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09/07/2020 17:58

ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR : L'Université de Bourgogne travaille à une rentrée en présentiel pour tous les étudiants

Une large concertation a mené à un scénario prioritaire pour la rentrée universitaire de septembre 2020. Vincent Thomas, le président de l'Université de Bourgogne, se prépare à une situation où tous les étudiants seraient accueillis sur leur campus respectif. Un «pari» qui repose sur la discipline de tous.
Le 9 mars 2020, Vincent Thomas était élu président de l'Université de Bourgogne. Le 12 mars, la gouvernance était installée avec la désignation des délégations attribuées aux vice-présidents. Le soir même, le président de la République annonçait la fermeture au public des universités, quelques jours avant le confinement généralisé.

À peine élu, Vincent Thomas se retrouvait avec la responsabilité de mettre en place un fonctionnement de l'Université de Bourgogne en distanciel. «Nous n'étions pas psychologiquement préparés à une telle éventualité» confie-t-il à Infos Dijon en revenant sur cette période. Alors, «il a fallu que toute la communauté universitaire, les personnels administratifs, les personnels enseignants, les personnels enseignants-chercheurs donc les laboratoires, les composantes, les directeurs de composantes se mobilisent pour inventer une université à distance».

«Il faut que [les] décisions reposent sur une large concertation»


«Je rends hommage à l'ensemble des personnels de cette université pour avoir, en une quinzaine de jours, mis en place cette université avec les moyens techniques qui sont finalement importants parrce qu'ils faut savoir que l'Université de Bourgogne a développé ces applications numériques, a renforcé sa capacité de réseau internet et on a pu compter sur le travail réalisé par la direction numérique depuis plusieurs années et c'est ce qui nous a permis de remplir nos missions de la manière la moins dégradée possible» se rappelle Vincent Thomas. Post-confinement, la communauté de l'université poursuit ce travail (lire notre interview du vice-président au campus numérique).

Tout comme pour les collectivités, l'état d'urgence sanitaire permettait aux présidents d'université de s'affranchir de certaines modalités décisionnelles. Néanmoins, le président de l'Université de Bourgogne a maintenant la réunion des instances aux fréquences habituelles mais en téléconférence.  Le dialogue social s'est donc poursuivi malgré le confinement. «Je crois que, lorsque l'on est confronté à une situation tout à fait exceptionnelle et tout à fait nouvelle, si l'on souhaite prendre les décisions les plus opportunes, il faut que ces décisions reposent sur une large concertation» indique Vincent Thomas.

Le stress des enseignants lié au télétravail


Les situations matérielles ou psychologiques difficiles ont pu ainsi être partagées pour en tenir compte. Cela fait partie de la politique de «qualité de vie au travail» que l'équipe conduite par Vincent Thomas avait avancé comme argument lors de la campagne pour les élections universitaires.

Une enquête a donc été lancée auprès de tous les personnels pour recueillir leurs impressions en situation de télétravail. Les résultats quantitatifs sont connus. Ils montrent notamment que c'est chez les enseignants et les enseignants-chercheurs que le stress lié au télétravail a été le plus élevé : ils ont dû terminer les enseignements et concevoir des examens en distanciel. « Chacun a vraiment fait au mieux et le résultat assez extraordinaire en si peu de temps» souligne Vincent Thomas.

Parallèlement, les personnels administratifs ont connu leurs propres contraintes (sur quelques 1.300 personnels administratifs, 1.000 ont pratiqué télétravail) comme le fait de subir un contrôle de la Cour des Comptes pendant cette période.

Du côté des étudiants, «la crise du Covid-19 a sans doute exacerbé les difficultés sociales et les inégalités entre étudiants» constate Vincent Thomas qui évoque l'accompagnement des associations étudiantes comme Associatifs et indépendants ou encore Bouge ton campus par des dons de colis alimentaires.

Une analyse qualitative de ces résultats reste à mener dans les prochaines semaines afin de produire un rapport qui sera porté à la connaissance de la communauté universitaire. Ce rapport contribuera à orienter la politique de ressources humaines de l'université alors que le télétravail sera sans doute maintenu à la rentrée avec un retour ponctuel dans les bureaux pour ne pas dépasser 15% de la fréquentation habituelle des locaux.

Un processus de concertation aboutit à un scénario prioritaire pour la rentrée


«La rentrée est un enjeu majeur pour l'Université de Bourgogne. Il faut, là aussi, qu'elle se déroule le mieux possible dans des circonstances qui vont être, là encore, tout à fait nouvelles et extraordinaires» déclare le président de l'université.

Pour aborder cette situation délicate, un groupe de travail constitué de personnes issues de la commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU), de trois directeurs de composantes aux problématiques variées ainsi que de personnels administratifs des conseils centraux et des différentes composantes. Soient une trentaine de participants qui se sont ensuite répartis en thématiques (rentrée des néobacheliers, remédiation en L1, mobilité et relations internationales, organisation logistique et numérique de la continuité pédagogique, accompagnement des personnels dans les nouvelles modalités de travail).

Une mission fondamentale sera de «développer des stratégies pédagogiques pour permettre d'utiliser le numérique, mais aussi tous les autres outils pédagogiques à notre disposition, pour continuer de toucher notre public, pour continuer de transmettre des connaissances universitaires, donc des connaissances de haut niveau, pour continuer de permettre à nos étudiantes et à nos étudiants de construire leurs compétences dans notre établissement» assure Vincent Thomas.

«C'est vraiment un processus de concertation globale de l'université dans un calendrier très contraint» remarque le président. Un processus qui aboutit à un scénario prioritaire de «100% en présentiel». Il s'agirait donc d'accueillir en présentiel tous les étudiants de l'Université de Bourgogne quelque soit leur site de rattachement : Dijon, Le Creusot, Chalon-sur-Saône, Mâcon ou Auxerre.

Un pari qui repose sur la discipline de la communauté universitaire


«Dans l'idéal, nous devrions retourner à une vie la plus normal possible sur les campus de l'Université de Bourgogne» envisage Vincent Thomas qui reconnaît là «une sorte de pari qui repose sur la discipline individuelle et collective de la communauté universitaire vis à vis des normes sanitaires». La part d'étudiants en présentiel pourra être revue à la baisse si la situation sanitaire se dégradait.

Il est d'ores et déjà probable que les cours magistraux en amphithéâtres aux effectifs importants soient néanmoins remplacés par du distanciel tandis que les travaux dirigés et les travaux pratiques se dérouleraient effectivement en présentiel. À l'intérieur des bâtiments, le port du masque serait obligatoire faute de distanciation physique.

«On sait que l'échange collectif en présentiel permet de faire passer à la fois des connaissances et des compétences que le distanciel ne permet de manière aussi naturelle. On tient à privilégier un maximum d'enseignements en présentiel parce que le présentiel est vraiment le vecteur privilégié de la pédagogie» martèle Vincent Thomas.

«Il nous faut des campus sur lesquels il y a des étudiants»


Ce travail, synthétisé par la vice-présidente Sophie Morlaix, a été soumis aux instances de l'Université de Bourgogne qui ont émis un avis favorable. Cette synthèse aboutira à une note de cadrage qui sera présentée le jeudi 9 juillet au conseil d'administration de l'université qui prendra une décision.

Actualisé le 9 juillet : selon nos informations, toutes les instances, dont le conseil d'administration réuni le 9 juillet 2020, ont adopté à l'unanimité le scénario reposant sur une rentrée en présentiel pour tous les étudiants en respectant les gestes barrière et en appliquant le port du masque de protection.

Si Dijon Métropole et le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté seront directement informés puisque participant aux instances de l'Université de Bourgogne, les maires des communes accueillant les sites universitaires seront officiellement prévenus par la suite. «Il nous faut des campus sur lesquels il y a des étudiants» revendique Vincent Thomas qui s'empresse de préciser «dans des conditions sanitaires qui ne mettent pas en danger ces étudiants et les personnels».

Pour la rentrée de septembre 2020, l'université a déjà procédé à des commandes de gel hydroalcoolique et de 80.000 masques lavables à distribuer aux personnels et aux étudiants. Plusieurs centaines de kits de captation vidéo ont aussi été commandés. Le coût de ces équipements et fournitures ainsi que celui des désinfections à opérer ne sont pas encore estimés à ce jour.

De plus, un plan numérique devrait être lancé à la rentrée pour réduire la fracture numérique des étudiants. Les collectivités locales pourraient être associées afin de financer le prêt à chaque nouvel étudiant d'un matériel numérique lors de la rentrée 2021.

Une réflexion sur l'hybridation des enseignements


Les conséquences de la réorganisation de l'université sont aussi financières. Le surcoût des frais exposés à fin juin est estimé à environ deux millions d'euros. Le gouvernement réfléchit à intégrer ce coût dans la dotation accordée par l’État à la rentrée. De plus, un appel à projets sur l'hybridation des enseignements a été lancée (une partie des cours en présentiel, une partie en distanciel).

Dans le cadre de l'université fédérale de Bourgogne-Franche-Comté, l'Université de Bourgogne va répondre à cet appel à projets en sollicitant un budget de 2,3 millions d'euros pour un plan d'actions accompagnant la mue de sa stratégie pédagogique. Une part de la somme concernerait la réflexion sur l'hybridation, une autre part serait allouée au financement des infrastructures numériques  et des équipements pour les personnels.

«Le distanciel mobilise énormément les personnels pédagogiques»


«Il faut se méfier d'un lieu commun qui consiste à penser que l'enseignement, donc par l'intermédiaire du numérique, permet de faire l'économie de cerveaux et donc de personnels, enseignants et enseignants-chercheurs. Je crois que la crise nous a montré exactement le contraire. C'est à dire que le distanciel mobilise énormément les personnels pédagogiques» relève Vincent Thomas.

«Il est faux de penser que le développement de ces outils numériques s'accompagnera d'une diminution du nombre d'emplois d'enseignant et d'enseignants-chercheurs. Au contraire, cet enseignement à distance, nous l'avons constaté pendant le confinement, nécessite davantage de lien entre le pédagogue et l'étudiant. C'est une des grandes leçons de cette crise sanitaire : le numérique suppose que derrière les ordinateurs, il y ait des femmes et des hommes qui encadrent les étudiants» insiste le président de l'université qui ajoute qu'«il faut que nos responsables politiques, au plan national mais également sur le territoire, en aient conscience, je suis persuadé que beaucoup en ont conscience».

Propos recueillis par Jean-Christophe Tardivon

Chiffres clés de l'Université de Bourgogne en 2019
34.169 étudiants dont 30.315 à Dijon
2.870 étudiants internationaux représentant 120 nationalités
2.774 agents dont 1.519 enseignants et enseignants-chercheurs
2.700 vacataires d’enseignement
483 agents des organismes de recherche dans les unités de recherche
242 millions d'euros de budget annuel


Vincent Thomas a été élu président de l'Université de Bourgogne le 9 mars 2020