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13/05/2021 13:02

RÉGIONALES : Jacqueline Ferrari prend «le parti de la nature»

Conseillère régionale sortante, élue centriste et écologiste au milieu des socialistes de la majorité, Jacqueline Ferrari apporte son éclairage sur la campagne électorale. «Marie-Guite Dufay a soutenu notre président et tout au long du mandat», rappelle-t-elle. Préparant de futures échéances, Jacqueline Ferrari rejoint un nouveau parti écologiste.
L'Union des Démocrates et des Écologistes portait bien son nom. En octobre 2015, sa création se fait sur la base de deux scissions : Front Démocrate avait rompu avec le Modem et Écologistes ! avait quitté le navire Europe Écologie Les Verts. Les deux se retrouvant donc dans l'UDE, classée au centre-gauche.

À la suite de nominations au sein du gouvernement Valls II, durant la présidence de François Hollande, Écologistes ! reprend le large et devient le Parti Écologiste, préparant la participation de François de Rugy à la primaire du Parti Socialiste en vue de l'élection présidentielle de 2017.


De son côté, Front Démocrate se transforme en groupe de réflexion en décembre 2017 alors que l'UDE choisit de soutenir la majorité présidentielle.

Arrêté en état d'ivresse en avril 2018, le président de l'UDE Jean-Vincent Placé démissionne et le parti chancelle. Une gouvernance par intérim prépare les élections européennes et l'UDE choisit de soutenir la liste Renaissance à dominante LREM.

Suite à des désaccords internes concernant l'usage du nom et du logo, le parti est placé sous administration judiciaire. Une nouvelle scission intervient et ce qui reste de l'UDE devient l'Union des Centristes et des Écologistes (UCE) en janvier 2021, présidée par Christophe Madrolle, pour participer à la majorité présidentielle.   

Jacqueline Ferrari, élue régionale UDE en Bourgogne-Franche-Comté


La création de l'UDE s'est faite quelques semaines avant les élections régionales de décembre 2015. Dans le cadre de liste d'union de la gauche, le parti a obtenu l'élection de cinq conseillers régionaux dans quatre régions.

En Bourgogne-Franche-Comté, la Jurassienne Jacqueline Ferrari a été élue sur la liste conduite par Marie-Guite Dufay dans le cadre d'une alliance PS, PRG Cap21, UDE et MDP. Une liste qui l'a emporté dans le cadre d'une triangulaire serrée et qui s'est retrouvée majoritaire d'un seul siège.

Ce 10 mai 2021, quelques semaines avant les nouvelles élections régionales des 20 et 27 juin prochains, Jacqueline Ferrari répond à Infos Dijon et apporte son éclairage sur la situation politique actuelle sans oublier de revenir sur la mandature qui s'achève. L'élue sortante ne se représente pas.

«L’administration de ce groupe deviendra finalement compliquée»


Comment avez-vous vécu cette mandature ?

«Au sein de la majorité, le groupe de 2016 a permis de rassembler très largement, du centre jusqu’aux extrêmes. Des idées éloignées provoqueront des dissensions, une rétention d’information, des actions surprises loin des idées socialistes, l’administration de ce groupe deviendra finalement compliquée. Il n’était absolument pas aisé de travailler ce mandat dans ses conditions. Des blocages et des divisions s’ancrent totalement. En ajoutant, un manque d’organisation de la gouvernance du groupe et du cabinet qui s’est améliorée les derniers mois du mandat. Dommage…»

«N’y a-t-il pas des extrêmes à gauche ?»


Quelle analyse faites-vous de la campagne qui vient de démarrer après la confirmation des dates des élections ?

«C’est une campagne régionale avec une politique particulière, des modalités avant-gardistes sur le plan des réseaux sociaux, au vue de la situation sanitaire, une campagne virtuelle, sans oublier les comportements d’apparatchik.»

«La liste Rassemblement National menée par Julien Odoul sort le grand jeu : des propos plus humains, afin d’enrayer une image divisée pour se racheter auprès des électeurs. Il s’achète une conduite pour donner suite à l’épisode du voile qui a fait un tollé auprès des élus et, a pris une proportion nationale. Une tête de liste à Belfort très étonnante qui aurait pu donner le change. J’ai tout de même du mal à l’imaginer. Monsieur Odoul aime le buzz, mais parfois le buzz peut devenir un cheval de Troie peu importe, les raisons. Il doit en tirer les conséquences qui s’imposent à son sujet. L’image ne suffit pas en politique.»

«La droite toute, a une ligne claire et lisible, on ne s’y trompe pas, et ils ne font pas semblant avec l’intégration de Debout La France. Une liste non modifiable, des propos républicains, des promesses à tenir, le ton est là, pendant que l’UDI s’interroge de la réussite qu’il aurait aimée. Mais, avoir des marquages proches du FN est trop issu du clientélisme.»

«Car, il n’y a pas que la gauche qui a le droit de rassembler. N’y a-t-il pas des extrêmes à gauche ? mais c’est naturel à gauche, alors qu’à droite c’est un scandale. Pourtant leur comportement violent, ne diffère pas beaucoup.»

«Marie-Guite Dufay a soutenu notre président et tout au long du mandat»


Quelle lecture faites-vous de la première semaine de campagne de la présidente sortante ?

«Pour la première fois, Marie-Guite Dufay a eu une ligne politique claire, je l’ai lu dans les journaux très récemment à l’occasion de cette campagne 2021 où elle affirme être foncièrement de gauche.» (retrouver la présentation des colistiers de Côte-d'Or où Marie-Guite Dufay revendique conduire une liste «de gauche»)

«On ne va pas oublier, tout de même qu’elle a soutenu notre président et tout au long du mandat, elle s’est toujours rapprochée de sa politique ce qui provoquait parfois des haussements de voix de certains membres du groupe «Notre Région d’avance». Les extrêmes gauches en profitaient pour étaler leur pièce de théâtre.»

Le bilan environnemental de Marie-Guite Dufay jugé «excellent»


Concernant l'environnement, la présidente a fait sans Europe Écologie Les Verts qui n'a pas obtenu d'élus en 2015. En tant qu'écologiste, quel bilan en tirez-vous ?


«N’oublions pas que les propositions des Verts à l’époque n’étaient pas très ambitieuses et que Marie-Guite Dufay entreprît beaucoup d’actions en faveur de l’environnement, de l’écologie et de l’énergie, bien plus que les Verts. Son plan de mandat a été plutôt exigeant pour certains résultats au risque d’être parfois punitifs, mais il est excellent dans sa réalisation sur certains domaines environnementaux.»

«Le temps des esprits marcheurs est bien loin»


L'UDE, maintenant l'UCE, soutient la politique d'Emmanuel Macron. Pourquoi ne  pas avoir rejoint la liste de Denis Thuriot soutenue par la majorité présidentielle ?
 
«La constitution des listes dans presque tous les partis se trouve entachée par des choix commerciaux, et en même temps, d’un autre monde, comme le disait Stéphane Guiguet pour la liste de Marie-Guite Dufay, où Jérôme Durain s’étonne de sa réaction. C’est plutôt à Jérôme Durain de se remettre en question. N’a-t-il pas oublié ce qu’il avait signé en 2016 ?» (retrouver la déclaration de Stéphane Guiguet démissionnant de sa vice-présidence)

«Et par rapport à tout cela, de mon côté j’avais la possibilité d’intégrer la liste LREM, mais je n’ai plus envie de ce jeu, déjà vécu au sein de la majorité. Des tractations illogiques et des considérations personnelles s’entremêlent et provoquent des choix souvent incompréhensibles.»

«Le temps des esprits marcheurs est bien loin, nous sommes toujours auprès des Mitterrandistes-Républicains-En-Marche. Leur méthode et leur politique se sont adaptées aux nouvelles situations, et leur ultime méthode pour diminuer les élus font croître la multiplicité des mandats.»

«La conseillère régionale d'opposition sortante dans la liste LREM n’a pas été noble et honnête envers la politique de notre président pendant ces 5 premières années, et 'fait authentique', ancienne LR, maintenant elle est 'divers droite' à LREM, engagée pour notre président depuis 2021, peut être que la pandémie a fait changer ces idées et son comportement. C’est très original au point que son nom rapporte plus et entre réellement dans des critères qui correspondent parfaitement aux parlementaires en place.»

«Considération personnelle, baronnie territoriale, déception des uns et des autres, parlons des départementales dans le Jura, d’un accord historique qui a été validé entre le président du Département et la députée LREM pour présenter les mêmes élus et ne gêner personne. Des soutiens évidents pour les personnes déjà en place, on prend les mêmes et on recommence.»

«La souveraineté de l’Europe ne peut être atteinte qu’ensemble et unis»


En conséquence, comment orientez-vous votre engagement politique ?

«J’ai besoin d’un projet participatif, acceptable et réalisable, j’ai besoin de partir dans une seule et unique direction. C’est pourquoi je suis engagée auprès du Parti de la Nature.»
 
«D’ailleurs, les listes régionales devraient s’en emparer et donner toutes leur attention à leurs cinquante propositions, sur des sujets comme sa gouvernance, l’éducation, la santé, la biodiversité, la nature au service du climat, la protection des espèces animales et végétales, les trames vertes et bleues, l’artificialisation des sols, l’agriculture avec la nature, l’économie circulaire et la gestion des déchets etc…»

«On peut citer, Fabienne Keller, députée européenne et correspondante du parti de la nature en Alsace, ainsi que Christophe Madrolle en tant que président de l’Union des Centristes et des Écologistes, mon président membre du parti de la Nature comme moi-même, et Yohann Pimentel, adjoint au maire de Savigny-en-Revermont et conseiller communautaire.»

«Avec quatre complices initialement, nous avons aussi fondé l’association portant le nom 'Europe Unie dans sa Diversité'. Les valeurs qu’elle porte sont énoncées dans son nom qui reprend la devise de l’Union européenne. Mais derrière ces trois valeurs principales, c’est la notion de fédéralisme qui se fait jour.  Et pour aller jusqu’au bout de nos choix, nous ne voulons pas cacher ce 'F-word' (anglomania oblige) politiquement si incorrect et tabou en France.»

«Nous, nous le prononçons, nous le servons. La souveraineté de l’Europe ne peut être atteinte qu’ensemble et unis. On profite de la Conférence Citoyenne sur l’avenir de l’Europe qui s’ouvre pour un an le 9 mai (Journée de l’Europe) pour tenter de mettre en correspondance des citoyens avec une exigence claire, une ligne visible et lisible.»

«Nous remarquons que les citoyens s’intéressent plus à l’Europe, en commençant parfois par lui faire des reproches. Pendant la crise du Covid, beaucoup de réactions sont ressorties comme 'l’Europe ne fait pas assez, l’Europe devrait se saisir de ce sujet entièrement', etc… Cette association vise à développer une réflexion et un militantisme actif pour l’avenir de l’Europe, délibérément au-dessus des partis politiques. Donc n’y voyez pas un racolage partisan mais un travail citoyen sincère.»

Le nouveau Parti de la Nature


Le Parti de la Nature a été créé fin 2020 par Yann Werhling, passé par les Verts et le Modem. Le parti se revendique d'une «écologie pragmatique» refusant «l'incantatoire ou la radicalité». Il rassemble des figures nationales comme les députés européens Pascal Durand et Fabienne Keller, les députés Éric Alauzet, Loïc Dombreval (président du groupe d'étude parlementaire sur la condition animale) et Maud Petit ou encore l'ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon.

Dans le champ de l'écologie, l'accent est mis sur la lutte contre «la dégradation de la biodiversité». Le site web est illustré par le dessin d'une patte de primate se rapprochant d'une main humaine, sur le modèle du plafond de la chapelle Sixtine où, en 1512,  Michel-Ange a figuré respectivement la main d'Adam et le doigt de Dieu qui accorde la vie.

Propos recueillis par Jean-Christophe Tardivon


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