Recherche
Pour nous joindre
redaction.infosdijon@gmail.com
SMS au 07.86.17.77.12
> Bourgogne - Franche-Comté > Bourgogne - Franche-Comté
23/04/2021 03:23
4150 lectures

RÉGIONALES : «Le vin est une des richesses de notre région», déclare Denis Thuriot

Dans le déroulé de sa campagne pour les élections régionales, Denis Thuriot, candidat de la majorité présidentielle en Bourgogne-Franche-Comté, a fait une étape ce jeudi 22 avril à Meursault pour s'enquérir des conséquences du gel dans les vignes bourguignonnes.
Entouré de colistiers de la Côte-d'Or, ce jeudi 22 avril 2021, Denis Thuriot est allé à la rencontre du président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne, Thiébault Huber, et de son secrétaire général, Aubert Lefas, pour faire le point sur les conséquences de l'épisode de gel de début avril.

La CAVB représente 4.500 producteurs de raisin et 84 appellations de la Bourgogne viticole, de Chablis à Mâcon, réparties sur 31.000 hectares, le long de 230 kilomètres. La cotisation est obligatoire. La structure emploie 14 personnes pour les services rendus aux organismes de défense et de gestion (ODG) des appellations d'origine contrôlée.


Une demie-récolte en 2021


«Le coup de gel a fortement compromis le millésime 2021, pas sur la qualité mais sur la quantité», explique Thiébault Huber. La Bourgogne viticole s'attend à présent à une demie-récolte. Sur l'ensemble du territoire national, France AgriMer estime à 30% la baisse de récolte suite au coup de froid sur les cultures.

Peu de vignerons sont assurés face aux fléaux climatiques. Après un pic à 65%, la part s'établit à 25% à ce jour. Qui plus est, les assureurs envisagent une forte hausse des cotisations.

«On a un problème structurel face au changement climatique»


«On a un problème structurel face au changement climatique», concède Thiébault Huber. La CAVB envisage l'évolution du modèle économique de la viticulture bourguignonne sur le long terme et accompagne la recherche agricole pour identifier les cépages permettant de s'adapter au changement climatique.

Alors qu'une majorité de bourgeons ont été détruits par le gel, les éventuels second bougeons qui pourraient se réveiller, la douceur revenant, ne sauveront pas la récolte puisque produisant moins de grappes.

«D'ici un mois, quand vous vous promènerez, vous aurez encore l'impression que l'on est encore en hiver parce que, sur les vignes, il n'y aura pas de feuilles», se désole Aubert Lefas.

La taille tardive est également mis en avant comme pratique atténuatrice des effets du gel. Elle poserait un problème de main-d’œuvre car l'hiver permet de répartir les travaux dans les coteaux. Qui plus est, la filière peine déjà à recruter : 700 postes sont à pourvoir dans les domaines bourguignons.

Pour le président de la CAVB, la principale piste d'adaptation au changement climatique réside dans le choix de variétés plus tardives, dont la croissance ne démarrerait pas en mars en étant encore à la merci de nuits gélives. Thiébault Huber s'inscrit dans une démarche sur «trente ans».

«Les fermages ont doublé en cinq ans»


La CAVB veut battre en brèche l'idée reçue des vignerons «richissimes». La taille moyenne des exploitations est de 7,5 hectares. La plupart sont familiales et peu de vignerons sont propriétaires de leurs terres alors que les droits de succession sont régulièrement décriés car entraînant la division des domaines.

Lors d'une année à la récolte normale, les fermages représentent environ 20% des coûts de production. Qui plus est, le fermage est indexé sur le prix professionnel de vrac qui ne cesse d'augmenter.

«On rentre dans un système paradoxal : moins de récolte et des fermages qui ont doublé en cinq ans», indique Aubert Lefas en s'adressant au représentant de la majorité présidentielle. La CAVB demande donc la révision du statut du fermage, qui date de 1952, avec, par exemple, un plafonnement en cas de perte de récolte. Le député de la Côte-d'Or Didier Paris se dit favorable à une évolution de ce statut en la liant à «une meilleure protection des propriétaires».

Une épargne sous forme de bouteilles complémentaires


Dans ce contexte, la CAVB ne décolère pas contre les limites de production annuelle fixées par l'INAO à 50 hectolitres par hectare. En 2018, des raisins qui auraient pu finir en bouteilles de meursault ont été envoyés à la distillerie pour produire de l'alcool pur.

Les vignerons ont droit à un volume complémentaire individuel (VCI) portant la limite à 58 hl/ha sur les blancs sans mise en bouteille. «On peut faire quelque chose», lance Thiébault Huber comme piste de réflexion avec «une vraie épargne de sauvegarde des petites appellations» sous la forme de bouteilles pouvant être vendues lors d'années déficitaires.

Sur son domaine, le vigneron indique ainsi une parcelle de Volnay premier cru qui aurait pu générer cent bouteilles de plus. Alors que les trésoreries vont s'effondrer, «ces bouteilles, je les aurais en 2022, je serais content», ajoute-t-il. De plus, «qualitativement, ce n'est pas parce qu'on va faire 5 hectos de plus qu'on va perdre l'image de vins de qualité», estime le vigneron.

«De très grands vins en Bourgogne et en Franche-Comté»


Alors que le candidat de la majorité présidentielle rappelle que le gouvernement a mis en place un fonds spécial d'un milliard d'euros pour accompagner les agriculteurs qui ont subi les conséquences du gel (lire le communiqué), le président de la CAVB ne fait pas montre d'enthousiasme : «on attend de voir le modus operandi». «C'est en 2022 que l'on va avoir des trous de trésoreries», alerte-t-il.

Denis Thuriot explique que les échanges du jour vont nourrir le programme de la liste qui est en cours d'élaboration. «Le programme arrive bientôt», assure le candidat. «Le vin est une des richesses de notre région, on a la chance d'avoir de très grands vins en Bourgogne et en Franche-Comté», insiste-t-il sur cette thématique agricole.

«L'eau de l'hiver doit être l'eau de l'été»


En revanche, sur la question de l'eau, la réflexion est plus avancée : «l'eau de l'hiver doit être l'eau de l'été ; ça veut dire accentuer la récupération et les bassins de rétention qui sont parfois en contradiction avec les dispositions sur la biodiversité».

«La réflexion est sur la table», reconnaît Thiébault Huber qui se montre prudent sur ce sujet hautement sensible d'un point de vue environnemental : «attention, la vigne n'a pas besoin de beaucoup d'eau».

«Les gens qui font des vignes dans le Val de Saône ont du goutte à goutte», signale le sénateur François Patriat. «Il y a des injonctions contradictoires», constate également Didier Paris. En conclusion des échanges, le candidat en campagne lance qu'«il va falloir faire un choix».

Jean-Christophe Tardivon

Denis Thuriot souhaite rassembler «deux Bourguignons-Francs-Comtois sur trois»


«Il y a un gros problème d'adaptation du vignoble par rapport au changement climatique», selon Thiébault Huber



























Infos-dijon.com - Mentions légales