
Le nouveau président de la Région Bourgogne-Franche-Comté a eu un geste tactique, ce jeudi 16 octobre, à Dijon, en profitant de l'absence de Julien Odoul. «On ne peut pas continuer à dérouler le tapis rouge pour les plus hauts cadres», a asséné Jacques Ricciardetti pour lancer la polémique sur fond d'augmentation des primes. «C'est démagogique», a rétorqué Jérôme Durain.

Actualisé avec un rectificatif des élus communistes et républicains.
Un dossier sur les rémunérations des plus cadres du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a prêté le flanc à une polémique lancée par les élus du Rassemblement national, ce jeudi 16 octobre 2025, à Dijon.
Même si les autres groupes d'opposition ont désapprouvé également une augmentation des indemnités des directeurs généraux, Jérôme Durain (PS) a marqué sa première session en tant que président de la collectivité par un geste d'autorité coupant l'herbe sous le pied des soutiens de Marine Le Pen.
Jérôme Durain avance le débat sur la rémunération des directeurs généraux
Alors que les élus débattent déjà depuis plus de six heures, Jacques Ricciardetti (RN) proteste déjà, hors-micro, devant le choix du président de prolonger la séance en examinant le rapport sur les rémunérations des directeurs généraux de la collectivité.
«On va aller au bout du bloc RH», rétorque Jérôme Durain, «ce que vous avez à dire demain, vous pouvez le dire ce soir».
L'actuel DGS devient DGA en attendant la retraite
En juin dernier, un poste de directeur général adjoint (DGA) faisant office de directeur général des services (DGS) a été créé. L'actuel DGS a participé à sa dernière session, ces jeudi et vendredi ; il partira à la retraite le 1er avril, le poste de DGA sera alors supprimé. Son successeur entrera en fonction, le 1er novembre prochain.
«La délibération ajuste les plafonds théoriques dans un cadre réglementaire précis, de manière transparente, sans effet automatique sur la rémunération des autres cadres», indique la vice-présidente Myriam Chiappa-Kiger (PS). In fine, l'indemnité sera arrêtée par le président de la collectivité.
«On ne peut pas continuer à dérouler le tapis rouge pour les plus hauts cadres», assène Jacques Ricciardetti
Au nom du groupe d'opposition Rassemblement national Bourgogne-Franche-Comté, Jacques Ricciardetti s'attache à soulever le sujet politique de «l'exemplarité dans la gestion de l'argent public» en ciblant l'attribution d'un logement de fonction plutôt que la hausse indiciaire.
«Le logement de fonction n'a rien d'obligatoire», souligne l'élu populiste qui doute de la «nécessité de service» arguée par l'exécutif dans un contexte de sites partagés entre Dijon et Besançon. «Quelle salade ! C'est la chaîne sans fin des logements de fonction ou les Air BnB institutionnels financés par les contribuables.»
«En période de disette budgétaire où on serre la vis partout, on ne peut pas continuer à dérouler le tapis rouge pour les plus hauts cadres», assène l'opposant qui rappelle que les élus régionaux en déplacement bénéficient d'une prise en charge à hauteur de 70 euros par nuitée. «Pourquoi ne pas appliquer la même logique à nos DGS ?»
Et de rappeler les données avancées par le syndicat UNSA de la collectivité qui estime la moyenne des dix plus hautes rémunérations des cadres à près de 9.000 euros bruts mensuels (
lire le communiqué).
Martine Dechaud relève «une perte de pouvoir d'achat inacceptable» des agents de catégorie C
En s'appuyant également sur les remarques du syndicat UNSA, Martine Dechaud (LR) intervient pour poser des «questions cruciales» à l'exécutif, non pas tant sur «les augmentations significatives» des rémunérations des DGS et DGA que sur les évolutions potentielles des «autres catégories».
En particulier, l'opposante relève «une perte de pouvoir d'achat inacceptable» pour les agents de catégorie C dont l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) a progressé de 13,6% depuis 2017 quand l'inflation augmentait de plus de 19%. Avant même l'augmentation examinée en session, l'IFSE des directeurs généraux a bondit de 35,8% sur la même période.
«Une telle disparité ne peut qu'accentuer le fossé déjà trop large entre les catégorie», s'insurge l'élue gaulliste. «Il y a un véritable manque de lisibilité vis à vis de votre politique sociale des agents de notre institution.»
Rémy Rebeyrotte pointe un «mauvais signal»
«L'augmentation présentée nous paraît tout à fait disproportionnée», cingle Rémy Rebeyrotte (TDP), «c'est un mauvais signal en termes d'équité envoyé à l'ensemble du personnel de la collectivité».
«Les représentants du personnel ont fait savoir leur désapprobation en votant unanimement, et à deux reprises, en défaveur de cette mesure au [comité social territorial]», signale l'élu progressiste.
Marie Poinsel revendique des «revalorisations générales» des agents territoriaux
Pour sa part, Marie Poinsel (PCF) déplore «la baisse inédite de pouvoir d'achat» des agents de la fonction publique en général, critique les «attaques diverses» comme le débat sur les trois jours de carence en cas d'arrêt maladie et s'élève contre le «fonctionnaires bashing». «Les budgets d'austérité sont une impasse et précipitent une crise grave et multiformes.»
Finalement, l'élue communiste considère que les augmentations de rémunération des directeurs généraux ne sont pas «légitimes», revendiquant plutôt des «revalorisations générales» des agents territoriaux.
Actualisé le 24 octobre 2025 :Le groupe des élus communistes et républicains a transmis à
Infos Dijon un rectificatif aux propos de Marie Poinsel tenus en séance. En fait, le groupe participant à la majorité considère que «l’augmentation de rémunération du directeur général des services (DGS) est légitime. C’est le sens du vote favorable que nous avons émis et de l’intervention que nous avons prononcée en séance, le jeudi 16 octobre, sur le rapport proposant le relèvement du plafond du régime indemnitaire des DGS et DGA (directeurs généraux adjoints)».
«Nous avons bien pris connaissance de l’opposition unanime des organisations syndicales de la région à l’augmentation de rémunération du DGS. Une fois n’est pas coutume, nous ne partageons pas leur point de vue. Nous pensons que c’est dans un même mouvement que l’ensemble des rémunérations de la fonction publique pourront être revalorisées, les augmentations des uns n’étant pas un obstacle à l’augmentation des autres, au contraire. Nous serons à leurs côtés pour soutenir les combats collectifs en faveur d’une revalorisation générale des salaires de la fonction publique», ajoutent les élus communistes dans ce rectificatif.
Selon Myriam Chiappa-Kiger, le sujet est «caricaturé» par les oppositions
«Les propos de Monsieur Ricciardetti frôlent l'indécence», réagit Myriam Chiappa-Kiger. «Comment nous parler de rémunérations quand on est soupçonné de détournement de fonds publics et d'emplois fictifs ?»
La remarque sur le procès des assistants parlementaires du Rassemblement national au Parlement européen fait bondir le vice-président du groupe d'opposition – qui n'a pas été mis en cause par la justice dans cette affaire, contrairement à Julien Odoul qui a fait appel de sa condamnation en première instance – et provoque quelques applaudissements dans les rangs de la majorité.
«Il ne s'agit pas d'une revalorisation discrétionnaire décidée pour quelques-uns ni d'avantages accordés en dehors de tout cadre», peine à argumenter la vice-présidente dans le brouhaha qui monte.
«Un contexte de forte concurrence entre collectivités»
«Cette évolution s'inscrit pleinement dans la politique de recrutement des postes stratégiques de direction générale», développe la rapporteure qui considère que le sujet est «caricaturé» par les oppositions. «La politique indemnitaire de la Région repose sur deux principes complémentaires : l'équité entre les catégories que nous veillons à garantir à travers les revalorisations régulières de l'IFSE pour les agents de catégories A, B et C ; (…) et l'attractivité de notre collectivité, indispensable pour recruter et fidéliser des talents, notamment dans les fonctions d'encadrement stratégiques dans un contexte de forte concurrence entre collectivités.»
Et Myriam Chiappa-Kigger de lister les revalorisations bénéficiant «aux plus bas salaires» et autres «mesures sociales».
Clash entre Jérôme Durain et Jacques Ricciardetti
«Je vais monter sur ce dossier personnellement», lance alors Jérôme Durain qui avait jusque-là conservé un ton flegmatique durant les échanges. «Quand on défend le service public, on défend tous ces agents, du bas de l'échelle au haut de l'échelle.»
«Riez, riez, vous qui tapez dans la caisse», lance alors le responsable de l'exécutif en pointant du doigt les rangs du Rassemblement national, «riez vous qui parlez de l'argent public. C'est honteux ! Votre parti ! Vous êtes condamnés pour ça !».
«On parle des élus de votre parti», précise l'orateur alors que Jacques Ricciardetti tempête hors-micro en demandant à qui s'adresse la remarque, brandissant déjà la menace d'un procès en «diffamation».
Julien Odoul absent, pas de suspension de séance
La tension monte sauf que le président de groupe étant absent, les élus du RN ne peuvent obtenir de suspension de séance. Plutôt que d'occuper le terrain régional, Julien Odoul a privilégié son activité de député de l'Yonne en ce jour où le parti de Marine Le Pen a déposé une motion de censure contre le gouvernement Lecornu II.
Pourtant, les parlementaires RN Géraldine Grangier et Aurélien Dutremble ont bel et bien réussi à rejoindre l'assemblée régionale avant la fin de la première journée de débat.
A posteriori, le groupe Rassemblement national Bourgogne-Franche-Comté annoncera que Jacques Ricciardetti a effectivement déposé une plainte pour diffamation.
«Dire qu'on serait dans le favoritisme, c'est démagogique !» réagit Jérôme Durain
Jérôme Durain poursuit sur un ton plus calme après cet acte d'autorité doublé d'un geste tactique face aux élus du RN.
«Dans la plupart des autres collectivités de cette strate, les rémunérations que nous proposons aujourd'hui pour nos A+ sont celles qui sont appliqués», précise le socialiste. «Dire que, tout d'un coup, on serait dans le favoritisme, c'est démagogique ! (…) C'est facile quand on ne gère rien. Quand on gère, pour avoir de bons pros, il faut les rémunérer à leur juste valeur. C'est légal ! On n'est pas même pas certain d'aller jusqu'au plafond !»
L'augmentation est votée par la majorité
Applaudi par toute la majorité, le responsable de l'exécutif régional lance le vote sur le rapport.
Seuls les opposants s'expriment défavorablement. Le rapport est donc adopté ainsi que celui sur l'attribution d'un logement de fonction au DGA.
Éric Houlley préside les débats en l'absence de Jérôme Durain
Le vendredi 17 octobre 2025, Julien Odoul revient dans l'assemblée régionale avec l'intention de prendre sa revanche sauf que, cette fois, Jérôme Durain est absent.
Le président de la Région accompagne la ministre de l'Agriculture Annie Genevard à Lons-le-Saunier pour participer à une réunion sur la menace de la dermatose nodulaire contagieuse des bovins qui a apparu dans le Jura (
lire notre article).
Le responsable de l'exécutif reviendra en toute fin de matinée, en attendant le premier vice-président Éric Houlley (PS) préside les débats.
Les présidents de groupe expriment leur désapprobation
Julien Odoul n'est pas le seul à vouloir en découdre. «La journée d'hier s'est mal terminée pour la démocratie», lance Jean-Marie Sermier (LR) sous couvert d'un rappel au règlement. «J'ose espérer que vous ne vouliez pas cacher le débat.»
«C'est remettre en cause ce qu'on décide en conférence des présidents», enchaîne Denis Thuriot (REN), «ça permet de passer des rapports importants dans des conditions qui ne sont pas optimales après 6 heurs de débat».
«Ce débat aurait dû se tenir ce matin», prolonge Julien Odoul qui demande à ce que le président de la collectivité participe à la conférence des présidents de groupe qui se penche en amont de la session sur l'organisation de l'examen des rapports à l'ordre du jour. «Dans toutes les autres collectivités, c'est le cas.»
«Monsieur Durain est tombé dans la diffamation, dans l'outrance, la brutalité qui le caractérise, dès le début de son mandat à la tête de notre collectivité», ajoute froidement l'élu populiste, «[cela] montre bien qu'il y a une très grande fébrilité sur ce rapport qui aurait nécessité qu'ont ait plus de temps pour en débattre plus sereinement.»
Éric Houlley dénonce une «polémique stérile»
«La polémique est tout à fait stérile», commente calmement Éric Houlley, «le débat sur le sujet du régime indemnitaire du directeur général des services qui va arriver a eu lieu».
«On n'a pas cherché à dissimuler quoique ce soit. (…) On a avancé un peu plus vite que prévu, on a voulu alléger la séance ce matin. (…) [Jérôme Durain] a souhaité présenter lui-même ce qu'il avait à dire. (…) Personne ne lui fera grief d'aller à la rencontre de Madame Genevard.»
Le temps des motions et vœux
Si les débats se poursuivent dans le calme, en fin de séance, le temps dédié aux motions et vœux est l'occasion d'un nouveau clash sur fond de politique de santé.
Une première motion «Agir enfin contre les gaspillages en Bourgogne-Franche-Comté», présentée par René Lioret (RN), est rejetée sans coup férir. Idem pour la motion «Politique régionale d'achat en matière numérique et intelligence artificielle : faisons le choix de la sécurité et de la souveraineté», présentée par Inès Martin (RN).
Le vœu du groupe Notre Région par cœur sur «le soutien au monde associatif», présenté par Jean-Marc Réty (PS), est approuvé par la majorité régionale.
Le soutien à la taxe Zucman fait réagir
Le vœu du groupe Écologistes et solidaires relatif à «la justice fiscale», présenté par Claire Mallard, consiste en fait en un soutien à la controversée taxe Zucman visant les «ultra-riches».
Julien Odoul en profite pour dénoncer les propos de Sarah Persil (LE) qui, précédemment, a qualifié l'exécutif de «gouvernement d'homophobes» : «si ce gouvernement vous choque, il fallait dire à vos députés de le censurer, chose que vous n'avez pas fait, vous l'avez sauvé».
«L'idée est intéressante mais, comme l'a rappel le Prix Nobel d'économie hier, il ne faut pas mettre l'outil de travail dans cette taxation», réagit Denis Thuriot à propos de la taxe Zucman.
Toutefois, le vœu est voté par l'ensemble de la majorité régionale, exception faite de Bertrand Veau (divers gauche) qui s'abstient.
Un vœu du RN met le focus sur la répartition public-privé des moyens de santé dans le nord de l'Yonne
Le tout dernier vœu se révèle encore plus polémique. Présenté par Julien Odoul, le texte s'intitule «Lutte contre le cancer : non au retrait de l'agrément de l'hôpital de Sens».
«En plein mois d'Octobre rose qui est dédié à la lutte contre le cancer du sein, au soutien à la recherche, au soutien aux patientes, nous avons appris que le centre hospitalier de Sens allait perdre son agrément de pratiquer la chirurgie oncologique mammaire», expose l'Icaunais (
lire le communiqué). «Des patientes vont être pénalisées. Cette activité va être désormais réservée au privé.»
«Mon vœu n'est pas polémique, il est rassembleur», poursuit l'orateur qui souhaite «interpeller l'agence régionale de santé, le ministère de la Santé pour revenir sur cette décision».
Alors qu'Éric Houlley renvoie aux «prérogatives de l’État» – faute de «réponse de l'ARS» –, Nicolas Soret intervient opportunément pour expliquer son vote négatif : «je n'ai pas besoin de voter un vœu déposé par le Rassemblement national pour me préoccuper également de ce qui se passe dans le nord de l'Yonne et des autorisations qui sont délivrées, ou pas, par l'agence régionale de santé, je partage cette inquiétude».
«Ce n'est pas la première fois que le service public hospitalier du nord de l'Yonne est fragilisé par des autorisations données au privé», analyse l'Icaunais, «les soins de suite neurologiques qui auraient dû atterrir à l'hôpital de Joigny, il y a quelques années, ont, eux aussi, été confiés à une clinique privée du nord de l'Yonne». Jean-Pierre Crost (LR), adjoint au maire de Sens, ne peut qu'abonder.
«C'est démago», lance Jérôme Durain
Calmant le ton qui montait progressivement, le président de séance met le vœu aux voix. Seuls les membres du RN et Audrey Lopez (Notre nation) votent favorablement.
Tandis que les élus populistes parlent de «honte» dans un brouhaha qui s'installe, Jérôme Durain, de retour à la tribune, a le dernier mot, lui aussi hors-micro, en lançant un «c'est démago».
Jean-Christophe Tardivon























