
«Le choix d’ouverture à la concurrence est vraiment à l’opposé de ce qu’il faut faire pour relancer le transport ferroviaire», a déclaré Evelyne Ternant, ce lundi 19 juin. Le PCF n'est pas tendre, non plus, avec les travaux sur la fermeture de la ligne Nevers-Dijon pour travaux.
Ce lundi 19 juin 2023, des élus et militants régionaux du Parti communiste français ont organisé des actions en gare de Dijon et de Besançon.
« On mène une initiative sur toute la région pour vraiment relancer le ferroviaire. Compte tenu des conditions climatiques cela nous paraît vraiment indispensable de faire un effort beaucoup plus important que ce qui est fait aujourd'hui et par l'État et par la région. (...) Un effort financier sans précédent est nécessaire car les transports sont responsables de 39% des émissions de gaz à effet de serre. Le train pollue 32 fois moins que la voiture est 23 fois moins que l'avion», a expliqué Evelyne Ternant, sur le parvis de la gare Dijon-Ville.
Horaires des trains, comités de lignes, tarification ou encore travaux sur la ligne Dijon-Nevers. Beaucoup de sujets ont été abordés par les conseillers régionaux de Bourgogne-Franche-Comté Patrick Blin, Muriel Ternant et Jacqueline Bramant ainsi que par Evelyne Ternant, référente régionale du PCF.
Evelyne Ternant
« Nous les communistes, on ne fait pas de la surenchère verbale dans le discours vert. Mais en revanche, on mène vraiment les combats qui nous paraissent efficaces pour réorienter la trajectoire du réchauffement climatique, pour l'inverser. »
« Nous faisons le constat que les actes politiques aujourd'hui ne sont pas à la hauteur des défis.
Du côté de l'État, c'est l'évidence, toutes les réformes ont affaibli le service public de la SNCF et il y a un plan d’investissement de 100 milliards sur 10 ans qui est vraiment insuffisant. Il faudrait au moins 120 milliards sur 5 ans. »
« Du côté de la région, aussi, même si nous savons qu’elle a des contraintes financières très fortes, on pense qu’il y a deux insuffisances dont une qui est grave :
- Le budget TER est constant et si on veut vraiment faire un choix politique sur le sujet il faut l’augmenter.
- Le choix d’ouverture à la concurrence est vraiment à l’opposé de ce qu’il faut faire pour relancer le transport ferroviaire. L’ouverture à la concurrence est coûteuse pour les salariés, c’est coûteux pour la collectivité régionale et aussi pour les usagers. »
« Nous menons un combat contre l'ouverture à la concurrence. Nos élus ont voté contre l'ouverture à la concurrence en janvier 2022, on continue à assumer cette position parce qu'on pourrait aujourd'hui différer de 10 ans l'application de la directive européenne à condition de signer une convention avec la SNCF d'ici le 31 décembre 2023.
Il y a une convention que la présidence de région est en train de négocier avec la SNCF mais dans laquelle ils prévoient toujours l'ouverture d'un lot à la concurrence, alors qu'il pourrait parfaitement signer un 100% SNCF. »
« Nous menons ce combat, mais nous voulons aussi être force de proposition. Nous avons édité un texte de 15 pages dans lequel il y a 11 pages de propositions sur ce que devrait être, pour nous, une convention TER qui réponde aux besoins. »
« Nous pensons que la région doit être dotée de plus de moyens mais il faudrait peut-être qu’elle se batte aussi pour cela… Il ne faut pas accepter les transferts de compétences sans moyens. Il faut qu’il y ait des ressources régionales spécifiques comme par exemple une éco-taxe régionale poids-lourds . »
« Nous pensons que la banque centrale européenne doit financer largement les infrastructures à l’échelle européenne. Au niveau national il faut que la SNCF soit allégée de sa dette et qu'elle soit reprise par la banque des territoires. Il faut une dénationalisation des autoroutes et qu’une partie des revenus soient reversés aux trains. »
« Il y a un vrai problème à gauche. Il y a eu un programme NUPES signé par les 4 partis (LFI, PC, PS, EELV) qui dit très clairement qu’il s’engage à combattre l’ouverture à la concurrence. Or, les élus régionaux socialistes et écologistes en Bourgogne-Franche-Comté ne respectent pas cet accord politique qui a été signé par leur direction. Ça nous pose un vrai problème politique à un moment où la gauche n’est pas dans une forme épatante. Il faut absolument que la gauche se relève, qu’elle propose une alternative crédible et ce n’est pas avec ces flottements et ce manque de clarté sur des enjeux très importants qu’on va relever la gauche. Nous voulons un rassemblement à gauche sur un socle solide. »
Élaboration démocratique
« Nous ne pouvons pas répondre aux besoins si on ne prend pas en compte ces besoins dans une démarche d'élaboration démocratique. C'est pourquoi nous proposons 3 instances pour mettre en œuvre cette démarche démocratique et collective, une conférence régionale avant chaque convention. Nous aimerions qu’il y ait une convention régionale qui réunit la SNCF, les usagers, les syndicats, les élus locaux… Et qui définit les axes principaux. On aimerait qu’il y ait un représentant politique de chaque groupe car il faut dire que la convention, elle est négociée au plus au niveau de la présidence et que nos élus y sont très faiblement associés voir même non-informés. Il y a un problème de transparence. »
Comité de ligne
« Quand on veut vraiment bien saisir les besoin des usagers sur telle ou telle ligne, il faut . Les usagers sont ceux qui connaissent le mieux les besoins puisqu’ils utilisent pour certains les lignes au quotidien. C’est eux, qui savent si ils manquent régulièrement des rames parce qu’ils sont trop serrés où si les trains passent à la bonne fréquence dans leur gare. Il faut que ces comités de lignes fonctionnent, qu’ils soient reconnus et qu’ils se réunissent deux fois par an. »
Horaires
« Il faut qu’il y ait également un engagement au respect des horaires… Il faut qu’il y ait des pénalités afin que les usagers et la région puissent obtenir un dédommagement. On sait que 43% des retards sont dus aux défaillances de matériel. Ça veut dire qu’il y a besoin d’investissements et d’embauches. »
Tarification
« Il faut une tarification sociale pour rendre le train attractif. Pour nous, il faut aller jusqu’à certaines gratuités comme par exemple pour les étudiants, les trajets réguliers entre le domicile et le travail ou encore les personnes à très faibles revenus. »
Humain
« Il faut mettre de l’humain dans les gares et dans les trains. Certains trains roulent sans contrôleur, ce n’est plus possible. Si il se passe quelque chose, comme un malaise, les usagers sont livrés à eux mêmes. C’est grave. »
Épargne
« Il y a beaucoup d’épargnes en France. Il faudrait créer un livret d’épargne populaire aux transports. »
Travaux sur la ligne Nevers-Dijon
Jacqueline Bramant
« Les gens sont angoissés, on n’a pas d’informations. C’est le flou total. »
Patrick Blin
« Nous avons relayé l’expression et le mécontentement des usagers de cette ligne. Il y a une opacité complète. Du jour au lendemain on nous a dit « Dans trois mois ça sera fermé pendant 8 mois. Débrouillez-vous avec les bus. » Sachant que le temps de parcours sera fortement rallongé. On n’a pas obtenu à ce que la région et la SNCF revient en arrière.
Ce genre de gros chantiers sont prévus 3 ans à l’avance mais on fait des réunions avec les usagers quelques mois avant la fermeture.
Nous avions obtenu une réunion entre la région, la SNCF, les associations et les usagers et les choses vont peut-être un peu changer. Il y aura la possibilité à certaines heures pour certains trains de circuler.
Ceci étant, il y a le problème de pouvoir avoir des financements pour organiser les travaux dans les meilleures conditions parce que c’est possible de les faire par tronçons.
Le souhait des élus, du moins nous, c’était d’être informé beaucoup plus en amont pour pouvoir faire des propositions avec les usagers et les cheminots. Alors certes ça a un coût mais tout à un coût aujourd’hui.
Le risque aujourd’hui, en plus du mécontentement qui est évident, c’est de ne pas retrouver les usagers après les travaux.»
Evelyne Ternant
« Lors de la réunion à Nevers, le responsable de la SNCF a été obligé de reconnaître que ça s’était mal passé et il s’est engagé à ce que ça ne se reproduise plus. Ça fait une belle jambe aux usagers qui seront bloqués pendant 8 mois ! »
Murielle Ternant
« Ce genre de situation est la preuve qu’il faut vraiment démocratiser tous les aspects du ferroviaire. On porte vraiment cette volonté de réforme dans la convention. Il faut vraiment associer les usagers à ce genre de décision afin d’essayer de trouver des solutions, même si elles sont un petit peu plus cher. »
Propos recueillis
par Manon Bollery
