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16/05/2020 13:44

RENTRÉE SCOLAIRE : La rectrice de l'Académie de Dijon constate «le trop faible retour à l'école des enfants des quartiers politique de la ville»

Lors d'un point de situation ce vendredi 15 mai, les recteurs n'ont pas caché leur déception de voir revenir en classe seulement 10% des effectifs habituels. Si la question des élèves en situation de handicap apparaît «maîtrisée», il y a un enjeu concernant la rescolarisation des enfants des quartiers prioritaires de la politique de la ville selon Nathalie Albert-Moretti.
Les attentes du ministère de l’Éducation nationale concernant la rentrée scolaire en Bourgogne-Franche-Comté n'ont pas été satisfaites. Le 8 mai dernier, Jean-Français Chanet, recteur de région académique, évoquait avec espoir 40% de parents prêts à rescolariser leurs enfants à partir du 14 mai (lire notre article). On en est loin, même si des disparités sont importantes. En fonction des écoles, ce sont entre 5% et 60% des élèves qui sont retournés en classe. Sans parler des établissements qui n'ont pas ouvert.

«Rarement l'écart entre la réalité du risque et la manière dont le risque est perçu par la population n'aura été aussi grand» a constaté Jean-François Chanet lors du point de situation hebdomadaire du 15 mai 2020. Et d'ajouter : «une majorité de parents continuent d'être entretenus par la peur» alors que «toutes les mesures ont été prises».

Le recteur de région académique ne veut citer personne mais dans son viseur se trouvent tout à la fois les médias, les réseaux sociaux et les syndicats. Cependant, «si la raison l'emporte» alors «l'effort de formation qui a été concentré et efficace auprès des personnels» devrait convaincre les parents de rescolariser les enfants. Jean-François Chanet l'assure : «le maximum possible en termes de sécurité sanitaire est fait». Il salut notamment l'implication des professeurs : «l'effort pédagogique, la conscience professionnelle du monde enseignant est exemplaire».

Élément rassurant pour les familles, à ce jour aucun cas de Covid-19 n'a été recensé dans l'Académie de Besançon depuis le 11 mai dernier. Si l'activation de la cellule Coronagir a conduit à tester 11 adultes et 6 enfants en partenariat avec l'ARS, les tests ont tous été négatifs.

En Côte-d'Or, 95% d'écoles ouvertes d'ici début juin


Du côté de l'Académie de Dijon, «la reprise s'est bien passée» a indiqué la rectrice Nathalie Albert-Moretti. Elle aussi a salué la «mobilisation exemplaire des équipes enseignantes» ainsi que la «belle coordination des élus locaux» conduisant à créer un «environnement rassurant pour les parents». La rectrice compte sur la «capacité d'adaptation des élèves».

Toujours est-il qu'il a bien fallu reconnaître «un bémol» dans la partition de cette rentrée atypique : «on a n'a pas encore atteint les niveaux que l'on souhaite». Le problème ne vient pas tant de l'offre que de la demande. Si dans certaines académies, des polémiques sont apparues concernant l'ouverture des établissements scolaires, ce n'est pas le cas dans la Côte-d'Or. À ce jour, 87% des écoles sont ouvertes, 7% ouvriront d'ici début juin et seules 6% ne devraient pas ouvrir avant septembre, le plus souvent à cause de la configuration des locaux. Soit, en résumé, 95% des écoles seront ouvertes début juin dans ce département et 80% pour les autres départements de l'Académie de Dijon.

En Côte-d'Or, 22% des élèves de CP sont retournés en classe


Le «bémol» concerne donc la présence des élèves. En moyenne, toutes classes et tous départements confondus, les élèves présents le 14 mai dernier représentaient environ 12% de l'effectif habituel. Si l'on ne compte que les CP, qui étaient prioritaires, la moyenne des départements est de 16% avec des variations importantes selon les territoires : Côte-d'Or 22%, Nièvre 18%, Saône-et-Loire 14% et Yonne 10%. Dans cette moyenne, des situations particulière surgissent, ainsi, à Noiron-sous-Gevrey (Côte-d'Or), se sont 60% des élèves de CP et de CM2 qui sont revenus en classe.

Un «travail de dentelle» autour des élèves en situation de handicap


La rectrice a tenu à faire un focus sur les élèves en situation particulière dans l'Académie de Dijon qui bénéficient d'un accueil prioritaire dans cette rentrée post-confinement. Tous les élèves des unités localisées pour l'inclusion scolaire (ULIS) de familles volontaires sont accueillis dans leurs structures habituelles.

Les élèves en situation de handicap sont accueillis en milieu scolaire ordinaire et un «travail de dentelle» est en cours pour résoudre «dans les meilleurs délais» la problématique des accompagnants d'élèves (AESH). La rectrice a évoqué ainsi une «situation maîtrisée».

Dans la Côte-d'Or, sur un effectif de 85 élèves tous niveaux confondus, 30 enfants ont repris le chemin de l'école spécialisée de plein air du Clos Chauveau à Dijon (soit 35%). Les écoles des trois centres hospitaliers reprendront à partir du 18 mai. L'unité enseignement en maternelle autisme reprendra aussi à cette date et suivra l'unité d'enseignement élémentaire le 25 mai. À cette date, la quasi totalité des instituts médico-éductifs accueilleront de nouveau des élèves.

«Il est vraiment important que les élèves reviennent à l'école»


Il y a encore «un vrai sujet d'inquiétude et d'attention» dans cette rentrée : «le trop faible retour à l'école des enfants des quartiers politique de la ville» comme l'a caractérisé la rectrice de l'Académie de Dijon. Dans les réseaux d''éducation prioritaire (REP), seuls 5,7% de l'effectif global sont revenus en classe. Il s'agit là d'un «enjeu éducatif très fort» qui «demande des efforts unis» car «il est vraiment important que les élèves reviennent à l'école».

D'un côté, des études montrent que plus les parents sont diplômés et dans une situation favorable, plus ils renvoient leurs enfants à l'école, de l'autre, 30% des enfants en REP ont une fragilité en lecture orale, ce qui représente un écart de 12 points par rapport à l'ensemble des élèves. Ce serait donc les élèves qui en auraient le plus besoin qui retourneraient le moins en classe.

De ce fait, élus, inspecteurs et enseignants font «un vrai travail terrain» et les parents sont «appelés un par un» car «il n'est pas trop tard» : «il faut qu'ils reviennent pour travailler ces aspects et ne pas arriver en CE1 en fragilité plus importante».

Ne pas transformer la crise sanitaire en crise scolaire


Le recteur Jean-François Chanet est revenu sur cette situation en évoquant le cas de parents qui disent préférer ne pas faire courir un risque sanitaire à leur enfant tout en prenant le risque de subir un redoublement. Une option à laquelle le recteur ne se résout pas : «nous ne pouvons pas nous permettre de transformer cette crise sanitaire en crise scolaire et sociale aggravée par les hésitations et les peurs des parents à rescolariser leurs enfants».

C'est l'enjeu de la continuité pédagogique post-confinement pour que perdure les apprentissages des enfants restés à domicile. Jean-François Chanet a demandé que «l'on fasse confiance à des pédagogues qui, pendant deux mois, ont fait le maximum» car «les enseignants sont prêts à se répartir le travail pour homogénéiser autant que possible le travail qui sera fait en classe et à la maison».

Dans les prochaines semaines, les rectorats travaillera sur des solutions diverses qui pourront être retenues par les maires. Il pourra y avoir des écoles rurales multi-niveau et des écoles urbaines niveau par niveau. La rescolarisation pourra se faire une semaine sur deux ou deux jours en alternance. Une réflexion menée avec les communes dans le cadre d'une «organisation collective».

Jean-Christophe Tardivon

«Une vraie rentrée dans de vraies conditions sanitaires» selon le rectorat


La rentrée de l'école élémentaire Nord à Dijon