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10/06/2020 05:51

RENTRÉE SCOLAIRE : Chez les lycéens de la voie professionnelle, «il y avait une vraie attente dans le retour aux ateliers» constate la rectrice de l'Académie de Dijon

Tailleur de pierre, ébéniste, charpentier... les formations du lycée les Marcs d'Or à Dijon ont la cote. Les bons taux de retour post-confinement ont incité Nathalie Albert-Moretti à découvrir l'organisation sanitaire mise en place par le lycée et à visiter les nombreux ateliers ce mardi 9 juin.
Avec le retour des élèves, «c'est le retour à nos missions premières et à notre cœur de métier» indique Rémy Heyte, proviseur du lycée polyvalent les Marcs d'Or qui surplombe le quartier de la Fontaine-d'Ouche à Dijon.

En temps normal, le lycée accueille 600 élèves encadrés par 78 enseignants. Une vingtaine d'agents techniques contribuent à au fonctionnement de ce grand établissement implanté sur deux sites. Sur l'ensemble de la semaine, 120 lycéens vont effectuer leur rentrée scolaire et 12 enseignants assureront les cours en présentiel.

Ce mardi 9 juin 2020, le lycée accueille Nathalie Albert-Moretti, rectrice de l'Académie de Dijon, afin de présenter l'adaptation de l'établissement aux mesures sanitaires, y compris dans le cadre particulier des ateliers techniques. Parmi la délégation étaient présents notamment Stéphane Guiguet, vice-président du conseil régional en charge des lycées, et Pascale Coq, directrice académique des services de l’Éducation nationale de la Côte-d'Or.

Menuisier, ébénistes, tailleurs de pierre, bac pro travaux public, bac pro organisation chantier gros œuvre, technicien d'étude en bâtiment et géomètre-topographe... les filières qui font leur rentrée scolaire sont déjà variées. Les élèves de seconde, de terminale-CAP sont revenus en priorité au lycée. Jeudi et vendredi correspondra au retour des élèves de première pro et de première année de CAP.

«La voie professionnelle n'a de sens que par l'apprentissage du geste»


«On a eu peur de s'éloigner des élèves et que les élèves s'éloignent de l'école. Pour nous, c'est un signe fort de pouvoir revoir les élèves dans notre établissement et de les revoir en activité dans les ateliers, ce qui est notre spécificité pour la voie professionnelle» indique avec soulagement Rémy Heyte en constatant l'arrivée des élèves avec leurs bagages ce matin-là.

Certains élèves arrivent avec leur mallette à outil, rappelant la spécificité du lycée : «malgré toute la bonne volonté de tous les enseignants qui se sont tout de suite mis en action pour assurer la continuité pédagogique en virtuel, la voie professionnelle n'a de sens que par l'apprentissage du geste et le geste, même si l'on peut en apprendre quelques rudiments en distanciel, ça se fait en présentiel et les élèves ont besoin d'être en atelier».

Quatre niveaux de formation durant trois semaines


L'objectif du ministre de l’Éducation nationale est que chaque élèves reprenne contact au moins une fois en présentiel avec son établissement scolaire avant les grandes vacances. Au lycée les Marcs d'Or, l'objectif sera dépassé : «les quatre niveaux évoqués vont revenir à l'école pendant trois semaines, lundi-mardi ou jeudi-vendredi».

Un accueil plus restreint aura lieu pour les voies de la voie générale et technologique (seconde, première et terminale Sciences et Techniques du Développement Durable) sous la forme d'un bilan avec le professeur principal. Rémi Heyte espère que, sur 600 élèves, 250 repasseront par le lycée avant début juillet.

Une problématique liée aux transports complique la venue de certains élèves. En effet, des formations comme tailleur de pierre ont un recrutement national et les trains ne sont pas toujours disponibles pour rallier Dijon.

La problématique des internats


L'application des règles sanitaires à l'internat n'a pas limité le nombre d'élèves accueillis pour cette rentrée post-confinement. D'une capacité de 240 lits, l'internat des Marcs d'Or n'accueille que 15 internes à ce jour. Un élève par chambre, chacun ayant sa douche. Cinq assistants d'éducation sont mobilisés pour la surveillance nocturne de l'internat. Dans ce cadre, le lycée peut recevoir jusqu'à 60  internes.

La gestion du personnel des internats relève du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Vice-président en charge des lycées, Stéphane Guiguet insiste : «c'est l'application du protocole qui prime». Pour autant, si le protocole sanitaire n'était pas assoupli, cela pourrait limiter drastiquement la fréquentation de l'établissement en septembre.

Avec ses homologues d'autres conseils régionaux, le vice-président a intégré un groupe de travail du ministère de l’Éducation nationale pour faire évoluer le protocole. Cela n'a pas été le cas aux Marcs d'Or mais certains lycées ont fait le choix de fermer l'internat car la question des douches collectives se révélait problématique par exemple.

Que ce soit pour assurer la restauration scolaire, gérer les internats ou organiser les transports, la Région a mobilisé des agents en leur demandant de reprendre progressivement l'activité dans les établissements. À l'issue d'un dialogue social, la collectivité a doté ses 3.300 agents en équipements de protection. Maintenant, «le vrai défi» pour Stéphane Guiguet est la préparation de la rentrée de septembre.

Transposition du protocole sanitaire


Après avoir fait un bilan du confinement sous l'égide de Valérie Foviaux, conseillère principale d'éducation, l'équipe pédagogique a présenté les mesures sanitaires transposées par Aurélia Violette, infirmière scolaire, en fonction du protocole du ministère de l’Éducation nationale. Distributeur de solution hydroalcoolique dans le hall, fléchage abondant, matérialisation des distances au sol, port du masque généralisé, locaux désinfectés...

En revanche, pour le bon fonctionnement des différentes machines, elles ne seront pas nettoyées mais un focus insistant sera fait auprès des élèves sur l'hygiène des mains avant et après chaque utilisation.

«Dès que la filière ouvre, les élèves sont au rendez-vous»


À ce jour, dans l'académie, 80% des lycées sont ouverts en filière professionnelle et 76% des lycées généraux et technologiques. Le taux de retour des lycéens oscille entre 50 et 60% selon les établissements et certaines classes sont presque complètes suivant les filières. C'est le cas dans plusieurs des classes observées aux Marcs d'Or, «ce qui montre bien qu'il y avait une vraie attente dans le retour aux ateliers» selon la rectrice. «Ce sont des filières passion» souligne-t-elle.

À l'issue de la visite des ateliers conduite par Marie-Agnès Garnier, cheffe des travaux du lycée, Nathalie Albert-Moretti constate que «les enseignants sont extrêmement enthousiastes à l'idée d'accueillir leurs élèves». Le taux de retour des élèves est «encourageant mais pas encore pleinement satisfaisant». Pour autant, «on voit que dès que la filière ouvre, ils sont au rendez-vous, ils ont envie de revenir dans leur établissement» analyse Nathalie Albert-Moretti.

Du point de vue de la rectrice l'objectif d'un retour au moins une fois assigné par le ministre, «c'est le niveau plancher». «Tout ce qu'on peut faire de mieux doit nous mobiliser pleinement», l'espoir de la rectrice étant d'atteindre une semaine complète d'ici début juillet.

«L'été du pro», les vacances apprenantes de la voie professionnelle


Au-delà, une innovation concerne, là encore, les lycées professionnels avec «l'été du pro». Dans le cadre du dispositif «école ouverte» du ministère de l’Éducation nationale, des jeunes qui ne partent pas en vacances auront la possibilité d'être accueillis dans un établissement – pas nécessairement le même que celui fréquenté durant l'année – pour suivre un programme «équilibré» entre renforcement scolaire et activités sportives ou culturelles.

La particularité des élèves de lycées professionnels est qu'ils auront accès durant l'été à un plateau technique correspondant à leur formation initiale. Le rectorat vise un minimum d'un lycée ouvert participant à «l'été du pro» par département.

Alors que, durant le confinement, le rectorat tirait la sonnette d'alarme en ce qui concerne les élèves décrocheurs dans la voie professionnelle, les taux de retour apparaissent donc «encourageants». En revanche, la rentrée scolaire se révèle plus compliquée dans les lycées d'enseignement général parce que «la continuité pédagogique a bien fonctionné» selon la rectrice qui ajoute «au démarrage, il y a eu un mouvement plus faible que dans les lycées professionnels».

Jean-Christophe Tardivon