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01/06/2021 18:24

RÉGIONALES : Selon Bastien Faudot, «la prochaine majorité devra accroître encore le soutien aux filières structurantes de notre région»

Devant les représentants du monde de l'entreprise, le 26 mai dernier à Dijon, le candidat du Temps des cerises a défendu «l'économie de production» et a proposé un plan d'urgence de 100 millions d'euros dédié aux TPE-PME.
Candidat d'un large rassemblement de formations de la gauche radicale, dont certaines ouvertement anticapitalistes, sous le doux nom de «Temps des cerises», Bastien Faudot (GRS) n'arrive pas en terrain conquis ce mercredi 26 mai 2021 à la Maison des Entreprises à Dijon.

Pour autant, le terrain n'est pas hostile. L'ancien proche de Jean-Pierre Chevènement aux accents souverainistes bénéficiera d'un accueil des plus courtois – certains représentants patronaux faisant même un selfie avec lui à la fin – et d'un traitement équitable par rapport aux autres protagonistes auditionnés par le MEDEF Bourgogne-Franche-Comté.


«Le mouvement de désindustrialisation n'est pas terminé»


À partir du «livre bleu» du MEDEF, Bastien Faudot tire deux constats. Tout d'abord, la Bourgogne-Franche-Comté est majoritairement rurale, ne comporte pas de «grande métropole-monde» et présente une «forte identité industrielle». Ensuite, «dans le contexte économique (…) depuis 2008 et plus encore depuis la crise sanitaire économique et sociale que nous traversons depuis maintenant plus d'un an, nous sommes plus exposés que les autres».

Replongeant dans l'histoire économique de la région, Bastien Faudot considère que «le mouvement de désindustrialisation que nous subissons depuis de nombreuses années n'est pas terminé». «Nous avons des atouts importants», s'empresse-t-il d'ajouter.

Le candidat du Temps des cerises donne d'emblée le de son propos : «la prochaine majorité régionale devra accroître encore – plutôt que de faire du saupoudrage – le soutien aux filières structurantes de notre région».

«Un projet de relocalisation de l'économie»


«Dans ma famille politique, je considère que l'activité industrielle, l'économie de production est un élément central de la santé économique de notre région. (…) Nous nous inscrivons dans une opposition frontale avec toute la doctrine qui a été développée à partir de la fameuse phrase de Serge Tchuruk qui avait théorisé l'économie de l'intelligence et la France sans usine», ajoute-t-il en référence aux propos tenus en 2001 par celui qui était alors le PDG d'Alcatel.  Le concept fabless envisageait la recherche et le développement des produits en Europe et leur fabrication en Asie.

«Une région Bourgogne-Franche-Comté fortement industrialisée qui serait demain sans usine, c'est une région qui ne serait plus productrice, qui serait cliente. Quand on est client dans le jeu de la concurrence internationale, (…) on est captif. Le risque que nous avons, c'est de ne plus avoir notre destin entre nos mains», argumente Bastien Faudot.

«Le projet que nous défendons au Temps des cerises, c'est un projet de relocalisation de l'économie», résume le candidat. Le Belfortain en profite pour signaler l'enjeu d'«indépendance énergétique» qui se joue autour de General Electric et pour prôner le renforcement de la filière énergie via l'augmentation des crédits en recherche et développement. Le Temps des cerises propose la création d'un fonds de 100 millions d'euros pour contribuer à la nationalisation de GE Steam (lire notre article).

«Nous sommes pour une impulsion politique. La délibération des citoyens dans le cadre des élections doit servir à faire émerger un intérêt général. (…) Pour ça, on veut une Région stratège», explique Bastien Faudot qui évoque les «grands moments de nationalisation» conduits par le général de Gaulle ou encore le «sauvetage» d'Alstom par Nicolas Sarkozy. La production de cuves au Creusot et de turbines à vapeur Arabelle à Belfort deviennent «un enjeu essentiel d'intérêt national».

«Nous sommes à la veille d'un grand ébranlement : l'urgence climatique est sujet universel. On a des industries qui travaillent dans la filière nucléaire notamment – c'est 10.000 emplois pour l'ensemble de la région Bourgogne-Franche-Comté – (…) et il y a les nouvelles énergies : (…) l'hydrogène, l'éolien, le photovoltaïque...», souligne Bastien Faudot. En fonction de quoi, «la Bourgogne-Franche-Comté a des atouts dans la compétition mondiale», insiste-t-il à propos de l'énergie ainsi que des transports en donnant l'exemple d'un important contrat décroché par Alstom.

Un plan d'urgence de 100 millions d'euros pour les TPE-PME


«La Bourgogne-Franche-Comté ne va pas survivre en valorisant ses deux capitales, elle a besoin de toutes les forces de la région qui ont structuré notre patrimoine commun», lance le productiviste en mentionnant l'importance de la filière bois pour maintenir des emplois dans les zones rurales que sont le Morvan et le Jura.

Sur un autre volet, «les TPE-PME ont morflé dans des proportions sans doute inédites depuis la grande dépression des années 30», alerte Bastien Faudot qui reconnaît cependant «des efforts» de la part de la majorité sortante. Il propose un plan d'urgence de 100 millions d'euros «pour de l'aide dédiée aux TPE-PME» suivi d'un programme de mandature.

«L'enjeu est de faire vivre les villes et villages dans leur vie sociale», alerte-t-il en faisant référence au dispositif Territoire Zéro Chômeur Longue Durée mis en place par l'ancien député dijonnais Laurent Grandguillaume. Le Temps des cerises propose également la création de 6.000 emplois jeunes.

«Il y a une capitale, c'est Dijon, point barre !»


Premières élections depuis la fusion des conseils régionaux en 2015, les conséquence de la loi NOTRé est en débat. «Il faut se libérer du marketing qui accompagne ce type d'opération précipitée et largement improvisée. Du point de vue de l'identité de notre région, la fusion a un sens. La Bourgogne et la Franche-Comté ont fonctionné ensemble depuis le neuvième siècle, avec des hauts et des bas», explique Bastien Faudot en référence au duché et au comté de Bourgogne.

À présent, «il y a une capitale, c'est Dijon, point barre ! Faut l'assumer ! Ça ne veut pas dire qu'on va abandonner Besançon mais il faut penser au système de compensation pour Besançon parce que cette ville risque de décrocher».

«L'entreprise doit comprendre qu'il y a un équilibre social à instaurer»


«Comment situe-t-on les acteurs économiques au cœur de la société ? Comment dans la relation sociale avec les salariés les choses se déroulent ?» se demande le tenant d'une gauche républicaine et socialiste afin de repositionner la question de la place accordée aux acteurs économiques dans la concertation avec la puissance publique.

Le Temps des cerises choisit la voie de l'incitation et propose «de doubler les aides aux entreprises pour les entreprises qui font siéger des représentant du personnel dans leur conseil d'administration», cela afin de «sortir de la logique de confrontation imbécile qui ne permet pas de faire surgir l'intérêt général». De la même façon, le candidat est favorable à «des instances de concertation» accueillant les acteurs économiques, cela afin de «trouver le bon tempo» pour que les élus respectent les «contraintes» des entrepreneurs et que les entrepreneurs comprennent les «es enjeux publics».

«La société économique aussi s'organise», insiste le productiviste en évoquant les infrastructures construites par les pouvoirs publics. En retour, «l'entreprise doit comprendre qu'il y a un équilibre social à instaurer».

«On doit des comptes aux citoyens»


Le mot «conditionnalité» faisant tiquer les représentants du syndicat patronal, le modérateur invite l'orateur à préciser sa proposition. «On doit des comptes aux citoyens, on doit avoir en tête de préserver l'intérêt public et l'argent public», répond le candidat.

Les aides liées au plan d'urgence induisent donc «des engagements sur l'utilisation de l'argent public» avec un contrat «donnant-donnant» portant sur «zéro délocalisation, zéro licenciement» ou encore sur «un objectif pour lutter contre le dérèglement climatique».

«Les pouvoirs publics, les entreprises doivent se mettre dans une logique collective qui sert les générations qui viennent. Cette transition écologique est un impératif auquel tout le monde doit s'astreindre donc il peut y avoir des objectifs en matière d'émissions de gaz à effet de serre», lance le candidat dans un propos à même d'éveiller l'intérêt des sympathisants qui visionneront la vidéo de l'échange en replay.

Favoriser la «concurrence loyale» par des critères environnementaux


Pour rendre le propos plus acceptable par l'assistance, Bastien Faudot met en balance le rétablissement d'une «concurrence loyale» en faisant des critères d'émissions de gaz à effet de serre «un des éléments structurants» face aux pays extra-européens qui présent un contrat social et une responsabilité écologiques moindre que ceux que l'on trouve au sein de l'Union européenne.

«Les entreprises de Bourgogne-Franche-Comté, par le simple fait qu'elles sont géographiquement plus proches, auront un avantage sur la concurrence qui vient de plus loin», synthétise l'orateur qui se retrouve pressé par le chrono.

Pas d'ouverture à la concurrence dans le ferroviaire


En réponse aux inquiétudes des entrepreneurs localisés en milieu rural, Bastien Faudot prône «l'égalité territoriale» : «après la crise des Gilets Jaunes, on ne peut pas continuer à donner le sentiment qu'il existe a une citoyenneté à deux vitesse».

Dans la foulée, le candidat assume son opposition face à la potentielle ouverture à la concurrence des lignes de réseau ferroviaire : «dès le lendemain de l'élection, nous prendrons une disposition qui est une négociation avec la SNCF pour maintenir un contrat de service public de dix ans».

Au terme de l'échange, Bastien Faudot fait preuve d'esprit didactique pour répondre aux questions spontanées des personnes qui ont suivi la retransmission en visioconférence tout en respectant le temps imparti.

Jean-Christophe Tardivon

Le MEDEF auditionne des candidats sur les enjeux économiques



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