kg, ce sont 270 tonnes de batteries que dix techniciens ont installées durant l'été. Les batteries sont de type Lithium ion NMC (nickel, manganèse, cobalt) à forte densité énergétique, d'une tension allant de 740 à 1.000 volts. L'investissement sur le site de Vingeanne représente à lui seul 24 millions d'euros.

La vallée de la Vingeanne a été choisie parce que la Bourgogne-Franche-Comté est une région fortement productrice d'énergie éolienne. En fonction des conditions météo, la production d'électricité peut connaître des pics ponctuels engendrant des surplus à un moment où la consommation est inférieure. Ringo stockera ce surplus. D'après RTE, «cela permettra d'éviter les pertes de production d'électricité d'origine renouvelable et contribuera à réduire les émissions du mix énergétique [français]».

Un rôle d'acrobate pour équilibrer la production à la consommation


Élisabeth Bertin rappelle l'activité de RTE : «notre mission est de faire circuler les électrons sur le réseau électrique et d'alimenter tous les clients de façon sûre, partout sur le territoire français avec la caractéristique que sur le réseau de transport, il doit toujours y avoir autant d'électrons qui rentrent que d'électrons qui sortent. C'est toujours un équilibre du réseau, notre rôle est un rôle d'acrobate pour que cet équilibre production=consommation soit assuré à chaque instant».

Dans le contexte de la transition énergétique, RTE planifie le futur du réseau dans le cadre du schéma régional de raccordement au réseau des énergies renouvelables en lien avec les gestionnaires de réseaux de distribution, les pouvoirs publics et les collectivités locales. Cela induit «une nouvelle géographie de production» souligne Élisabeth Bertin. RTE doit donc s'adapter en créant de nouvelles infrastructures et en numérisant les dispositifs surveillant l'état du réseau.

«Le projet Ringo, c'est vraiment un exemple de cette démarche d'innovation» ponctue la déléguée RTE. «Ça nous permet de gérer les trop-pleins d'électricité renouvelable de façon automatique et (...) d'arriver à optimiser en fonction des lieux de consommation, en fonction de l'état du réseau et en fonction de la production instantanée» ajoute la déléguée de RTE.

Actuellement, cet «aiguillage» des électrons est réalisé en partie manuellement d'où le souhait de détecter automatiquement les contraintes pour adapter la production. «On est convaincu que le stockage d'électricité à grande échelle va être un moyen essentiel pour arriver à gérer le réseau de demain avec beaucoup plus de renouvelables» insiste Élisabeth Bertin.

Une étude sur la sécurité du site


Le poste de Vingeanne se situe sur la ligne Gray-Marcigny et doit prochainement accueillir la production d'une quarantaine d'éoliennes à hauteur de 100 MW. RTE aurait nécessairement eu à redimensionner le poste pour cela et a préféré faire le choix de réaliser un investissement innovant.

Les containers ont été choisis pour leur moindre coût face à la construction d'un bâtiment et pour leur modularité. Du côté de la sécurité, RTE a demandé une étude des dangers pesant sur le site qui a notamment simulé un incendie de containers.

En plus de pare-feux en béton à l'extérieur, des systèmes de lutte contre les incendies sont installés à l'intérieur. Une convention a été établie avec le SDIS 21 et des sapeurs-pompiers ont été formés au risque électrique. De surcroît, le site est télésurveillé et l'équipe de maintenance est basée à proximité, à Dijon. Franck Girard signale que «cette conception a été mise en œuvre à West Burton, au milieu de la plus grosse centrale à gaz d'Angleterre».

De la batterie au réseau haute tension et vice-versa


Nidec ASI a déjà développé des solutions de services au réseau en France, notamment au sein des territoires ultra-marins qui connaissent un fort développement des énergies renouvelables, ou à l'étranger (États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Finlande, Suède...).

En plus des batteries, chaque conteneur accueille l'électronique de conversion. À l'extérieur, on trouve un système de refroidissement à eau, un onduleur passant du courant continu au courant alternatif puis un transformateur passant de 400 volts à 12.000 volts. Par la suite, la tension sera élevée à 63.000 volts pour que le courant puisse être injecté sur le réseau. Et vice-versa quand il s'agira de charger les batteries à partir du réseau.

Un ensemble de métiers variés ont été mobilisés au sein de Nidec ASI pour développer ce système : ingénieurs électriciens, ingénieurs automaticiens, ingénieurs mécaniciens, opérateurs qui fabriquent les containers... L'équipe de Nidec ASI est basée dans la Loire et la PME appartient au groupe japonais Nidec spécialisé dans les moteurs électriques. Il s'agit ici du premier partenariat entre Nidec ASI et RTE.

«Le développement d'une filière française du stockage de l'électricité»


Une fois les trois sites opérationnels, les batteries seront pilotées par un dispositif innovant développé en interne par RTE, les «Nouveaux Automates de Zone Adaptatifs» ou «NAZA», doté d'un budget spécifique de 13,5 millions d'euros sur cinq ans.

Ce dispositif est prévu pour s'appuyer en temps réel sur des données numériques de l'état du réseau afin de déclencher automatiquement les actions les plus appropriées, comme le stockage ou le déstockage de l'électricité dans les batteries. C'est ce qui amène RTE à revendiquer ce qui sera une «première mondiale» constituant «un nouveau pas vers la transition énergétique» selon l'opérateur.

Aux côtés des énergies renouvelables, c'est peut-être une nouvelle filière qui est en passe d'émerger. RTE et Nidec-ASI visent à participer «au développement d'une filière française du stockage de l'électricité qui constitue un enjeu industriel et environnemental fort». En effet, RTE assurera l'exploitation des trois sites jusqu'en 2023 puis passera la main à une entreprise dont l'activité pourra se situer entre le service au réseau et la production d'électricité.

Jean-Christophe Tardivon