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12/05/2021 06:57

RÉGIONALES : «L'âme du socialisme est beaucoup plus présente au coeur du Temps des cerises qu'au sein du Parti Socialiste», selon Bastien Faudot

Candidat de la liste Le Temps des cerises soutenue par La France Insoumise, ce mardi 11 mai Bastien Faudot se montre critique face à l'évolution du Parti Socialiste tout en revendiquant le «patrimoine commun» laissé par François Mitterrand. Il analyse le bilan de la présidente et répond sur le «chantage» du barrage face au Rassemblement National. Dans le domaine industriel, Bastien Faudot défend les sites de Belfort et du Creusot liés à la filière nucléaire.
Lors des premières élections régionales faisant suite à la fusion des conseils régionaux, en décembre 2015, la liste conduite par Nathalie Vermorel et soutenue par le Front de Gauche, par le Mouvement Républicain et Citoyen ainsi que par la Nouvelle Gauche Socialiste a rassemblé 4,62% des voix au premier tour.

Aux européennes de 2019, les scores des listes soutenues par La France Insoumise et Génération.s furent relativement modestes. En Bourgogne-Franche-Comté, la liste menée par Manon Aubry a récolté 6,30% des voix (6,31% au niveau national) et la liste conduite par Benoît Hamon 2,93% (3,27% au niveau national). La liste soutenue par le Parti Socialiste et Place Publique avait atteint 5,58% (6,19% au niveau national).


Des élus régionaux sortants membres de la Gauche Républicaine et Socialiste


A la suite de Manon Aubry, ces élections européennes ont notamment conduit au Parlement européen une figure syndicale de Bourgogne-Franche-Comté en la personne d'Anne-Sophie Pelletier et le leader de la Gauche Républicaine et Socialiste, Emmanuel Maurel. Depuis, la région a connu la crise des Gilets jaunes, l'épidémie de la Covid-19 et les péripéties autour de l'avenir de General Electric à Belfort.

Au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, la Gauche Républicaine et Socialiste compte quatre élus sortants, siégeant dans la majorité de Marie-Guite Dufay : Laurence Fluttaz et Denis Lamard en Saône-et-Loire, Grégoire Gille en Haute-Saône et Francis Cottet dans le Territoire de Belfort. Joël Mekhantar, adjoint au maire de Dijon, fait également partie de la GRS.

Le rassemblement de la gauche radicale


À défaut d'union de toute la gauche, c'est un rassemblement de la gauche radicale qui porte la candidature du Belfortain Bastien Faudot pour ces élections régionales des 20 et 27 juins prochains avec neuf formations réunies pour former la liste «Le Temps des cerises» : la Gauche Républicaine et Socialiste, La France Insoumise, Génération.s, Nouvelle Donne, Place Publique, Ensemble, la Gauche Démocratique et Sociale, les Radicaux de gauche (à distinguer du PRG-Centre gauche) ainsi que Pour une Écologie Populaire et Sociale.

Dans les faits, les membres de La France Insoumise devraient constituer un tiers des colistiers et les membres de la Gauche Républicaine et Socialiste un cinquième des colistiers.

Ce mardi 11 mai 2021, Bastien Faudot était à Dijon pour déposer la liste en préfecture. Ce même jour, le candidat a répondu aux questions d'Infos Dijon en commençant par une première séquence de contextualisation politique avant d'annoncer les premières mesures du programme dans une deuxième séquence (retrouver notre interview).

La Gauche Républicaine et Socialiste, trait d'union avec La France Insoumise


Bastien Faudot, quel est votre parcours politique ?

«J'ai 43 ans, je suis élu à Belfort, au conseil municipal, au conseil d'agglomération depuis 2014 et au Département depuis 2015. Je me suis engagé en politique en avril 2000, à l'époque au Mouvement des Citoyens de Jean-Pierre Chevènement. J'étais auparavant très engagé dans les questions de droits de l'Homme.»

«Après avoir lu un certain nombre d'ouvrages sur la question européenne, sur la question de l’État et des services publics, j'ai eu une sorte de prise de conscience. (…) J'ai d'abord été vraiment militant – je le suis toujours –  d'abord à Paris dans la section de Georges Sarre qui était maire du XIème arrondissement à l'époque puis, ensuite, dans le Val-de-Marne quand j'ai déménagé et je suis revenu, pour des raisons tant personnelles que politiques à Belfort en 2011 et je me suis engagé au sein du Mouvement Républicain et Citoyen.»

«J'ai été candidat aux élections municipales à Belfort en 2014, j'ai été élu dans l'opposition. La Ville a basculé à droite après une quarantaine d'années de gouvernance par la gauche. J'ai été élu aux départementales en 2015. À ce moment-là, j'étais devenu porte-parole du MRC. En 2016, le parti a décidé de participé à la présidentielle, ils m'ont désigné. J'ai été candidat à l'élection présidentielle pendant un an face à l'incapacité de réunir les 500 signatures : on avait 220 promesses de parrainage. On a décidé de soutenir un autre candidat [NDLR : le candidat du Parti Socialiste Benoît Hamon qui fondera par la suite le mouvement Génération.s].»

«En 2018, on a décidé de fusionner nos destins avec l'aile gauche du Parti Socialiste alors animée par Marie-Noëlle Lienemann et Emmanuel Maurel. On a créé la Gauche Républicaine et Socialiste. (…) On pensait qu'il manquait un acteur de cette gauche républicaine, dans une pure tradition jaurèsienne, articulant de près la question républicaine et laïque et le combat social.»

«Il nous paraissait totalement impossible que le Parti Socialiste, compte-tenu de son histoire, y compris l'épopée unitaire qui avait été portée par Mitterrand autrefois, décide de mettre à l'écart Mélenchon et La France Insoumise. Nous, la GRS, on a été pensé non pas comme un mouvement de masse mais comme un trait d'union, considérant que le projet qu'avait porté Mélenchon à la présidentielle, (…) sur un certain nombre de sujets, dont la question européenne, sur laquelle, lui, avait apporté un aggiornamento fondamental à gauche, était nécessaire.»

«Dans un contexte où le RN monte, où la droite conserve un socle traditionnel, à cela on ajoutait l'épopée des libéraux d'En Marche, si la gauche restait émiettée et morcelée, il n'y avait aucune perspective de victoire et de reconquête du pouvoir avant longtemps.»

Jean-Pierre Chevènement, Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon...


Emmanuel Maurel a participé en 2018 à la Fête de la rose à Frangy-en-Bresse, organisée par Denis Lamard à la suite d'Arnaud Montebourg. Comment vous situez-vous par rapport à Arnaud Montebourg ?

«Arnaud [Montebourg] a, sur le fond politique, l'avantage de n'avoir jamais cessé de porter les sujets qui nous paraissent essentiels : économie de production, réindustrialisation du pays, cause républicaine... de porter le fer au sein même du Parti Socialiste sur cette ligne-là.»

«En tout état de cause, que ce soit en 2012 dans la première primaire puis lors de la seconde primaire, il est resté marginalisé par un appareil qui ne veut pas entendre parler de mise à jour de son logiciel politique qui l'a mené politiquement à l'échec depuis des décennies.»

«[Arnaud Montebourg] a tenté le pari de l'intérieur, comme autrefois Jean-Pierre Chevènement avant qu'il ne quitte le Parti Socialiste, comme autre fois Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann avant qu'ils ne quittent à leur tour le Parti Socialiste. (…) De la même façon que Mélenchon a tenté, à l'intérieur du Parti Socialiste.»

«Devant le constat que cela n'était pas possible – il y a eu des temporalités et des calendriers pour les uns et les autres – ils ont fait le choix, qui était le seul choix rationnel qu'on puisse faire, qui était de le quitter pour changer le centre de gravité de la gauche de l'extérieur. Chevènement a tenté. Mélenchon a réussi en 2017.»

«Il lui a fallu quitter le Parti Socialiste parce que l'appareil socialiste est un appareil politique qui a produit l'avènement – on en parle beaucoup puisqu'on est le lendemain du quarantième anniversaire de la victoire de Mitterrand – de l'unité de la gauche, la conquête du pouvoir mais aussi, progressivement, à partir de 1983, la trahison du projet pour lequel le Parti Socialiste avait été élu avait la construction d'une idéologie de substitution qui, pour l'essentiel a tourné autour de la cause européenne mais telle qu'elle était pensé par les institutions.»

«C'est la ligne Delors-Rocard qui l'a emportée. C'est à dire la ligne social-démocrate très modérée qui est devenue avec le temps la ligne social-libérale puis la ligne libérale de Macron. Il y a un processus qui a conduit à 2017.»

«On fait porter à François Hollande une importance qu'il n'a pas mais on lui fait aussi porter des responsabilités qu'il n'a pas. Lui, il a parachevé cette dérive libérale engagée depuis très longtemps. Ce n'est pas lui qui a détruit le Parti Socialiste, c'est lui qui lui a porté le dernier coup, d'une certaine façon.»

«La logique unitaire doit passer par une alliance avec La France Insoumise»


En 2019, la GRS est constituée juste avant les européennes. Est-ce l'élection qui a préfiguré l'alliance actuelle ?

«On décide de mettre en œuvre la logique qui consiste à dire 'on travaille avec La France Insoumise' parce que la logique unitaire doit passer aussi par une alliance avec La France Insoumise qui est un acteur incontournable du paysage politique à gauche.»

«Il y en a beaucoup à gauche qui ont tendance à railler leur radicalité [chez LFI]. Ça m'étonne beaucoup parce que, quand on lit les 110 propositions de Mitterrand et qu'on lit 'l'Avenir en commun' [NDLR : le programme de LFI], je ne vois pas dans quelle mesure on peut considérer qu'il y a une radicalisation. (…) Ils regardant La France Insoumise comme un mouvement de gauche radicale qu'il n'est pas. Je pense que c'est un mouvement qui est au cœur de la gauche.»

«Il n'y a rien de critiquable dans la geste mitterrandienne»


«L'âme du socialisme est beaucoup plus présente en réalité au cœur du Temps des cerises qu'au sein du Parti Socialiste. Mitterrand appartient à la mémoire nationale et à la mémoire collective de toute la gauche, ça n'est pas privatisable, fut-il au Parti Socialiste. À certains égards, le Parti Socialiste est devenu le socialisme parti.»

«La question centrale, c'est la ligne. (...) Le socialisme de 2021 ne peut plus être celui du congrès d'Épinay. (…) En fin d'année, on fêtera le cinquantième anniversaire du congrès d'Épinay qui est l'acte fondateur. (…) Je reprends à cet égard la grande phrase de Mitterrand qui dit 'celui qui n'est pas en rupture avec l'ordre établi, celui qui n'est pas en rupture avec le capitalisme, je le dis, celui-là ne peut pas être adhérent du Parti Socialiste'. De sorte qu'aujourd'hui, j'ai tendance à inverser cette phrase : à partir du moment où le Parti Socialiste lui-même ne s'inscrit plus en rupture avec l'ordre établi et ne s'inscrit plus en rupture avec le capitalisme alors, les uns et les autres, nos traditions politiques – je n'ai jamais été adhérent du Parti Socialiste – ne peuvent plus êtres adhérents du Parti Socialiste. La cohérence du Temps des cerises, c'est cela.»

«Mitterrand fait partie très clairement de notre patrimoine commun avec sa part d'ombre et sa part de lumière parce qu'il y aussi des aspects critiquables. Mais il n'y a rien de critiquable dans la geste mitterrandienne, dans sa stratégie unitaire et sur la ligne unitaire. Ça s'est fait sur une orientation politique qui était d'abord le programme commun, l'alliance avec les communistes. On joue le même rôle en réalité aujourd'hui, GRS, qu'a pu jouer à l'époque au sein du Parti Socialiste qu'a pu jouer le CERES [NDLR : Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste, un des courant fondateur du PS en 1971, animé notamment par Jean-Pierre Chevènement] puis le CERES défendait l'union avec le Parti Communiste alors que l'aile droitière du Parti Socialiste de l'époque – à partir de Guy Mollet – ne voulait pas en entendre parler.»

«Aux européennes, on a fait ce choix stratégique inscrit dès le début de la fondation de la GRS. Ce choix stratégique s'est depuis élargi. Il y a avec nous Génération.s qui avait sa propre liste aux européennes mais aussi Plaque publique et Nouvelle Donne. Depuis le Temps des cerises a égrené.»

«C'était une préfiguration. C'était il y a deux ans, le contexte politique a depuis changé, ce n'est pas le même scrutin. Il y avait une première intention. Depuis, ça s'est étoffé.»

«Nous avons eu des débats en interne au sein de la majorité sortante»


Comment s'est constituée cette alliance ?

«D'abord il y a la ligne politique par rapport au mandat qui s'est écoulé. Nous avons quatre élus sortants à la GRS. Nous avons eu des débats en interne au sein de la majorité sortante sur un certain nombre de sujets que nous n'avons pas jugé utile de mettre sur la place publique parce que, d'une part, le RN qui était à l’affût dans une région qui avait une majorité extrêmement fragile, très composite avec, depuis 2017, une frange macroniste dont certains sont à LREM. (…) Il y avait l'aile gauche de cette majorité, animée en particulier par les élus de GRS et ceux de Génération.s, il y en avait aussi parmi le Parti Socialiste qui nous ont accompagnés dans certains combats internes.»

«On a mené ce combat sur la mise en concurrence des TER – combat que nous avons remporté – on a mené le combat sur le positionnement de la région par exemple vis à vis du dossier de General Electric – celui-là, je ne peux pas dire que nous l'ayons remporté parce que la majorité sortante s'est trouvée dans une position d'accompagnement assez passif. La Région a participé à la diversification en mettant des moyens sur hydrogène, sur des projets alternatifs mais elle n'a pas joué son rôle d'institution de combat politique.»

«Les élus sortant de la GRS ont proposé une motion, il y a de cela deux ans, pour que la Région s'associe à la mise en demeure de l’État par les syndicats et aux démarches qu'ils pourraient engager contre General Electric. Une fois que s'est passé par le cabinet de la présidente, tout cela a été quand même savamment édulcoré, de sorte qu'il n'y avait plus aucune mise en cause de l’État dans le dossier alors que Macron est LE responsable intuitu personæ depuis 2014, au moment où il est à l’Élysée comme conseiller de Hollande puis comme ministre de l’Économie puis comme président de la République de l'ensemble du dossier et du choix stratégique de laisser partir un fleuron stratégique national.»

«On a payé le prix social à Belfort de cette affaire puisqu'on a perdu 1.500 emplois mais il y a d'autres coûts qui ne sont pas seulement sociaux, du point de vue de l'indépendance et de la souveraineté du pays sur des sujets hautement stratégiques. (…) Les turbines font tourner le [porte-avions] Charles-de-Gaulle, font tourner les sous-marins nucléaires, c'est au cœur même du dispositif de la dissuasion. Par ailleurs, on a quand même 56 réacteurs nucléaires dans le pays dont la maintenance est confiée aujourd'hui a des intérêts privés américains.»

«On a deux sites centraux dans la région. Il n'y a pas que Belfort. On a aussi les cuves qui sont faites au Creusot. La Région a son mot à dire. On a dans ce secteur-là près de 10.000 emplois en Bourgogne-Franche-Comté. On était en droit d'attendre une position un peu plus vigoureuse.»

«Il y a un problème d'incarnation avec Marie-Guite Dufay»


Est-ce que cela explique le clash de Denis Lamard à la session se tenant à Besançon le 7 février dernier ?


«On arrivait dans la dernière séquence. Il s'agit quand même de rendre compréhensible ce qui va se passer. L'ensemble des débats étaient restés au sein même de la majorité pour ne pas la fragiliser. En plus, on avait un programme régional en 2015, celui-là a été tant bien que mal mis en œuvre. (…) À partir du moment où les clarifications que nous demandions de la majorité n'ont pas été faites, elles ne peuvent se produire que devant les électeurs. C'est le sens de la campagne.»

D'où l'absence de «gauche unifiée» autour de Marie-Guite Dufay ?

«Nous, y compris La France Insoumise, on a jamais posé comme condition absolue de ne pas travailler avec le Parti Socialiste. Il y a eu une ouverture de toutes les composantes.»

«Il y a un problème d'incarnation avec Marie-Guite Dufay qui n'est pas lié à sa personne, qui est lié au choix politique qu'elle a engagé en soutenant Macron mais pas seulement. Il y a plein de gens de bonne foi qui ont soutenu Macron, on le sait. (…) Il y avait le risque du RN.»

«Le problème, c'est que ça s'est inscrit dans une certaine durée. Sur General Electric et Alstom, sur la réforme ferroviaire... Elle a quand même soutenu, avec Michel Neugnot, la réforme du rail en proposant avec l'article 19 de la convention TER la mise en concurrence anticipée du service public ferroviaire. Le matin même de la session, nos élus on menacé de voter contre en séance, ils l'auraient fait. Elle a décidé de le retirer in extremis. Faut-il en arriver à ce type d'extrémité au sein même de majorité, de surcroît de gauche, sur des questions aussi évidentes ? Elle a soutenu la réforme des retraites il y a un an.»

«Si on ajoute un certain nombre de membres de la majorité qui ont conduit des listes LREM aux municipales auquel le Parti Socialiste avait décidé de retirer l'investiture et qu'elle n'a pris aucune mesure leur retirant leur délégation témoigne d'une certaine complaisance à l'égard de ce positionnement politique.»

«Il n'y aura pas d'espoir de reconstruction à gauche et, surtout, d'une politique de changement audacieuse sur le plan social et sur le plan écologique  s'il n'y a pas une clarification avec un cordon sanitaire avec toute la macronie.»

Pourquoi n'y a-t-il pas eu d'accord avec l'écologie politique pour le premier tour ?

«On leur a proposé. Il n'y a qu'eux qui peuvent répondre. (…) Je le regrette parce que je pense que c'était le sens de l'histoire.»

Quels points positifs les élus GRS ont-ils obtenu durant le mandat écoulé ou quels satisfecits attribuez-vous à la majorité sortante ?

«Sur les politiques de développement économique, notamment sur le programme de relance, (…) elle est sorti d'une politique budgétaire trop rigoureuse en prenant la mesure de la crise qui est devant nous et a fait des propositions significatives qualitativement et quantitativement. On l'a soutenu.»

«Cette génération a mis le pays dans un état de dépression économique et sociale fondamental»


La majorité était pourtant critiquée par son opposition de l'union de la droite pour être trop attentive à la question de la dette de la collectivité.

«La droite n'a jamais que le discours des petits comptables. C'est leur logique de politique d'austérité depuis des décennies, celle de la droite et de libéraux, qui conduit, dans la crise sanitaire, le pays à n'avoir plus l'industrie nécessaire et les capacités de production de masque, de matériel respiratoire... C'est cette même politique qui a mis par terre l'hôpital public et c'est eux qui continue de nous donner des leçons. Ces gens-là sont totalement disqualifiés. (…) Qu'ils s'appellent Platret ou qu'ils s'appellent Thuriot, c'est la même chose avec des aspects de sensibilité un peu différents.»

La présidente a ouvert le robinet de l'argent public.

«Il le faut, c'est fondamental en plus à une époque où on emprunte à des taux ridiculement bas donc il n'y a pas de difficulté de ce point de vue-là. Toute la dramaturgie sur 'nos enfants ne vont pas pouvoir rembourser', c'est cette même génération qui a mis le pays dans un état de dépression économique et sociale fondamental qui fait semblant de s'intéresser maintenant à l'avenir de nos enfants.»

«La question centrale – on en a besoin en Bourgogne-Franche-Comté, en particulier, qui est une région à forte identité industrielle et agricole, c'est à dire de production locale – il y a une nécessité vitale aujourd'hui de faire une mobilisation générale de la puissance publique et d'abord de la puissance publique régionale. Parce que ce n'est pas fini, il y a quand même à Nevers, à Lons-le-Saunier, à Belfort... des plans sociaux massifs aujourd'hui avec des arrêts de production ou des délocalisations de production.»

«On n'est qu'au début de ce problème. Il faut bien que les citoyens de Bourgogne-Franche-Comté prenne la mesure : la crise sanitaire et sociale que nous sommes en train de traverser, par son ampleur, est le plus importante depuis les années 1930. Compte-tenu de la structure même économique de notre région, nous allons être particulièrement exposés.»

«On ne peut pas confier à ceux qui sont au principe même de cette crise le soin de nous en sortir.»

«Il y a des gens qui sont les victimes quotidiennes de la mondialisation financière»


Vous ne pronostiquez donc pas une reprise en V ?

«On a eu un tel effondrement l'an dernier (…) que, de façon optique, on va avoir un rebond du PIB inévitable le jour où l'activité va se remettre en place mais pas au niveau auquel nous étions. Reprenons les chiffres à partir même de 2008. Économiquement, le pays, aujourd'hui est en train d'entamer, après une décennie de crise devenue structurelle, une deuxième décennie de crise avec des effets importants sur toute une génération qui n'a aucune perspective sérieuse devant elle. Je parle des gens qui sortent de la formation initiale, qui ont 20 ans, 25 ans, 30 ans, qui essaient de fonder un foyer, qui essaient de pouvoir accéder à un logement, qui aimeraient pouvoir accéder à un emploi dans des conditions qui paraissaient parfaitement normales autre fois. (…) Aujourd'hui, ils vivent au jour le jour. C'est moins romantique que ne le pensent les poètes de la Pléïade.»

«C'est ça la grande rupture sociale aujourd'hui. Entre ceux qui ont le confort de pouvoir voir venir, dans l'espace et dans le temps. Demain, après-demain, l'été prochain les enfants vont pouvoir partir en vacances. Et ceux qui n'ont une capacité de pouvoir anticiper à un ou deux jours. À l'antenne du Secours Populaire de Belfort, plus de la moitié de celles et ceux qui vont à l'aide alimentaire, ce sont des étudiants.»

Est-ce que cela reconfigure la lutte des classes ?

«La lutte des classes passe d'abord par l'idée qu'il y a des classes et, pour qu'il y ait des classes, il faut qu'il y ait une conscience de classe. Il y des classes mais il n'y a plus de conscience de classe. Les gens eux-mêmes ne s'identifient plus vraiment, comme c'était le cas dans le courant de l'histoire du XXème siècle, à des classes déterminés parce que tout cela a explosé. (…) L'autorentrepreneur ne s'assimile pas spontanément aux classes populaires alors que, en fait, il se trouvent la plupart du temps dans des situations économiques et sociales qui sont celles des ouvriers ou de la femme de ménage qui intervient dans les hôtels, avec des incertitudes encore plus grandes.»

«Il y a des gens qui sont les victimes quotidiennes de la mondialisation financière. Ils sont partout. C'est autant le commerçant en face qui vend ses vêtements que le boulanger. Je parle du milieu du petit commerce. Dans les années 1960, c'était le cœur de l'électorat de la droite.»

«L'idée, c'est que les petits, les ouvriers de l'industrie, ceux qui ont la chance d'avoir un boulot, ceux qui n'en ont plus, (…) les fonctionnaires – les enseignants ont perdu 35% de pouvoir d'achat depuis l'an 2000 en France – sont toutes, à un titre ou à un autre, des victimes quotidiennes de ce grand déménagement du monde. C'est ça qu'il faut être capable de reconstruire politiquement avec une conscience collective et un projet qui lui soit adossé. C'est ça notre tâche.»

«Le cocktail explosif, c'est ça : les inégalités territoriales, la désindustrialisation et le chômage de masse»


Envisagez-vous de faire barrage au Rassemblement National ?

«La gauche castor, il y en a ras-le-bol [NDLR : les castors étant connus pour leurs barrages]. D'abord parce que ce sont des barrages qui ne marchent plus. Je vois bien le jeu qui consiste à entretenir cette dramaturgie, non pas que le risque n'existe pas, il existe mais il existe d'autant plus que nous ne formulerions plus de réponses aux causes qui génèrent l'électorat du Front National mais que nous passons notre temps à gérer ces conséquences.»

«Bien sûr qu'il faut faire barrage au Front National. C'est notre adversaire ultime et j'allais dire aussi notre ennemi intime parce que le Front National est venu conquérir l'électorat populaire qui, pour une grande part, votait à gauche il y a quelques décennies.»

«Miser sur l'instrumentalisation de cette peur et penser qu'elle va suffire à endiguer le problème est une ineptie. [Tant que les électeurs populaires] n'auront pas la garantie absolue qu'une gauche claire, qu'une gauche sincère, qu'une gauche de combat va prendre en charge leurs intérêts, ils n'auront plus aucune raison de voter pour nous. C'est pareil pour les abstentionnistes.»

«La cause du problème c'est l'absence de services publics. (…) Dans une région très rurale comme la nôtre, il y a une majorité de citoyens qui ont le sentiment d'être abandonnés par la République et la République, c'est aussi la république sociale. Par nos institutions, on fabrique tous les jours des citoyens de seconde zone.»

«Le cocktail explosif, c'est ça : les inégalités territoriales, la désindustrialisation et le chômage de masse. Dans notre région aujourd'hui, selon l'ARS elle-même, on a 21% des habitants qui habitent dans des déserts médicaux.»

«On pense que la Région peut impulser des politiques très concrètes pour monter un groupement d'intérêt public pour salarier des médecins massivement et mettre en place des centres de santé publique. Il en faut une cinquantaine. Encore faut-il mobiliser les moyens et que les petits comptables et leurs petits carnets ne fassent pas la politique.»

«Je reviens au Front National. (…) En  2015, dans un certain nombre des régions, des gens à gauche ont fait le choix de se retirer. Regardez les sondages dans le Nord-Pas de Calais où, pourtant, la gauche est toute rassemblées et fait moins de 20%. (…) Pendant six ans, elle a disparu de la circulation.»

«La seule garantie que les [Bourguignons-Francs-Comtois] ont qu'il y ait une gauche au second tour de l'élection régionale pour batailler face aux trois droites – la droite macroniste, la droite LR et la droite RN – c'est le Temps des cerises. Nous, on ne cédera pas au chantage et au risque du Rassemblement National pour le second tour sinon c'est l'abolition du débat public et l'improbable front républicain.»

«Il faut un projet de rupture, un projet de clarification sur le plan économique et social. Il faut remettre du service public, remettre du service de transport ferroviaire pour nos concitoyens. (…) Il faut une Région qui soit là au quotidien, pas juste dans les mots, dans une traduction dans le service à la population.»

Déposée ce mardi 11 mai, la liste sera rendue publique d'ici la fin de la semaine. Du 28 mai au 6 juin, l'opération «Le printemps des cerises» sera organisée sous forme de randonnées de 15 à 20 km pour aller à la rencontre des citoyens avec une thématique différente dans chacun des huit départements. Le programme complet sera diffusé avant cette opération. Des personnalités participeront à ces randonnées.

Propos recueillis par Jean-Christophe Tardivon

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Bastien Faudot


Anne-Sophie Pelletier, Bastien Faudot et Denis Lamard avant le meeting de Jean-Luc Mélenchon à Besançon, le 14 mai 2019, pour la campagne des élections européennes


Francis Cottet, Bastien Faudot et Denis Lamard avant le meeting


Denis Lamard au premier rang avec Jean-Luc Mélenchon (images d'archives JC Tardivon)


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