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29/10/2020 19:21

INDUSTRIE : Nuclear Valley met l'accent sur les besoins en formation

Jean-François Debost, directeur général du Pôle de compétitivité Nuclear Valley, et Yves Chevillon, délégué régional EDF Bourgogne-Franche-Comté, ont fait le point ce jeudi 29 octobre sur les retombées de la filière nucléaire dans la région. Une filière qui recrute des profils variés.

Chaque année, la filière nucléaire recrute environ 300 personnes en Bourgogne-Franche-Comté. Les postes concernent évidemment les métiers de la chaudronnerie, de la soudure, du génie civil, de la maintenance et, de plus en plus, des métiers du numérique comme la réalité augmentée. Par exemple, le CEA de Valduc en Côte-d'Or va prochainement recruter une centaine de personnes tandis que Framatome en Saône-et-Loire a besoin de procéder à 250 embauches.

Sur l'ensemble de la filière, 250 métiers sont concernés et les entreprises attendent «tout types de profil, de bac-3 à bac+5» comme l'explique Jean-François Debost, directeur général du Pôle de compétitivité Nuclear Valley. Les entreprises demandent principalement des candidats motivés et «passionnés par le monde industriel». La filière accompagne la formation et propose même des perspectives de carrière à l'international.

Une filière au fort dynamisme international


«Le nucléaire est une industrie d'avenir pour notre région» lance Yves Chevillon, délégué régional EDF. L'industrie de la Bourgogne-Franche-Comté est historiquement associée à l'émergence de l'activité nucléaire du fait des besoins en métallurgie.
En France, la filière nucléaire comporte 2.600 entreprises, dont de nombreuses PME, représentant 220.000 emplois. En Bourgogne-Franche-Comté, cette filière fait travailler directement 12.200 salariés.

En Saône-et-Loire, sur les sites du Creusot, de Saint-Marcel de Chalon-sur-Saône, la filiale d'EDF Framatome emploie 2.500 personnes. Le Centre d'Expérimentation et de validation des Techniques d'Intervention sur Chaudière nucléaire ou CETIC forme chaque 4.000 exploitants. En Côte-d'Or, 1.100 personnes travaille au CEA Valduc.

Yves Chevillon souligne le «fort dynamisme international» de la filière. Sur les 450 réacteurs dans le monde, 118 sont de technologie française. Pour l'énergéticien, la France exporte sa production ainsi que ces compétences alors que la prise en compte du changement climatique incite bien des pays à s'intéresser à ces technologies. À ce jour, 87% de l'énergie consommée dans le monde est d'origine fossile.

Nuclear Valley développe un campus des métiers du nucléaire


Nuclear Valley, seul pôle de compétitivité de la filière, siège à Chalon-sur-Saône depuis 2006. «Creusot-Montceau-Chalon, c'est la silicon valley de la métallurgie» s'enthousiasme Jean-François Debost en référence à l'entreprise fondée en 1836 par les frères Schneider au Creusot.

La mission de cette association qui compte 275 adhérents est d'accompagner les entreprises afin d'aller chercher des aides publiques pour leurs projets de recherche et développement, d'accélérer le développement des produits ainsi que la création d'emplois. Jean-François Debost insiste sur le fait qu'il s'agit d'emplois peu délocalisables : «on ne déménage pas une usine du nucléaire comme on déménage une usine aéronautique». 85% des prestations sont faites par des entreprises en France.

La feuille de route 2019-2022 de Nuclear Valley met l'accent sur l'emploi et la formation. Le pôle de compétitivité développe un campus des métiers et des qualifications du nucléaire qui devrait bénéficier de crédits des plans de relance national et régional. Trente acteurs publics et privés se réunissent autour d'EDF et de Framatome pour «mettre en place un cursus complet afin de répondre aux besoins des entreprises» selon Jean-François Debost.

Sur les 100 milliards de France Relance, 470 millions sont fléchés pour la filière nucléaire. Un fonds d'investissement sous l'égide de la Caisse des Dépôts viendra soutenir les entreprises sensibles en fonds propres pour 100 millions d'euros. 50 millions d'euros sont destinés à l'avant-projet d'un «petit réacteur». 20 millions d'euros financeront le futur centre technique de Fessenheim. 100 millions d'euros abonderont la modernisation de sites industriels par des outils numériques. 100 millions d'euros seront consacrés au traitement des déchets. Et 100 autres millions d'euros financeront des programmes de recherche et développement sur l'industrie du futur.

Depuis sa création, Nuclear Valley a labellisé 250 projets de recherche et développement. Depuis 2015, les projets labellisés représentant des financements à hauteur de 38 millions d'euros dont 18 millions d'euros d'aides publiques indique Jean-François Debost qui souligne ainsi «l'effet levier» de la labellisation.

Un besoin de compétences en démantèlement


Les retards accumulés sur le chantier de l'EPR de Flamanville donnent une image négative de la filière que les acteurs cherchent à contrebalancer : «les métiers ont beaucoup évolué encore faut il le faire savoir» signale Yves Chevillon. L'énergéticien rappelle que la dernière centrale nucléaire française a été mise en service à Civaux en 2002. En 18 ans, des compétences ont été perdues ce qui «a été payé cash» à Flamanville.

A contrario, la Chine a mis en service vingt réacteurs nucléaires en dix ans dont les deux EPR de Taishan, «copies conformes de l'EPR Flamanville, (…) donc l'EPR, ça marche» dixit Yves Chevillon. EDF compte se relancer avec le plan d'excellence Excel présenté fin 2019.

Le futur de la filière nucléaire passe aussi par le démantèlement des centrales les plus anciennes. Dans le monde entier, seuls treize réacteurs sont en situation de déconstruction à ce jour mais «il y a une sous filière spécialisée qui est en train de se développer» constate Yves Chevillon.

En France, la centrale expérimentale de Brennilis est à l'arrêt depuis 1985 et la production de la centrale de Fessenheim a été stoppée en juin 2020 après un bras-de-fer politique. Après l'arrêt d'une centrale, cinq années sont nécessaires avant d’entamer la déconstruction qui va durer quinze ans. La loi de programmation pluriannuelle de l'énergie prévoit la fermeture de douze autres réacteurs d'ici 2035 (la France compte 56 réacteurs en fonctionnement au sein de 19 centrales).

Pour Jean-François Debost, l'avenir de la filière nucléaire correspond aux atouts des entreprises de Bourgogne-Franche-Comté en matière de robotique. Par exemple, Framatome Chalon Service a développé des compétences dans ce domaine pour la télémaintenance des réacteurs. Ces innovations peuvent être adaptées aux opérations de démantèlement. Le directeur note que le cluster de la Robotics Valley est basé dans les locaux de l'UIMM de Côte-d'Or.

L'export nourrit les carnets de commandes des entreprises de la région


Une autre voie d'avenir passe par l'exportation selon Yves Chevillon. Dans la filière, près d'un tiers des entreprises exportent en dehors de l'Union européenne. Le centre de gravité du nucléaire tend à se déplacer vers l'Asie : l'Inde veut construire 21 réacteurs d'ici 2030, la Chine envisage d'atteindre un niveau de parc trois fois supérieur à celui du parc français.

L'ensemble constitue des marchés potentiels pour les entreprises françaises, notamment les gros composants produits par Framatome. Des marchés qui viennent «nourrir les carnets de commande des entreprises basées [en Bourgogne-Franche-Comté]» souligne Jean-François Debost. D'où l'intérêt de préparer l'avenir : «un euro investit dans un projet R&D génère deux euros sur le territoire qui porte le projet en question».

Un exemple de retombées territoriales est donné avec la centrale de Belleville-sur-Loire (Cher). Même si elle n'est pas située en Bourgogne-Franche-Comté, de nombreux employés résident à Cosne-Cours-sur-Loire (Nièvre). L'énergéticien veille à ce que les sous-traitants de rang deux soient à 30% des entreprises d'immédiate proximité. EDF va même jusqu'à discuter avec l'ARS en vue de maintenir des activités de maternité dans la ville afin de conserver une certaine attractivité pour les employés de la centrale de Belleville.

Autre exemple, pour l'avenir, Framatome envisage d'installer un centre de calcul à Chalon-sur-Saône. Par ailleurs, France Relance devrait être mis à contribution pour soutenir un projet de déploiement d'ingénierie-système dans les centrales nucléaire et pour soutenir le projet French Fab porté par Framatome et 24 partenaires. Le recours aux métiers du numérique est envisagé comme une solution pour «fabriquer de manière plus sûre et plus compétitive les gros composants» précise le directeur de Nuclear Valley. L'ensemble de ces dossier font dire à Jean-François Debost que la filière nucléaire «projette l'industrie du territoire dans le millénaire».

Jean-Christophe Tardivon