
«Nous avons, dans l'ensemble des lycées, noté une baisse de consommation de l'énergie», a justifié le vice-président Willy Bourgeois, ce jeudi 16 octobre, à Dijon. Les contestations sont venues des deux extrêmes de l'arc politique représenté dans l'assemblée.
L'exécutif régional continue de «passer au rabot» le budget. Le 20 février dernier, Marie-Guite Dufay (PS), alors présidente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté annonçait «des économies de dépenses» notamment concernant l'entretien des lycées.
Dans le cadre du Plan pluriannuel d'investissement 2024-2030, voté en 2023, les travaux dans les lycées ont été réduits de 87 millions d'euros pour être ramenés à 609 millions d'euros sur la période (
lire notre article).
Maintenant que Jérôme Durain (PS) est président de la collectivité, l'exécutif reste dans la même ligne. Ce jeudi 16 octobre 2025, à Dijon, le vice-président chargé des lycées Willy Bourgeois (PS) a présenté les évolutions des dotations de fonctionnement attribuées aux 128 lycées publics pour 2026. Cela lui a valu les foudres de deux partis situés respectivement aux extrêmes de l'arc politique représenté.
Hommage à Samuel Paty et Dominique Bernard
Au début de son propos, Willy Bourgeois rend hommage à Samuel Paty et à Dominique Bernard, enseignants victimes d'attaques terroristes islamistes, respectivement les 16 octobre 2020, à Éragny-sur-Oise, et le 13 octobre 2023, à Arras.
Le socialiste souligne que les professeurs ont été ciblés pour «avoir exercé leur métier, celui d'enseigner la laïcité, la liberté d'expression, la liberté de blasphème, des principes qui nous sont chers».
Baisse de 16% de la dotation des lycées publics
Après plusieurs années d'augmentation pour accompagner en particulier la hausse du coût des matières premières depuis le début de la guerre en Ukraine, l'exécutif diminue de 16% la DGF pour 2026, par rapport à 2025, qui s'établit à 50 millions d'euros (43,5 millions pour les lycées de l’Éducation nationale, 6,5 millions d'euros pour les lycées agricoles).
Toutefois, l'exécutif signale le fait que cette dernière dotation est 31% supérieure à celle de 2022.
La répartition varie selon les lycées, en fonction notamment de leurs effectifs. 104 lycées voient leur dotation diminuer, 24 augmenter. Dans la pratique, les montants varient de 88.936 euros pour le lycée d'enseignement général et technologique Camille Claude, à Digoin, à 1,05 million d'euros pour le lycée polyvalent Jules Haag, à Besançon.
La consommation d'énergie des lycées tend à diminuer
«Nous avons, dans l'ensemble des lycées, noté une baisse de consommation de l'énergie», relève Willy Bourgeois. Ainsi, la consommation énergétique globale a diminué de 20% en trois ans en raison de la mise en place de «bonnes pratiques» et la réalisation de travaux d'amélioration dans les établissements.
La collectivité a revu à la hausse certains critères forfaitaires comme le «point élève» qui n'avait pas évolué depuis 2006 ainsi que les «forfaits enseignements techniques».
Mesures spécifiques pour l'enseignement agricole
Le «forfait établissement» des lycées agricoles passe à 30.000 euros afin de prendre en compte «les spécificités» de l'enseignement agricole.
Les établissements dont l'exploitation connaît des difficultés financières bénéficieront d'une aide dédiée dont l'enveloppe globale s'élève à 400.000 euros. Cela concerne 9 lycées agricoles sur les 21 de la région. Ils seront également exonérés du prélèvement de fonds de roulement.
«Ce n'est pas dans les compétences de la Région», précise le rapporteur, «c'est un choix volontariste».
Jacques Grosperrin alerte sur la baisse des effectifs des lycées
«Je pensais que la baisse allait être plus importante», déclare Jacques Grosperrin (LR) au regard de la diminution de la consommation d'énergie et du déclin des effectifs. L'opposant applaudit même la revalorisation des critères forfaitaires.
Toutefois, celui qui est également sénateur du Doubs appelle à «anticiper» la baisse démographique en France qui se fera particulièrement sentir parmi les effectifs des lycées à partir de 2028 et à mettre en place «une stratégie sur six ans». «Il faut bousculer l’Éducation nationale et les autorités académiques pour qu'ils se mettent autour de la table.»
Jacques Grosperrin a produit un rapport d'information sur le thème «Baisse démographique, réussite des élèves : quel maillage scolaire pour la France de demain ?» (
retrouver l'essentiel du rapport).
«La question de la démographie scolaire est essentielle», abonde Jérôme Durain, «c'est des choix compliqués, douloureux, de service public, de maillage du territoire». «On va trouver ensemble les modalités.»
«L'éducation n'est pas une dépense à réduire», insiste Nathalie Fritsch
Nathalie Fritsch (RN) pointe «une baisse historique» de la dotation des lycées : «nous ne sommes pas face à une économie d'énergie mais bien face à une économie sur le dos de la jeunesse». L'opposante postule que l'exécutif cherche à aller vers «moins d'établissements».
«L'éducation n'est pas une dépense à réduire, c'est un investissement vital pour nos territoires, pour nos familles et pour notre souveraineté», insiste l'élue national-populiste.
Aurélien Dutremble (RN) évoque «un très mauvais signal envoyé à notre jeunesse et à ceux qui la forment». «Votre politique consiste à subir le déclin démographique. (…) Économisez sur les associations militantes ou bien sur les lubies écologistes punitives.»
«Les fonds de roulement étaient à 26 millions [d'euros] l'année dernière, ils sont passés à 34 millions [d'euros]», argumente Jérôme Durain, «ça ne doit pas aller si mal dans les lycées». «Les lycées savent, par ailleurs, que la Région sera toujours là !»
«Je suis exaspéré par cette démagogie», poursuit le socialiste, «on vous a donné les chiffres, qui sont têtus». «Cette saignée que vous décrivez sur les réseaux est totalement factice !»
Frédéric Poncet défend «un ajustement» de la dotation des lycées
«La DGF 2026 n'est pas une baisse, c'est un ajustement», considère Frédéric Poncet (PS). «Ici, il n'est pas question d'austérité, il est question de cohérence. (…) C'est une adaptation aux dépenses réelles.»
«Les plans de sobriété énergétique ont porté leurs fruits», se félicite Myriam Chiappa-Kiger (PS), «il est logique d'ajuster cette dotation en fonction des réalisés des lycées». «Nous revalorisons la part pédagogique.»
«Une diminution reste une diminution», proteste Muriel Ternant
«Une diminution reste une diminution», proteste Muriel Ternant (PCF), à rebours des membres des autres groupes de la majorité régionale. «Nous aurions pu faire un autre calcul car le mécanisme de prélèvement sur les fonds de roulement permet de récupérer des excédents de trésorerie générés par d'éventuelles baisses de facture d'énergie.»
«Avec cette baisse de dotation aux lycées publics – dont on ne peut vraiment pas dire qu'ils roulent sur l'or –, on mesure l'insoutenabilité des politiques d'austérité imposées aux collectivités locales», développe la présidente du groupe des élus communistes et républicains.
«Il y a urgence à mettre en échec le projet de budget Lecornu et le dogme de la réduction de la dette publique et de la dépense publique», poursuit la conseillère régionale en proposant l'instauration, au niveau national, d'un «fonds de développement à taux zéro» des services publics, alimenté par «la création monétaire de la Banque centrale européenne».
«Nos lycées consomment moins et réalisent des économies durables», analyse Amandine Rapenne
Claude Mercier (LE) propose alors un «tour d'horizon» de la politique de la Région en direction des lycées publics avant d'approuver le contenu du rapport.
Amandine Rapenne (Cap21) enchaîne pour saluer «la dynamique d'augmentation» de la dotation de fonctionnement des lycées sur plusieurs années.
«Grâce aux investissements conséquents de la Région en matière de rénovation thermique, aux engagements des établissements à plus de sobriété et la baisse du coût de l'énergie, nos lycées consomment moins et réalisent des économies durables», analyse l'élue écologiste. «C'est la preuve que l'écologie n'est pas un coût mais un levier d'efficacité et de responsabilité.»
Rémy Rebeyrotte plaide pour un «réinvestissement» en direction des lycées
«Le montant du fonctionnement des lycées baisse», constate Rémy Rebeyrotte (TDP), «tous ceux qui le nient sont des démagos». «Vous allez dégager de l'autofinancement, c'est sans doute le moment de mettre des moyens sur le réinvestissement qu'il faut faire dans un certains nombre de nos lycées, y compris de nos lycées agricoles», développe l'opposant en évoquant la situation du lycée du Velet, à Étang-sur-Arroux.
L'élu progressiste s'associe à l'hommage rendu à Samuel Paty et Dominique Bernard et souligne «les enjeux majeurs en matière de laïcité» que connaît la France.
Les élus régionaux, des «moteurs» des CA des lycées
«Nous travaillons avec un décalage d'un an et demi en ce qui concerne les fluides», précise en conclusion Willy Bourgeois au regard de la baisse de 14% du coût de l'énergie relevée en 2024 par rapport à 2023.
Le vice-président ajoute que les conseils d'administration des établissements scolaires disposent d'une «autonomie» pour utiliser la dotation attribuée mais que les élus régionaux qui siègent dans ces CA peuvent être «moteurs» pour utiliser la part pédagogique de la DGF.
Au moment du vote, les élus du Rassemblement national s'opposent, les communistes s'abstiennent tandis que les groupes présidés respectivement par Denis Thuriot (REN) et Jean-Marie Sermier (LR) votent avec les groupes Écologistes et solidaires ainsi que Notre Région par cœur. Le rapport est donc adopté à une large majorité.
Jean-Christophe Tardivon








