
Après avoir rallié le mouvement de Bernard Cazeneuve, François Rebsamen est intervenu, ce 22 juin, dans l'émission «Dimanche en politique» durant laquelle il a assumé notamment l'assouplissement de la sobriété foncière. Selon lui, le futur président de la Région Bourgogne-Franche-Comté «devra s'appuyer sur la capitale régionale». Le Dijonnais a renouvelé son soutien à Nathalie Koenders en vue des municipales.
Ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation dans le gouvernement de François Bayrou, depuis le 23 décembre dernier, François Rebsamen (FP) était l'invité, ce dimanche 22 juin 2025, de «Dimanche en politique», émission d'Ici Bourgogne (ex-France 3).
Le ministre a balayé les sujets nationaux – comme des réformes pour les collectivités locales, l'action du gouvernement, son exclusion du Parti socialiste et son ralliement à Bernard Cazeneuve – et les futures élections municipales, en particulier à Dijon.
L'émission de 25 minutes, au contenu particulièrement dense, était réalisée par Rémy Bossu et présentée par Gabriel Talon.
«Je gère le ministère du quotidien»
«La France avait besoin d'un gouvernement parce qu'elle avait besoin d'un budget», a d'emblée défendu François Rebsamen pour justifier son entrée dans un «gouvernement de coalition» dont le Premier ministre a été choisi par Emmanuel Macron. «Les Français attendaient que chacun prenne ses responsabilités.»
«On est tous concentrés sur notre tâche : faire réussir notre pays, le remettre à flots et essayer de réduire cette dette infernale», a poursuivi le ministre. «Je gère le ministère du quotidien, je m'occupe de la ville, du monde rural, des transports, du logement, des dossiers de la vie de tous les jours.»
Comme il y a eu un «Ségur de la santé» en son temps, un «Roquelaure de la simplification» est en préparation, du nom de l'hôtel de Roquelaure, siège du dit ministère. «Le malheur français, c'est de complexifier les choses le code des collectivités locales a été multiplié par trois en 20 ans. (…) La France a cette tendance de rajouter aux règles européennes sa propre administration qui complexifie les choses.»
La démarche incorpore un «statut de l'élu local», souvent annoncé par les gouvernements ces dernières années et toujours attendu par les maires en particulier.
Vers un assouplissement de la sobriété foncière
«Il faut laisser les collectivités locales agir librement», a avancé le tenant de la décentralisation au moment où, à ce stade, est attaqué le principe de zéro artificialisation net des sols, traduit dans la réglementation française par la loi Climat et résilience de 2021.
«Les maires n'ont pas besoin qu'on leur tienne la main», a réagi le ministre, «la sobriété foncière, ils la font». «Il y a des règles mais elles ne doivent pas être contradictoires avec l'esprit de liberté que les maires portent.»
Le membre du gouvernement a défendu la proposition de loi visant à instaurer une trajectoire de réduction de l'artificialisation concertée avec les élus locaux (TRACE), présentée comme un assouplissement de la loi sur le ZAN : l'objectif intermédiaire de diminuer la bétonnisation des sols de 50% d'ici 2031 est repoussé à 2034 et régionalisé. Le texte a été adopté en première lecture par le Sénat, le 18 mars dernier.
«Redéployer» des personnels d'agence vers les préfectures
Le ministre a fait part de sa volonté de «rationnaliser» des agences de l’État en les plaçant localement sous la tutelle des préfets de département : «ce sont eux les relais du gouvernement sur le terrain». Des personnels de ces agences pourraient être «redéployer» aux services des préfectures.
Parallèlement, le social-démocrate revendique un «pouvoir d'adaptation» pour les préfets : «la loi va jusqu'à la circulaire d'application, c'est ce qui engorge les préfectures et les collectivités locales».
«La Convention, une certaine idée de la social-démocratie»
Exclu du Parti socialiste pour être entré dans le gouvernement de François Bayrou, François Rebsamen, qui préside la Fédération progressiste, a rallié Bernard Cazeneuve, le 11 juin dernier.
Membre historique du PS, plusieurs fois ministre durant le quinquennat de François Hollande, Premier ministre durant cinq mois, Bernard Cazeneuve a quitté le parti à la rose en 2022 en raison de son opposition à une alliance avec La France insoumise. Il a alors fondé La Convention pour contribuer aux débats en vue de la présidentielle de 2027.
De son côté, François Rebsamen avait fondé la Fédération progressiste en 2022 pour créer une passerelle entre les socialistes et les soutiens d'Emmanuel Macron. Il revendique aujourd'hui 18.000 adhérents : «nous ne sommes pas très présents au parlement mais nous sommes sur le terrain, auprès des Françaises et des Français pour préparer un programme».
«[La Convention], c'est une gauche de gouvernement qui porte une certaine idée de la social-démocratie : européenne, universaliste, écologique et républicaine», a expliqué François Rebsamen, «nous portons une histoire de la social-démocratie». «Je suis un libéral sur le domaine de l'économie, (…) je suis pour la justice sociale.»
«Je suis dans un gouvernement de coalition parce que la France en besoin», a insisté le social-démocrate, «elle a besoin qu'on rassemble toutes les forces républicaines de gauche, du centre et de droite pour faire face à la difficulté du moment». «Si, demain, il y avait les deux extrêmes qui puissent arriver au pouvoir, je choisirais de voter pour une droite républicaine, sans problème.»
Le futur président de la Région Bourgogne-Franche-Comté «devra s'appuyer sur la capitale régionale»
Réagissant à l'annonce de la démission de Marie-Guite Dufay (PS) de la présidence du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, François Rebsamen a «salué la décision» : «ça restera la première présidente d'une Région rassemblée, je reconnais que ce n'est pas facile».
«Elle a été à mes côtés sur de grands dossiers dijonnais : [l'Organisation internationale de la vigne et du vin], la Cité internationale de la gastronomie et du vin ou [le Campus Maret]», a reconnu le président de la Métropole de Dijon avant d'exprimer des «reproches» concernant la liaison TGV Mulhouse-Besançon-Dijon-Lille ou l'enseignement supérieur – «elle a fait bénéficier plus de crédits d’enseignement supérieurs à Besançon qu'à Dijon».
«Celui ou celle ou celle qui sera élu président ou présidente de la Région devra s'appuyer sur la capitale régionale», a-t-il martelé, «ça ne veut pas dire ignorer le reste ; la métropole, c'est un habitant sur dix de la Bourgogne-Franche-Comté».
Le responsable de l'exécutif métropolitain a appelé à «une alliance des territoires» entre le monde rural et les secteurs les plus urbanisés.
Un projet de tram sur le bureau du futur exécutif métropolitain dijonnais
Autre sujet d'actualité locale, le projet de troisième ligne de tramway présenté par la Métropole de Dijon est entré dans une phase de concertation publique (
lire le communiqué).
«Je souhaite que nous soyons prêts pour que la nouvelle équipe – peut-être que ce sera moi qui continuerais – trouve, après les élections municipales, sur le bureau du président ou de la présidente, le projet de tram et les conditions du financement et la nouvelle assemblée prendra ses responsabilités», a indiqué François Rebsamen.
François Rebsamen critique la «vision anti-écologique» de François-Xavier Dugourd
En abordant la perspective de l'élection municipale dijonnaise, François Rebsamen a d'emblée ciblé François-Xavier Dugourd (LR, NE), qui est engagé dans la campagne sans être en tête de liste à ce stade (
lire notre article), et, indirectement, François Sauvadet (UDI), sur leur «vision anti-écologique et attardée» de la ville.
Parallèlement, le social-démocrate a aussi fustigé les tenants de «la décroissance» qui «ne veulent plus que l'on construise de logements».
«La population augmente raisonnablement», a-t-il défendu, arguant que le nombre d'habitants est passé de 149.000 à 163.000 en 25 ans à Dijon. «Il faut augmenter sinon on décroît.»
«Nathalie Koenders a tout pour réussir»
«[Nathalie Koenders (PS]) est maire de Dijon, je souhaite qu'elle continue, je pense qu'elle va continuer ; elle a tout pour réussir, elle a une belle équipe avec elle, j'en fais partie», a déclaré François Rebsamen, «je souhaite l'accompagner pour la victoire aux élections municipales». «Le président de la Métropole sera en soutien de la liste de Nathalie Koenders.»
«Je suis un rassembleur», a conclu le social-démocrate, «je n'ai jamais été battu à une élection». «J'ai gagné cette ville contre la droite, j'ai conservé cette ville avec des partenaires que j'ai été chercher sur une ligne social-démocrate, écologiste, européenne, universaliste, laïque et on va continuer comme ça.»
La Fédération progressiste et La Convention donnent rendez-vous aux citoyens, du 28 au 30 août prochains, à Autun, pour une université d'été du Laboratoire de la République où est prévu un débat entre Jean-Michel Blanquer, Édouard Philippe et Bernard Cazeneuve.
Jean-Christophe Tardivon