
Lors du «DOB» pour 2026, ce vendredi 14 novembre, à Dijon, le vice-président Nicolas Soret a envisagé de plus réduire l'investissement que le fonctionnement afin d'intégrer l'effort attendu par l’État : «le PLF 2026, c'est le musée des horreurs pour les collectivités». Le socialiste a prévenu que les ratios stratégiques en Bourgogne-Franche-Comté pourraient «dépasser les seuils d'alerte» après 2028. «Le courage budgétaire, ce n'est pas pour maintenant», a réagi l'opposante Céline Bähr.
Le débat d'orientations budgétaires permet à l'exécutif d'informer les élus régionaux du contexte économique – mondial, européen, national et territorial – et d'actualiser la trajectoire en termes de dette publique. L'ensemble contribuera alors à donner un cadre dans lequel définir ensuite le budget primitif pour l'année suivante.
La situation actuelle se double d'une incertitude politique puisque la loi de finances pour 2026 est toujours en discussion au parlement. À ce stade, le projet de loi envisage une contribution du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté au redressement des comptes publics de la nation de 54,3 millions d'euros en 2026, après 43,2 millions d'euros en 2025.
Le contexte macroéconomique
Pour ce DOB 2026, présenté en session, ce vendredi 14 novembre 2025, à Dijon, l'exécutif régional reprend les hypothèses de la loi de finances : une croissance du PIB français de 0,9% en 2026 (moyenne des pays de l'Union européenne : 1,2%), une inflation attendue à 1,8% (selon l'OFCE), une tendance baissière des taux d'intérêt (le taux directeur de la BCE atteignant 2% en juin dernier).
Au second trimestre, le taux de chômage France entière était de 7,3% contre 6,8% en Bourgogne-Franche-Comté. Le taux national est attendu autour de 7,8% au quatrième trimestre avec une tendance haussière.
La dette publique française s'élevait à 3.305 milliards d'euros en 2024 et le déficit public à 175 milliards d'euros. La charge de la dette est attendue à 75 milliards d'euros en 2025.
«Il fauta s'attendre à ce que les Régions françaises soient dégradées par les agences de notation financière», anticipe le vice-président, «c'est mécanique puisqu'il n'est pas possible qu'une collectivité territoriale ait la même note que le pays».
Le projet Lecornu vu comme «le musée des horreurs pour les collectivités»
«Le PLF 2026, c'est une nouvelle purge pour les collectivités, c'est le musée des horreurs pour les collectivités, on se fait tabasser par ce projet de loi de finances 2026», martèle Nicolas Soret. «J'appelle les parlementaires à prendre conscience de ce niveau de purge qui est extraordinaire.»
«On nous demande de participer à hauteur de 27% à l'effort global de réduction des dépenses publiques nationales alors que collectivités locales ne représentent que 5,9% de la dette publique [NDLR : les Régions 1,1%]», expose le vice président.
«70% de l'investissement public est porté par les collectivités», argumente le socialiste, «en Bourgogne-Franche-Comté, 92% de notre achat se fait à des entreprises locales». Ce qui l'amène à envisager «des impacts extrêmement directes sur les entreprises locales».
«La situation est grave», insiste l'orateur, «le modèle de financement de nos collectivités locales – et spécifiquement les Régions – est à bout de souffle».
Les orientations pour 2026 restent dans le cadre du plan de mandat
Concernant la trajectoire budgétaire, le vice-président se concentre sur les évolutions de l'épargne brute et de l'épargne nette, cette dernière révélant la capacité de la collectivité à financer des investissements.
En 2024, l'épargne brute ressortait à 241 millions d'euros, «dans le haut du tableau» des Régions. L'épargne nette s'élevait à 154 millions d'euros.
Le taux d'épargne brute devrait passer de 17,5% en 2024 à 17,2% en 2025 avec un plan de mandat envisageant de rester supérieur à 17% d'ici 2028.
Le taux d'épargne nette devrait passer de 11,4% en 2024 à 11,1% en 2025 avec un ratio standard minimum de 8%.
La capacité de désendettement est attendue à 6,1 années à fin 2025 quand la moyenne des Régions est de 6,7 années et que le plan de mandat envisage d'atteindre 7,5 ans en 2028.
Pour 2026, l'épargne brute est envisagée à hauteur de 27 millions d'euros, soit un taux de 16,5%. L'épargne nette à hauteur de 146 millions d'euros, soit un taux de 9,8%.
L'encours de dette est envisagé à hauteur de 1,6 milliard d'euros à fin 2026 pour une capacité de désendettement de 6,7 années.
La majorité repousse les alertes après 2028
L'exécutif envisage donc «une dégradation tendancielle des ratios stratégiques» qui «resteraient satisfaisants» en 2026 et 2027 mais pourraient «dépasser les seuils d'alerte en 2029».
Ainsi, l'épargne brute pourrait diminuer à 229 millions d'euros en 2028 puis fondre à 184 millions d'euros en 2030, soient des taux de 15,4% en 2028 et 12,6 en 2030.
L'épargne nette pourrait diminuer à 110 millions d'euros en 2028 puis 44 millions d'euros en 2030, soit des taux de 7,4% en 2028 et 3% en 2030.
La capacité de désendettement pourrait bondir à 8,3 années en 2028 et 11,3 années en 2030.
La majorité se retrouverait donc loin de sa stratégie pour cette mandature finissant en 2028 : minimum de 17% d'épargne brute, minimum de 100 millions d'épargne nette et capacité de désendettement maximum de 7,5 ans.
Les prémisses du budget primitif pour 2026
En 2026, l'exécutif envisage des recettes de fonctionnement à hauteur de 1,497 milliard d'euros avec 1,176 milliard d'euros de recettes fiscales (dont 282,1 millions d'euros de TICPE et 124,2 millions d'euros de taxe sur les cartes grises, une recette qui est attendue en baisse dans les prochaines années), 248,7 millions d'euros de recettes de fonctionnement, 50,2 millions de dotations de l’État, 18,7 millions de fonds européens et 3,6 millions de reversement du DILICO.
Avec 405 euros par habitant en 2024, les dépenses de fonctionnement de la collectivité sont sensiblement supérieures à la moyenne des Régions qui est de 378 euros.
«Si nous n'avions pas voté le versement mobilité, nos recettes de fonctionnement seraient en baisse», glisse Nicolas Soret.
Néanmoins, la trajectoire envisage une stabilisation puis une diminution des recettes de fonctionnement dans les années à venir pour tendre vers 1,489 milliard d'euros en 2028 puis 1,462 milliard d'euros en 2030.
15 millions d'euros d'économies de fonctionnement
Du côté des dépenses de fonctionnement, l'exécutif envisage une baisse de 5% de la plupart des budgets 2026 – sauf «certains secteurs contraints» faisant l'objet de «contractualisations» –, soit environ 15 millions d'euros d'économies dont 10 sous forme de gel de crédits de paiement ou de désinscriptions de crédits. Un gel conditionné à l'évolution de la loi de finances.
En raison d'augmentation indiciaires et réglementaires, les dépenses de personnel sont en hausse.
Une prochaine révision du PPI dans les tuyaux
En 2023, a été voté un Plan pluriannuel d'investissement 2024-2030 (PPI) à hauteur de 2,3 milliards d'euros, ce qui correspond à une moyenne de 450 millions d'euros par an.
En 2025, ce devrait être 458,3 millions d'euros et, en 2026, 497,9 millions d'euros. Selon l'exécutif, ce volume d'investissement est similaire à celui d'autres Régions de même taille.
«Est-ce que nous sommes toujours en capacité de soutenir 2,3 milliards d'euros d'investissements nouveaux ? La réponse est non, avec 100 millions d'euros de moins de capacité d'autofinancement», intervient Nicolas Soret.
Le PPI sera donc révisé dans une décision modificative budgétaire après la finalisation de la loi de finances pour 2026.
Tendance baissière des recettes d'investissement
Les recettes d'investissement sont envisagées à hauteur de 529 millions d'euros dont un emprunt de 197 millions d'euros, des recettes d'investissement de 175 millions d'euros, un autofinancement net de 146 millions d'euros et une reprise de résultat de 10 millions d'euros.
La trajectoire envisage une augmentation puis une diminution des recettes d'investissements pour tendre vers 475 millions d'euros en 2028 et 338 millions d'euros en 2030.
Augmentation des tarifs de TER de 3,6% en avril 2026
«L'année prochaine, la SNCF nous demande 6% d'augmentation des frais de péage», explique Nicolas Soret au détour de la présentation, à propos des tarifs appliqués par SNCF Réseau pour faire circuler des TER.
En fonction de quoi, la collectivité prévoit d'augmenter une cinquième fois en cinq ans les tarifs de TER pour les usagers : 3,6% applicables en avril 2026. Le CESER a souligné que cette hausse était bien plus élevée que l'inflation attendue en 2026.
Le vice-président s'empresse de préciser que les billets sont subventionnés à hauteur de 75% par la Région : «le voyageur ne paie que 25% de la réalité du coût de son transport».
«L'augmentation des tarifs de TER n'est pas la bonne solution», réagira Muriel Ternant (PCF) durant les débats.
«Le courage budgétaire, ce n'est pas pour maintenant», lance Céline Bähr
Présidente de la commission des finances, Céline Bähr (LR) déplore que «[l'exécutif] commence timidement à envisager des économies sur le fonctionnement – nous ne savons pas encore vraiment où – et porte un sacré coup à l'investissement, surtout pour après 2028». «Le courage budgétaire, ce n'est pas pour maintenant.»
Malgré ces économies envisagées par l'exécutif, l'opposante analyse que les dépenses de fonctionnement augmenteraient de 4,2% en 2026. «On est bien loin de l'austérité», glisse-telle avant d'opérer un placement de produits fromagers d'Auvergne-Rhône-Alpes pour mieux comparer avec les finances de cette Région voisine, dirigée par Les Républicains.
L'opposante relève que les «postes permanents» dans les services administratifs régionaux ont augmenté de 30% en 9 ans.
«Je plains déjà vos successeurs»
«Vous essayez de faire pleurer dans les chaumières mais (…) entre ce qui est prévu dans le PLF et ce qui sera réellement voté, ça ne peut que s'améliorer», anticipe-t-elle. «Ce n'est pas parce que l’État vous prend de l'argent que vous devez en prendre aux entreprises et aux citoyens.»
«Ce DOB me donne l'impression qu'on cherche à sauver la face pour les deux dernières années du mandat et peu importe si ça compromet le prochain», estime-t-elle. «L'autofinancement fond comme neige au soleil faute d'avoir fait des réformes structurelles sur le fonctionnement et la charge de la dette ne cesse de croître. (…) Je plains déjà vos successeurs.»
Pour finir sur «une note positive», l'opposante approuve «les projets d'investissement dans la sécurité» que devra préciser l'exécutif au gré des évolutions législatives attendues.
Livraison du premier train à hydrogène fin 2026
La parole revient à Michel Neugnot (PS) pour effectuer un point de situation portant sur les priorités annoncées par la majorité en début de mandat.
Concernant le développement de la filière hydrogène, «le gros des difficultés est derrière nous», assure le vice-présent. La livraison d'un premier train fonctionnant à l'hydrogène est attendue pour fin 2026.
La socialiste indique que la gestion des dossiers liés aux aides européennes FEADER fait l'objet d'«un retour à la normale» malgré la contestation des Jeunes Agriculteurs (lire le communiqué).
Nabia Hakkar-Boyer (PS) assure que l'exécutif prévoit de «développer la culture de l'évaluation, conforter la gouvernance de l'évaluation et renforcer la transparence des évaluations de l'action publique».
Vers un «déplafonnement» de la taxe sur les cartes grises
Durant les débats, Jacques Grosperrin (LR) indique «ne pas être très inquiet par rapport à la trésorerie de la Région» mais incite l'exécutif à «prendre soin de cet héritage»
Celui qui est également sénateur du Doubs anticipe une évolution législative permise par la chambre haute pour «déplafonner» la taxe sur la carte grise.
En réponse, le vice-président chargé des finances aura beau jeu de pointer une contradiction ainsi apportée par le sénateur du Doubs à propos de la taxe sur les cartes grises dont les augmentations sont refusées en assemblée régionale par le groupe se revendiquant de la droite et du centre.
«En 2030, tandis que les recettes de fonctionnement seront à un niveau similaire de cette année, l'épargne nette sera divisée par quatre, passant de 162 millions d'euros en 2025 à 44 millions d'euros», alerte Jacques Grosperrin, avec «un endettement presque doublé».
«Il faut agir sur les crédits alloués aux compétences facultatives (…) et il faut se recentrer sur les compétences obligatoires», prône l'élu gaulliste. «Nous ne voulons pas une Région endettée et fiscalement agressive mais une Région responsable qui arbitre en faveur de l'emploi, de la compétitivité et de l'éducation.»
Alain Joyandet prône «l'indépendance numérique»
Ayant réintégré le groupe de l'Union de la droite, du centre et des écologistes indépendants depuis le départ de Gilles Platret (divers droite), Alain Joyandet (LR) s'exprime sur la «stratégie numérique» de l'exécutif, en particulier sur le recours à des logiciels du géant américain Microsfot.
«Beaucoup de collectivités sont en train de faire marché arrière et de mettre en œuvre un certain nombre d'initiatives régionales pour garder une indépendance numérique», indique l'élu gaulliste.
Avec Mistral, l'ARNIA expérimente un outil d'intelligence artificielle régional
En réponse, Jérôme Durain exprime son intérêt pour la «souveraineté économique et industrielle» et Patrick Molinoz (PRG) assure que la collectivité «est en train de poser les bases d'une stratégie régionale de la donnée et de l'intelligence artificielle (…) afin de faire l'état des lieux de ce qui se conduit en Bourgogne-Franche-Comté». «Nous travaillons avec la [direction de la transformation numérique] au déploiement d'un nuage – en anglais cloud – régional souverain.»
«À ce stade, l'administration a fait le choix d'une utilisation raisonnée de l'outil d'intelligence artificielle de Microsoft Copilot, pour une période qui a vocation a être la plus courte possible, dans l'attente d'une solution d'intelligence artificielle régionale sur laquelle l'Agence régionale du numérique et de l'intelligence artificielle est en train de travailler», indique le président de l'ARNIA. «Elle va s'appeler C'est mon IA. Elle est fondée sur les outils proposés par l'entreprise française Mistral avec un hébergement des données en Europe.»
«Une collectivité comme la nôtre ne peut pas entrer volontairement dans une zone de fragilité financière», alerte Catherine Barthelet
«Monsieur Soret n'a pas caché ses inquiétudes pour les années à venir», constate Catherine Barthelet (REN). «Dès 2028, notre taux d'épargne brute passe sous le seuil d'alerte des 15%», insiste-t-elle au nom du groupe d'opposition des élus progressistes, le président Denis Thuriot (REN) étant excusé. «L'endettement devient un risque structurel.»
«Nous sommes attachés à l'investissement mais l'investissement ne peut pas reposer sur une épargne qui se fragilise et sur un endettement qui dépasse le seuil d'alerte», analyse l'élue social-libérale. «Une collectivité comme la nôtre doit être responsable et ne peut pas entrer volontairement dans une zone de fragilité financière.»
En fonction de quoi, l'opposante demande à l'exécutif de sélectionner des priorités et de diffuser «une feuille de route claire» assortie d'évaluations.
«La formation professionnelle ne peut pas devenir une variable d'ajustement», proteste Rémy Rebeyrotte
Rémy Rebeyrotte (TDP) enchaîne sur le thème de la formation professionnelle, «un des pilier des leviers» de l'emploi. L'élu progressiste pointe donc «le décrochage» annoncé du budget concernant cette politique publique. «La formation professionnelle ne peut pas devenir une variable d'ajustement budgétaire régionale.»
Au passage, face aux protestations de Jérôme Durain concernant la contribution de la Région au redressement des comptes de la nation, Rémy Rebeyrotte rappelle que François Hollande avait réduit de 11 milliards d'euros les dotations aux collectivités locales, en 2014 et 2015.
Selon Jacques Ricciardetti, le DOB est «sans cap, sans courage, sans vision»
Christophe Soustelle (RN) considère que le DOB révèle «une mauvaise trajectoire». L'élu national-populiste renouvelle sa critique de la fusion des conseils régionaux et appelle à un «détricotage du mille-feuilles administratif».
Thomas Lutz (RN) revient sur les «dépenses surperflues» de la Région puis charge la Ligue de l'enseignement Bourgogne-Franche-Comté – en redressement judiciaire depuis le 9 septembre dernier – et les fonds régionaux d'art contemporains vus comme «aux antipodes des préoccupations des Bourguignons et des Francs-Comtois qui, le 5 du mois, se demandent comment ils vont remplir le frigo et le réservoir».
«La Ligue de l'enseignement porte les Écoles de la deuxième chance», rétorquera Nicolas Soret en vantant également le modèle des Maisons familiales et rurales.
Jacques Ricciardetti (RN) estime que le DOB est «sans cap, sans courage, sans vision». L'élu national-populiste fustige «l'idéologie verte comme boussole unique» et «la culture subventionnée comme vitrine politique» ou encore «l'international, la formation comme prétextes budgétaires» pour mieux revendiquer d'en faire plus sur «la jeunesse, le transport et le développement économique».
Et de rappeler les propositions «concrètement chiffrées» du RN concernant la sécurisation des transports en commun ainsi que des lycées résumées par la formule «moins de subventions idéologiques, plus d'efficacité publique».
«Vous êtes petit-bras avec 5 millions d'euros consacrés à la sécurité», ironisera Nicolas Soret – «dans nos lycées, il y a des travaux de sécurisation» – avant de défendre son président : «la nation doit plus à Jérôme Durain et à son travail sur la sécurité qu'à vos vociférations sur le sujet depuis quelques années ; lui a porté une loi qui permet à nos forces de renseignement, à nos forces de l'ordre d'avoir des moyens supplémentaires».
Audrey Lopez appelle à «investir dans la sécurité de nos lycées et de nos transports»
Désormais sans étiquette, après avoir successivement quitté le Rassemblement national et Notre nation, Audrey Lopez interroge «la soutenabilité de nos charges structurelles», en particulier «celles liées au fonctionnement administratif ou à certaines politiques dispersées».
L'élue du camp national appelle à «être exemplaire dans la rigueur et la clarté budgétaire» et à «investir dans l'emploi, dans la sécurité de nos lycées et de nos transports».
Selon Gilles Platret, «les grandes Régions n'ont pas trouvé leur rythme de croisière»
En rupture de ban des Républicains, Gilles Platret se trouve désormais installé en bout de la première rangée de la salle des séances, loin – le plus loin possible – du groupe qu'il présidait il y a peu encore.
En deux minutes, comme tout non-inscrit, l'opposant intervient pour signaler que «les mêmes interrogations vont se poser sur les exercices budgétaires prochains». «Est-ce que ce n'est pas le modèle régional qui est à bout de souffle ? (…) Les grandes Régions n'ont pas trouvé leur rythme de croisière.»
«Quand on n'a pas de dégagement devant soi, on n'accélère pas», conseille Gilles Platret qui note pourtant «une accélération d'un certain nombre de tendances (…) qui me paraissent inquiétantes» comme «une augmentation significative de l'endettement».
Et de pointer un «triplement de l'endettement» à venir, passant potentiellement de 655 millions d'euros en 2016 à près de 2 millions d'euros en 2028.
Selon Claire Mallard, «la Région est punie alors qu'elle n'a rien fait»
Avec ce DOB, Claire Mallard (LE) assure que «la majorité sait où elle va» et que «[les] engagements sont maintenus» : «décarbonation de l'économie et de nos déplacements, aide aux territoires qui en ont le plus besoin».
À cela, la présidente du groupe Écologistes et solidaires ajoute «des ambitions nouvelles : «faire face aux enjeux de sécurité sanitaire et alimentaire» : «politique de santé-prévention avec la lutte contre les addictions particulièrement chez les jeunes, création d'une mutuelle régionale de la sécurité sociale de l'alimentation».
Fustigeant l'«austérité budgétaire» qui s'annonce avec la loi de finances pour 2026, l'élue écologiste considère que «la Région est punie alors qu'elle n'a rien fait» et défend le principe de décentralisation.
Éric Oternaud (LE) intervient alors pour alerter sur les conséquences d'éventuelles baisses de subventions pour le monde associatif, clubs sportifs compris.
Muriel Ternant rêve d'un nouvel impôt de production
«Il ne sera pas possible de faire plus de services aux usagers de la Région avec moins d'argent», lance Muriel Ternant (PCF), dans le prolongement de son propos liminaire. «Les incantations de Madame la présidente de la commission des finances ne constituent pas des justifications.»
Insistant sur les réductions de budgets déjà réalisées par l'exécutif face aux demandes des usagers – notamment dans le transport ferroviaire –, la présidente du groupe des élus communistes et républicains considère que la collectivité est «à l'os» alors que se profilent «des économies nouvelles», avant de défendre les dépenses de fonctionnement qui financent les services publics.
Au niveau national, la communiste prône la création d'un nouvel impôt de production assis sur «le capital matériel des entreprises» pour financer les Régions.
Et de rappeler une demande des communistes : «pouvoir emprunter à taux nul» pour diminuer la charge de la dette.
Selon Loïc Niepceron, «ces orientations budgétaires sont le signe de vouloir garder un cap de solidarité»
Jamilah Habsaoui (PS) applaudit l'«effort d'économies» mené par l'exécutif et insiste sur l'investissement en faveur de «la décarbonation des modes de transport».
À son tour, Loïc Niepceron (PS) défend le principe de décentralisation et raille «la droite et [les] progressistes qui votent des budgets en régression». «Ces orientations budgétaires sont le signe de vouloir garder un cap de solidarité», insiste le socialiste.
«Nos orientations budgétaires sont fidèles à notre plan de mandat», déclare Isabelle Poifol-Ferreira (PS) malgré les alertes de Nicolas Soret pour les années suivantes. «Elles réaffirment nos politiques en faveur de la cohésion sociale.»
«Notre PPI était parfaitement financé jusqu'à ce que l’État prenne des décisions pour nous sabrer», argumente Nicolas Soret
«Je ne pense pas que ce soit l'extension territoriale des Régions qui mette en cause le modèle», réagit Nicolas Soret en reprenant la parole, signe de l'intérêt accordé aux propos de Gilles Platret. «C'est la structuration même des budgets régionaux qui ne sont plus adaptés aux missions qui nous ont été peu à peu transférées par l’État, notamment des missions de coordination et de projection de nos territoires dans les grands défis de ce siècle.»
«Notre plan pluriannuel d'investissement était parfaitement financé jusqu'à ce que l’État, deux années de suite, prenne des décisions pour nous sabrer», argumente le vice-président. «Évidemment, il va falloir revoir le plan pluriannuel d'investissement qui ne devient plus soutenable.»
«En dix ans, la Région Bourgogne-Franche-Comté a investi un milliard d'euros sur le ferroviaire», rappelle le socialiste à l'intention de la présidente de la commission des finances. «Auvergne-Rhône-Alpes se fait rattraper par la chambre régionale des comptes pour son défaut d'investissement dans le matériel ferroviaire.»
Julien Odoul et Jean-Marie Sermier prolongent les débats
À l'issue des débats, Jérôme Durain, bon camarade, salue les propos «limpides et clairs» de son vice-président.
Sans doute peu satisfait des arguments employés par les membres du groupe d'opposition qu'il préside, Julien Odoul se sent obligé de brandir la carte «explication de vote» pour pouvoir s'exprimer, ce qui n'était pas initialement prévu.
«C'est jamais vous, c'est toujours les autres», ironise l'élu national-populiste, «quand on lit votre rapport, vous êtes admirable, vous n'avez fait aucune erreur». «Ces orientations traduisent un échec qui tient à votre refus quasi-obsessionnel de faire des économies dans les gaspillages que vous opérez depuis dix ans.»
Autre président de groupe, Jean-Marie Sermier (LR) suit le mouvement et intervient à son tour : «sur le fond, nous sommes opposés». «Monsieur Soret ne devrait pas prendre ses rêves pour des réalités parce que, à aucun moment, je n'ai cité le mot carte grise.»
«Nous avons une situation budgétaire qui est favorable», conclut Jérôme Durain
«On est en train de frôler la limite», glisse Jérôme Durain au regard de l'invocation du règlement intérieur par les opposants. «On a eu le débat très avant dans les arguments. Le fait est que ce DOB 2026 a duré 2 heures 15.
Du coup, le responsable de l'exécutif régional glisse un dernier mot pour déplorer «la dramatisation de l'avenir» proférée par les opposants. «Les chiffres sont éloquents, nous avons une situation budgétaire qui, quand on se regarde au niveau des Régions de France, est favorable.»
Jean-Christophe Tardivon



























