
Mis en cause par le président du groupe d'opposition du Rassemblement national, lors de la session, ce vendredi 14 novembre, à Dijon, Nicolas Soret, élu régional et maire de Joigny, a rapidement répondu pour «rétablir quelques vérités».
Depuis les législatives anticipées qui les avaient vus s'affronter, en 2024, Nicolas Soret (PS) et Julien Odoul (RN) sont à couteaux tirés sur fond d'éventuelle dissolution et de campagne électorale pour l'élection municipale à Joigny. Ce vendredi 14 novembre 2025, à Dijon, la joute s'est poursuivie lors d'une session du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté.
Le vice-président chargé des finances et maire de Joigny a profité de son temps de parole lors de la présentation des orientations budgétaires pour mettre les poins sur les i. Le conseiller régional d'opposition et député de l'Yonne lui reprochait sa gestion de la venue de Jordan Bardella (RN) à Joigny pour une séance de dédicaces et de la contre-manifestation qui s'était improvisée (
lire le communiqué).
Nicolas Soret s'est retrouvé «à organiser la sécurisation» de la séance de dédicaces de Jordan Bardella
«Quand Monsieur Bardella vient à Joigny dédicacer son livre – annonce que j'ai obtenue par les réseaux sociaux, au passage : il eut peut-être été élégant d'informer le maire de la ville de la venue d'une personnalité dans sa cité, au moins parce que le rôle d'un maire, c'est de sécuriser l'événement notamment quand il déborde sur la voie publique –, la situation dans laquelle on se retrouve, quand on est maire, ça a été de sécuriser la venue de Monsieur Bardella, de sécuriser la venue de celles et ceux qui venaient faire dédicacer leur livre par Monsieur Bardella mais mon rôle a été, tout autant, de sécuriser la manifestation – que je n'ai pas initiée mais il est encore, dans ce pays, une liberté garantie par la Constitution qui est celle de manifester –, et, comme maire, je me suis retrouvé à organiser, aux côtés du préfet, avec les forces de l'ordre et de gendarmerie, avec lesquelles je travaille quotidiennement, la sécurisation de cet événement», a développé Nicolas Soret
«Les propos de Monsieur Odoul participent au théâtre politique»
«Je voudrais simplement dire à Monsieur Odoul, qui caricature ce qui a été mon rôle ce soir-là, que j'entends ses propos qui participent au théâtre politique mais les conséquences de telles prises de position, c'est que, effectivement, pendant une semaine, j'ai reçu des messages inquiétants», a alerté le maire de Joigny.
«Je reconnais à Monsieur Odoul l'investissement dans ses mandats et le temps qu'il y donne», a enchaîné le socialiste, «la différence entre nous, c'est sur l'utilité de ce temps consacré à nos mandats».
«Quand Monsieur Odoul lance une pétition auprès des habitants de la circonscription pour tenter d'infléchir la position de l'agence régionale de santé sur l'autorisation donnée au centre hospitalier de Sens pour les opérations du cancer du sein [
lire le communiqué], moi, je passe deux heures avec la directrice générale de l'agence régionale de santé pour comprendre ses contraintes, pour comprendre qu'elle ne pouvait donner que deux autorisations dans le département et qu'il faillait un minimum d'opérations – et je la revois, la semaine prochaine, pour voir commet nous pouvons trouver une solution de sortie qui permette quand même au centre hospitalier de Sens de continuer à opérer», a-t-il poursuivi dans un premier temps.
«Quand Monsieur Odoul fait des communiqués de presse pour obtenir l'extension du Pass Navigo [
lire le communiqué], moi, je suis aux côtés de Michel Neugnot [NDLR : vice-président de la Région chargé des transports] pour, discrètement mais efficacement, tenter de trouver une solution pour les habitants d'une nord de l'Yonne», a-t-il indiqué dans un second temps.
Nicolas Soret fait la leçon à Julien Odoul
«Nous avons une conception différente, avec Monsieur Odoul, de l'utilité politique du temps», a ironisé Nicolas Soret, «quand Monsieur Odoul aura permis à l'ensemble des associations et des conseils municipaux – se transformant en guide conférencier du Palais Bourbon – de visiter l'Assemblée nationale».
Interrompu par un «mépris», lancé hors-micro par Julien Odoul, le vice-président a repris en insistant : «je pense que ce temps serait plus utile à être dans l'hémicycle pour défendre pied à pied les budgets des collectivités territoriales». «Votre temps serait plus utile à solliciter le ministère de la Santé pour que les Régions de France ne perdent pas 215 millions d'euros pour la formation des infirmiers, des infirmières, parce que [l'Institut de formation en soins infirmiers] de Sens a besoin qu'on l'épaule financièrement grâce à ces moyens.»
«Merci de m'avoir laissé quelques minutes pour rétablir quelques vérités», a conclu le socialiste à l'adresse du président de la collectivité.
Jean-Christophe Tardivon
Nicolas Soret, vice-président de la Région Bourgogne-Franche-Comté et maire de Joigny
Julien Odoul, président du groupe d'opposition Rassemblement national Bourgogne-Franche-Comté à la Région et député de l'Yonne