
Ce vendredi 14 novembre, à Dijon, une nouvelle référence à la Seconde Guerre mondiale a conduit le président de la Région Jérôme Durain à interrompre les débats sur l'égalité femmes-hommes alors que le ton montait entre Jacques Ricciardetti, Géraldine Grangier et Jacques Grosperrin.
Un incident a marqué la session du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, ce vendredi 14 novembre 2025, à Dijon alors que le ton montait progressivement entre le groupe d'opposition Rassemblement national Bourgogne-Franche-Comté et les différents autres groupes au cours de l'examen du rapport 2025 sur l'égalité hommes-femmes et du plan sur l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes 2026-2028.
Après les exposés des vice-présidentes Nabia Hakkar-Boyer (PS) et Laëtita Martinez (PS), Julien Odoul (RN) a mis en cause les conditions de sécurité concernant tout spécifiquement les femmes qui habitent des quartiers populaires.
Jacques Grosperrin défend le quartier bisontin de Planoise
Dans la suite des débats, Jacques Grosperrin (LR), conseiller régional d'opposition, a pris la parole pour défendre notamment le quartier de Planoise qu'«il connaît très très très bien» : «il faut que l'on sorte des clichés même si c'est un quartier qui a des difficultés, qui est en grande pauvreté».
«Il y a un travail exceptionnel qui est fait là-bas et je crois que, à trop stigmatiser certains types de quartiers, justement, on pose d'autres types de problèmes et je ne suis pas démagogue, j'ai été candidat à la Ville de Besançon, je connais l'énergie qui se dégage de ce quartier-là», a développé l'élu gaulliste.
Jacques Ricciardetti (RN), conseiller régional d'opposition et candidat aux municipales à Besançon, a lancé alors un «collabo» hors-micro, ce qui a fait bondir Jérôme Durain (PS), président de la Région Bourgogne-Franche-Comté.
Le responsable de la police des débats a aussitôt fait le lien avec l'incident ayant concerné Thomas Lutz (RN), en avril 2024 (
lire notre article). «J'aimerais quand même que les travaux de cette assemblée présentent un caractère de dignité républicaine !»
«Quand vous parlez de collabo, vous savez de quoi vous parlez»
Tandis que Laëtitia Martinez tentait de reprendre la parole, Jacques Grosperrin s'est alors dirigé alors vers le groupe du RN, sa stature imposante surplombant Julien Odoul (RN), au premier rang, ainsi que Géraldine Grangier (RN).
Le ton a continué de monter entre Jacques Grosperrin et Géraldine Grangier jusqu'à ce que le premier s'éloigne après avoir rabattu l'écran de l'ordinateur portable de cette dernière.
«Le naturel revient assez vite au galop chez les gens du Rassemblement national. (…) Quand vous parlez de collabo, vous savez de quoi vous parlez», a lancé Jérôme Durain avant de prononcer une suspension de séance pour calmer les esprits. Il s'agit du deuxième clash impliquant Jacques Ricciardetti en deux séances, après celui du 16 octobre dernier (
lire notre article).
Règlement de comptes entre élus du Doubs
Là, Géraldine Grangier s'est rapidement dirigée vers le groupe Union de la droite, du centre et des écologistes indépendants pour surplomber à son tour Jacques Grosperrin qui s'était rassis.
Selon Géraldine Grangier, Jacques Grosperrin l'aurait traitée de «petite dame» et aurait proféré des grossièretés. La députée a déploré un manque d'exemplarité au moment où se discutait l'égalité femmes-hommes.
À noter que tous les deux sont aussi parlementaires du Doubs : l'un est sénateur, l'autre est députée.
Une référence à la collaboration de Vichy
Dans la confusion, en fond de salle, Rémy Rebeyrotte (TDP) est intervenu dans l'échange, détournant l'attention de Géraldine Grangier mais devenant à son tour une cible pour les élus du RN.
Dans une grande tension, les élus restés présents dans la salle ont débattu de l'étymologie du terme «collabo».
Les élus du RN renvoyaient à «collaborateur» au sens professionnel tandis que tous les autres interprétaient évidemment une insulte en référence au vocabulaire de la Seconde Guerre mondial pour qualifier les partisans de la politique de collaboration du régime de Vichy avec l'occupant nazi.
Jacques Ricciardetti prend Julien Odoul pour exemple
La suspension a duré une dizaine de minutes. Après avoir échangé avec Jacques Grosperrin et le président de son groupe Jean-Marie Sermier (LR), Jérôme Durain a repris la séance même si la tension était encore palpable.
Jean-Marie Sermier a alors sollicité des excuses de la part de Jacques Ricciardetti, ce dernier s'y refusant car récusant l'insulte. «J'en veux pour preuve la jurisprudence de mon collègue, le président Odoul, qui s'était exprimé de la même façon avec Monsieur Estrosi qui avait porté plainte et qui avait été relaxé», a-t-il expliqué.
Refusant cette fois de donner «une occasion» de tribune au RN, Jacques Grosperrin a indiqué ne pas vouloir saisir la justice : «regardez notre groupe, on ne vous a jamais traité de fachos tout simplement parce qu'on ne le pense pas».
«L'image que vous donnez aujourd'hui à travers ce mot, vous qui aviez envie d'avoir cette respectabilité – on voit que vous la recherchez de partout, à l'Assemblée nationale –, je ne suis pas persuadé que tous les membres de votre parti politique vous soutiendraient dans ces mots-là», a développé le sénateur. «C'est un mot qui a une signification forte, historique, je le regrette.»
«Collabo, ça a un sens»
Président du principal groupe de la majorité, Hicham Boujlilat (PS) est alors intervenu pour exprimer sa «solidarité» à Jacques Grosperrin. «Pour nous, collabo, ça a un sens : des gens qui ont pu collaborer à des heures sombres de notre histoire», a-t-il expliqué.
Le socialiste a rappelé que, le matin même, les élus s'étaient montrés unanimes pour dénoncer les attaques conduites via les médias sociaux.
Le président de Notre Région par cœur a alors incité le président de la Région à modifier le règlement intérieur pour mettre en place des sanctions pour les élus proférant des insultes en séance.
«Ça finit toujours par déraper avec le Rassemblement national»
Resté profil bas jusque là et ne défendant donc pas Jacques Ricciardetti, Julien Odoul a fini par monter au créneau pour soutenir Géraldine Grangier et dénoncer par anticipation la «censure» annoncée pour «museler l'opposition».
«On est entré dans une autre dimension où ceux qui insultent sont les insultés», a réagi Jérôme Durain renvoyant à la minute de silence respectée le matin même «parce que la communauté nationale a été attaquée [le 13 novembre 2015]». «On ne peut pas tout se permettre. (…) Ça finit toujours par déraper avec le Rassemblement national parce que le sous-jacent remonte à la surface.»
Le calme revenant pour de bon, Laëtitia Martinez a pu reprendre l'examen des rapports sur l'égalité hommes-femmes en repartant de la dénonciation de la «stigmatisation» des quartiers populaires.
Jean-Christophe Tardivon













