
«Il ne s'agit pas d'un abandon mais d'un décalage», a assuré le vice-président chargé des finances, ce jeudi 16 octobre, à Dijon. «Les collectivités de gauche renâclent à réduire leurs dépenses de fonctionnement», réagissait l'opposante Céline Bähr tandis que la communiste Muriel Ternant lançait «les économies de fonctionnement, ça n'existe pas».
Le 26 juin dernier, les élus du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté votaient une première baisse sensible des investissements pour 2025 (
lire notre article). Un nouvel ajustement à la baisse est arrivé, ce jeudi 16 octobre 2025, à Dijon, lors d'une assemblée plénière présidée par Jérôme Durain (PS).
Le vice-président chargé des finances Nicolas Soret (PS) a présenté la deuxième décision modificative et, dans un contexte d'«incertitudes budgétaires liées à la conjoncture politique nationale, internationale», a défendu «un décalage» des investissements plutôt qu'un «abandon» éventuel, pointé par les oppositions.
41,6 millions d'euros d'investissement en moins
Le projet de loi de finances pour 2026 – tel qu'il a été présenté en conseil des ministres et avant le débat parlementaire – envisage de nouvelles contributions au redressement des comptes publiques nationaux de la part des collectivités locales.
L'exécutif a donc fait le choix d'«une inscription très limitée de nouveaux crédits de paiement en fonctionnement» avec le principe de «justifier chaque euro dépensé nouveau par une économie équivalente».
«Nous sommes parvenus à réduire un volume de crédits de paiement de 20 millions [d'euros] et de réduction de volume d'autorisations de programme de 30 à 50 millions d'euros», indique Nicolas Soret avec un vocabulaire qui montre la détermination de l'exécutif à contenir le budget pour 2025.
Entre recettes en hausse et engagements en baisse, la collectivités enregistre un solde positif de 61,6 millions d'euros au budget pour 2025.
Cela permet de réduire de 20 millions d'euros l'épargne et de 41,6 millions d'euros l'investissement.
«Il ne s'agit pas d'un abandon mais d'un décalage»
L'augmentation des recettes de fonctionnement provient principale des transports, qui augmentent de 6,2 millions d'euros en lien avec l'intégration directe des recettes de tickets dans les comptes de la collectivité fait qu'elle n'est plus assujettie à la TVA.
Au titre de la formation professionnelle, le Fonds social européen apporte 4 millions d'euros de plus que prévu.
La réduction de l'investissement provient principalement de reports de crédits de paiement – dont 3,5 millions d'euros pour des reports de travaux d'entretien des lycées – et de la récupération d'une subvention de 2,5 millions d'euros en raison de l'annulation d'une implantation de l'entreprise Safran dans la région.
Au passage, Nicolas Soret précise qu'ont déjà été exécutés 93% des 522 millions d'euros de crédits de paiement votés pour 2025, très majoritairement pour «des entreprises locales». «Il ne s'agit pas d'un abandon mais d'un décalage.»
Amélioration des ratios financiers
En conséquence, entre budget supplémentaire et DM2, l'épargne brute passe de 197,3 millions d'euros à 215,3 millions d'euros et l'emprunt d'équilibre de 331,8 millions d'euros à 258,8 millions d'euros.
Même s'il continue de baisser, dans la tendance de ces dernières années, le taux d'épargne brut devrait s'établir à 17,2% en 2025 (contre 17,9% en 2024). Idem pour l'épargne nette à 11,1% après cette DM2.
Corrélativement, après une hausse ces dernières années, la capacité de désendettement devrait se stabiliser à 6,1 années en 2025, au même niveau qu'en 2024 (contre 4,2 années en 2021). «C'est une très bonne nouvelle», résume Nicolas Soret.
Selon Céline Bähr, «les collectivités de gauche renâclent à réduire leurs dépenses de fonctionnement»
Nouvelle présidente de la commission des finances – succédant à Denis Thuriot (REN) –, Céline Bähr (LR) déclare que «les Bourguignons et les Francs-Comtois sont en droit d'attendre une évaluation des politiques publiques», dans la droite ligne du discours tenu lors de son élection à cette fonction (
lire notre article).
L'opposante relève que la collectivité dépense 9 euros par habitant en fonctionnement quand la moyenne de Régions française ressort à 2 euros par habitant : «il y a encore des gisements d'économies». «Les entreprises ne doivent pas être la variable d'ajustement de collectivités de gauche qui renâclent, depuis des décennies à réduire leurs dépenses de fonctionnement.»
Reprenant l'argumentaire du MEDEF (
lire le communiqué), l'élue des Républicains tisse un lien entre l'instauration du versement mobilité régional et rural – une contribution patronale – et «le pouvoir d'achat» des habitants. «C'est un impôt de trop !»
Nicolas Soret aura beau jeu de rappeler que l'autorisation donnée aux Régions d'instaurer un tel versement mobilité régionale a été portée au niveau national par le «sénateur LR» Philippe Tabarot. «Votre famille politique», insiste le vice-président.
Venant au sujet de la DM2, Céline Bähr s'interroge sur les «proportions» des ajustements au regard du budget primitif pour 2025 : «ça me donne l'impression d'un exécutif qui, plutôt que de faire des choix budgétaires lisibles, grappille des économies de bouts de chandelle ça et là et fait les fonds de tiroir».
Pour le RN, la DM2 «fragilise» les priorités régionales
Au nom du groupe d'opposition Rassemblement national Bourgogne-Franche-Comté, Olivier Damien considère que la DM2 «fragilise» les priorités régionales et déplore une «carence inexcusable» concernant la sécurité qui n'est pas une compétence de la collectivité.
Demandant des précisions dans les reports, l'opposant regrette particulièrement des réductions de budget concernant le sport, le patrimoine, la culture.
À peine rentrée de l'Assemblée nationale, Géraldine Grangier (RN) signale «des retards que vous arrangent bien» à l'adresse de l'exécutif avant de défendre l'activité des centres de formation des apprentis (CFA) au regard des réductions budgétaires nationales.
«Les lycées attendent des travaux, les territoires des investissements et les entreprises des marchés», résume Denis Thuriot
Au nom du groupe d'opposition des élus progressistes qu'il préside, Denis Thuriot regrette «un manque d'ambition criant» de la part de l'exécutif régional en raison de l'amélioration des ratios financiers reposant sur le report de crédit d'investissement.
«Les lycées attendent des travaux, les territoires des investissements et les entreprises des marchés», résume l'élu social-libéral. «Derrière les prétendus retards de chantier, c'est une Région qui n'avance pas comme elle l'avait affirmé en début d'année.»
L'opposant estime qu'il s'agit d'«une prudence excessive» au nom de l'équilibre budgétaire.
«On parle de 7% qui n'auront pas été exécutés», réagira Nicolas Soret peu après, renvoyant aux différents taux de réalisation des collectivités à laquelle participent les opposants régionaux.
Rémy Rebeyrotte pointe «un désengagement continu de la Région dans les lycées»
Pour le même groupe, Rémy Rebeyrotte (TDP) enchaîne en appelant à des économies de fonctionnement afin de d'accroître les investissements «pour le futur».
L'opposant pointe «un désengagement continu de la Région dans les lycées» – en référence au «mauvais signal» envoyé lors de l'établissement du Plan pluriannuel de la Région (lire notre article) – accompagné d'une hausse des recettes liées à la restauration et à l'hébergement scolaires. «Pendant que la Région réduit ses efforts, ce sont les usagers qui contribuent davantage.»
«Les économies de fonctionnement, ça n'existe pas», lance Muriel Ternant
Au nom du groupe des élus communistes et républicains, Muriel Ternant (PCF) considère que l'augmentation des recettes aurait pu «donner un peu d'air à nos politiques publiques».
Celle qui participe à la majorité régionale déplore que le «freinage» de la DM2 constitue «l'anticipation d'un nouveau tour de vis très important imposé aux collectivités en 2026».
L'élue communiste poursuit en ciblant les présidents de groupe jugés comptables de la politique de l'exécutif national : «il y a une contradiction majeure à déplorer, ici, des baisses de crédits régionaux tout en militant ardemment, au plan national, pour baisser la dépense publique».
«Les économies de fonctionnement, ça n'existe pas», lance l'oratrice, «ou alors vous voulez les faire payer par les agents, à travers l'intensification de leur travail ou la baisse de leurs rémunérations».
Enfin, Muriel Ternant déplore la construction d'un budget 2026 qui se ferait en anticipant une contribution au redressement des comptes publics qui n'est pas encore effective, faute de majorité parlementaire pour voter le budget de la nation à ce stade : «nous alertons sur le risque grave que fait peser l'austérité budgétaire sur les services publics régionaux comme sur nos institutions démocratiques».
«Notre préparation budgétaire 2026 sera extrêmement exigeante», indique Jérôme Durain
«La gauche de la Région Bourgogne-Franche-Comté, elle fait les choix qu'elle peut faire au plus grand bénéfice des services que nous déployons», se défend Nicolas Soret tant en réponse explicitement à la présidente de la commission des finances qu'implicitement aux reproches du groupe communiste.
«Les économies, on les cherche», indique alors Jérôme Durain, «notre préparation budgétaire 2026 sera extrêmement exigeante pour qu'un euro d'argent régional soit bien utilisé».
Au moment du vote, les oppositions votent défavorablement, la non-inscrite Audrey Lopez (Notre nation) s'abstient et la majorité permet d'adopter la DM2.
Jean-Christophe Tardivon











