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28/10/2021 13:18

POLITIQUE : «Je pense qu’un rassemblement ne sauvera même pas la gauche», affirme Stéphane Le Foll

L’ancien ministre de l’agriculture et porte-parole du gouvernement sous François Hollande était en séance de dédicaces à la librairie Gibert à Dijon ce mercredi 27 octobre. Battu à la primaire du Parti socialiste mi-octobre, Stéphane Le Foll n’a pas dit son dernier mot. Entretien.
Il est aujourd’hui maire du Mans mais n’a pas abandonné l’idée de faire peser les siennes et de revenir avec envie et dynamisme sur la scène politique nationale après la présidentielle. Rappelons que Stéphane Foll a recueilli 28 % des suffrages lors de la primaire du Parti socialiste, pendant que la maire de Paris Anne Hidalgo a convaincu 72 % des militants socialistes afin d’être investie en vue de l’élection présidentielle.

En déplacement à Dijon ce mercredi 27 octobre 2021 pour la promotion de son livre «Renouer avec la France des Lumières», Stéphane Foll a réaffirmé qu’il ne participera pas à la campagne d’Anne Hidalgo. Il s’est aussi exprimé sur l’état du Parti socialiste et la situation de la gauche à quelques mois de l’élection présidentielle 2022. Sans oublier de dénoncer la surenchère en même temps que le «retour en arrière» prôné par l’extrême-droite.


À la librairie Gibert en milieu d’après-midi, Stéphane Le Foll a reçu la visite de plusieurs élus dijonnais membres de la section locale du Parti socialiste, dont Antoine Hoareau, Pierre Pribetich, Hamid El Hassouni et Sladana Zivkovic. Vice-président du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, Michel Neugnot était également au rendez-vous.

«On confond le rassemblement avec le projet politique»


L’ancien ministre de l’agriculture et de la forêt (de 2012 à 2017) et porte-parole du gouvernement sous la présidence de François Hollande (de 2014 à 2017) a répondu à nos questions.

Dans quel état se trouve selon vous le Parti socialiste aujourd’hui ?

«Le PS n’est pas dans une situation brillante. Sa reconstruction se fera de manière globale après la présidentielle car la gauche est globalement dans la difficulté. C’est la dernière candidature de candidats comme Mélenchon. Il y aura une réflexion après la présidentielle en fonction des résultats.

Au-delà même de la candidature d’Anne Hidalgo, le PS serait entre 5 % et 6 %. C’est très faible.»

Sachant que vous ne participerez pas à la campagne d’Anne Hidalgo, voyez-vous, ou espérez-vous, un rassemblement de la gauche ?

«J’ai toujours dit que cette question devait se poser mais qu’elle n’est pas un préalable. On confond le rassemblement avec le projet politique. Entre Jean-Luc Mélenchon et Anne Hidalgo, il y a des questions de fond et des divergences fondamentales, surtout.

Le problème qui n’est pas réglé à gauche est celui de qui porte le leadership ? Il manque non seulement un leader mais un leader qui incarne un projet politique, qui identifie à un projet politique. Jean-Luc Mélenchon, on sait ce que c’est. Yannick Jadot, on sait que c’est l’écologie. Le PS, qu’est-ce que c’est ? C’est difficile de savoir aujourd’hui.»

Un rassemblement de la gauche pour «sauver la face» est-il inévitable ?

«Je pense qu’un rassemblement ne sauvera même pas la gauche car ce n’est pas clair, comme chacun a creusé un sillon qui ne se recoupe pas avec d’autres.

Il n’y a rien qui a permis de structurer une offre politique globale, donc il ne suffit pas de signer un papier pour le rassemblement. Ça ne marchera pas. Les gens ne sont pas dupes. Ils choisiront quelle ligne ? Il ne faut pas confondre la stratégie d’alliance avec le fait que, pour gagner, les électeurs sont à aller chercher et à comprendre, à écouter, avec un projet qui réponde à leurs aspirations.»

«Ceux qui vendent le nationalisme trompent les gens»


L’extrême-droite potentiellement au deuxième tour pour la deuxième élection présidentielle de suite, comment considérez-vous cette situation ?

«Cela veut que notre société ne va pas bien et qu’elle est capable de choisir une mauvaise voix. L’extrême-droite c’est quoi, que ce soit chez Zemmour ou chez Le Pen ? C’est un retour en arrière, c’est l’idée que la France toute seule peut s’en sortir. Qui peut croire ça ?

Regardez ce qu’il se passe avec le Brexit, on est souverain par rapport à quoi. La Grande-Bretagne dit qu’elle est souveraine par rapport à l’Europe, mais elle est dépendante de qui ? Des Etats-Unis, de la Chine ? Un pays comme le nôtre face aux Etats-Unis, à la Russie, à la Chine, il faut quand même se rendre compte. Ceux qui vendent le nationalisme trompent les gens. Quand on déteste les autres, les autres vous détestent aussi. Tout le monde y perd.»

Vous avez laissé entendre que vous pourriez créer votre propre mouvement, non ?

«J’ai dit que je me ré-exprimerai d’ici la fin de l’année. Il y aura de toute façon une recomposition politique inévitable après la présidentielle. La gauche est arrivée au bout d’un cycle, que ce soit la gauche souverainiste avec Arnaud Montebourg, le prolongement du chevènementisme, que ce soit l’impasse dans laquelle est aujourd’hui le PS en termes de réflexions et de pensée. Et globalement la gauche est à moins de 30 % donc il y a quand même un vrai sujet.»

Le PS peut-il disparaître selon vous, ou est-il capable de se réinventer ?

«Il peut être en difficulté. Il y a besoin d’un grand Parti de gauche de gouvernement. La sociale-démocratie existe ailleurs en Europe, en Espagne, au Portugal, dans les pays du nord et en Allemagne où elle s'est imposée lors des dernières élections. Cette question de l’équilibre entre l’écologie, l’économie et le social est posée partout en Europe. Il n’y a qu’en France où il y a un vrai problème vis-à-vis d’une sociale-démocratie dont on a besoin.»

La politique de coopération internationale «doit être totalement repensée»


Que pensez-vous de la droitisation de la campagne, en même temps que reviennent beaucoup des thèmes tels que l’immigration ?

«Cette droitisation se fait d’autant plus facilement et fortement quand il y a à gauche un manque de dynamisme et d’incarnation. Après, il y a de la surenchère sur la sécurité, comme à l’époque de Nicolas Sarkozy. Et on voit bien que rien n’a changé, qu’on en parle encore plus qu’avant.

Quant à la question de l’immigration, elle taraude beaucoup de gens mais il faut la prendre autrement que par l’idée de stopper la venue d’immigrés en France. Pourquoi ils viennent ? Qu’est-ce qu’il se passe en Afrique, au Moyen-Orient ? Quel est le rôle de l’Europe et de la France pour stabiliser ces régions ? Il faut aussi se donner les moyens d’être là pour aider l’Afrique.

Dans ce discours qui laisse penser qu’on va fermer les frontières, ça veut dire que plus personne ne viendra, c’est faux. Et en même temps, il est vrai qu’on ne peut pas accepter tout le monde. C’est à la fois une fermeté mais aussi une politique de coopération qui doit être totalement repensée. Sinon, nous continuerons à subir l’immigration.»

Qu’est-ce qu’une sociale-démocratie aujourd’hui selon vous ?

«C’est l’ambition de transformer le réel, mais avec les outils dans une économie de marché et l’envie de retrouver des solutions dans l’investissement et le progrès pour répondre aux défis. Pas dans le repli, pas dans la fin des lumières, pas dans l’abandon de la raison pour l’émotion.»

Les axes majeurs d'une France durable selon Stéphane Le Foll


Comment jugez-vous l'«indemnité inflation» de 100 euros décidée par le gouvernement ?

«Il y a deux débats, entre la baisse des taxes et la prime. La baisse des taxes coûte extrêmement cher et cela supposerait que les prix de l’énergie ne continuent pas d’augmenter. Il faut donc redistribuer. 100 euros, c’est le minimum. Mais le sujet est à traiter en se disant que l’amputation du pouvoir vivre est bien liée à l’augmentation des prix, du chauffage et de l’alimentation ne l’oublions pas. Je suis partisan d’une politique de redistribution qui est la bonne.»

Vous qui avez été ministre de l’agriculture, vous pensez que le passage trop radical au bio n’est pas la bonne manière de faire...

«La bio fait perdre entre 40 % et 60 % du niveau de production. Si on perd admettons 50 % de notre production, les prix seront plus élevés pour compenser cette perte. Quand vous voyez que l’augmentation des prix aujourd’hui font que près de 8 millions de français n’arrivent plus à manger tous les jours, comment on fait ? Et si le manque de production est remplacé par des importations, ça ne réglera absolument pas le problème de l’équilibre durable de la production agricole.

Faisons attention aux solutions présentées comme faciles et qui ne le sont pas. C’est tout le projet de l’agroécologie, d’arriver à maintenir des rendements élevés tout en baissant de manière systématique l’utilisation de la chimie et du machinisme agricole.»

Vous le développez dans votre ouvrage, quels sont pour vous les trois axes majeurs d’une France durable ?

«Un investissement massif, de l’ordre de 100 à 200 milliards dans la transition énergétique, avec une partie importante sur la recherche et l’innovation.

Le deuxième axe est de faire en sorte que l’éducation et la santé redeviennent des priorités. C’est revenir sur les rythmes scolaires. Nous sommes le pays où le temps des élèves passé devant un professeur est le plus court des pays de l’OCDE, 140 jours chez nous, 180 jours en moyenne ailleurs. Sans oublier le besoin d'un continuum entre les temps scolaires et périscolaires.

Sur la santé, nous sommes par exemple dans un désert médical dans le département de la Sarthe. Le gain de temps médical doit se faire par une organisation différente, avec notamment des délégations fortes dans le cadre des consultations traditionnelles des médecins avec tous les acteurs paramédicaux.

Le troisième axe concerne le pouvoir d’achat et les salaires. Il faut une revalorisation du SMIC au-delà de mécanique actuelle. Je propose une augmentation de 2 % sur cinq ans, chaque année, mais aussi de transformer la prime d’activité en prime du travail et de la revaloriser de 20 % sur cinq ans.»

Propos recueillis par Alix Berthier
Photos : Alix Berthier





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