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26/06/2020 12:34

RÉGION : «Il n'est plus temps de tergiverser sur les enjeux climatiques» déclare Marie-Guite Dufay

Le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a voté ce vendredi 26 juin son SRADDET, le schéma portant sur les problématiques d'aménagement du territoire et de développement durable. Le débat a été riche entre les élus de la majorité et des oppositions sur les questions environnementales.
Le «schéma des schémas», le document de planification au service des transitions à l'horizon 2050 tel est le sous-titre du «SRADDET ici 2050» proposé au vote ce vendredi 26 juin 2020 de l'assemblée plénière du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté.

Il s'agit du Schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires qui est établit à la demande de la loi NOTRé. Après trois ans de travail, ce schéma d'aménagement du territoire fusionne des documents existant concernant la cohérence écologique, le climat, l'air et l'énergie ou encore la prévention et la gestion des déchets. L'objectif était de les simplifier tout en leur donnant une dimension prescriptive pour l'horizon 2050.

«S'affranchir progressivement de la dépendance aux énergies fossiles»


Pour l'exécutif, le vice-président Éric Houlley présente ce SRADDET comme un outil d'aménagement à de développer «l'attractivité» et de renouveler un «modèle plus durable et désirable d'ici 2050» avec «l'intention de dépasser les modèles actuels peu soutenables».

Les orientations générales revendiquent «de garantir la robustesse des territoires, de redessiner les modèles existant avec et pour les citoyens, de préparer l'avenir en privilégiant la sobriété et l'économie des ressources, de conforter le capital de santé environnementale ou encore de garantir un socle commun de services aux citoyens».

La stratégie de développement mise en place par la Région vise à «s'affranchir progressivement de la dépendance aux énergies fossiles en poussant des solutions de moindre impact pour l'environnement, à économiser les ressources et à pérenniser le capital environnemental et paysager de la région en le considérant comme un facteur de résilience et d'attractivité pour l'avenir».

«Dépasser les approches court-termiste pour dessiner un projet d'avenir durable et désirable», c'est ce à quoi Eric Houlley invite les conseillers régionaux ce jour. Le vice-président assure avoir mené «un travail au plus près des territoires pour les accompagner dans leur propre statégie de développement».

Par rapport à la version présentée en 2019, quelques évolutions ont été intégrées comme une révision de la carte afin de «mieux valoriser les relations entre les territoires» en prenant en compte les réseaux de petites villes. «L'équilibre entre l'est et l'ouest de la région a été affiné» assure le vice-président. Le chapitre des déchets a été retravaillé, des règles se ressemblant ont été fusionnées et une règle sur le numérique a été ajoutée.

«Des considérations environnementales ressortent d'une écologie punitive»


La charge du groupe de l'Union des républicains de la Droite et du Centre est menée par Gilles Platret qui indique d'emblée son «opposition à ce texte» tout en reconnaissant le travail des services. Devant un «document extrêmement engageant pour l'avenir pour l'ensemble des collectivités de la région», le conseiller régional d'opposition «invite à une extrême prudence sur ses incidences jusqu'à 2050» du fait du caractère «coercitif» d'un document qui «présente des dangers notamment sur les libertés locales».

Enfonçant le clou, l'élu des Républicains déplore «un document essentiellement technocratique» qu'il voit comme «descendant d'une politique européenne qui est devenue un monstre de technocratie». La dimension environnementale du document sera plusieurs fois critiquée par des membres de l'opposition et Gilles Platret regrette «des considérations environnementales ressortent d'une écologie punitive».

«Bien sûr que nous défendons l'environnement mais faut-il à ce point faire porter la responsabilité du réchauffement climatique à celles et ceux qui n'ont d'autres choix que de prendre leur voiture parfois seuls ? s'interroge-t-il en ajoutant que «les animaux finiront par être plus libres que les Bourguignons-Francs-Comtois».

Sur le plan de l'aménagement du territoire, Gilles Platret analyse que «l'on renforce ceux qui sont déjà forts» avec un document propice «aux agglomérations de la dorsale Rhin-Rhône» mais pas aux «zones intermédiaires». L'élu d'opposition ne voit rien moins qu'une «déclaration de guerre» aux communes n'appartenant ni à cette dorsale urbaine ni aux franges de la région bénéficiant du rayonnement économique de Paris, Lyon ou de la Suisse. «C'est un document centralisateur» assure-t-il avant de demander à la présidente de travailler «dans un esprit de liberté locale».

«La transition écologique s'affronte en pack»


Premier à répondre à l'opposition, Jérôme Durain souligne «le travail extrêmement minutieux» aboutissant à ce document. «La transition écologique s'affronte en pack» lance le président de groupe Notre région d'avance pour reprendre une métaphore en lien avec le rugby formulée par Éric Houlley. L'élu socialiste fustige «le laisser faire des libertés locales» alors surgissent la sixième grande extinction des espèces, des atteintes à la biodiversité et des maladies comme la Covid-19 selon les exemples retenues.

Jérôme Durain demande à Gilles Platret de «mettre à jour un discours que j'ai trouvé particulièrement conservateur voire un poil réactionnaire», ajoutant «je vous trouve complètement en retard sur ces sujets là qui s'impose à tout le monde» avec la Convention citoyenne sur le climat en référence. L'élu de la majorité récuse donc une remise en cause des libertés locales par le SRADDET ou une «volonté centralisatrice» de la région et préfère envisager l'émergence «ge une conscience régionale sur un sujet de développement.

«Est-ce qu'on continue à faire comme avant ?» s'interroge Denis Hameau. Favorable au SRADDET, l'élu de la majorité anticipe qu'«avec l'innovation, on peut imaginer de nouveaux emplois» et que, face à la mondialisation, il s'agit de développer la «régulation».

Pour sa part, Sophie Fonquernie invite à «sortir des égoïsmes» pour proposer une «avenir souhaitable» aux jeunes. L'élue approuve l'objectif de neutralité carbone et de zéro artificialisation des terres et récuse «la dualité des territoires» pour aller vers «la complémentarité des territoires».

À son tour, Patrick Molinoz, élu du PRG-Centre gauche, défend la stratégie régionale : «on a essayé de créer les conditions d'un meilleur vivre-ensemble en Bourgogne-France-Comté» en créant «le cap d'une région dynamique, responsable et respectueuse de l'environnement et de ses habitants».

Ayant le micro, Jacqueline Ferrari signale sa qualité d'élue «centriste, démocratique et écologiste» et donc particulièrement sensible au dossier (lire notre article). L'élue UDE défend «une démarche nouvelle de démocratie territoriale» et applaudit «le développement de nouvelles énergies pour oublier les énergies fossiles». À ses yeux, «chaque territoire, qu’il soit : petit village, quartier, bourg-centre, petite ville, agglomération, territoire de projet ou pôle métropolitain, trouve une réponse dans ce schéma».

La problématique de la croissance et de l'emploi


La parole revient dans l'opposition, dans le groupe du Rassemblement National pour lequel Patrick Lombard déplore une «usine à gaz» et regrette l'occultation du nucléaire tandis que la Région insiste sur l'éolien.

Du côté des non-inscrits, Antoine Chudzik s'insurge devenant une «écologie punitive très idéologisée». Celui qui est proche de Sophie Montel évoque un changement de paradigme. Pour lui, la majorité est «prise en tenaille entre des écologistes décroissantistes et la vision classique de la gauche qui est dans le consensus de la croissance». De l'emploi et moins de croissance, «ça ne marche pas» lance-t-il à la présidente.

L'élu UDI Pascal Grappin partage «une crainte terrible sur les modalités d'application des règles par les services de l’État» et demande que les règles soient appliquées de la même manière dans les huit départements avec des indicateurs sur la biodiversité et l'imperméabilisation des sols.

«On est dans un temps où le passage à l'acte est nécessaire»


La conclusion revenant à la tribune, Michel Neugnot souligne «un débat très politique» avant de répondre lui aussi à Gilles Platret et défendre «une vision à 30 ans» : «tout le monde est d'accord sur les principes et c'est toujours pour demain et pour les autres» alors qu'«on est dans un temps où le passage à l'acte est nécessaire» d'où «des politiques pour tracer un avenir différent».  L'urgence immédiate, c'est la lutte contre le réchauffement climatique qui passe par des excès de carbone» rétorque le vice-président qui assure que «ça va se faire avec les élus locaux».

«Le SRADDET invite à sortir d'un modèle unique de développement en comptant sur le potentiel des territoires» selon Éric Houlley. Répondant au crainte de centralisation, le vice-président rappelle qu'un outil d'accompagnement des territoires est en cours de préparation afin de proposer des données stratégiques à l'échelle des EPCI, «y compris à dominante rurale». Les autres interrogations concernant l'objectif de zéro artificialisation des sols sont renvoyées à un objectif national et non à une «lubie» de la majorité régionale.

«Il n'est plus temps de tergiverser sur les enjeux climatiques» scande Marie-Guite Dufay en conclusion des débats. Avant le votera qui verra s'exprimer contre le SRADDET les deux groupes d'opposition et être favorable le groupe de la majorité, la présidente se dit attentive aux remarques de l'opposition et indique qu'elle échangera avec le préfet sur la question de la même règle pour tous dans l'application des règles du SRADDET.

Jean-Christophe Tardivon

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