
«C'est un budget qui est rigoureux», a déclaré le président de Région Bourgogne-Franche-Comté Jérôme Durain, ce mercredi 10 décembre, à Dijon, souhaitant éviter la suppression de pans entiers de politiques publiques face aux efforts demandés par l’État. «Nous nous recentrons sur les politiques obligatoires ou partagées», a souligné le vice-président Nicolas Soret.
«La Région veut être un pôle de stabilité dans une période très incertaine.» Ainsi, l'exécutif du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a souhaité ne pas attendre l'adoption du projet de loi de finances pour 2026 et voter un budget primitif en se basant sur la version gouvernementale du texte, accompagnée de son lot de contribution au redressement des comptes publics et autres augmentations réglementaires.
Ce mercredi 10 décembre 2025, à Dijon, le président de la collectivité Jérôme Durain (PS) a tenu une conférence de presse pour présenter les grandes lignes du budget primitif 2026, à la veille du vote en session.
Jérôme Durain approuve le vote du PLFSS par les députés
L'ancien sénateur approuve le vote du projet de loi de finances de la Sécurité sociale ayant eu lieu la veille à l'Assemblée nationale par 13 voix d'écart : «c'est une bonne chose de ne pas ajouter du chaos aux difficultés que notre pays traverse». «Peut-être que cette méthode parlementaire –qui ne staisfait personne complètement – préfigure une nouvelle façon de travailler. On voit bien qu'il y a les partisans du chaos (…) et ceux qui pensent – nous en faisons partie – qu'il faut continuer à travailler, de manière opiniâtre, pour les Français.»
Le projet de loi de finances pour 2026 présenté par le gouvernement conduirait à un effort de 55 millions d'euros pour la collectivité.
«J'espère qu'on va pas passer à la caisse davantage encore. (…) Je m'en remets au travail des parlementaires et de l'exécutif pour que les demandes des Régions soient entendues», glisse Jérôme Durain qui s'attend à ce que l’État honore son engagement de financer des formations sanitaires et sociales. «Il faut qu'on continue d'avoir des recettes un peu dynamiques si on veut pouvoir continuer à conduire nos politiques.»
«Traquer les économies possibles, les dépenses inutiles»
«Le budget veut illustrer une méthode de travail, construite sur du travail de terrain, (…) une méthode faite d'écoute et de dialogue», assure Jérôme Durain, élu président de la Région Bourgogne-Franche-Comté, le 5 septembre dernier, «je me suis beaucoup déplacé ces trois derniers mois».
«C'est un budget qui est rigoureux, qui s'efforce de traquer les économies possibles, les dépenses inutiles tout en maintenant des politiques qui sont importantes pour les habitants de cette région», développe le socialiste. «On peut se le permettre parce que c'est une collectivité régionale qui est bien gérée. Nos bons ratios nous permettent de dégrader un petit peu ces ratios sans entrer dans la zone rouge.»
«Rien n'est sacrifié dans les grands pans de politiques»
«On va présenter un budget dont on est fier parce qu'il est utile aux Bourguignons-Francs-Comtois», assure Jérôme Durain même si «ce n'est pas le budget idéal». «Il y a des petits renoncements, des arbitrages».
«Rien n'est sacrifié dans les grands pans de politiques», défend le socialiste, «ici ou là, parfois, on fera en trois ans ce qu'on devait faire en deux, on reporte ici un investissement, on baisse un petit peu de fonctionnement pour quelqu'un qui en a pas tant besoin que ça, un partenaire dont la gestion est très solide, certains qui ont des bas de laine. Ce sera, pour l'essentiel, peu perceptible par les Bourguignons-Francs-Comtois.»
Stabilité des crédits de paiement en 2026
«Ce budget subit un certain nombre d'augmentations qu'il a fallu compenser par des économies pour obtenir en budget stable», expose alors Nicolas Soret (PS), vice-président chargé des finances, qui met d'emblée en avant la «stabilité» des crédits de paiement : 1,180 milliards d'euros en 2025 puis 1,196 milliards d'euros en 2026, en intégrant l'ouverture à la concurrence des TER du lot Bourgogne ouest-Nivernais.
Les principaux postes sont les mobilités, l'entretien des lycées et la formation des demandeurs d'emploi – qui pâtit de la fin du PRIC, un engagement financier de l’État pour accentuer la formation des demandeurs d'emploi.
«Nous confortons un choix puissant de l'année dernière : de sanctuariser les budgets de la culture», précise Jérôme Durain qui veut faire de ce secteur un «marqueur» du mandat.
Les économies concernent les agences régionales, les associations d'aide à la personne et la formation professionnelle des salariés
«On prend mécaniquement 5 millions d'euros d'augmentation du budget des ressources humaines», souligne le vice-président à propos des variations réglementaires de dépenses de personnels décidées par l’État tandis que «la convention TER augmente de 20 millions d'euros».
Face à cela, «il a fallu aller chercher des économies», explique le socialiste qui compare la situation avec la Région Pays de la Loire qui a fait le choix d'«abattre un pan entier de politiques publiques» avec les volets culture, vie associative et jeunesse.
«Nous avons plutôt travailler à réinterroger l'ensemble de nos politiques publiques pour en diminuer les dépenses, en allant chercher dans nos satellites, les partenaires les plus proches de la Région – Agence économique régionale, Comité régional du tourisme, Agence régionale du numérique et de l'intelligence artificielle – à qui on demande de faire des économies», développe-t-il, «nous nous recentrons sur les politiques obligatoires ou partagées avec d'autres collectivités».
Les engagements régionaux vont donc sensiblement diminuer dans plusieurs domaines comme le soutien aux associations d'aide à la personne – compétence des conseils départementaux, ce que finançait historiquement la Région Franche-Comté –, ou à la formation professionnelle – «notre métier est de former les demandeurs d'emplois, nous abaissons notre engagement auprès de la formation des salariés, c'est aux entreprises de former leurs collaborateurs».
Les grandes lignes du budget primitif 2026
Pour 2026, l'exécutif propose à l'assemblée régional un budget primitif à hauteur de 1,967 milliard d'euros, contre 1,92 milliards d'euros en 2025 (soit une augmentation de 2,4% quand l'inflation en France en 2025 est attendue à 1%).
789,1 millions d'euros sont dédiés aux mobilités, 277,5 millions d'euros au développement économique, à l'emploi et à la formation, 207,6 millions d'euros aux lycées, 55,8 millions d'euros pour les transitions écologique et numérique, 46,8 millions d'euros pour la culture, la jeunesse et le sport, 43,8 millions d'euros pour l'aménagement du territoire.
Les recettes de fonctionnement sont envisagées à 1,5 milliard d'euros, en hausse de 2,1% par rapport aux budgets votés en 2025, essentiellement grâce à l'instauration du versement mobilité régional et rural.
Les dépenses de fonctionnement sont inscrites à hauteur de 1,28 milliard d'euros (contre 1,21 milliards d'euros au budget primitif 2025).
Les crédits d'investissement sont prévus à hauteur de 586,3 millions d'euros (contre 581,8 millions d'euros au BP 2025).
En 2024, 615 millions d'euros de crédits d'investissement avaient été votés au budget primitif et 512,6 millions d'euros finalement constatés au compte administratif.
Un emprunt d'équilibre de 316,8 millions d'euros est envisagé (contre 331,8 millions d'euros au BP 2025) tandis que l'épargne brute ressortirait à 214,5 millions d'euros (contre 197,3 millions d'euros au BP 2025).
Comme indiqué lors du débat d'orientations budgétaires, l'encours de dette est envisagé à hauteur de 1,6 milliard d'euros à fin 2026 pour une capacité de désendettement de 6,6 années (
lire notre article).
Jérôme Durain réagit aux revendications de Force ouvrière
Parmi les sujets d'actualité, le syndicat Force ouvrière des agents du conseil régional prévoit un rassemblement, ce vendredi 12 décembre, à Besançon, pour appuyer les revendications concernant «un 13ème mois qui devient plus que nécessaire» et «l'amélioration immédiate des conditions de travail avec en autre la titularisation des contractuels» (
lire le communiqué).
Jérôme Durain reconnaît «un sujet social qu'il convient de défendre». «Dans la dernière période, on a eu une politique sociale très volontarisme, ça ne répond pas nécessairement à toutes les demandes.»
Le président de la Région dénonce «une façon de s'en prendre aux services publics
En revanche, quand le même syndicat FO conteste «l'augmentation du plafond de rémunération du directeur général des services et des directeurs généraux adjoints», le responsable de l'exécutif «ne laisse pas passer».
«Nous avons changé de directeur général des services, l'actuel dépend d'une délibération qui concerne le pôle des directeurs généraux adjoints. Si on veut changer le cadre indemnitaire de l'un, il faut qu'on s'intéresse à tous, c'est le seul qui a bénéficié de cette augmentation pour lui permettre d'être au même niveau de traitement que son prédécesseur, de ne pas être mieux payé que dans son poste antérieur», explique-t-il. «Les DGA ne sont pas concernés.»
Sur les rémunérations des Régions, la Bourgogne-Franche-Comté s'affiche en dixième position, «au même niveau que les Départements».
«C'est une façon de s'en prendre aux services publics», proteste plus globalement le socialiste, «en ce moment, il y a une déconstruction de la République». «Qui tire avantage de cela ? Les libertariens, tous ceux qui sont opposés à l’État social qu'on a hérité [après] la Seconde Guerre mondiale.»
Vers «une nouvelle relation de travail» avec les agriculteurs à propos de la gestion des fonds européens
Les élus échappent à une manifestation, un temps envisagée parallèlement à la session, des Jeunes Agriculteurs Bourgogne-Franche-Comté (
lire le communiqué).
«Je crois beaucoup à l'écoute et au dialogue, j'ai engagé avec la profession agricole une série de réunions, très franches. Je leur dois de la sincérité et de la vérité sur l'état des fonds européens. Ils ont raison d'être en colère parce que ça n'a que trop duré. On a essayé de trouver toutes les solutions possibles pour améliorer le traitement des dossiers. Les Jeunes Agriculteurs l'ont dit. Ils ont obtenu satisfaction parce que on a essayé de répondre à leurs demandes. Ce dialogue doit nous permettre d'avoir, dans cette période, une nouvelle relation de travail», développe Jérôme Durain. «Je pense dans les prochains mois, ce sera fini.»
Jean-Christophe Tardivon



