Recherche
Pour nous joindre
redaction.infosdijon@gmail.com
SMS au 07.86.17.77.12
> Bourgogne - Franche-Comté > Bourgogne - Franche-Comté
12/05/2021 06:56

RÉGIONALES : Bastien Faudot propose de créer un fonds de 100 millions d'euros afin de «participer à la nationalisation» des activités de General Electric liées à la filière nucléaire

Souveraineté énergétique, agriculture 100% bio, écotaxe régionale poids lourds, conditionnalités des marchés publics basées sur les émissions de gaz à effet de serre... le candidat de la liste Le Temps des cerises dévoile en avant-première ce mardi 11 mai quelques aspects du programme proposé aux électeurs de Bourgogne-Franche-Comté.
Tête de liste du «Temps des cerises», le Belfortain Bastien Faudot est soutenu par neuf mouvements politiques pour les élections régionales des 20 et 27 juin prochains : la Gauche Républicaine et Socialiste, La France Insoumise, Génération.s, Nouvelle Donne, Place Publique, Ensemble, la Gauche Démocratique et Sociale, les Radicaux de gauche (à distinguer du PRG-Centre gauche) ainsi que Pour une Écologie Populaire et Sociale.

Les organisations rassemblées sous la bannière du Temps des cerises se retrouvent au premier tour en confrontation à la fois avec la liste construite par la socialiste Marie-Guite Dufay et avec la liste menée par l'écologiste Stéphanie Modde. Une situation que Bastien Faudot a abordé dans une première séquence de l'interview présentant le contexte politique (retrouver notre interview).


Dans cette deuxième séquence, le mardi 11 mai 2021, le candidat indique en avant-première pour Infos Dijon des mesures fortes qui figureront sur le programme qui sera dévoilé pour le 28 mai, début des l'opération du «Printemps des cerises» faite de randonnées pour rencontrer les citoyens des huit départements de Bourgogne-Franche-Comté.

«Il faut qu'il y ait un fil vert dans l'ensemble des politiques régionales»


La présidente sortante est apparue en mesure de faire de l'écologie sans les écologistes. Quelle lecture avez-vous de son bilan en matière environnementale ?

«Elle a incontestablement une sensibilité plutôt écolo. Elle l'a longtemps revendiqué. (…) Ce n'est pas sur cet aspect-là que les politiques régionales sont les plus carencées. Néanmoins, on pense qu'il faut aller plus loin. On est face à une urgence, l'urgence climatique.»

«J'ai rencontré hier les viticulteurs de l'Yonne, à Irancy. Les épisodes de gel au mois d'avril, on en a toujours connu. (…) Ce qui n'existait pas autre fois, c'est le radoucissement en février-mars avec une vigne qui débourre très tôt dans l'année et qui expose la production aux gelées du mois d'avril.»

«Face à l'urgence dans laquelle se trouve l'humanité, il y a un effet de seuil. Les politiques régionales – nationales également – doivent changer de nature. Quand on dit 'c'est une priorité', ça veut dire de manière très concrète que l'on doit l'intégrer dans toutes les conditionnalités d'aides aux entreprises, ce qui n'est pas encore complètement le cas aujourd'hui. (…) Si on parle du milieu agricole, sur le développement d'une production paysanne, cela veut dire que l'on aille vers du 100% bio dans la région, ça va prendre des décennies. (…) Il faut qu'il y ait des politiques régionales qui encouragent plus beaucoup la conversion des exploitations agricoles en bio ou haute valeur environnementale.»

«On a la chance d'avoir une filière avec un terroir exceptionnel en Bourgogne-Franche-Comté. On a sur le plan viticole des vignobles qui nous sont enviés par le monde entier. Sur le plan de la production et de l'élevage – le poulet de Bresse, le charolais – on a aussi des productions qualitatives qui nous sont enviées dans le monde entier. (…) On a une richesse de productions agricoles qui est extraordinaire. On a donc une faculté particulière ici, il faut pouvoir articuler cela avec des politiques très ambitieuses sur le plan écolo. (…) Il ne faut pas des politiques vertes, il faut qu'il y ait un fil vert dans l'ensemble des politiques régionales pour aller progressivement vers une bifurcation de notre modèle de production et de notre modèle de consommation.»

«La Région peut mettre les émissions de gaz à effet de serre en critère de tous ses marchés publics. Ce qui a une double vertu : réduire l'empreinte carbone de l'ensemble des entreprises qui veulent travailler pour la Région et favoriser le secteur des entreprises au niveau régional par rapport à des  règlements européens qui nous imposent de mettre en concurrence des ouvriers venus de l'autre bout du continent.»

«On est pour une reprise en main publique de la filière nucléaire»


Quelle approche avez-vous en matière d'industrie ?

«Il faut avoir avoir une politique de filière. On se disperse trop aujourd'hui même s'il y a déjà eu un travail d'engagé. On ne peut pas être une agence de saupoudrage du développement économique.»

«Il faut partir de la réalité. On a une filière transports en matière industrielle, on a une filière sur le plan énergétique. Il n'y a pas que le nord Franche-Comté, il y a le Creusot, il y a Ornans...»

Soutenez-vous la filière nucléaire ?

«On est pour une reprise en main publique de la filière nucléaire. Le débat sur l'avenir du nucléaire va se passer au niveau national.»

N'était-ce pas la principale divergence avec les écologistes ?


«Ce seront des choix stratégiques de production au niveau national. La question va se poser quant au démantèlement des centrales vieillissantes : par quoi seront-elles remplacées ? (…) Le jour où ces choix-là seront engagés, il va falloir mesurer l'impact sur les aspects d'émission de gaz à effet de serre.»

«Dire que l'on va, uniquement pour des postures régionales, régler le problème au niveau régional, c'est mentir aux gens. On a de l'emploi dans la filière nucléaire en Bourgogne-Franche-Comté. Cette filière ne vas pas s'effondrer du jour au lendemain quand bien même le pays déciderait de sortir du nucléaire en 2040, en 2050... Pour le démantèlement, il va falloir créer des compétences qui n'existent pas aujourd'hui.»

«Le sujet aujourd'hui, c'est assurer la sécurité de l'approvisionnement, assurer notre souveraineté énergétique et que la puissance publique ait son mot à dire.»

«J'en viens à une mesure que nous allons porter dans cette campagne : nous allons proposer que la Région mette 100 millions d'euros sur la table pour participer à la nationalisation de la filière GE Steam de General Electric. Nous considérons que la Région doit avoir son mot à dire. Nous avons les sites les plus sensibles dans toute la technologie nucléaire qui sont dans notre région : la cuve et la turbine. Si l’État veut monter un consortium avec EDF, avec Engie, avec Framatome pour réparer les conneries qu'il a fait lui-même, la Région doit montrer l'exemple.»

«La nationalisation, en termes anciens, ça veut dire 'reprise en main par les puissances publiques' et il y a une légitimité à ce que la Région où il y a les principaux sites de production de la filière au niveau national soit dans le tour de table avec un représentant au conseil d'administration de cette future entité. (…) On estime que le rachat va se situer aux alentours du milliard d'euros, ça permettrait à la Région Bourgogne-Franche-Comté (…) d'avoir d'autres voix délibératives et d'avoir 10% du capital.»

«Une écotaxe progressive pour tous les transports poids lourds supérieurs à 300 km»


Avez-vous d'autres mesures fortes du programme à mettre en avant ?

«On a un programme qui va se décliner de la façon suivante : on va proposer 99 mesures qui vont se décomposer en deux parties. D'abord les mesures d'urgence pour faire face à la crise économique, sociale et sanitaire. Ensuite, nous avons des mesures pour engager la bifurcation des politiques régionales qui se décompose en quatre grands thèmes qui sont quatre les points parce que nous voulons être la boussole d'une gauche qui sait où elle habite ou qui sait où elle va.»

[Les quatre «points cardinaux» concerneront : «un modèle de production écologique et social», «l'égalité territoriale» pour répondre à «une sécession sociale et une sécession territoriale», «un bouclier sanitaire et social» ainsi que «la reconquête démocratique».]

«Je vais prendre deux exemples de mesures d'urgence. D'abord, c'est que la Région, qui dispose aujourd'hui des lycées dans ses grandes compétence, mette à disposition dès la rentrée les locaux nécessaires dans les lycées pour mettre en place une campagne de vaccination de masse des lycéens, des personnels d'éducation et des personnels régionaux. (…) Deuxième mesure d'urgence : on pense qu'il faut que la Région mette un fond de soutien régional exceptionnel compte-tenu de l'accumulation de difficultés qu'a connu le secteur viticole.»

«On envisage d'instaurer une écotaxe poids lourds puisque le cadre législatif est en train de ce préciser au niveau de l’État. (…) On a deux énormes artères qui font de nous le carrefour de l'Europe. Je veux parler de l'A6 et de l'A36 (…) où circulent chaque jour des dizaines de milliers de poids lourds qui n'ont ni comme point de départ la Bourgogne-Franche-Comté ni comme point d'arrivée la Bourgogne-Franche-Comté, on a tous les inconvénients sur le trafic sans avoir aucun avantage.»

«On veut que ce soit une écotaxe progressive pour tous les transports poids lourds supérieurs à 300 km. L'enjeu pour nous n'est pas de taxer l'activité économique de Bourgogne-Franche-Comté. Ça permettra de bénéficier de recettes qui sont encore à évaluer mais qui, à l'évidence, seront supérieures à 50 millions d'euros annuels pour flécher ces recettes sur l'ensemble des dépenses de transformation et de bifurcation écologique dans la région.»

En  2013, les Alsaciens ne demandaient que ça mais les Bonnets rouges de Bretagne ont fait capoter le projet d'écotaxe de François Hollande.

«À l'époque, le dispositif national qui a été mis en place avec les portiques et les caractéristiques même ne protégeait pas l'économie locale. Cette écotaxe doit être aussi un élément de la démondialisation. Il y en ras le bol d'acheter des tomates à l'autre bout du continent quand nous sommes capables de les produire ici. Quelle est la valeur ajoutée d'une tomate à qui on fait faire 3.000 km ? À quel moment un seul de ces 3.000 km apporte une valeur ajoutée au produit ? Au contraire, on est obligé de les cueillir pas tout à fait mûres pour qu'elles n'arrivent pas pourries sur les étals !»

Propos recueillis par Jean-Christophe Tardivon

«L'âme du socialisme est beaucoup plus présente au coeur du Temps des cerises qu'au sein du Parti Socialiste», selon Bastien Faudot



Bastien Faudot, candidat de la liste Le Temps des cerises, le 11 mai 2021 à Dijon (photographie JC Tardivon)


Infos-dijon.com - Mentions légales