
«Cette légion d'honneur constituerait un symbole fort; la République
serait derrière Amine dans ses combats, devant lui pour le protéger.
Cette Légion d'honneur, ce geste, cette médaille deviendrait un talisman
qui prouverait l'engagement de la nation à soutenir son combats», écrit l'ancien co-président de la mission sur les narcotrafics.
Le Président du Conseil Régional de Bourgogne - Franche-Comté, et ancien Sénateur de Saône-et-Loire vient d'écrire au Président de la République, Emmanuel Macron, pour lui demander de remettre la Légion d'Honneur à Amine Kessaci.
La lettre de Jérôme Durain au Président de la République :
«Monsieur le Président de la République,
J'ai l'honneur d'attirer votre haute attention sur le parcours exemplaire de Monsieur Amine Kessaci, dont l'engagement en faveur de la jeunesse, de la paix et du vivre-ensemble mérite, à mes yeux, une reconnaissance particulière de la Nation.
Amine Kessaci est un jeune homme dont la trajectoire aurait pu être brisée par la violence. Le 29 décembre 2020, son frère Brahim est assassiné à l'âge de 22 ans. Le mode opératoire ultraviolent, sur fond de règlements de compte liés au narcotrafic, frappe les esprits. Face à un drame aussi traumatisant, beaucoup auraient sombré. Amine, lui, transforme son deuil en énergie citoyenne. En fondant l'association Conscience, il s'engage pour prévenir les violences, protéger les plus jeunes, accompagner les familles frappées par les drames et offrir des espaces de parole dans des territoires où la détresse et le sentiment d'abandon peuvent devenir des terreaux dangereux. On peut avoir des désaccords avec la pensée d'Amine Kessaci, mais on ne peut ressentir que du respect face à son action qui contribue, à son échelle, à maintenir la République debout là où elle est parfois fragilisée. Conscience a mobilisé des centaines de membres, de militants, bref de citoyens.
En cette rentrée 2025. Amine a publié un livre dans lequel il parle de son combat contre la drogue, de son frère Brahim. La menace monte, il est placé sous protection policière. Le jeudi 13 novembre 2025, son jeune frère, Mehdi, 20 ans, est assassiné de plusieurs balles dans la poitrine par deux hommes à moto. Il voulait devenir policier. Rien ne le relie aux
narchomicides, ces règlements de comptes sanglants si nombreux que Dominique Laurens, alors procureure de Marseille, a jugé utile de leur consacrer un néologisme pour mieux alerter la société. Rien ne le relie au narcotrafic si ce n'est l'action d'Amine.
La justice dira si ce crime insupportable est bel et bien un crime d'avertissement. Cela y ressemble fortement. C'est un nouveau cap franchi par la violence liée à la drogue dans notre pays. Notre pays est sorti du déni. Une loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic est venue compléter l'arsenal répressif. Nous gagnerions à muscler la réponse préventive, à soutenir davantage les associations comme Conscience. Mais je veux croire que nos concitoyennes et nos concitoyens, que les parlementaires de tous partis, vont avancer dans cette direction. Autrement dit, je crois au sursaut collectif.
Mais Amine ? Comment pouvons-nous lui témoigner notre soutien républicain ? Par son action, par son courage, par la maturité exceptionnelle dont il fait preuve, Amine Kessaci incarne des valeurs de résilience, de responsabilité, de fraternité et de service de l'intérêt général. Son engagement est aujourd'hui reconnu et respecté bien au-delà de sa ville et des cercles associatifs.
La République va protéger Amine - et sa famille - à travers l'action des forces de l'ordre. Les assassins de son frère seront rattrapés par la justice. Mais comment la République peut-elle témoigner à Amine de sa profonde reconnaissance ?
Monsieur le Président de la République, j'ai l'honneur de solliciter votre bienveillance afin qu'il puisse être envisagé de promouvoir Amine Kessaci au sein de l'Ordre national de la Légion d'honneur. Une telle distinction reconnaîtrait non seulement son action individuelle, mais aussi le message profondément républicain qu'il porte : celui d'une société qui refuse la fatalité, qui protège sa jeunesse et qui lutte collectivement contre les violences et les trafics qui menacent la cohésion nationale.
Cette légion d'honneur constituerait un symbole fort; la République serait derrière Amine dans ses combats, devant lui pour le protéger. Cette Légion d'honneur, ce geste, cette médaille deviendrait un talisman qui prouverait l'engagement de la nation à soutenir son combat.
Des femmes et des hommes ont dit non au cours de l'Histoire de France en se révoltant, Amine Kessaci fait aujourd'hui partie de ces voix que la République doit honorer.
En espérant que cette proposition retiendra toute votre attention, et vous en remerciant par avance, je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, à l'assurance de ma très haute considération».
Le Président de la Bourgogne - Franche-Comté ajoute à la main : « Cette cause mérite toute notre attention, je compte sur votre soutien. Respectueusement»
Jérôme Durain