
Une journée sous le soleil, au coeur des vignes et au plus près de celles et ceux qui font les vins des Hospices de Beaune.
Ce jeudi 3 septembre, la journée presse de la 166e Vente des Vins a permis de découvrir un millésime 2026 hors normes, mais aussi de rappeler tout ce que cette vente représente pour Beaune, son vignoble et son hôpital.
La journée a commencé à la Cuverie des Hospices de Beaune, autour d’une conférence de presse. Pour Pierre Bolze, maire de Beaune et président du conseil de surveillance des Hospices Civils de Beaune, cette première journée de presse était l’occasion de rappeler l’importance d’un rendez-vous qui dépasse largement le cadre du vin. « Il y a un dimanche de novembre qui ne ressemble à aucun autre », a-t-il souligné. Un dimanche où Beaune devient le point de rencontre entre «un grand terroir, une institution historique et une grande cause ».
Car avant le célèbre coup de marteau de la Vente des Vins, il y a une année entière de travail dans les vignes, des vendanges à organiser, des décisions à prendre et, cette année plus que jamais, une capacité d’adaptation à démontrer.
2026 : un millésime qui n’a pas attendu
Pour comprendre ce millésime hors norme, Ludivine Griveau, régisseuse du domaine viticole des Hospices de Beaune, nous ramène à l’automne 2025.
Septembre avait été marqué par des précipitations exceptionnelles, avec près de 300 mm de pluie en un mois. L’hiver, plus froid que les précédents et ponctué d’épisodes neigeux, permet ensuite de reconstituer les réserves hydriques des sols.
Puis la vigne démarre très tôt.
Dès le 19 mars, les premiers bourgeons gonflent. Les premières pointes vertes apparaissent autour du 25 mars et, au 24 avril, les premières inflorescences sont déjà visibles. « D’habitude, c’est plutôt mi-mai », rappelle Ludivine Griveau.
La chaleur s’installe ensuite durablement. La floraison se déroule sous des températures particulièrement élevées, entraînant coulure et millerandage et faisant chuter le potentiel de récolte. « On a un millésime qui prend une tournure totalement inattendue et totalement inédite », résume-t-elle. 2026 devient alors une véritable « terra incognita ».
S’adapter, encore et toujours
Face à ce millésime imprévisible, les équipes des Hospices ont dû revoir certaines habitudes : arrêt des labours pour préserver la fraîcheur des sols, arrêt des rognages, arrosage des jeunes plantations…
Des décisions parfois inhabituelles, mais nécessaires : « Il nous a emmenés dans nos retranchements, il nous a obligés à considérer qu’il fallait faire des choses différemment, autrement, arrêter certaines méthodes, ne pas hésiter à tout bouleverser. » Et le calendrier, lui aussi, a été bouleversé.
Les contrôles de maturité commencent dès le 8 août et les vendanges démarrent le 15 août, pour s’achever le 24 août après seulement neuf jours d’activité. Une récolte historiquement précoce et relativement faible, qui aura nécessité une organisation particulièrement réactive : près de 60 hectares en production, environ 150 vendangeurs et toute une logistique mobilisée en urgence.
« Il faut certainement rajouter le terme de réactivité », insiste Ludivine Griveau. « C’est ce, sûrement, vers quoi les millésimes à venir vont nous pousser. »
Malgré les rendements faibles, les premiers constats sont encourageants. Les raisins sont sains, les couleurs des rouges sont superbes et le tri moyen est inférieur à 3 %.
Pour autant, la régisseuse préfère rester prudente face aux premières annonces de « millésime exceptionnel ».
« Moi, je vais y apporter un peu de nuance parce que je ne sais pas encore. » Une chose est certaine : 2026 porte une forte empreinte solaire, avec des degrés élevés, des tanins puissants et des arômes concentrés. Tout l’enjeu sera désormais de préserver l’expression des terroirs. « Cette quête d’excellence, elle passe certainement aussi par être à l’écoute de ce millésime et de faire avec ses composantes. »
Dans les cuves, les premières promesses
Après la conférence de presse, place à la dégustation.
Ludivine Griveau nous emmène goûter deux cuvées de Pommard directement dans les cuves en fermentation : Les Rugiens et Les Epenots.
Un moment privilégié pour observer ce qui se joue maintenant, alors que les raisins commencent leur transformation en vin. « On ne fait pas que subir », rappelle la régisseuse.
Les Hospices disposent aujourd’hui d’une cuverie moderne et d’outils techniques performants. Mais derrière la technicité, l’objectif reste le même : permettre aux climats bourguignons de conserver leur identité.
« Il va falloir une ligne directrice très nette, très clean, très droite dans l’achèvement de tout ce cycle de transformation de nos raisins en vin pour qu’ensuite le climat, au sens de nos climats cette fois, puisse s’exprimer. »
2026 impose donc de composer avec ce que la nature a donné.
Pommard à l’honneur
Après la dégustation, direction les parcelles de Pommard, mises à l’honneur cette année à l’occasion des 90 ans de l’appellation, créée en 1936.
Sur les hauteurs et entre les rangs de Pinot Noir, la régisseuse des Hospices racontent un vignoble qui possède ici une histoire particulièrement ancienne. Certaines parcelles ont été transmises aux Hospices par des dons et des legs dès le XVe siècle.
Les Hospices disposent aujourd’hui de 7,20 hectares à Pommard, répartis entre Pommard Village et Pommard Premier Cru, et produisent notamment cinq cuvées emblématiques issues de ce secteur, parmi lesquelles Les Rugiens et Les Epenots.
Le vignoble fait actuellement l’objet d’un important programme de renouvellement, avec des arrachages et replantations destinés à reconstruire progressivement des parcelles vieillissantes.
Et 2026 n’a évidemment pas épargné Pommard : vendangé entre le 22 et le 24 août, le secteur devrait afficher un rendement autour de 20 hl/ha, contre un objectif habituel de 38 à 40 hl/ha.
Une vente au service d’une grande cause
La Vente des Vins des Hospices de Beaune est aussi, et surtout, une histoire de solidarité.
En 2026, la célèbre Pièce de Charité, dite Pièce des Présidents, sera dédiée aux maladies rares. Deux associations ont été choisies comme bénéficiaires : DEBRA France, qui accompagne les personnes atteintes d’épidermolyse bulleuse, et l’ARSLA, engagée dans la lutte contre la maladie de Charcot et les maladies du motoneurone.
Une cause qui s’inscrit pleinement dans l’histoire des Hospices Civils de Beaune, institution de solidarité depuis 1443.
Mais la générosité de la Vente ne s’arrête pas à cette pièce emblématique. Comme l’a rappelé Pierre Bolze, l’ensemble des recettes permet également de financer l’hôpital public et ses projets d’avenir.
La construction du nouveau bâtiment de l’Hôpital de Beaune se poursuit ainsi, avec une fin de chantier prévue début 2028. En parallèle, 2026 marque le lancement de plusieurs investissements, notamment dans la modernisation des outils informatiques et le déploiement d’un nouveau Dossier Patient Informatisé.
« Participer à cette vente des vins, ça n’est pas seulement acquérir encore une prestigieuse », rappelait Pierre Bolze. « C’est aussi prendre part à une tradition de générosité. »
Rendez-vous le 15 novembre
La 166e Vente des Vins des Hospices de Beaune se tiendra le 15 novembre sous les Halles de Beaune, orchestrée pour la deuxième année par Sotheby’s.
Et l’engouement international est déjà au rendez-vous, avec des acheteurs inscrits venus de nombreux pays. Sotheby’s poursuit également son développement international, notamment à Varsovie, Ho Chi Minh-Ville et Philadelphie, tandis que sa nouvelle implantation new-yorkaise permettra cette année à des clients américains de suivre la vente et d’enchérir en direct depuis New York.
Mais avant le grand rendez-vous de novembre, cette journée presse aura surtout permis de revenir à l’essentiel : la vigne, le terroir, les femmes et les hommes qui font le vin… et la solidarité qui donne aux Hospices de Beaune une place si particulière dans le monde viticole.
2026 sera sans doute un millésime dont on parlera longtemps.
Manon Bollery











