
Le guide des meilleurs vins de France a dévoilé son nouveau palmarès et la Bourgogne brille cette année encore
Vigneron pionnier du bio en Bourgogne, Emmanuel Giboulot cultive depuis près de quarante ans un lien intime avec ses terroirs et a été consacrée par une deuxième étoile de la Revue du Vin de France. Entre adaptation au climat, fidélité à la biodynamie et reconnaissance grandissante il partage sa vision d’un métier exigeant, où chaque millésime est un nouveau défi.
Héritage et parcours
Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
« Je suis Emmanuel Giboulot, vigneron à Beaune depuis 1985. Le domaine compte environ 14 hectares, cultivés en bio et en biodynamie. Depuis toujours, nous travaillons de façon parcellaire : une parcelle, une cuvée, afin de respecter et de valoriser l’identité propre de chaque lieu, quel que soit le terroir, modeste ou prestigieux. »
Le vignoble et ses terroirs
Où se situent vos parcelles ?
« La majorité se trouve à Beaune, notamment en appellation Côte de Beaune Blanc, avec trois cuvées distinctes : La Grande Châtelaine (exposition sud-ouest), Les Pierres Blanches et La Combe d’Ève (toutes deux sur une exposition sud-est). C’est le coeur de notre production en blanc.
Nous avons aussi un peu de rouge, du Rully Premier Cru, en Côte de Beaune-Rouge Les Pierres Blanches, mais également du Saint-Romain (rouge et blanc), ainsi que des parcelles dans les Hautes-Côtes de Nuits (Magny-lès-Villers et Meuilley).
Enfin, côté plaine, nous travaillons des IGP (anciennement appellation Bourgogne), avec des cuvées variées : un blanc 100% pinot beurot, un assemblage de cinq cépages bourguignons, un pinot noir, et bientôt un savagnin vin de France, puisque ce cépage n’est pas autorisé dans le cahier des charges de l’IGP Sainte-Marie-la-Blanche. Cette cuvée s’appelle Les Terres Burgondes, en hommage aux Burgondes qui ont donné leur nom à la Bourgogne. »
Reconnaissance et émotions
Vous venez d’obtenir votre deuxième étoile au Guide RVF. Quelle a été votre réaction ?
« Je l’ai appris par une amie, par texto ! J’ai aussitôt vérifié, et effectivement, cela m’a fait très plaisir. C’est un encouragement pour tout le domaine, pour l’équipe. Un domaine, ce n’est pas que le vigneron : cette distinction valorise l’engagement de chacun. »
Vous y attendiez-vous ?
« Pas particulièrement. La RVF vient déguster régulièrement, mais nous ne savions pas si notre travail retiendrait leur attention. C’est donc une belle surprise et surtout une reconnaissance du travail de longue haleine. Cela ne changera pas notre style : nous cherchons toujours à progresser, à améliorer ce qui peut l’être. »
Défis climatiques et adaptation
Votre métier est fortement exposé aux aléas du climat. Comment le vivez-vous ?
« C’est devenu très compliqué. Une année on est confronté au gel, une autre à la canicule, l’année suivante au mildiou… Chaque millésime est une lutte, presque une loterie. Mais je n’aime pas ce mot, car cela donnerait l’idée que tout repose sur la chance, alors que c’est avant tout du travail, de l’expérience et une adaptation permanente.
Par exemple, nous expérimentons des couverts végétaux pour protéger les sols et limiter l’évaporation. Mais ce qui fonctionne une année ne sert parfois à rien la suivante. C’est une remise en question constante.
Depuis 2016, avec de fortes gelées de printemps, nous sommes entrés dans une période où les conditions sont beaucoup plus instables. Certaines années, comme 2021 ou 2024, les récoltes sont extrêmement faibles. C’est difficile à tenir. »
Bio et conviction
Comment concilier viticulture biologique et conditions climatiques de plus en plus extrêmes ?
« Pour nous, ce n’est pas une question de lutte mais d’adaptation. Le monde paysan a toujours dû s’adapter. Mon père a engagé nos vignes en bio dès 1970 : certaines parcelles sont donc en bio depuis plus de 50 ans. Cela prouve que c’est possible.
Mais il faut être lucide : nous manquons encore de moyens, notamment en matière de recherche et de biocontrôle. Les solutions techniques n’évoluent pas assez vite au regard des défis climatiques actuels.
C’est un combat quotidien, mais aussi collectif. À travers Bio Bourgogne, dont je préside la commission viticole, nous travaillons à faire avancer ces pratiques, même si les progrès restent lents. »
Et demain ?
Avec deux étoiles déjà obtenues, visez-vous la troisième ?
« Je n’y pense pas. Si cela arrive, ce sera bien sûr une grande joie. Mais cette distinction salue déjà un engagement de longue date, et confirme que nous sommes sur la bonne voie. Ce qui compte, c’est de continuer à avancer, à améliorer notre travail, avec constance et humilité. »
Un dernier mot ?
« Je veux simplement remercier la Revue du Vin de France pour leur travail et pour cette valorisation. Cela fait vraiment plaisir ! »
Manon Bollery
Photos ©Manon Bollery