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09/05/2021 03:17

RÉGIONALES : «Les écologistes ne recherchent pas le problème mais la solution», affirme Stéphanie Modde

Tête de liste pour les élections régionales, Stéphane Modde a présenté la liste «pour un nouvel élan écologiste et solidaire» ce samedi 8 mai à Dijon avec le soutien d'Anne Vignot, maire de Besançon. Plusieurs intervenants ont souligné la «pertinence» de l’écologie pour remédier à la crise et répondre à l’urgence.
«Ces élections ne sont définitivement pas banales et comme je trouvais que ce n’était pas encore assez extraordinaire, j’ai décidé d’en rajouter une touche personnelle». C’est sur le ton de l’humour que Stéphanie Modde a ouvert la conférence de presse de ce samedi 8 mai 2021 à l’hôtel Mercure à Dijon, en annonçant, dans un fauteuil roulant suite à un accident de vélo, qu’elle va poursuivre la campagne «à mobilité réduite».

Pour faire écho à son engagement écologiste à Dijon, elle aurait pu parler de mobilités douces. Mais à l’écouter présenter ses colistiers lancés dans la campagne des élections régionales, les intentions écologistes à l’échelle de la Bourgogne-Franche-Comté ne se limitent pas à accompagner ces mobilités. «L’écologie doit être au coeur des politiques et des projets pour la Bourgogne-Franche-Comté», a-t-elle déclaré.


Pour prolonger l’ouverture originale de la réunion, les colistiers de Stéphanie Modde n’ont pas hésité à lui remettre le «maillot jaune, issu d’une entreprise jurassienne de l’économie sociale et solidaire». Réaction de la principale concernée : «Celui-là il faut le tenir jusqu’au bout. La dernière étape c’est le 20 juin, avant l’arrivée aux Champs le 27 juin pour le sprint final». Avec à ses côtés un peloton de candidats expérimentés mais aussi de forces nouvelles. C’est en substance comme cela que Stéphanie Modde a présenté ses colistiers.

Repenser un écosystème face à la crise


En première supportrice, la tête de liste régionale peut compter sur Anne Vignot, maire de Besançon et présidente du Grand Besançon. Viser un mandat à la tête du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, «c’est un enjeu important pour continuer à bâtir un territoire nouveau». Ce territoire, Anne Vignot le voit avec certes une capitale régionale identifiée, mais plutôt avec deux capitales, Dijon et Besançon, «qui sont de grandes jumelles», sans oublier «une architecture rurale qui nécessite d’être travaillée».

Pour la maire de Besançon, la fusion régionale est à revoir, en mettant «en cohérence les politiques pour tracer un cap». En soutenant la liste écologiste pour les élections régionales, elle met en avant une trajectoire écologique qui s’exprime dans la diversité des forces et des atouts. Une trajectoire qui «change les façons d’envisager la mobilité, l’urbanisme pour répondre à la crise sociale et écologique, dans tous les schémas que la Région porte. Il y a le transport, l’habitat, l’organisation des territoires, les déchets, l’eau, la biodiversité».

Cette crise, selon l’élue Europe Écologie Les Verts bisontine, fait ressortir la nécessité de se recentrer sur le local, «de repenser localisation, un écosystème de l’économie». Avec la liste «pour un nouvel élan écologiste et solidaire», Anne Vignot se projette dans «une région qui sait travailler de tous ses atouts, qui construit ses autonomies énergétiques, alimentaires et autres pour ne plus s’arrêter» et qui fixe le cap du respect de l’Accord de Paris sur le climat tout en pensant aux générations futures, même si d’après l’élue territoriale «l’État ne met pas les moyens pour réaliser ces objectifs».

Stéphane Modde insiste sur les propos d’Anne Vignot. En évoquant la sixième extinction des espèces et, sur un aspect plus régional, l’état de la forêt, la tête de liste écologiste pour les élections régionales lance : «Il y a urgence. Et il n’y a pas d’écologie sans les écologistes».
L’élue municipale et métropolitaine de Dijon se place aussi dans une dimension régionale, en souhaitant «que cessent les querelles de clochers et que Dijon ne prenne pas tout», au nom de «la coopération, la complémentarité et non la compétitivité entre les territoires». Elle prend exemple sur une université de Bourgogne-Franche-Comté à accompagner dans l’innovation et la recherche.

«Un rassemblement pour l’urgence»


Stéphane Modde exprime une fierté d’avoir réuni «la grande famille des écologistes» dans cette dynamique. Béatrice Vincerot, déléguée en Saône-et-Loire de Cap Écologie et numéro 3 sur la liste écologiste dans son département, parle d’«un rassemblement pour l’urgence sur des sujets qui font notre vie quotidienne, pour la défense du climat, de la biodiversité, de nos agriculteurs, la sécurité alimentaire, la jeunesse».

«On est plusieurs chapelles mais on a tous la même religion», croit fortement Pierre Chancy, 6ème sur la liste de la Nièvre, lui qui a rejoint Génération Écologie il y a un an, séduit par l’idée d’une «écologie intégrale, au centre de tout».

Fabien Robert, conseiller municipal à Dijon, président de Combactive et responsable régional de Cap Écologie, rappelle son engagement en faveur de la préservation de la nature et de la protection animale. Aujourd’hui numéro 2 sur la liste écologiste de Côte-d’Or, il veut «aller encore plus loin. Et ce rassemblement nous offre les meilleures compétences pour la victoire des vrais écologistes». En soulignant que le thème de la condition animale n’est abordée que par cette liste.

Voilà pour la dynamique de rassemblement des écologistes. Mais pourquoi s’engagent-ils sous cette bannière et non sous d’autres bannières de Gauche ? Stéphane Modde et Fabien Robert l’ont expliqué assez clairement. Ce positionnement a été appuyé par plusieurs colistiers ce samedi.

Sarah Persil, de Lons-le-Saulnier dans le Jura, maman d’un enfant, a «l’ADN du milieu associatif et de la lutte pour l’égalité des droits». La question de la justice sociale va de pair selon elle avec l’accès à la nature, «à une nature de qualité et pour tous». La dernière élection présidentielle et le duel Macron contre Le Pen lui a fait dire que «l’engagement associatif ne suffit plus. On se rend compte que notre démocratie a peut-être un souci». Son engagement est alors allé vers la politique, vers les écologistes «qui montrent que nous les femmes, nous avons toute notre place en politique».
Numéro 2 sur la liste jurassienne, Sarah Persil se sent à sa place pour oeuvrer à l’accompagnement des associations, au développement des territoires, pour placer l’économie sociale et solidaire au centre des réflexions «à un nouveau monde qui place l’humain et la solidarité au centre de nos engagements politiques».

Hélène Astric, gemmologue de formation, enseignante depuis 15 ans, écologiste depuis toujours, maire de Boussières dans le Doubs. Elle se préoccupe du développement durable pour l’avenir de ses élèves et poursuit des projets de maraîchage et de permaculture dans l’optique de favoriser l’autonomie alimentaire au sein de son village. «Être sur cette liste, c’est montrer que l’on peut faire quelque chose», insiste-t-elle.

«C’est une prise de conscience que rien n’est réellement structuré»


Jean-Baptiste Pierre, dans son troisième mandat de maire de Sommant en Saône-et-Loire, enseignant en économie et gestion, ne s’en cache pas : il a été conseiller général de Saône-et-Loire sous la présidence d’Arnaud Montebourg puis de Rémi Chaintron, dont il était membre de la majorité socialiste avec une sensibilité Divers Gauche avant d’adhérer au PS.

Il se trouve désormais sur une liste écologiste et s’en explique : «Pourquoi nous élus travaillons-nous ? Pour l’intérêt général mais aussi pour l’environnement au sens large, pour travailler à la durabilité économique, sociale et environnementale. Or, ayant vécu des mandats de Gauche, de Droite et du Centre, j’ai pu remarquer que le développement économique est porté en priorité par rapport au développement social et qu’il y a un saupoudrage pour ce qui est de la durabilité environnementale, bien souvent à vocation électoraliste. Le déclic a été de me demander : quelle est la priorité ? Je vois l’état de la forêt, de la biodiversité, des cours d’eau. C’est une prise de conscience que rien n’est réellement structuré pour nous permettre d’avancer plus rapidement sur des objectifs à 30 ans. L’écologie doit être une priorité car l’urgence est là. La lutte contre l’extrême-droite passe par l’écologie».

Victor Costa, couvreur, a participé à l’élaboration de la Convention citoyenne pour le climat. Neuf mois de travail ont laissé place à la déception selon le citoyen, celle de voir tout ce travail «accoucher d’une souris»
«Est-ce qu’on peut après tout ça baisser les bras et se dire qu’on abandonne ?». Victor Costa s’interroge plus explicitement : «Est-ce qu’on peut continuer à faire de la politique comme ça ? C’est à dire engager des gens pour qu’à la fin on ne prenne pas en compte leurs préconisations. Les lobbies ont fait leur travail auprès des ministres».
L’écologie, c’est selon le colistier de l’Yonne la manière la plus juste et cohérente de faire profiter les autres d’idées citoyennes tendant «vers le bien commun, avec modération et sans tomber dans les extrêmes pour embarquer les gens, comme les agriculteurs ou les chasseurs».

Aurore Lagneau, 38 ans, sophrologue à Velars-sur-Ouche, est «touchée par la dégradation environnementale et peut voir de plus en plus de personnes atteintes de maladies parfois irréversibles».
Sur la biodiversité, elle s’appuie sur les données de mars 2021 émanant de l’observatoire régional pour noter que «20 % des espèces sont menacées d’extinction, seulement 31 % des cours d’eau sont en bon état écologique et 41 % de la population d’oiseaux a chuté dans les zones agricoles».
Engagée dans une association portant une mission pédagogique auprès d’élèves de primaire, la candidate côte-d’orienne (en 7ème position sur la liste départementale) voit en eux des futurs adultes responsables via une sensibilisation à l’écologie ou d’autres initiatives citoyennes du genre en faveur de la réhabilitation de la nature.
Le pôle écologiste candidat et force de propositions en vue des élections régionales, c’est selon elle l’expression de l’intelligence collective.

Nicolas Bonnand, en 12ème position sur la liste de Saône-et-Loire, est agro-économiste indépendant et conseiller municipal de Montceau-les-Mines. Pour ce fils de maraîcher, les politiques publiques en faveur du climat peuvent venir d’un mouvement citoyen et d’une candidature «qui parle aux gens». Et l’échelle régionale selon lui est aussi «la bonne pour reconstruire par l’écologie, dans le mandat et les compétences qu’elle donne».

«Nous avons d’abord un premier tour à faire avec le score le plus haut possible»


En ayant laissé la parole à ces candidats, Stéphanie Modde a voulu montrer la diversité de profils se rejoignant tous sur la dimension citoyenne de l’engagement, en souhaitant évidemment que ces forces mises en avant se traduisent dans les urnes les 20 et 27 juin prochains. «Nous avons d’abord un premier tour à faire avec le score le plus haut possible», a-t-elle répondu lorsqu’on lui a demandé si un front commun avec le PS et En Marche serait envisageable pour le second tour si la Droite et l’extrême-Droite se trouvent en position de force au soir du premier tour.

La tête de liste écologiste se concentre sur le premier tour, tout en précisant : «Nous avons commencé à discuter avec le PS et ses alliés. Nous avons dans l’idée d’avoir une liste d’union au second tour autour du pôle et du projet écologiste dont c’est l’enjeu de le porter au coeur du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Nos alliés naturels sont ceux de Gauche mais on ne va pas commencer à faire des hypothèses sur ce qui va se passer».

Pour l’heure, les écologistes entendent jouer leurs propres cartes et sont convaincus d’une conscientisation citoyenne de plus en plus prononcée pour peser dans ces élections régionales et pouvoir proposer «des changements importants dans les politiques publiques». En espérant en parallèle que le contexte sanitaire actuel couplé au calendrier électoral présentant deux élections les mêmes week-ends ne fasse pas encore chuter le taux de participation des électeurs.

Quant aux polémiques générées autour de la vision d’élus écologistes dans d’autres villes de France, Stéphanie Modde retient qu’elles ne durent pas en raison d’une caricature trop facile. «On inquiète, on pose question, c’est bon signe. L’écologie, c’est revoir nos modes de vie, de consommation, en nous appuyant sur les citoyens», affirme Anne Vignot. Et c’est possible selon elle à l’échelle de la région : «La crise a montré l’échec du système, l’économie est un système dans lequel se trouve l’humain. Dans l’industrie, les nouvelles générations, plus vertueuses, sont là aussi».

«Comment on redonne du sens collectif par un vrai contrat social»


Au niveau national, la mort d’un policier, tué lors d’un contrôle d’un point de deal à Avignon, a ravivé un débat sur la dépénalisation du cannabis. Interrogée là-dessus, Stéphanie Modde le dit, «on a toujours été à EELV pour une dépénalisation très encadrée du cannabis. C’est un phénomène qui n’est pas gérable, qui amène beaucoup d’insécurité et un trafic énorme dans les quartiers, ainsi qu’énormément de personnes dans les maisons d’arrêt. Nous, c’est la prévention plus que la réparation».

Elle livre une réponse amenant à de possibles actions de la Région pour endiguer un contexte plus complexe : «C’est urgent mais pour autant ça ne va pas régler les problèmes, car s’il y a ce trafic c’est qu’il y a des soucis d’équité dans les territoires. Comment on fait pour aider des personnes voulant s’insérer dans la société ? Comment on fait pour l’arrêt de la discrimination à l’embauche, au logement ? Il s’agit de redonner les moyens à ces populations qui sont de fait en partie abandonnées. Le Conseil régional a des compétences intéressantes autour de la formation, de l’insertion professionnelle. Des expérimentations dans le domaine de l’économie sociale et solidaire permettent à ces personnes-là de retrouver une dignité et l’envie de faire des choses. Donnons beaucoup plus de chances à ceux qui en ont beaucoup moins. Ne soyons pas dans l’élitisme. Il ne suffit pas de crier au loup et de pointer du doigt quand ça ne va pas, comme le fait la droite extrême. Je suis de toute solidarité avec la Police nationale, mais à un moment donné c’est se demander comment dans ce pays qui est riche on redonne du sens collectif par un vrai contrat social. Les écologistes ne recherchent pas le problème mais la solution, en ne vivant pas dans la haine ni dans l’opposition d’une population à l’autre».

Pour en revenir à la campagne écologiste en Bourgogne-Franche-Comté, celle-ci se matérialisera notamment par la poursuite de conférences numériques thématiques ainsi que la présentation de candidats sur le site internet de campagne.

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier

Les colistiers écologistes de Stéphanie Modde


















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