
Le ministre de l’Economie, des Finances
et de la Souveraineté
industrielle et énergétique, a présenté la troisième Programmation
pluriannuelle de l’énergie». «Nos parents l’ont fait il y a 50 ans avec
le programme nucléaire après les deux chocs pétroliers des années 70.
Le
président de la République l’a annoncé à Belfort il y a 4 ans. A nous
de jouer pour garantir le même avantage à nos enfants en bâtissant notre
puissance énergétique des 50 prochaines années».
Discours de Roland Lescure, ministre de l’Economie, des Finances et de
la Souveraineté industrielle et énergétique à l’occasion de la
conférence de presse de présentation de la troisième Programmation
pluriannuelle de l’énergie
«Mesdames et messieurs,
Ce matin, le décret sur la Programmation pluriannuelle de l’Energie a été publié au Journal Officiel.
Il était temps.
Le
Premier ministre l’a dit, cela fait 3 ans qu’on consulte, 3 ans qu’on
débat, 3 ans qu’on expertise. Aujourd’hui nous avons tranché, et dès
demain nous lançons les investissements.
Nous ne pouvions plus attendre face à une triple urgence : géopolitique, économique, climatique.
Face à nous, certains préfèrent les polémiques :
Cela fait plusieurs semaines que j’entends des fake news.
1) La PPE ruinerait l’avenir de la France ?
C’est
FAUX : au contraire, elle garantit notre souveraineté énergétique.
Chaque année, nous achetons des dizaines de milliards d’euros d’énergies
fossiles aux pays étrangers. C’était même 120 milliards au pic de la
crise en 2022. De deux choses l’une : ou on préfère se faire dicter le
prix de notre plein d’essence par les autres, ou on préfère investir
dans notre production énergétique ? Nous, on y répond clairement.
2) Il suffirait de construire des centrales nucléaires ?
C’est FAUX. Le RN raconte n’importe quoi. Il nous faut du nucléaire et des ENR.
Pour
construire un réacteur nucléaire, il faut 10 à 15 ans, pour construire
un parc éolien en mer il en faut 5 à 10 ans, et 3 ans pour un champ de
panneau solaire. Il faut aller plus vite. Nous ne pouvons pas attendre
15 ans pour être indépendants. C’est pour ça qu’il nous faut avancer sur
les deux jambes.
3) La PPE coûterait des centaines de milliards d’euros ?
C’est
FAUX : encore une fois, le RN ne sait pas de quoi il parle : il faut
déjà investir 200 Md€ pour entretenir nos réseaux électriques. Quoi
qu’il arrive, c’est de la maintenance. Que notre énergie provienne des
ENR ou du nucléaire, s’il n’y a pas de réseau, il n’y a pas de lumière.
Il
faut changer les lignes des années 50 pour les adapter aux vagues de
chaleur et aux tempêtes. Le réseau de distribution date de
l’après-guerre et le réseau de transport des années 70.
4) La PPE augmentera la facture des Français ?
C’est FAUX, tout simplement faux.
La
PPE, c’est ce qui permet de faire en sorte que notre électricité
continue d’être moins chère que nos voisins à l’avenir. Et aujourd’hui,
notre électricité est 36% moins chère qu’en Belgique, 40% moins chère
qu’en Allemagne et 50% moins chère qu’en Italie.
5) Nous nous noyons dans un trop plein d’électricité ?
Il
y a 3 ans, ils nous racontaient tout simplement l’inverse. Nous étions
en pleine crise ukrainienne. A l’époque, nous sommes passés proche d’en
manquer. Les industrielles allaient réserver des électrons 3 ans à
l’avance.
6) Nous privilégierions le nucléaire.
7) Nous privilégierions le renouvelable.
La vérité : nous faisons les deux.
Maintenant, quelle est notre vision avec cette PPE ?
- Aujourd’hui : 60% de notre énergie est fossile et importée, 40% est décarbonée et produite chez nous.
- Notre objectif : inverser ces chiffres pour sortir de la dépendance.
- C’est-à-dire atteindre : 60% d’énergie décarbonée en 2030 et 70% en 2035.
Quelle est notre stratégie ?
D’un côté augmenter l’offre d’électricité.
De l’autre côté augmenter la demande d’électricité.
Vous
le savez, et le rapport de RTE publié en décembre nous le confirme,
nous sommes aujourd’hui légèrement en dessous de la consommation
d’électricité que nous avions anticipée.
Je résume : il faut produire +, électrifier + pour consommer +.
Produire plus.
Avec la PPE 3, nous entrons dans une nouvelle dimension.
Avec un plan ambitieux, réaliste et adaptable :
-
Ambitieux : la production globale d’énergie, notamment
d’électricité, atteindra entre 650 et 693 TWh en 2035, contre 544 TWh en
2025. Notre trajectoire de décarbonation qui sous-tend la PPE est à la
hauteur des objectifs climatiques de la France.
- Réaliste :
le soutien de l’Etat se fait à un coût raisonné pour les finances
publiques. A horizon 2035, pour les énergies renouvelables, nous
multiplions par 2,7 la production et pourtant, ça coutera moins cher à
l’Etat. Pour 3 raisons : 1) nous investissons dans des technologies
moins coûteuses, 2) nous optimisons les installations existantes pour
produire plus, et 3) nous remplaçons de vieux contrats coûteux qui
arrivent à échéance par des contrats moins chers. Nous intégrerons
évidemment les résultats la mission Lévy-Thuot.
- Adaptable :
une clause de revoyure est prévue en 2027 pour ajuster les objectifs à
l’évolution des besoins d’électricité.
De la même manière que la
Programmation Militaire nous donne les moyens de notre réarmement, la
PPE nous donne les moyens de notre puissance énergétique.
Regardons maintenant ce qu’il en est pour chaque filière.
1/ D’abord le nucléaire.
C’est
la première fois que l’on inscrit dans un texte officiel les
engagements de Belfort. Nous avons désormais une base légale pour
discuter avec la commission d’un soutien plus important de l’Etat.
On entre dans un autre monde, celui où on construit de nouvelles centrales nucléaires.
-
La PPE 3 acte la construction de 6 EPR2 pour préparer la relève
des réacteurs actuels. C’est 9,6 GW en plus. Elle prévoit aussi la
possibilité d’en construire 8 supplémentaires. Enfin, elle optimise le
parc existant.
- Les premiers travaux sur les futures
centrales nucléaires ont d'ores et déjà commencé, en particulier à
Penly. Et nous devons tenir le cap pour inaugurer un premier EPR2 dès
2038.
- Avant cela, en 2035, la filière produira entre 380 et 420 TWh. C’était 290 TWh en 2022.
Cependant,
les centrales nucléaires ne poussent pas en une nuit. Nous avons donc
besoin d’investir dans les énergies renouvelables.
L’articulation entre les deux est importante, c’est l’enjeu de la modulation de notre parc nucléaire.
La
modulation du parc nucléaire permet de faire varier la production des
réacteurs, pour s’adapter à la demande d’électricité et à
l’intermittence des énergies renouvelables, afin que l’offre et la
demande restent équilibrées sur le réseau.
Sur ce point RTE a fait
des travaux. Aucun risque de blackout. Nous allons continuer à
travailler sur le phénomène notamment dans un cadre européen où d’autres
installent des ENR.
2/ La PPE 3 acte la relance de l’hydroélectricité :
Nous
avons résolu 15 ans de contentieux européens. L'Assemblée nationale a
voté pour relancer les travaux de modernisation. Avec la PPE, nous
fixons l’objectif d’augmenter les capacités de production de 11% pour
atteindre 28,7 GW d’ici 2035.
Pour cela, nous allons développer et
pérenniser le parc de barrages français et investir dans de nouvelles
installations de stockage pour être en mesure de répondre en quelques
minutes à un pic de consommation de 750 000 personnes.
3/ L’éolien en mer concentre une importante part de l’augmentation de la production d’électricité pour deux raisons :
- C’est la source d’énergie renouvelable la plus régulière après l’hydraulique.
- C’est une de nos filières industrielles de pointe avec 5 000 emplois. Nous voulons capitaliser dessus.
Les
éoliennes en mer auront toute leur part dans le mix énergétique de
demain. Nous publierons dès que possible les appels d’offre AO 9 et 10
d’offre qui permettra d’équilibrer les enjeux d’acceptabilité et de coût
: plus c’est loin des côtes mieux on aime, mais plus c’est cher.
Nous
allons passer de 2 GW à 15 GW en 2035. C’est-à-dire la consommation
annuelle des régions Nouvelle-Aquitaine et Pays de la Loire.
4/ Sur l’éolien terrestre :
Nous
privilégions la remotorisation des éoliennes existantes. Je vous
annonce que nous intégrerons dans les AO d’éolien terrestre un bonus à
la remotorisation. C’est un coup de frein, mais pas un moratoire.
L’objectif
est d’atteindre 35 à 40 GW en 2035, qui pourraient répondre à la
consommation annuelle de 10 millions de foyers chauffés à l’électricité.
- En GW : 24 déjà installé, 4 dans les tuyaux, 3 de nouveaux à installer.
5/ Le photovoltaïque :
-
Nous assumons de conserver une ambition forte : atteindre entre
55 et 80 GW d’ici 2035, ce qui correspond aux ¾ de nos besoins en
datacenters.
- Nous allons lancer dès la semaine prochaine un
appel d’offre avec un volume cible de 2,9 GW en 2026. Et dès la semaine
prochaine un appel d’offre PV Grands bâtiments de 300 MW au JO de
l’Union européenne.
- C’est 3 GW de nouvelles capacités.
La PPE 3 prévoit aussi de :
- Développer les petites installations décarbonées comme les hydroliennes.
-
Poursuivre la substitution de combustibles carbonés (pétrole,
gaz), en développant les énergies bas carbones non électriques (réseau
de chaleur, géothermie, biométhane, hydrogène, biocarburants).
Pour
les outre-mer, le mix énergétique est à 75% fossiles, même s’il existe
bien évidemment de grandes disparités entre les territoires.
Chaque
territoire dispose de formidables ressources potentielles : l’éolien
offshore à La Réunion, la géothermie à Mayotte et en Guadeloupe, la
biomasse liquide en Guyane et en Corse, l’hydroélectricité en
Nouvelle-Calédonie.
L’objectif est clair : développer l’autosuffisance énergétique de ces territoires
C’est
pourquoi, j’écrirai dans quelques jours aux présidents de ces
collectivités pour lancer les dernières consultations, finaliser dès que
possible les PPE dans ces territoires et passer à l’action d’ici la fin
de l’année.
La PPE 3 va permettre de nous projeter vers
l’avenir. Ce n’est pas une fin en soi, c’est le début d’une longue
aventure électrique.
Chaque filière a désormais son objectif chiffré pour la période 2026 à 2035.
Nous
allons pouvoir dans les prochains mois lancer les appels d’offres des
projets partout sur le territoire pour que les entreprises de chacune
des filières puissent investir, recruter et produire.
Nous rentrons désormais dans le concret.
Cette PPE est un puissant levier de réindustrialisation.
C’est
le chantier du siècle, qui intègrera des critères de préférence
européenne, pour faire davantage appel aux filières françaises et
préserver nos savoir-faire.
C’est aussi un vivier d’emplois phénoménal : on estime que ce sont autour de 120 000 nouveaux emplois qui seront créés.
Pour décarboner, il faut passer à l’électrique.
Concrètement pour l’industrie.
J’étais mardi à Dunkerque chez ArcelorMittal.
ArcelorMittal,
c’est 13 % des émissions de CO2 de l’industrie, au gaz et au charbon.
Ils ont investi dans un premier four électrique qui consomme
l’équivalent de 22 éoliennes offshore. Si tous les fours d’Arcelor
passent à l’électrique, c’est une demi-tranche nucléaire ou l’équivalent
d’une centaine d’éoliennes en mer dont nous aurons besoin.
Nous
allons continuer à aider l’industrie à passer à l’électrique. Cette
semaine, nous avons annoncé 1,6 md€ supplémentaire pour accélérer sur 7
sites industriels.
Pour les transports :
- Nous avons 1,5 M de voitures électriques sur nos routes.
-
Les Français ont acheté plus de 300 000 nouveaux véhicules
électriques en 2025. C’est 12% de plus qu’en 2024, et ça continue
d’augmenter.
- On va continuer de soutenir, avec le bonus
écologique, le leasing social et les incitations au verdissement des
flottes professionnelles.
- En 2035, il y aura 7 millions de
voitures électriques sur nos routes en 2035. Ça veut dire 14 barrages
pour les alimenter.
Il faut aller plus loin.
Dans les prochains
jours, nous réunirons avec ma collègue Monique Barbut : producteurs et
fournisseurs d’énergie, industriels et gestionnaires de réseau pour
savoir concrètement comment avancer rapidement.
L’objectif est d’avoir un plan détaillé avant l’été pour l’intégrer au PLF 2027.
Je
suis désormais à la disposition du Parlement comme prévu par le code de
l’énergie, pour présenter la PPE et répondre à toutes les questions
relatives à notre politique énergétique.
Le cap est fixé. A nous
désormais de travailler ensemble pour concrétiser ces ambitions, couler
le béton, dresser les mâts, financer les projets, former et recruter.
Nos parents l’ont fait il y a 50 ans avec le programme nucléaire après les deux chocs pétroliers des années 70.
Le
président de la République l’a annoncé à Belfort il y a 4 ans. A nous
de jouer pour garantir le même avantage à nos enfants en bâtissant notre
puissance énergétique des 50 prochaines années.

PHOTOS
: Roland Lescure lors de sa visite à Framatome à Saint-Marcel le 9
novembre 2023, avec Sébastien Martin, devenu son Ministre délégué à
l'Industrie (Photo Alain BOLLERY)