
Jusqu'à 500 millions d'euros sont à trouver pour maintenir l'exploitation des dessertes fines du territoire. «On a un grand absent, c'est l’État», a déploré le président de la Région Bourgogne-Franche-Comté, ce mercredi 15 octobre, à Dijon. Dans ce contexte, le socialiste souhaite instaurer un nouvel impôt pour les entreprises : le versement mobilité régional et rural.
Les petites lignes ferroviaires et le versement mobilité, prélevé aux entreprises, font partie des dossiers les plus sensibles au menu de la prochaine session du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, ces 16 et 17 octobre.
Ce mercredi 15 octobre 2025, à Dijon, lors d'une conférence de presse, Jérôme Durain (PS), président de la collectivité – élu par l'assemblée, le 5 septembre dernier – a mis en avant certains dossiers à l'ordre du jour.
12 millions d'euros pour des travaux d'urgence sur la ligne des Hirondelles
«Confrontée à une forme d'urgence», l'exécutif régional fait «acte de volontarisme» en mobilisant 12 millions d'euros pour des travaux sur la ligne des Hirondelles.
Ce nom usuel désigne la partie jurassienne de la ligne reliant la gare d'Andelot (Jura) à La Cluse (Ain). Elle dessert les gares de Champagnole, La Chaux-des-Crotenay, Saint-Laurent-en-Granvaux, Morez et Saint-Claude.
Sur 73 km, elle compte pas moins de 36 tunnels et 18 viaducs réalisés en 1862 et 1912. Après avoir desservi les entreprises industrielles – scieries, aciéries, cimenteries, horlogeries et lunetteries – jusqu'au XXème siècle, elle joue surtout un rôle touristique en raison de son parcours et de son point culminant, à 948 mètres d'altitude, dans le massif du Jura.
Environ 900 voyageurs empruntent hebdomadairement cette ligne en période scolaire puisqu'elle est prisée par les élèves internes du lycée de Champagnole notamment.
«On est en train de changer des rails de 1905»
«SNCF Réseau nous a interpellé : sur la ligne des Hirondelles, au 14 décembre, il n'y a plus de circulation», explique Jérôme Durain. Pour autant, l'enveloppe allouée ne suffira pas à «sauver la ligne des Hirondelles» mais à «maintenir la possibilité du service public» durant «quelques années».
«On a un grand absent, c'est l’État», déplore le président de Région, «c'est le patrimoine de l’État». «On est en train de changer des traverses de 1927 et des rails de 1905.»
3,6 millions d'euros pour des travaux d'urgence sur la ligne Clamecy-Corbigny
Dans le nord de la Nièvre, les circulations ferroviaires sont interrompues entre Clamecy et Corbigny. Des liaisons de substitutions se font par cars, notamment pour relier Corbigny à Auxerre.
L’État a engagé 300.000 euros pour des travaux permettant de maintenir le fret.
La Région annonce mobiliser 3,6 millions d'euros pour maintenir le transport des voyageurs.
Un «mur d'investissement» pour entretenir les dessertes fines du territoire
Dans le jardin ferroviaire, la rénovation des dessertes fines du territoire – pour certaines via des lignes transfrontalières – est estimée par SNCF Réseau à 500 millions d'euros sur 10 ans, dont 150 millions d'euros rien que pour la ligne des Hirondelles. Un véritable «mur d'investissement» pour la Région qui «à elle seule ne pourra pas consentir à ces investissements».
Pour ces travaux d'urgence, «la Région choisit de se substituer à l’État», insiste Jérôme Durain, «c'est une dernière chance offerte à l’État de reconsidérer la place qu'il doit occuper dans le financement des ces infrastructures qui sont essentielles à nos territoires». Et de demander «la vision de l’État planificateur».
La collectivité est dans l'attente d'un rapport de l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD) pour éclairer les choix à faire en attendant de glisser la ligne des Hirondelles dans un prochain Contrat de plan Etat-Région, comme c'est le cas actuellement pour le CPER 2021-2027 avec la ligne Lure-Épinal et l’Étoile de Paray-le-Monial.
98 millions d'euros pour rénover des TER
Une partie des autorails grande capacité (AGC) construits par le Canadien Bombardier dans les années 2000 doivent être rénovés à mi-vie.
La Région affecte 98 millions d'euros à SNCF Voyageurs pour permettre la rénovation de 23 AGC.
Un nouvel impôt pour les entreprises : le versement mobilité régional et rural
Créé par la loi de finances pour 2025, le versement mobilité régional et rural (VMRR) autorise les Régions à instaurer un nouvel impôts sur les entreprises de plus de dix salariés à hauteur de 0,15% de la masse salariale.
Un temps le MEDEF a évoqué des «solutions alternatives», ce qui a conduit Marie-Guite Dufay, précédente présidente de Région à temporiser. Aujourd'hui, Jérôme Durain compte mettre en place ce VMRR même si le MEDEF voit là «un impôt de trop pour les entreprise de Bourgogne-Franche-Comté» (
lire le communiqué).
Le socialiste préfère mettre en avant l'avis du CESER qui considère que «l’impact économique reste modéré et ne constitue pas un frein majeur à l’attractivité du territoire» (
lire le communiqué).
«On veut proposer de la mobilité dans tous les territoires», explique le responsable de l'exécutif régional, «on veut offrir des solutions pour tous les salariés». Ainsi, cet impôt devrait contribuer notamment à «améliorer l'offre sur le réseau ferré».
Les recettes pourraient s'élever à 24 millions d'euros en 2026. 10% des sommes prélevées par la Région seront reversées aux communauté de communes qui exercent la compétence de la mobilité. En particulier, la Métropole de Dijon compte sur cet apport financier pour développer son offre, notamment avec un Service express régional métropolitain (SERM).
600.000 euros pour lutter contre la précarité parmi les étudiants
La Région instaure un nouveau dispositif Égalité des chances et lutte contre la précarité étudiante dans le cadre du Schéma régional de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation (SRESRI). Il est doté de 600.000 euros.
Selon la collectivité, les objectifs sont de «renforcer les actions de lutte contre la précarité étudiante (logement, alimentation, santé, transports, sécurité menstruelle) et l'accès aux droits fondamentaux des étudiants» et de «soutenir les actions de prévention et lutte contre les discriminations ou les inégalités sociales et territoriales sur les différents campus de Bourgogne-Franche-Comté».
Une aide pour reconstituer les cheptels contaminés par la DNC
La dermatose nodulaire contagieuse des bovins (DNC) est arrivée en Bourgogne-Franche-Comté. Un premier foyer a été confirmé, le 11 octobre dernier, dans le Jura.
Selon le ministère de l'Agriculture, la DNC est une maladie strictement animale, virale non transmissible à l’être humain, ni par contact avec des bovins infectés, ni par l’alimentation de produits issus de ces animaux (viande, lait, fromage), ni par piqûres d’insectes. Elle se propage entre bovins par les mouvements d’animaux infectés ou via des insectes «vecteurs».
Pour faire face à cette épizootie, le ministère a mis en place des mesures : surveillance des troupeaux, abattage des animaux dans un foyer identifié, vaccination massive prise en charge par l’État et restrictions des mouvements de bovins dans les zones réglementées.
À ce jour, la mesure d'abattage concerne 250 bovins répartis sur trois exploitations agricoles jurassiennes.
Dans ce contexte, la Région a prévu d'inscrire 300.000 euros au budget 2026 pour aider les éleveurs à reconstituer leurs cheptels.
Hausse des primes des directeurs généraux pour «arriver à recruter»
Le sujet des rémunérations des plus hauts cadres de la Région a été soulevé par le syndicat UNSA (
lire le communiqué). Le premier syndicat des agents de la collectivité conteste le projet d'augmenter les primes des directeur général des services (DGS) et directeur général adjoint (DGA).
«Les niveaux de primes des DGA et DGS sont ceux qu'on va voter partout en France», réagit Jérôme Durain. «C'est un marché concurrentiel. Pour attirer
des gens compétents, on s'aligne sur ce qui est fait ailleurs, faute de quoi, on n'arrivera pas à recruter.»
«On est sorti de la vague la plus critique» des dossiers FEADER
Autre sujet soulevé par un syndicat, agricole cette fois : le serpent de mer de la gestion par la Région de certaines des aides européennes aux agriculteurs, liées au FEADER. Pour les Jeunes Agriculteurs Bourgogne-Franche-Comté, le plan de sortie de crise, voté en décembre 2024, n'a pas abouti (
lire le communiqué).
«On est sorti de la vague la plus critique», avancer Jérôme Durain, «l'essentiel des difficultés sont dernière nous». «Le RDR3 a été payé [NDLR : la programmation 2014-2020], la Région a été extrêmement efficace sur la mesure M23 [NDLR : une aide à la trésorerie des exploitations]. La mécanique régionale sait fonctionner bien.»
«Il reste quelques retards de paiement avec le logiciel Euro-PAC», concède le président de Région mais «quand on discute avec la profession, l'accueil est plutôt bon» .
Jean-Christophe Tardivon