
Le président de la Région Bourgogne-Franche-Comté préfère «jouer le jeu du débat et du travail parlementaires plutôt que de précipiter le pays dans le chaos», comme il l'a indiqué, ce mercredi 15 octobre, à Dijon. Le socialiste a critiqué les stratégies de La France insoumise et du Rassemblement national.
«Je soutiens la position du Parti socialiste du refus de voter la censure», a affirmé Jérôme Durain (PS), nouveau président du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté et sénateur de la Saône-et-Loire jusqu'à il y a peu, qui s'exprimait, ce mercredi 15 octobre 2025, à Dijon, lors d'une conférence de presse sur les sujets régionaux.
Alors que Sébastien Lecornu a été reconduit Premier ministre, le 10 octobre dernier, et qu'il a fait une déclaration de politique générale annonçant la suspension de la réforme des retraites, initiée par Édouard Philippe en 2020 puis finalisée par Élisabeth Borne en 2023.
Dans ce contexte, les responsables du Parti socialiste ont annoncé ne pas vouloir faire tomber le gouvernement Lecornu II alors que respectivement les députés de La France insoumise et du Rassemblement national déposaient des motions de censure. Jérôme Durain a critiqué la stratégie de ces deux partis.
Jérôme Durain préfère «jouer le jeu du débat et du travail parlementaires plutôt que de précipiter le pays dans le chaos»
«Nous sommes dans une période où il faut faire preuve de responsabilité, j'essaie de le faire ici dans mes fonctions de président de Région», a expliqué le socialiste, «j'appartiens à une formation politique qui préfère jouer le jeu du débat et du travail parlementaires plutôt que de précipiter le pays dans le chaos».
«On va bien qu'il y a des acteurs politiques de ce pays qui favorisent le chaos, imaginant qu'il en tireront profit», a-t-il enchaîné, «je pense à LFI qui mise tout la démission d'Emmanuel Macron, au RN qui mise tout sur la dissolution». «Nous, on mise tout sur un un débat parlementaire qui peut permettre d'enregistrer des victoires pour les Français.»
«Nos conditions – qui étaient une plus grande justice sociale, d'une suspension de la réforme des retraites et d'une plus grande justice fiscale puisqu'on a porté très fortement la taxe Zucman – sont des positions politiques qui visent à enregistrer des victoires. La suspension de la réforme des retraites – ça concerne 3,5 millions de personnes –, ça va concerner directement la vie des Français, davantage qu'une dissolution ou une démission qui nous propulsent dans des terres inconnues», a-t-il ajouté.
«Ne pas censurer le gouvernement Lecornu n'est pas un blanc-seing»
«Par ailleurs, on est observé par la planète entière avec une forme d'ironie, il est temps d'apporter un peu de stabilité», a poursuivi Jérôme Durain, «notre travail politique, c'est, là où nous sommes, d'essayer de contribuer à l'amélioration de la situation concrète du pays». «Il y a une détérioration économique, une absence de visibilité qui empêche le bon fonctionnement du pays, des questions d'endettement qui sont posées – on n'a pas les mêmes lectures que d'autres forces politiques – mais on veut prendre notre part dans ce règlement de la dette.»
Renvoyant aux propos du premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure et du président du groupe des députés socialistes Boris Vallaud, Jérôme Durain précise que «ne pas censurer le gouvernement Lecornu n'est pas un blanc-seing».
«Si on nous impose des efforts, cela aura des conséquences économiques»
«Nous savons d'ores et déjà que la bataille va être extrêmement vigoureuse sur le budget», anticipe le président de Région, «le travail parlementaire va se poursuivre». «Nos exigences sur le budget, notamment s'agissant des collectivités, c'est d'éviter que nous passions à la caisse de choix budgétaires qui ne seraient pas les bons. L'année dernière, on a dû contribuer à hauteur de 50 millions d'euros à la réduction des déficits. On sait que les collectivités paient plus que leur part réelle dans la réduction des déficits et que les Régions sont plus durement impactées que l'ensemble des autres collectivités. Donc, on va mener le combat, avec Régions de France, dans un cadre transpartisan, pour les Régions et politiquement, sur la place que les collectivités doivent prendre dans la réduction des déficits. (…) Si on réduit nos budgets, si on nous impose des efforts, cela aura des conséquences économiques.»
«Nous n'avons la même vision des arbitrages budgétaires à rendre», a explicité Jérôme Durain alors que, à ce stade du débat, Sébastien Lecornu a conditionné la suspension de la réforme des retraite à une compension des surcoûts générés en 2026 et 2027.
«Il est évident dans le choix que le Parti socialiste a fait, il y a une forme d'habilité de Sébastien Lecornu», a complété l'ancien sénateur, «il a obtenu sa survie politique en choisissant de surseoir à la réforme des retraites et de la suspendre». «Il a assorti cette suspension de conditions sur lesquelles on va se battre. On va affûter nos arguments pour le débat parlementaires.»
«Bonne chance» à Sébastien Martin
Nouvel entrant dans le gouvernement Lecornu II, le Bourguignon Sébastien Martin a été nommé ministre délégué chargé de l'Industrie.
Jérôme Durain souhaite donc «bonne chance» à Sébastien Martin (NF) – «un élu qui connaît bien les intercommunalités et l'économie»» – et associe à son propos la Franc-Comtoise Annie Genevard (LR) qui reste ministre de l'Agriculture : «avoir deux ministres issues de la région, ça peut faciliter les contacts».
Propos recueillis par
Jean-Christophe Tardivon