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04/05/2020 03:29

NUMÉRIQUE : «Dans la crise que nous vivons, personne n'est gagnant» selon Jérôme Richard

Pionnier de l'internet en Bourgogne-Franche-Comté, Jérôme Richard est le délégué régional de Syntec Numérique, syndicat professionnel de la filière. Pour Infos-Dijon, il commente le baromètre sur les conséquences économiques de la crise sanitaire et évoque le futur des télétravailleurs.
Ce pionner du numérique a fondé l'entreprise Réseau Concept à Dijon en 1995. Aujourd'hui, Jérôme Richard est le délégué régional bénévole de Syntec Numérique, le syndicat professionnel de la filière numérique. Il regroupe les entreprises de conseil en technologies, les éditeurs de logiciel ou encore les prestataires de services numériques. C'est un interlocuteur légitime de l’État sur les questions concernant la filière.

En Bourgogne-France-Comté, une cinquantaine d'entreprises sont adhérentes de Syntec Numérique, elles représentent environ 5.000 salariés. Il y a une collaboration étroite entre le cluster BFC Numérique, l'association créée en 2001 qui regroupe les associations de la région.

Les principaux interlocuteurs de Syntec Numérique sont les prestataires de la filière évidemment ainsi que les partenaires public (l’État et les collectivités territoriales dont le conseil régional au premier chef) et les entreprises commanditaires (bâtiment, plasturgie, hôtellerie...). Le syndicat participe à la réunion de crise bimensuelle organisée par la préfecture de région.

«Nous avons permis à 8 millions de télétravailleurs de poursuivre leur activité»


Toutes les structures de la filière sont concernées par la crise sanitaire et la crise économique. Les entreprises ont largement eu recours au télétravail, «un télétravail fournit par notre branche professionnelle du numérique» souligne Jérôme Richard. «Du jour au lendemain, le 17 mars, nous avons permis à 8 millions de télétravailleurs de poursuivre leur activité en France» insiste-t-il.

En conséquence, les entreprises de la filière se sont mobilisées pour «développer immédiatement un certain nombre d'actions pour rendre le numérique accessible à tous» indique le délégué régional. Le Syntec Numérique a cherché à fédérer les initiatives contribuant à rendre la vie plus facile en période de confinement, cela représente 450 initiatives recensées sur le site covidsyntecnumerique.fr. Cela va de dispositifs pour faciliter la garde d'enfants à la mise en place du télétravail en passant par la préparation des téléconférences ou l'accompagnement de la télémédecine.

«Des entreprises de notre branche ne s'en remettront pas»


Comme toutes les branches professionnelles, la filière du numérique souffre des conséquences de la crise sanitaire. Tout d'abord, les collaborateurs peuvent être concernés par la maladie comme tout le monde. Ensuite, quand une entreprise ferme, cela touche ses prestataires comme les entreprises de conseils en technologie et développement. D'après le Syntec Numérique, la moitié des sociétés sont en arrêt complet et la moitié poursuivent des dossiers déjà entamés.

«Dans la crise que nous vivons, personne n'est gagnant» tient à dire Jérôme Richard. «C'est une catastrophe», y compris pour la filière numérique : «des entreprises de notre branche ne s'en remettront pas». À ce jour, «personne n'est capable d'identifier les conséquences à moyen et long terme».

«L'ensemble de la profession se joint à moi pour féliciter et remercier les services de l’État et des collectivités territoriales qui, vraiment, se sont mobilisés immédiatement et massivement et nous ont apporté des solutions exceptionnelles» déclare le délégué régional en citant l'accompagnement du travail, l'activité partielle, les dispositifs de soutien à la trésorerie... «des aide très efficaces».

Accélérer la numérisation de la société


Alors que la fin du confinement s'annonce, «la priorité est de préparer la reprise économique le plus rapidement possible». Le travail se fait donc en interne avec l'ensemble des adhérents afin de veiller à optimiser l'activité économique en lien avec les autres branches, les collectivités territoriales et l'Etat. «Notre intérêt est le même, c'est que le pays redémarre» résume Jérôme Richard.

Le délégué régional du Syntec Numérique considère que le moment est «propice» pour accélérer la numérisation de l'ensemble des entreprises voire l'ensemble de la société. Comme avant l'épidémie, les acteurs de la filière envisagent un «bouleversement des métiers» du fait de la «construction 4.0» ou des «routes intelligentes».

De façon contrainte et forcée, le recours au télétravail a bondit. Les visioconférences professionnelles et personnelles se sont multipliées. Cela sera-t-il suffisant pour changer des habitudes de déplacements ? Jérôme Richard le pense et il voit là «l'opportunité de réfléchir à notre organisation de demain et à nos modèles économiques de demain pour être prêt à sortir de cette crise».

Préparer la sortie du confinement


L'entrepreneur gère Réseau Concept à Dijon et a aussi une entreprise à Pékin. Selon lui, les épidémies de SRAS et de H1N1 ont préparé les Chinois à réagir quand est survenu le Covid-19. Aujourd'hui, «il faut que l'on tire toutes les conséquences de ce que nous vivons et que nous adaptions nos entreprises à cette première phase de la crise sanitaire». Jérôme Richard envisage un travail collectif pour «éviter que l'épidémie ne se propage d'avantage et se préparer à d'autres crises à l'avenir».

Chez Réseau Concept, le recours au télétravail sera maintenu durant plusieurs mois pour l'activité de développement. Les salariés auront à s'approprier toutes les mesures du guide. L'entreprise écrit son guide de sortie du confinement, «un travail colossal». Alors qu'il n'est pas finalisé, il occupe déjà 40 pages. Comment faire quand les systèmes de sécurité sont activés par empreinte digitale et que plusieurs personnes sont amenées à passer successivement leur pouce sur le même appareil ? Comment reconfigurer les «open spaces» occupé par 25 collaborateurs ? Les claviers d'ordinateur supporteront-ils d'être nettoyés plusieurs fois par jour ?

«Ce n'est pas au salarié de prendre en charge l'outil de travail»


Le Synec Numérique est conscient de certaines critiques adressées à la filière concernant la consommation d'énergie aussi Jérôme Richard s'est penché sur les effets du télétravail dans son entreprise. Passer la totalité des employés en télétravail aurait augmenté de 5% la consommation électrique tandis qu'ils ne recouraient plus à leur voiture pour se déplacer.

Dans le cadre du plan de continuité d'activité, tous les collaborateurs ont été dotés d'un bureau et du matériel pour travailler à distance. Une démarche qui devrait se généraliser dans les entreprises et les collectivités locales selon le délégué régional.

En tant qu'entrepreneur, Jérôme Richard considère que «ce n'est pas au salarié de prendre en charge l'outil de travail». Ce serait donc aux employeurs d'équiper les télétravailleurs en bureau, matériel et connexion. À cela s'ajoute «la citoyenneté sociale qui est à prendre en compte dans nos entreprises». Comment recréer la pause café en télétravail ?

«Reprendre notre souveraineté numérique»


Dans ce chantier à venir, qui prendra plusieurs années, «la place de l'Homme est indispensable pour réfléchir» martèle Jérôme Richard et d'ajouter que «tous les combats pour la sécurité de la donnée privée nous le faisons pour que chacun garde ses prérogatives de décision personnelle».

Dans un contexte plus global, «la France a perdu la bataille du numérique» considère le Bourguignon. Le marché des outils, des caméras, des logiciels étant aux mains des Etats-Unis et des pays d'Asie. Pour autant, il est encore possible de «reprendre notre souveraineté numérique où cela est encore possible».

L'entrepreneur évoque ainsi les parts de marché reprise par Cdiscount à Amazon ou les nombreuses initiatives nationales afin de créer des applications et de créer du lien entre les consommateurs et les producteurs locaux. Jérôme Richard tient à le souligner : «on regagne de la souveraineté numérique, c'est un espoir généré par cette crise».

Jean-Christophe Tardivon

Baromètre du Syntec Numérique du 30 avril 2020

Moins 25% de chiffre d’affaires mais une reprise qui se prépare.

Syntec Numérique a réalisé une deuxième édition de son baromètre sur l’impact du Covid-19 dans les entreprises du numérique. L'enquête a été réalisée entre le 20 et 24 avril. 176 entreprises ont répondu, constituant un échantillon représentatif du secteur. Ce baromètre nous confirme la situation difficile des entreprises du numérique et l’inquiétude des chefs d’entreprises .

La baisse de l'activité des entreprises
En moyenne, les chefs d’entreprise envisagent une baisse de CA de -25,1% au deuxième trimestre 2020 et de -16,7% au deuxième semestre 2020.
La préoccupation des chefs d’entreprises concernant leurs relations client
55% des entreprises ont été confrontées à une demande d’allongement des délais de paiement. Les grandes entreprises sont davantage touchées mais ce sont des cas isolés en grande majorité.
La gestion des salariés dans cette crise
Sur l’ensemble du secteur, nous estimons un quasi-doublement du nombre de salariés en chômage partiel avec plus de 120.000 salariés (24%) contre 68.000 (13,5%) dans le premier baromètre.
Des perspectives compliquées
47% des chefs d’entreprises auront des difficultés de trésorerie d’ici à la rentrée de septembre et 80% d’ici la fin d’année.
La volonté du secteur à être résilient
Un chef d’entreprise sur deux est certain que cette crise aura un effet d’accélération de la transition numérique pour les entreprises.

Des solutions à la crise par les acteurs du numérique


Jérôme Richard est le délégué régional de Syntec Numérique (image d'archives)