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24/06/2020 13:17

RÉGION : Marie-Guite Dufay promet un «blitzkrieg pour l'emploi»

Tout en proposant au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté de préparer un plan de relance de 400 millions d'euros pour aider les TPE et PME à investir et ainsi sauver des emplois, la présidente de l'exécutif considère que «la crise climatique est plus importante que tout le reste».
L'assemblée plénière du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté se réunira les 25 et 26 juin 2020 à Dijon pour traiter la suite des mesures pour faire face aux conséquences économiques de l'épidémie de Covid-19. La présidente de la Région, Marie-Guite Dufay, a présenté ce mercredi dans un point presse les principaux dossiers qui seront soumis au vote de l'assemblée.

Entre l'urgence et l'aide au rebond, il s'agira de soumettre au vote de l'assemblée «de nouvelles mesures exceptionnelles d'accompagnement de l'économie». Pour décider en connaissance de cause, des «éléments de prospective financière revus et corrigés» seront proposés aux conseillers régionaux.

«On sent une économie fragile»


Marie-Guite Dufay indique que sa majorité est «archidéterminée dans les digues à mettre en place sur le secteur de l'activité économique» car «si des feux verts se rallument, on sent partout que c'est très précaire, on sent une économie fragile».  Il s'agit donc de «prendre des décisions fortes sur les domaines de compétences qui sont les nôtres : économie et formation». «Nous sommes à la croisée des chemins avec le plan de relance national qui se met en place» souligne-t-elle.

La présidente a axé son propos en pensant à deux catégories d'entreprises, les petites entreprises d'un côté, les PME industrielles de l'autre. En effet, les reports de charge auront à être réglés à un moment donné. Les artisans et les commerçants restent donc inquiets pour la fin 2020. Du côté du secteur industriel, avec une place importante pour l'automobile dans la région, «l'industrie automobile repart plus lentement que les autres, moins de l'effet du Covid que de l'effet d'entreprises en Chine, ce qui ralentit la production». Cela renvoie là «aux question de notre souveraineté économique».

Plusieurs fonds de soutien économique pour les association, les TPE et les PME


La Région va établir un «pacte pour l'économie de proximité» avec les EPCI (communauté de communes, communautés d'agglomération, métropole...). Il s'appuiera sur un fonds de solidarité territorial lancé en urgence lors du pic de la crise et qui n'a plus lieu d'être puis l’État a couvert les cibles retenues. Les 27 millions d'euros qui avaient été mobilisés seront réaffectés à un fond d'avance remboursable et à un fonds d'aides directes pour les entreprises.

Le fond d'avance remboursable, permettra à un commerçant, un artisan ou à un prestataire de services d'emprunter jusqu'à 15.000 euros à taux zéro pendant sept ans, avec un différé de remboursement de deux ans, pour faire du développement d'entreprise. Il sera abondé à hauteur de 10 millions d'euros, alimentés par la Région, les EPCI et la Banque des Territoires.

Le conseil régional va déléguer son droit d'octroi aux EPCI afin qu'ils puissent délivrer des subventions directes aux entreprises de leur territoire. «Nous faisons le choix de la proximité, ce sont les EPCI qui connaissent le mieux les entreprises» assure Marie-Guite Dufay. Un accord sera établi avec les réseaux des Chambre de Métiers et de l'Artisanat et des CCI pour accompagner les services des EPCI de moins de 15.000 habitants. Opérationnel dès l'automne, ce fonds recevra 17 millions d'euros.

Pour les PME industrielles, la Région constitue un nouveau fonds d’investissement public-privé pour entrer au capital afin de consolider leurs fonds propres car «les entreprises ont besoin d 'investir pour accompagner les mutations». Il sera abondé à hauteur de 20 millions d'euros dont 5 par la Région, 5 par la BPI et 10 par des banques mutualistes.

Un autre fonds de soutien sera mis en place pour le secteur associatif, dans la ligne du maintien en avril des subventions aux associations même pour celles qui n'ont pas pu opérer leurs actions. Entre avance remboursable et subvention, il sera doté de 10 millions d'euros dont 5 par la Région, le reste venant de la Banque des Territoires et des conseils départementaux de la Nièvre et de l'Yonne.

Un plan de relance de 400 millions si l’État garantit les recettes


Le conseil régional travaille à une hypothèse de plan de relance qui sera présentée en octobre à l'assemblée. Pour bâtir cette hypothèse, la majorité régionale attend que l’État «garantisse» les recettes de la collectivité au niveau de 2019 comme il vient de le faire pour le bloc communal et les Départements. Un contrat de plan Etat-Région en cours de négociation pour être signé mi-juillet.

Marie-Guite Dufay est optimiste. Même si elle signale que «les collectivités ont montré leur capacité de réaction et d'adaptation par ces temps de crise» et qu'il «serait bien que l’État central fasse vraiment confiance aux territoires», elle indique que «les discussions montrent que l’État ne va pas nous laisser tomber».

Revendiquant une gestion saine jusqu'à présent, parfois au grand dam de l'opposition, l'exécutif régional assume de dégrader les ratios financiers. L'assemblée aura à voter le fait «d'aller de trois ans de capacité de désendettement jusqu'à neuf ans qui est le chiffon rouge». Ce qui permettrait alors de mobiliser «400 millions pour un plan de relance conséquent, à la mesure des enjeux pour sauver l'emploi dans notre région, à la mesure des efforts faits dans les années passées» assure Marie-Guite Dufay qui voit là «un blitzkrieg pour l'emploi».

Dans le cadre de la préparation de ce plan de relance, des concertations auront lieu avec les filières économique, à commencer par la filière automobile dès le 1er juillet. Dans le cadre d'un dialogue social, une conférence quadripartite sera organisée mi-septembre entre l’État, la Région, les organisations patronales et les syndicats des personnels concernés.

La transition écologique sans «trop flageller nos concitoyens»


Le Schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires (SRADDET) a été finalisé et sera présenté à l'assemblée. Une feuille de route sur l'économie circulaire, travaillée avec des acteurs économiques et des représentants de la société civile, aussi. Cela avec l'objectif maintenu de faire de la Bourgogne-Franche-Comté une région à énergie positive en 2050 car «la crise sanitaire ne doit pas nous faire cacher que la crise climatique est plus importante que tout le reste».

Néanmoins, sur le sujet de la transition écologique, Marie-Guite Dufay demande à «ne pas trop flageller nos concitoyens» car même «si nous avons tous une responsabilité», le comportement des citoyens ne contribue «qu'à hauteur de 25% du sujet, les 75% autres, c'est l'activité économique».

Deux critères seront donc principalement retenus pour élaborer le plan de relance régional. L'emploi donc ainsi que «la contribution à la transition écologique». L'exécutif promet de montrer l'exemple en poursuivant la rénovation énergétique des lycées et des bâtiments des bailleurs sociaux régionaux.

En engageant la réflexion avec tous les acteurs de la société, en massifiant les politiques d'économie d'énergie (développement de l'éolien, du photovoltaïque, de l'hydrogène), «on peut arriver dans 30 ans à une région qui produit plus d'énergie qu'elle n'en consomme» espère Marie-Guite Dufay.

Jean-Christophe Tardivon