
À quelques jours de la célèbre vente des vins des Hospices de Beaune nous avons rencontré Ludivine Griveau, régisseuse du domaine aussi passionnée que passionnante

Elle fait partie de ces femmes qui forcent l’admiration, de celles dont la passion fait briller les yeux des jeunes générations. Ludivine Griveau a quelque chose d’une magicienne : le claquement de ses talons résonne dans l’incroyable cave de la cuverie des Hospices de Beaune, tandis qu’elle parle du vin avec des étoiles dans les yeux. En quelques mots, elle vous emporte dans son univers, à la fois exigeant et merveilleux, celui qui fait rayonner la Bourgogne à travers le monde.
À quelques jours de la célèbre vente des vins des Hospices de Beaune, événement caritatif incontournable du monde viticole, nous avons rencontré Ludivine Griveau, régisseuse du domaine. Entre fierté, exigence et humilité, elle nous confie sa vision du métier, la préparation de la vente et ce que représente pour elle cette institution presque séculaire.
Un métier de responsabilité et de transmission
« Être régisseuse, c’est d’abord avoir la responsabilité de l’ensemble du vignoble, les 60 hectares que possède le domaine. Je suis un peu l’équivalent d’un chef de culture : je m’occupe des vignes, je définis la politique viticole, à la fois annuelle pour chaque millésime, mais aussi sur le long terme, avec les décisions d’arrachage et de replantation. C’est donc une responsabilité globale du vignoble.
Ensuite, c’est aussi superviser l’élaboration de nos vins. Les 52 cuvées proposées à la vente sont vinifiées par mes soins, avec bien sûr le soutien des équipes : 23 salariés dans les vignes, trois permanents à la cuverie, et jusqu’à six personnes supplémentaires pendant les vendanges et les vinifications.
Enfin, il y a un troisième volet, plus symbolique : celui de représenter le domaine, d’en être l’ambassadrice, que ce soit ici, lors des visites, ou à l’extérieur, pour promouvoir la vente de charité. C’est une mission que je remplis avec beaucoup d’humilité, car c’est une vente unique au monde. »
Une fierté et un engagement au service d’une belle cause
« D’abord, une grande fierté. C’est une histoire qui dure depuis presque 600 ans, et j’ai le sentiment d’en être un tout petit maillon, très humblement. Ensuite, c’est un engagement : on fait du vin, bien sûr, mais pour une belle cause. Cela donne un sens supplémentaire à notre travail.
Les investissements hospitaliers reposent en partie sur cette vente. Alors oui, cela crée une certaine pression, mais c’est une pression stimulante, presque énergisante. C’est un moteur, pas un fardeau. Cette vente, c’est un petit bout du cœur. »
À dix jours de la vente : Entre quiétude et trac
« J’ai deux sentiments qui se mélangent. Le premier, c’est une forme de quiétude : j’ai le sentiment qu’on a pris les bonnes décisions, à la vigne comme au chai. Les vins sont bien accueillis, largement commentés, et tout le monde s’accorde à dire qu’ils sont bons. Ça conforte nos choix et le travail de l’équipe.
Mais, à l’inverse, j’ai aussi un trac qui monte. C’est un peu comme un artiste avant le lever de rideau. On espère que le public, ici les acheteurs, sera au rendez-vous. Si les prix s’envolent, on est heureux ; s’ils stagnent, on s’interroge, même si c’est parfois juste une question de contexte économique.
Je ne suis pas une machine. J’ai des doutes, des peurs. Mais à ce stade, beaucoup de choses ne dépendent plus de moi : elles sont entre les mains des acheteurs, du contexte monétaire, géopolitique… Il faut accepter de lâcher prise.
Mais je l’avoue : au moment de la première pièce, la fameuse Cuvée des Dames Hospitalières, quand retentit le premier coup de marteau, mon cœur bat la chamade. C’est le moment où je me dis : « Allez, c’est parti, maintenant tu lâches ! »
La dégustation avant la vente, une étape clé. Derniers instants avant le grand jour
« Quinze jours avant la vente, nous ouvrons les dégustations des 52 cuvées. Les échantillons sont prélevés sur les pièces de vin, pour être représentatifs du millésime.
Les acheteurs, négociants, domaines et maisons de vins me contactent pour prendre rendez-vous. Je les inscris sur un planning afin que les groupes restent à taille humaine, dans de bonnes conditions de dégustation.
Sur place, les dégustateurs sont autonomes, mais je reste disponible pour répondre à leurs questions. Je leur fais une brève présentation du millésime, puis je recueille leurs impressions, leurs ressentis, leurs intentions d’achat.
C’est souvent un moment d’échange très riche : certains sont vinificateurs, d’autres directeurs techniques, donc on parle aussi de technique, de choix, d’erreurs, de pratiques. Il n’y a pas de langue de bois. C’est un moment de partage privilégié, la dernière porte à franchir avant le grand jour. »
Manon Bollery
Photos ©Manon Bollery





