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25/01/2021 05:54

JUSTICE : Pôle Emploi accompagne le public pénitentiaire pour lutter contre la récidive

L'administration pénitentiaire et Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté ont renouvelé leur coopération en faveur de la réinsertion professionnelle des personnes détenues par la signature d'une convention le 20 janvier à la maison d'arrêt de Dijon.

Depuis plusieurs années, la coopération entre Pôle Emploi et l'administration pénitentiaire permet de proposer aux personnes détenues de préparer, pendant la période de détention, leur réinsertion dans la vie active. À cette fin, les personnes volontaires bénéficient d'un accès anticipé à l'offre de service de Pöle Emploi en complément du travail réalisé par les conseillers du service pénitentiaire d'insertion et de probation et par les surveillances pénitentiaires.

Chaque année, environ 1.000 personnes détenues dans les dix établissements pénitentiaires de Bourgogne-Franche-Comté qui reçoivent cet accompagnement permettant la transition entre le «dedans» et le «dehors». Le cadre de la coopération est fixé par une convention, renouvelée le mercredi 20 janvier 2021 par Pascal Vion, directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon, et Frédéric Danel, directeur régional de Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté.

L'employabilité des personnes détenues

Le développement de l'employabilité des personnes détenues constitue l'objectif principal de la convention. Cela se décline en deux axes de travail. Tout d'abord, le renforcement de la coopération des deux institutions sur le champ de l'orientation, de la formation professionnelle et de l'accompagnement vers l'emploi selon les besoins du marché du travail. Ensuite, la recherche d'une meilleure articulation «dedans-dehors» afin d'accélérer le retour à l'emploi et lutter contre la récidive.

Du niveau régional au niveau local, ces axes s'inscrivent dans la stratégie nationale de l'insertion professionnelle des personnes placées sous main de justice telle que portée par l'agence nationale du travail d'intérêt général et de l'insertion professionnelle (ATIGIP).

Pour permettre une continuité de prise en charge des personnes détenues lors de leur sortie, les conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (CPIP) présents dans chaque département travaillent de manière renforcées avec les neuf conseillers Pôle Emploi justice (CPEJ) installés au sein des établissements pénitentiaires. «Cette coopération est d'autant plus importante pour accompagner ce public particulièrement fragile du fait d'un faible niveau de qualification et des problématiques liées à l’illettrisme plus prégnantes», souligne l'administration pénitentiaire.

Les agents Pôle Emploi interviennent auprès des personnes détenues orientées par les CPIP. Ils mobilisent les services les plus adaptés à chacune avec, en particulier : l'accès aux formations (principalement dans les métiers en tension) et aux prestations (sur les savoir-être professionnels par exemple), l'obtention de la certification Cléa (évaluation des connaissances et compétences professionnelles), la mobilisation de la méthode de recrutement par simulation, l'accompagnement global (pour une prise en charge des freins périphériques à l'emploi en lien avec les travailleurs sociaux des Départements) ou tout autre service permettant de conforter un projet professionnel en amont de la sortie. En 2019, 1.1134 détenus de Bourgogne-Franche-Comté ont été accompagnés dans le cadre de cette coopération.

Mettre en avant les métiers en tension auprès des détenus


«L'idée est d'accompagner les personnes détenues vers la sortie et de faire le lien entre dedans et dehors, dans le cadre de la fin de peine ou des aménagements de peine» a expliqué Pascal Vion en marge de la signature. En effet, avoir un projet professionnel est un élément favorable du point de vue du juge des libertés.

Chaque détenu est ainsi incité à devenir «acteur de sa peine» pour développer un projet de fin de peine en lien avec le service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP). «On va accompagner ces personnes pour anticiper leur sortie» a indiqué pour sa part Frédéric Danel.

«Cette convention renouvelée est orientée accompagnement-formation-orientation, beaucoup plus qu'avant, avec une palette de formations qui est très importante avec 350 formations qui mènent à l'emploi» a précisé le directeur régional de Pôle Emploi. Les métiers en tension sont mis en avant auprès des détenus en fin de peine : bâtiment, électricité, maintenance... «On connaît le marché du travail, on sait les métiers qui recrutent et on connaît les potentiels de la personne» a-t-il ajouté.

«Le message fort, c'est la prévention de la récidive»


En 2020, plus de 1.000 détenus ont été accompagnés par Pôle Emploi en Bourgogne-Franche-Comté. Dans la région, en flux, environ 3.000 personnes peuvent être concernées par le dispositif (hors prévenus). C'est donc environ un tiers du public pénitentiaire qui bénéficie d'un tel accompagnement. Augmenter le nombre de détenus formés est un axe qui est renforcé dans la nouvelle convention.

La contrainte qui pèse sur Pôle Emploi concerne la transposition de dispositifs d'accompagnement de tous les demandeurs d'emploi dans le cadre pénitentiaire avec les problématiques de sécurité afférentes, y compris de cybersécurité.

De plus en plus, dans le cadre de «l'accompagnement global», les conseillers Pôle Emploi interviennent en même temps que les agents des services sociaux des Départements. Pascal Vion a renouvelé le vœu d'«une pré-instruction du RSA en prison» afin qu'un détenu qui recouvre la liberté soit en possession des sommes auxquelles il peut avoir droit afin de limiter le risque de renouveler des actes délictueux pour des questions financières. «Le message fort, c'est la prévention de la récidive. Si ce temps-là est construit, nourrit, investit, c'est rentable» a martelé le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon.

Des forums emploi en prison


«Dès lors qu'on a un conseiller Pôle Emploi, Justice en lien avec le conseiller pénitentiaire insertion-probation, qui intervient pour accompagner un détenu en amont de sa sortie, il a plus de chances de trouver une formation et un emploi durable de plus de six mois» a signalé Frédéric Danel estimant l'effet de l'approche à 20% de chances supplémentaires selon une étude de 2018.

Dans certains centres pénitentiaires sont organisés des forums emploi. Des entrepreneurs qui recrutent, des centres de formation et des structures d'insertion par l'activité économique viennent à la rencontre des détenus qui souhaitent s'informent et qui peuvent même présenter des CV. Frédéric Danel a donné l'exemple du forum emploi de février 2020 organisé au sein de la maison d'arrêt de Besançon (Doubs) : «vingt détenus présents, à l'issue du forum, il y en avait huit qui avaient déjà une promesse d'embauche».

Jean-Christophe Tardivon