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05/02/2024 12:27
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EUROPÉENNES : Benoît Biteau défend les «expérimentations» à mener pour atteindre «la cohabitation du loup et de l'élevage»

En visitant un élevage de chèvres sur les hauteurs de Beaune, ce mercredi 31 janvier, des élus écologistes ont défendu leur approche de la colonisation par des loups d'une région agricole comme la Bourgogne-Franche-Comté en insistant sur la réflexion à conduire «à l'échelon européen».
Le sujet de la cohabitation de troupeaux d'élevage et de loups s'est invité lors de la visite de l'étable de la Ferme du Bökin Cor, ce mercredi 31 janvier 2024, à Aubaine, par une délégation d'Europe Écologie Les Verts accompagnant Benoît Biteau, député européen sortant, également éleveur en Charente-Maritime, en campagne pour les élections européennes du 6 juin prochain (lire notre article).

Là, entourés de chèvres et surveillés par un patou, l'éleveur Thomas Maurice, également co-porte parole en Côte-d'Or du syndicat agricole La Confédération paysanne, et les élus écologistes ont envisagé la nécessité de tuer des loups solitaires attaquant des troupeaux et, parallèlement, de développer des expérimentations – comme le piégeage non-létal de loups – pour protéger les animaux d'élevage.


«Quand il y a un loup qui pose problème, il faut le prélever», concède Thomas Maurice


«À la Conf', on essaie d'avoir une démarche constructive sur le sujet en essayant de défendre les paysans, on est les progressistes, en ayant conscience des limites et des réalités», explique Thomas Maurice aux membres de la délégation, «il y a des impasses techniques parfois sur des élevages. (…) Quand il y a un loup qui pose problème, il faut aussi dire qu'il faut le prélever. (…) La solution sera sur un compromis parce que c'est une problématique qui dépasse la simple dimension agricole. (…) Il faut inciter autant que possible la profession à s'adapter de manière pragmatique sans prendre parti de manière idéologique (…) parce que les loups, jusqu'à preuve du contraire, il va y en avoir de plus en plus même si le statut du loup est remis en cause».

«Le piégeage non-létal des loups est une réponse», avance Benoît Biteau


«Sur les outils de protection, il y a des alternatives qui n'ont pas été explorées», enchaîne Benoît Biteau. «En Limousin, on a expérimenté le piégeage non-létal qui est une réponse. On piège les loups, ils ne sont pas tués. Ça créé un stress, ce qu'on appelle un réflexe conditionné en zootechnie, qui fait qu'ils associent la proximité d'un troupeau avec une expérience désagréable donc ça a tendance à les éloigner. Quand ils sont piégés, on peut les pucer avec des puces de géolocalisation qui permettent d'utiliser la méthode moderne et de renforcer la protection sur les troupeaux qui sont à proximité de la meute. Le Baudet du Poitou est une très bonne réponse. Le destin du Baudet a été intimement lié à la présence du loup. Les derniers Baudets ont failli disparaître au moment où le dernier loup a été battu en France parce qu'on n'avait plus besoin du Baudet pour protéger les troupeaux. Aujourd'hui, on fait la démonstration que cette aptitude du Baudet du Poitou à repousser le loup n'est pas perdue. Les animaux ont toujours cet instinct de virer le loup.»

«Si vous tapez le mauvais loup, vous déstabilisez la meute», alerte le député européen


«Le tir du loup doit être la décision ultime», concède l'élu écologiste, «le tir à l'aveugle, c'est une catastrophe». «C'est à dire que si, sur une meute, vous tapez le mauvais loup, vous déstabilisez la meute et elle devient encore plus agressive qu'elle ne l'était avant le prélèvement du loup avec donc beaucoup plus d'attaques de troupeaux.»

«C'est l'avantage de réfléchir à l’échelon européen», insiste le député européen, «on a des zones d'Europe où le loup est beaucoup plus présent qu'en France». «Dans ces régions-là, les éleveurs ont su trouver des réponses pour s'adapter à la présence du loup. Je pense à la zone des Abruzzes, en Italie, où on a des retours d'expérience qui sont absolument remarquables et sur lesquels on peut s'appuyer pour reproduire sur le territoire français et ailleurs en Europe la cohabitation du loup et de l'élevage.»

L’État et la Région financent des postes pour expérimenter des mesures de protection des troupeaux


«C'est un des premiers dossiers que l'on a eu à traiter en Bourgogne-Franche-Comté [après les élections régionales de juin 2021]», réagit Stéphanie Modde, vice-présidente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté chargée de la transition écologique. «Du côté suisse, juste de l'autre côté de la frontière [avec la Bourgogne-Franche-Comté], il y avait des expérimentations qui avaient lieu avec des résultats très intéressant mais rien dans notre région donc on a beaucoup appuyé pour avoir cette expérimentation. On a pu obtenir un poste, financé au sein de [l'Agence régionale de biodiversité] à la fois par la Région et par l’État. (…) La personne qui est là est un ancien éleveur. Il y a un deuxième poste qui arrive, basé côté Bourgogne, en Saône-et-Loire.»

Un comité de suivi de ces expérimentations inclut des représentants des éleveurs.

«On comprend la grande détresse des éleveurs», assure Stéphanie Modde


«On aurait dû anticiper cette menace», insiste Stéphanie Modde, «[les loups] sont du côté suisse depuis des années, il y a des meutes constituées ; c'était évident qu'ils n'allaient pas s'arrêter à la frontière». «C'est un travail à faire avec la profession.»

«On a eu des discussions difficiles avec les préfets qui n'étaient pas conscients de l'expérience accumulée en Suisse sur le fait qu'on ne tire pas n'importe quel loup en fonction d'un quota», signale Dominique Voynet, secrétaire régionale Europe Écologie Les Verts Franche-Comté, «il faut comprendre comment fonctionne la meute : combien d'animaux, quel est le loup dominant, comment elle se déplace, comment elle attaque, etc.».

«Il y a d'énormes dégâts si on a un loup solitaire», pointe la militante écologiste, «c'est ce qui est en train de se passer côté suisse en ce moment».  «Ils ont une meute qui pose problème parce que le loup qui la dirigeait a été tuée et elle fait n'importe quoi !»

«La Saône-et-Loire est un des départements les plus touchés de France», constate Claire Mallard


«On a besoin de connaissances approfondies du fonctionnement du loup», relève Stéphanie Modde qui insiste sur le rôle de l'Agence régionale de la biodiversité. «On travaille avec des naturalistes pour vivre avec cette cohabitation du loup et de l'éleveur même si on comprend bien évidemment la grande détresse des éleveurs quand leurs troupeaux sont attaqués.»

«En Saône-et-Loire, en zone de plaine et de bocage, c'est un des départements les plus touchés de France», constate Claire Mallard qui siège dans le comité de suivi des expérimentations. «Là, on n'a pas de meute. En Bourgogne-Franche-Comté, on n'a que deux meutes. Les attaques sont plus violentes et plus nombreuses là où il n'y a pas de meute, avec des dégâts importants. (…) Les éleveurs nous disent que ça va être compliqué parce qu'il va falloir beaucoup de matériel et beaucoup de main-d’œuvre. (…) Ce sont des questions que l'on doit prendre en compte. (…) Sur les patous, revient souvent la question des conflits d'usage entre tourisme et agriculture. Au sein de l'ARB, avec une gouvernance pluraliste entre associations environnementales et éleveurs, on peut avoir ce genre de débat. (…) On ne peut pas non plus pallier ce que ne fait pas l’État depuis des années.»

Propos recueillis par
Jean-Christophe Tardivon

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