
DECLARATION COMMUNE
Ne jouons pas avec l’emploi et les salaires
Des signaux très inquiétants clignotent ces temps-ci et curieusement, ils passent sous le radar de l’attention.
Le
principal est celui d’une possible baisse des allègements de
cotisations. En clair, on serait en train de dire aux entreprises :
“pour redresser les comptes, on va rendre le travail plus cher”. Mais
dans la période actuelle, c’est le pire message à envoyer.
Pourquoi ?
Parce que notre économie ralentit déjà, et que la réalité est dure sur
le terrain : les défaillances d’entreprises repartent nettement à la
hausse – 69 000 en 2025, avec une progression forte pour les TPE et les
PME. Quand les entreprises vacillent, ce sont des emplois et des
salaires qui titubent aussi.
Soyons simples : si on augmente le coût
du travail, on embauche moins, on investit moins, on augmente moins les
salaires. Ce n’est pas une opinion, c’est un mécanisme économique
évident.
Or ce qui est envisagé n’est pas marginal. Une baisse de 1,6
milliard d’euros d’allègements de cotisations en 2026 est déjà
programmée par rapport à 2024 et il est envisagé d’ajouter encore 1,5
milliard d’euros de réduction supplémentaire.
Autrement dit : au lieu d’aider le pays à créer de l’activité, on choisit de taxer ce qui fait tourner l’économie — l’emploi !
Et
ce n’est pas tout. Ces baisses s’ajoutent à d’autres décisions déjà
prises ou annoncées : contribution exceptionnelle sur les bénéfices des
grandes entreprises, hausse de certaines contributions patronales sur
les ruptures conventionnelles, baisse des aides à l’apprentissage…
Il
faut casser une idée reçue : les allègements de cotisations ne sont pas
un privilège. Ils compensent un fait bien connu des Français : nous
avons un salaire minimum élevé par rapport au salaire médian et un
modèle social financé avant tout par le travail.
Même avec ces
allègements, le travail coûte plus cher ici qu’ailleurs : les
prélèvements sur le travail payés par les employeurs représentent 11,9 %
du PIB en France, contre 9,4 % en Espagne, 9,3 % en Italie et 6,8 % en
Allemagne.
Donc les réduire encore, c’est creuser un handicap et prendre le risque de casser l’emploi… et la progression des salaires.
Aujourd’hui, le pays a besoin de cohérence et de courage.
Renoncer
clairement à toute baisse des allègements de cotisations. Les raboter
encore, c’est une taxe sur l’emploi. Et une taxe sur l’emploi, c’est une
taxe sur les salaires de demain.
Dans une France qui doute, la pire
politique serait celle qui fait payer le redressement sur le travail.
Protéger l’emploi sans le renchérir, c’est protéger les Français
aujourd’hui et préparer les salaires de demain. C’est une responsabilité
collective.
Patrick Martin
Président du Medef
Amir Reza-Tofighi
Président de la CPME
Michel Picon
Président de l’U2P